La Moustache de grand

La Moustache de grand
Alexandre Juza
Didier Jeunesse 2026

Ras le bol des règles !

Par Michel Driol

Dur, dur d’être un enfant pour le narrateur : on peut ni manger autant de madeleines qu’on veut, ni quand on veut. En revanche, on est obligé de finir son assiette de petits pois… Les adultes, eux, font ce qu’ils veulent et quand ils le veulent. Pas de règle pour eux ! Le signe distinctif des adultes ? Les poils… il suffit donc de se fabriquer une moustache pour être grand et faire ce qu’on veut. Oui mais voilà, n’y a-t’il que des avantages à grandir si vite ?

Avec beaucoup d’humour, l’album montre un héros qui, comme tous les enfants de son âge, vit douloureusement les nombreuses règles qu’on lui impose. Plein de malice, quelque peu insubordonné, il fait preuve d’un certain sens de l’observation et de déduction. Les moustaches ne poussent-elles pas comme les plantes ? Mais surtout, il a envie, lui aussi, de faire ses propres choix avant de découvrir qu’ils peuvent être lourds de conséquence : mal au ventre, aux pieds…

L’album vaut par le lien amical qui existe entre le narrateur et une autre rebelle, Sarah. Elle, c’est la douche quotidienne qu’elle ne supporte pas. Sa technique pour se faire une moustache fonctionne moins bien que celle du narrateur, et elle reste petite… mais son amitié reste indéfectible et précieuse !

C’est donc un sujet sérieux qui est abordé par cet album, le désir de devenir grand, de s’affranchir des règles, le désir de jouir d’autant de libertés que les adultes. Mais il est traité de façon particulièrement comique. D’abord en raison de la naïveté bien enfantine du narrateur, de sa vision pleine d’innocence du monde qui l’entoure, qui passe aussi bien par le texte que par l’image. Une langue orale, tant dans le récit que dans les dialogues, vivante, familière, bien à l’image de ce petit garçon déluré. Quant aux illustrations,  elles le montrent sous une tignasse blonde,  avec des yeux et une bouche très expressifs, au milieu de décors envahis d’une foule de détails pittoresques : le désordre de la chambre, la scène de petit déjeuner où tout déborde, ou les enfants sagement alignés dans les couchettes. Tout est là pour faire ressentir la singularité de ce garçonnet, pas plus haut que trois pommes, mais finalement bien décidé à prendre son temps pour grandir !

Un album qui explore avec tendresse le désir de grandir, de s’affranchir des règles, un album qui sait choisir un bon angle de narration, autour d’un personnage attachant entre candeur et malice !

À l’école il y a (encore) des règles!

À l’école il y a (encore) des règles !
Laurence Salaün, Emmanuelle Cueff, Gilles Rapaport
Seuil jeunesse, 2023

… mais on rit toujours autant !

Par Anne-Marie Mercier

À l’école, il y a des règles ! des mêmes auteurs, voilà une nouvelle liste… Le succès de l’ouvrage précédent est confirmé par les nombreuses vidéos que l’on trouve sur Youtube, pas toujours réussies… A contrario, j’en ai vu une, avec une posture que je trouve intéressante et qui illustre ce qu’il ne faut pas faire avec cet album :  on ne se moque pas des enfants, on n’insiste pas sur le fait que leur bonne volonté est souvent  insupportable (le texte le suggère assez), on est juste un peu sarcastique vis-à-vis des ruses des parents ; le tout est dit avec un ton un peu rigide, ce qui va bien avec le texte et fait un contraste comique avec la loufoquerie des images.

Que de règles à apprendre, pour les enfants ! Mais encore que d’humour, aussi bien dans le texte que dans l’image. On y lit l’exaspération des adultes devant les questions répétées, les injonctions ignorées, les inventions et drôleries moins drôles quand il faut en essuyer les conséquences. On y lit aussi tout l’apprentissage nécessaire pour devenir élève…
Au milieu d’injonctions simples, surtout en forme de négation, on trouve des conseils pour persévérer malgré la difficulté, à faire face à ses responsabilités et réparer les erreurs, faire confiance… et ne pas faire la leçon à la maitresse sur le brachiosaure !
Voir quelques pages sur le site de l’éditeur

Rappelons les chroniques de Christine Moulin sur les livres de Gilles Rapaport et Laurence Salaün, Alors, c’est quoi la vie? (2021) et des mêmes, avec déjà Emmanuelle Cueff, C’est quoi être un bon élève ? (2017)

 

Les Mésanges – Abi (tome 1)

Les Mésanges – Abi (tome 1)
Audrey Bischoff
Rouergue 2022

De l’ombre à la lumière

Par Michel Driol

Abi est élève de 4ème. Dans sa famille, il y a sa mère, d’origine américaine, son père, sa sœur et son frère. Un beau matin, sa mère disparait. Et c’est tout l’équilibre familial qui s’en trouve rompu.

Belle galerie de personnage dans ce roman. Il y a d’abord Abi, touchante parce qu’elle fait tout pour passer inaperçue, dans ses tenues, son comportement, Abi qui devra affronter le départ incompréhensible de sa mère, et ses premières règles. Il y Adam, le meilleur ami d’Abi, garçon sympathique et dévoué. Il y a Maël, plus grand, qui semble amoureux d’Abi et auquel elle n’est pas indifférente. Et il y a Lila, une nouvelle copine, l’exact opposé d’Abi, qui ne fait rien pour passer inaperçue, et qui va l’initier à une autre façon de voir le monde. Voilà donc quelques représentants de l’adolescence. Il y a aussi le mystère qui plane sur la disparition de la mère d’Abi, qui semblait tout à fait heureuse, exubérante, mais ce bonheur ne masque-t-il pas des fêlures ? Le ton du roman est enlevé, drôle, montrant comment petit à petit Abi sort de sa zone de confort, de la façon – écologique et hygiéniste – dont sa mère l’a élevée pour aller vers autre chose et assumer sa féminité.

Un premier roman familial, inscrit dans le cadre d’une classe moyenne de banlieue, petits pavillons du lotissement des Mésanges, petits immeubles, dans un milieu où tout le monde se connait pour tracer le portrait d’une certaine adolescence.

Comment devenir un élève modèle

Comment devenir un élève modèle
Audrey Poussier
L’école des loisirs 2021

En 7 leçons et sans ce fatigué

Par Michel Driol

Colette et Mo adorent jouer, et détestent l’école. En 7 « leçons », ils expliquent comment être à l’heure, bien écouter en classe, ne jamais rater l’école, excuser ses absences, faire ses devoirs, être bon camarade, savoir s’adapter aux situations imprévues… Sauf que ces « leçons de sagesse » sont plutôt des façons d’échapper à l’école, de faire l’école buissonnière, de faire croire qu’on est malade, et d’écrire des mots d’excuse à l’orthographe approximative mais qui dénotent une bonne dose d’imagination !

Sous une forme qui tient à la fois de l’album et de la bande dessinée, voici un album qui réjouira tous les cancres… mais pas que ! Deux personnages pleins de vie, un frère et une sœur, malicieux, étourdis, roublards, inventifs, et, au fond, terriblement sympathiques ! Pas de parents, mais un robot  « notre petit bonhomme en chef », métaphore du père ou de la mère, et une maitresse, autoritaire, peureuse, sévère, mais amatrice de bonbons comme les enfants, qui, au fond, l’adorent. Des situations farfelues, où les mots peuvent être pris au pied de la lettre, et des illustrations pleines de gaité, comme ce costume d’école buissonnière. L’album joue sur l’antiphrase, les deux personnages se prétendant sans arrêt bons élèves, alors qu’ils démontrent le contraire dans leur comportement, leurs attitudes. Mais rien de méchant, rien de violent, juste un désir assumé de ne pas se soumettre aux règles de l’école pour vivre sa vie d’enfant, loin des contraintes qui fera sans doute rêver tous les lecteurs en leur donnant l’image du fruit défendu et en les renvoyant à leurs propres pratiques et comportements.

Tout est dit de la complicité qui unit les deux personnages et les lecteurs dans la quatrième de couv’ : sil vou plé, ne dite pas que vous zavé trouvé toute ses idées dans notre livre, on pourrai avoir de cérieux problème. Autre preuve que pour apprécier les transgressions, il faut connaitre les normes et les règles!