Les Pozzi, 10

Les Pozzi, t. 10 (Pozzi)
Brigitte Smadja
L’école des loisirs (Mouche), 2015

La fin d’une série-fleuve

Par Anne-Marie Mercier

Les Pozzi, t. 10 (Pozzi)Voici le dixième volume, enfin ! Non qu’on se lassait, mais l’intrigue au fil du temps devenait un peu ténue et il fallait tout le charme de ce petit monde auquel on avait fini par être sensible (après un début un peu réticent) pour rester attentif aux sorties de nouveaux épisodes.

Fin où tout est expliqué, une sorte de genèse en forme de conclusion : on apprend d’où viennent les Pozzi, leur rapport avec le Lailleurs, l’origine de la guerre… Tout cela ressemble beaucoup à nos mythes, avec le thème des frères ennemis, de l’enfant livré au flots, et ce petit monde prend une allure autre tout à coup.

Voir sur les tomes précédents

Cité Babel, Le grand livre des religions

Cité Babel, Le grand livre des religions
Pascale Hédelin, Gaëlle Duhazé

Les éditions des éléphants, 2015

Religions en voisinage

Par Claire Damon

Cité Babel, Le grand livre des religionsLudique et passionnant, l’album Cité Babel se présente sous la forme d’un immeuble de plusieurs étages. Au rez-de-chaussée se trouve l’épicerie de Monsieur Félix qui est athée, au premier étage vit une famille catholique, au deuxième, une famille juive et au troisième, une famille musulmane.

Cette forme – avec des pages découpées qu’on tourne au gré du hasard et des envies – est le coup de génie de l’album. Jamais rébarbatif, ce documentaire fait découvrir au fil des saisons les temps forts, les rites, les fêtes et les traditions païennes et religieuses. Comme au sein de l’immeuble, ces habitudes et ces croyances se superposent, se respectent, s’invitent et se questionnent. Le vivre ensemble en ressort comme une évidence.

Enquête à l’orchestre : le compositeur est mort

Enquête à l’orchestre : le compositeur est mort
Lemony Snicket, Louis Thomas (ill.)
Pepito Matéo (voix), Nathaniel Stookey (musique)
Traduit (anglais) par Pepito Matéo et Nathaniel Stookey
Didier Jeunesse (un livre, un CD), 2015

Pédagogie musico-policière

Par Anne-Marie Mercier

Enquête à l’orchestreL’enquête est un prétexte pour découvrir les différentes parties de l’orchestre. Le commissaire interroge successivement les différentes classes d’instruments à cordes, puis ceux qui composent les cuivres ou les percussions pour connaître leur alibi, leurs raisons d’en vouloir au compositeur, enfin tout ce qu’un enquêteur veut savoir lors de ses interrogatoires.

C’est bien organisé, souvent drôle (bravo aux traducteurs, le texte est truffé de jeux de mots), les dessins sont pleins d’humour, le CD complète bien l’ensemble : un moyen intéressant de faire connaître la composition d’un orchestre classique à de jeunes lecteurs, mais non un récit qui va bouleverser le monde du roman policier.

Tour à tour sur un fil

Tour à tour sur un fil
Mordicai Gerstein
Le Genévrier (collection Caldecott), 2011

Doubles tours

Par Claire Damon

Tour à tour sur un filJe suis restée aujourd’hui stupéfaite devant l’album de Mordicai Gerstein. Publié pour la première fois en 2003, Tour à tour sur un fil constitue un double hommage : au funambule Philippe Petit qui tendit un fil entre les tours jumelles du World Trade Center et dansa sur la corde raide pendant 45 minutes à 400 mètres du sol, mais aussi aux deux tours effondrées le 11 septembre 2001.

L’histoire, parfaitement fidèle à l’invraisemblable réalité, est efficacement, sobrement, justement racontée. Et les mots sont portés par un style, une technique graphiques, une maîtrise de la couleur et de la mise en page dignes d’admiration.

Quant au sujet du livre, il est passionnant, percutant. L’acte de Philippe Petit – qu’il a lui-même qualifié de « crime artistique du siècle » – vient remuer nos entrailles. Existe-t-il acte plus fou ? Et en même temps, n’est-ce pas là l’acte le plus rebelle et le plus héroïque qui soit ?

Nos Petits Enterrements

Nos Petits Enterrements
Ulf Nilsson, Eva Eriksson
L’école des loisirs (pastel), 2006

Jeux avec la mort

Par Anne-Marie Mercier

Nos Petits EnterrementsTout commence par une journée d’ennui. Esther trouve un bourdon mort, s’apitoie et décide de lui creuser une tombe. Son jeune frère, craintif, écrira un poème : « Un petit être vivant dans le creux de la main, Soudain il n’est plus là, mais sous la terre, lointain ». La cérémonie est touchante, pourquoi ne pas continuer puisque « Le monde entier est plein de morts. Dans chaque buisson il y a une souris, ou un oiseau ou un papillon mort. Il faut que quelqu’un de gentil s’en occupe ».

Le mouvement est lancé et chacun a son rôle : Esther est celle qui creuse, le narrateur est celui qui écrit des poèmes (fort bons) et le jeune Lolo, un ami qui les a rejoints, sera celui qui pleure. Une musaraigne, un hamster, un coq, trois harengs (pris dans le congélateur) et d’autres forment les premiers convois enterrés dans leur clairière secrète. Par la suite, c’est le bord de route qui leur fournit des clients (hérisson, lapin écrasés). A chacun ils donnent un nom, une vie, une parentèle éplorée. Les illustrations ont fait le choix de la légèreté et de l’esprit d’enfance ; le vert et le brun se succèdent ou se complètent dans cet album qui parle de la mort avec vivacité, humour et tendresse.

La vie nocturne des arbres

La vie nocturne des arbres
Bhajju Shyam, Durga Bai, Ram Singh Urveti,
Actes sud junior,

Les sens de l’arbre

Par Claire Damon

La vie nocturne des arbresLa vie nocturne des arbres est un livre, et bien plus que cela. La preuve, il a une odeur. Une odeur d’Inde, mélange de papier et de bois de santal. L’acte que l’album impose est – plus qu’une lecture – une déambulation lente et silencieuse au fil des épaisses pages noires. Tous les sens sont mis en éveil.

Ce somptueux album au tirage limité reproduit des œuvres originales en sérigraphie des planches de trois artistes vivants héritiers de la tradition gond. Les textes sur la page de gauche placent les arbres au cœur du monde et témoignent des croyances animistes de ce peuple.

Le peuple Gond du centre de l’Inde fait partie de ces tribus très proches de la nature, à la marge de la société classique, qui intriguent et fascinent les hommes et femmes que nous sommes. Sortant – grâce à ce type d’ouvrages – de notre monde mondialisé, on découvre avec bonheur d’autres cultures très riches, fondamentalement différentes de la culture dominante, qui savent s’entendre avec la nature.

Il s’agit d’une réédition de l’album, publié en 2013.

Les Mous

Les Mous
Delphine Durand
Rouergue, 2015

Vive les mous !

Par Anne-Marie Mercier

lesmousQu’est-ce qu’un mou ? une bestiole sympathique, de forme indéterminée, plutôt arrondie, « cool », « niais », ils vivent sous terre, sont sociables. Il y a toutes sortes de mous. Ils ressemblent un peu aux Gibis pour ceux qui connaissent les Shadocks, l’intelligence et la gaieté en moins.

Si vous êtes séduits après la lecture de cette encyclopédie et souhaitez avoir un mou chez vous, sachez que le mou apprivoisé demande des soins. En fin de volumes, vous trouverez toutes sortes de conseils…

Parodie d’encyclopédie jubilatoire !

C’est juste Stanley

C’est juste Stanley
Jon Agee

Ecole des loisirs, 2016

Chien fou?

Par Claire Damon

C’est juste StanleyDans C’est juste Stanley, les membres de la famille Wimbledon sont dérangés dans leur sommeil par les activités quelque peu bruyantes du chien Stanley. Infatigablement, il semble qu’il répare la cuve à mazout, prépare un bouillon de poisson, débouche la baignoire. Malgré son mutisme, c’est bien autour de ce personnage de Stanley, montré en hyperactivité, que le récit tourne.

On croit avoir affaire à un récit du quotidien empreint d’humour et de fantaisie, à un mini drame familial dans un « picture book » à la John Burningham. L’album recèle quelque chose de très british, on pense à Wallace et Gromit. Mais la fin, percutante, fait prendre au livre une dimension inattendue, extraordinaire et romantique…

La chute, réjouissante, assez abrupte, donne en effet un nouveau jour au début du récit.

Yen Yen le Panda géant

Yen Yen le Panda géant
Fred Bernard, Julie Faulques
Nathan / Museum national d’Histoire naturelle, 2014

Vie et mort d’un Panda

Par Anne-Marie Mercier

Yen YenRien de choquant dans cet album qui retrace la vie du panda du Zoo de Vincennes : on ne l’a pas arraché à sa famille, il s’est simplement perdu dans les bois… Puis la Chine l’offre à la France, et il fait les délices des visiteurs. Il semble ne pas être mécontent de sa situations, très occupé à manger (« les pandas aiment la solitude »).

Les visiteurs du Zoo aimeront avoir un souvenir de l’animal, mais les autres resteront sans doute sur leur faim.