Émile veut une chauve-souris

Émile veut une chauve-souris
Vincent Cuvellier, illustré par Ronan Badel
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2012

Les folies d’Émile

Par Catherine Rivat & Justine Vergély master MESFC Saint-Étienne

Émile, petit garçon capricieux, s’est mis en tête d’acquérir comme animal de compagnie… une chauve-souris ! Quelle drôle d’idée ! C’est dans cette tonalité comique que l’auteur nous transporte dans l’univers d’Émile, un univers où réalité et onirisme cohabitent. Le jeune garçon imagine les différentes postures et attitudes qu’il pourrait adopter avec son animal, que l’on retrouve dans la disposition des illustrations. Apparaissent alors en filigrane, les codes de la bande dessinée, tel que la bulle qui symbolise le monde du rêve.

La figuration des parents est absente. Néanmoins, la figure de la mère se manifeste par la représentation d’objets stéréotypés ainsi que par ses arguments sous la forme du discours rapporté. Le désir transgressif de l’enfant tout-puissant est sans cesse ramené à la réalité par la mère. Émile, par sa volonté grandissante, nous dévoile une philosophie de la naissance du désir et de son renouvellement. Il ne cessera de clamer son désir tout au long de l’histoire, jusqu’à ce que le lecteur découvre la chute, à la fois drôle et surprenante. Une histoire qui s’adresse aux touts petits et qui amène facilement l’identification, au même titre que le premier album de la série, Émile est invisible.

Les enfants sont méchants

Les Enfants sont méchants
Vincent Cuvellier – Aurélie Guillerey
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2012

Les parents sont gentils…

Par Charlotte Furnon master MESFC Saint-Etienne

Les enfants sont méchants ! Telle est I ‘entrée en matière provocatrice de cet album qui invite le lecteur à faire preuve d’humour et d’autodérision. Le ton est donné, cet ouvrage s’annonce cinglant et s’avèrera sarcastique et délectable.

La prise en main de cet album est agréable et attirante, de par sa couverture rigide et ses couleurs pastels, mais également  grâce à l’ironie portée par le titre qui s’expliquera au long de la lecture de l’œuvre…

Les Enfants sont méchants est un album de contrastes. Contraste entre les dessins au crayon  et les détails  colorés, entre le texte et l’image, entre le message adressé aux  enfants et celui adressé aux parents… En effet, cet ouvrage propose différents niveaux de lecture, ce qui le destine à des enfants de cinq à huit ans environ mais également aux parents. Le narrateur raconte les petites scènes qu’il semble avoir vécues… L’auteur serait-il  lui-même père ?

Chaque double-page présente une anecdote, la mise en scène d’une bêtise d’enfant que chaque parent a connue. Le texte occupe très peu de place sur le fond crème qui est très largement saturé d’images dont le genre varie d’une page à I‘autre. Empruntant parfois aux mangas ou aux dessins de Sempé, les illustrations sont très hétéroclites. Le texte et l’image sont tout à fait indissociables pour accéder à toute la portée humoristique de l’œuvre. Quand le texte décrit un enfant  jetant son assiette par terre, l’image présente un père au service de son rejeton puis pleurant le geste cruel de son enfant qui ne lui accorde aucun remerciement.

Le message est alors doublement  didactique, il s’adresse aux enfants afin de leur montrer qu’ils peuvent être blessants, mais également aux parents qui doivent être plus fermes. Les images complètent le texte en lui apportant du sens.

Le catalogue de bêtises proposé par Les enfants sont méchants fera rire tous ceux qui auront le bonheur de l’ouvrir et de découvrir les dessins d’Aurélie Guillerey qui relèvent toute la saveur des textes de Vincent Cuvellier.

Un album pour les enfants à lire avec leurs parents…

L’Horizon facétieux

L’Horizon facétieux
Juliette Binet
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011

Facétieux ?

Par Anne-Marie Mercier

Le format « paysage » ne suffit pas à dire l’horizon : Juliette Binet l’a étendu – pas à l’infini, mais presque ! – dans cet album – accordéon. Collines, montagnes, océans, nuages et fumées se succèdent seuls, sans présence humaine, donnant l’impression d’un éternel défilement. La sobriété de l’album (des gris crayonnés, du bleu et quelques taches d’orangé) et l’absence de toute tentative de narration en font un objet étrange, attachant mais qui ne prête pas à beaucoup en dire, ni en écrire. Facétieux, dans quel sens ?

Philomène et les ogres

Philomène et les ogres
Arnaud Delalande, Charles Dutertre
Musique de David Chaillou
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011

Les ogresses musicales

Par Yann Leblanc

Comme au jeu des chaises musicales, un enfant transformé en ogre est remplacé par un autre dès qu’il le touche. C’est le cruel sort réservé à Philomène qui va dans la forêt malgré l’interdiction de sa maman. On retrouve ici une belle idée de Pierre Gripari, celle du dragon de la superbe Histoire du prince Pipo, mais sans la dimension philosophique et poétique.

Les dessins sont superbes et drôles, la musique discrète et parfaite, les chœurs d’enfants charmants et la voix de Jean-Paul Marielle merveilleuse de justesse.  Ce n’est pas le cas de celle qui interprète Philomène, un peu trop forcée dans l’infantilisme faux. L’ensemble est joliment drôlatique, mais sans état d’âme quant aux stéréotypes (les gentils sont blonds, qu’on se le dise !).

Professeur Gamberge. C’est quoi, le piratage sur Internet ?

Professeur Gamberge. C’est quoi, le piratage sur Internet ?
Jean Schalit, Karim Friha
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2011

Le piratage, c’est mal ; et autres raccourcis

Par Matthieu Freyheit

« Gambergez avec le professeur Gamberge »… Autant vous prévenir tout de suite, le contenu est aussi recherché que l’accroche. Le professeur Gamberge, c’est un savant. Cheveux blancs, cravate et blouse blanche. Il sévit à la télévision depuis maintenant quelques années, et se décline désormais en une série de livres petit format d’une vingtaine de pages. Et tenez-vous le pour dit, le professeur Gamberge vous explique tout. De  « A quoi ça sert de voter ? » à « Pourquoi, quand et comment paye-t-on des impôts ? » en passant par « Les Canadair, comment ça marche ? » (??? j’avoue que ce dernier volume me laisse perplexe), les lecteurs, à partir de 7 ans selon l’indication donnée par Gallimard Jeunesse, ont droit à tous les poncifs bien-pensants habituels.

Celui qui nous intéresse, « C’est quoi, le piratage sur Internet ? », n’est pas en reste. Passons sur le style graphique déplorable. Passons également sur le scénario protozoaire – peut-être aurait-il mieux valu l’effacer complètement. Le livre conserve le mérite de vouloir aborder la question du piratage dans les multiples sphères qu’il concerne : économique, personnelle, politique, etc. Tout cela à l’aide de la classique métaphore selon laquelle Internet est un immense océan peuplé de navires en tous genres. Arrive la question du piratage. Pour le professeur, la chose est simple : les pirates informatiques, méchants et fourbes, sont prêts à tout pour s’en mettre plein les poches. D’où la question de fond posée par l’une de ses interlocutrices, symbole supposé du lecteur moyen : « Mais alors, c’est dangereux Internet ? ». Il fallait bien un livre pour en arriver là. Non, la rassure tout de même le professeur. Et celui-ci d’embrayer, index levé, sur l’injustice des téléchargements illégaux.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincu. Mais alors pas du tout. D’un manichéisme agaçant, le livre ne revient à aucun moment sur les origines sociales et historiques du piratage ou du hack, pas plus que sur ses divers enjeux et les différents acteurs qui en forment le complexe panorama. Bref, trop de morale tue la morale. Et à l’heure tardive où je referme ce livre, il me vient comme une soudaine envie de télécharger un film…

 

Yok yok: la pluie, l’oiseau

Yok Yok : L’Oiseau qui dort haut dans le ciel, ; La Pluie
Étienne Delessert

Gallimard jeunesse (giboulées), 2011

Le Monde en gros  plan

Par Anne-Marie Mercier

Le grand plaisir de ces petits albums carrés, c’est avant tout celui de retrouver les superbes illustrations d’Etienne Delessert, l’un des pionniers du renouvellement de l’illustration pour la jeunesse. Les couleurs sont généreuses et chatoyantes, les gris et les noirs profonds. L’autre plaisir, c’est celui de retrouver l’univers du minuscule Yok Yok (personnage créé en 1976 pour des dessins animés de la télévision Suisse romande) et de ses amies, Noire la souris et Josée la chenille. A travers eux, le monde est vu en gros plan, superbe, parfois inquiétant. Enfin, sans être jamais sèchement didactiques, ses albums proposent chacun une exploration : celle du monde des oiseaux (pinson, verdier, martinet…) ou celle du parcours de l’eau, de la pluie à la rivière puis à l’évaporation que les petits héros suivent tout au long d’un arc-en-ciel. Le thème de la célèbre histoire de Perlette, la goutte d’eau, est ici revu en beauté.