Comme des images

Comme des images
Clémentine Beauvais
Sarbacane (X’), 2014

 

La vie à pile ou « face »

 Par Anne-Marie Mercier

Comme-des-imagesOn sait la place que prennent les réseaux sociaux, Facebook, les mails, les échanges de vidéos et de photos dans la vie des adolescents. On sait aussi les ravages qu’ils peuvent faire. Ce roman a le mérite d’aborder ces thèmes mais aussi de les lier à une question plus complexe qui les sous-tend, celle de d’image de soi : celle qu’on construit, celle que les autres nous renvoient, celle qui se déchire et s’abîme de façon parfois mortelle.

Il est inutile de raconter l’histoire : la composition du roman, qui mélange les temps et les tempos est extrêmement efficace et le rend absolument captivant. Le contexte est celui du lycée Henri IV à Paris, d’une histoire d’amour qui tourne mal, d’une histoire d’amitié un peu tordue, de jumelles, d’icônes de la classe. Elle est racontée par un personnage apparemment secondaire, qui pourrait être un «confident» de personnages tragiques au théâtre et qui pourtant prend toute son importance dans la leçon finale : certains adolescents sont «comme des images», c’est-à-dire qu’ils ne sont rien d’autre qu’une image construite. On peut douter de cette conclusion mais elle contient une  part de vérité, vérité utile.

Les Fleurs parlent

Les Fleurs parlent
Jean-François Chabas, Joanna Concejo
Casterman, 2013

Le langage des fleurs ou Ovide revisité

Par Anne-Marie Mercier

lesfleursparlentPas de métamorphose dans ces trois récits de Jean-François Chabas, mais une rêverie sur la signification qu’on attribue aux fleurs, sur ce qu’elles évoquent. Les commentaires d’un ouvrage sur le langage des fleurs (de G. X. Geissmann, paru en 1899) sur la tulipe, l’œillet blanc et la pivoine sont autant de départs d’histoire. La valeur de la tulipe nous transporte aux Pays bas où un vieil inventeur d’une variété rare découvre la cupidité de ses semblables et la dureté du monde. L’œillet blanc est l’histoire d’une amitié entre deux enfants d’une tribu indienne d’Amérique que tout oppose, jusqu’à leur rencontre avec un grizzli. La pivoine orgueilleuse est l’image d’une très belle enfant, puis jeune fille puis femme, Narcisse au féminin si folle d’elle-même qu’elle se perd.

Le texte est complexe, la vision du monde désenchantée et sombre ; l’ouvrage ne s’adresse pas aux enfants mais à des lecteurs confirmés prêts à méditer sur les questions de signification, sur les apparences et leurs pièges. Les illustrations de Joanna Concejo, délicates, montrent à travers ces correspondances la fragilité des belles choses.