Deux singes dans une cuisine

Deux singes dans une cuisine
Giovanna Zoboli, Guido Scarabottolo
Le Joie de lire, 2006

Le monde vu d’en haut

Par Anne-Marie Mercier

Deux singes dans une cuisineAdrien a un livre où il y a des singes, des arbres à lianes, des girafes, etc. Il y voyage tandis que sa sœur n’y voit que « sornettes » : « les singes ne sont que des singes ». Pour voir la vérité de l’imaginaire, il suffit de changer de point de vue : Adrien l’entraîne vers les hauteurs, celle de la table, puis de l’armoire de la cuisine. D’en haut, la pièce se métamorphose, la lampe devient la lune, la table un zèbre, tandis que les deux enfants mangent des bananes en attendant le retour de leur mère.

Le texte en vers de mirlitons est fantaisiste en diable, les images colorées laissent place au rêve, prenons de la hauteur !

Dansez vieux géants !

Dansez vieux géants !
Gérard Moncomble, Sarah Mercier
Didier Jean et Olivier Payrat (musique)
Utopiques (une histoire en musique), 2015

Carnaval des géants

Par Anne-Marie Mercier

dansez-vieux-geants-9791091081160_0L’album présente la tradition des géants du nord à travers une fiction (pas très convaincante à mon avis) : ces géants se sentent fatigués, il sont vieux… mais les supplications de la foule leur donnent une énergie nouvelle. Les illustrations, assez spectaculaires, font l’intérêt de l’album.

Un CD est joint, qui propose la lecture du texte avec un fond musical intéressant, mêlant claviers et Oud.

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit
Val Teal, Robert Lawson
Traduit (anlais, USA) par Camille Gautier
Autrement (Vintage), 2015

Vive le son,  vive le son !

Par Anne-Marie Mercier

Histoire de la petite damePublié en mars 2015, cet album est sans doute le dernier de la collection Vintage d’Autrement : cet éditeur a arrêté son secteur jeunesse depuis.

Et c’est bien dommage, notamment pour cette collection qui avait fait reparaître Livre de Mc Cain et Alcorn et qui donne à la petite dame qui aimait le bruit, publié pour la première fois en 1943, une nouvelle jeunesse.

En deux mots, une dame quitte la ville pour s’installer dans une ferme. Le bruit lui manque : elle fait venir successivement une vache, un chien, un chat, des poules, des oies, etc, jusqu’à un tacot pétaradant qui la ramène en ville où elle découvre une autre source de bruit qui lui manque encore : des enfants ! Hop, elle en enlève deux et son bonheur est parfait et sa tranquillité nulle.

Chaque page présente la nouvelles acquisitions dans un beau dessin à l’encre et quelques zones de couleurs (jaune, rouge, rose, noir). Dans le texte, sur la page de gauche, les onomatopées s’accumulent en lettres rouges, la lisibilité et l’esthétique sont parfaites, l’histoire réjouissante, une belle leçon pour les anti-bruits !

Le livre sans images

Le livre sans images
B.J. Novak
L’Ecole des Loisirs 2015

Le livre le plus dingo du monde ?

Par Michel Driol

livre-sans-images-novakUn album sans images dans un monde où nous sommes envahis par les images ? D’apparence sérieux (sage couverture élégante, titre en noir, auteur en bleu), ce livre part du postulat qu’il y a un adulte lecteur et un enfant auditeur  et met en scène cette situation particulière de lecture par un adulte à un enfant. Et le texte joue de ce postulat, obligeant l’adulte à dire des choses insensées, à chanter, et à faire des bruits rigolos… Toutefois, même si l’adulte-lecteur résiste, se rebelle, le pacte de lecture (tous les mots doivent être dits à haute voix par la personne qui fait la lecture) l’entraine toujours plus loin… jusqu’à demander à l’enfant-auditeur de choisir, la prochaine fois, un livre avec des images…

Cet album met en évidence le plaisir du texte, du texte seul, qu’il construit comme unique source de jubilation quand il entraine le couple lecteur-auditeur dans les voies insolites proposées par la mise en abyme.  De la sorte, le livre entraine dans l’aventure de la lecture, une aventure qui transforme nos relations avec les autres, nous conduit à jouer des rôles, bouleverse ce que nous sommes pour notre plus grand plaisir. L’adulte-lecteur se retrouve bien malgré lui coincé entre le livre prescripteur et l’enfant-auditeur tyran, qui veut bien sûr avoir la suite… Toutes les ressources de la typographie (couleurs, lettrages, corps, polices…) animent les pages avec fantaisie, tandis que la voix de l’adulte-lecteur reste prisonnière d’une petite police sans-Serif. Le rire – très carnavalesque – est mis ici au service du rabaissement et de la déconstruction de l’adulte-sérieux au profit d’une complicité avec l’enfant-auditeur.

Un livre jubilatoire sur le pouvoir et le plaisir des mots…dans la lignée de Rabelais et de Lewis-Caroll.

Dada

Dada
Germano Zullo, Albertine
La Joie de lire, 2013

La plus belle conquête du cheval

Par Anne-Marie Mercier

 

dadaVoici les aventures de deux amis-collègues, Roger Canasson, jockey, et son cheval, nommé tout simplement Dada. Ils vivent en parfaite harmonie, prennent le thé ensemble dans leur salon, et on peut croire « qu’ils ne constituent qu’une seule et même personne ». Quand Dada le champion manque les obstacles, que faire ? Lui faire passer toute sorte de scanners, lui faire prendre des vitamines, l’emmener chez un psy, au repos à la mer ?

Les illustrations sont loufoques à souhait comme le tire peut le faire penser, colorées, inventives, dans le style d’Albertine qui forme une paire gagnante avec Germano Zullo depuis longtemps.

Les Aventures de la petite souris

Les Aventures de la petite souris
D’après Sara Cone Bryant, Simone Ohl (ill.)
MeMo, 2014

Eternelle souricette

Par Anne-Marie Mercier

Les Aventures de la petite sourisSara Cone Bryant, pédagogue américaine, a publié en 1905 Comment raconter des histoires à nos enfants, ouvrage sur les contes adaptés à l’enfance et proposé quelques récits, dont celui-ci, publié par Nathan entre 1946 et 1948, dans la série des Belles images, belles histoires ». Son histoire de Souricette est effectivement un conte qui a fait ses preuves et est devenu un classique, comme la Petite Poule Rousse ou les Trois petits cochons qu’elle a adaptés, ou comme Poucette, à laquelle elle emprunte des épisodes.

Courant après une noisette, Souricette part dans un souterrain et se retrouve prisonnière d’un lutin qui enles aventures petite souris1 fait sa domestique, jusqu’à ce qu’elle s’échappe enfin. Les dessins de l’illustratrice bien connue Simone Ohl ont un parfum d’enfance etd veiux souvenirs, tout en réservant bien des surprises au regard exercé. La réalisation est superbe : on voit rarement des rouges aussi éclatants et chauds, des ombres aussi subtiles, une impression proche de la qualité d’un original.

Le site legende et conte propose des texte du même auteur

 

Le Japon d’Anno

Le Japon d’Anno
Mitsumasa Anno
Traduit (japonais) par Jean-Christian Bouvier
L’école des loisirs, 2014

Le Japon en « énergie basse »

Par Anne-Marie Mercier

Le Japon d’AnnoL’école des loisirs a publié en 2010 un album de Mitsumasa Anno inspiré par un rouleau de peinture sur soie « Jour de Qingming au bord de la rivière », qui proposait une vision de la Chine « éternelle ». On retrouve la même esthétique de dessin aquarellé, des images sans texte mais avec quelques explications en fin de volume et une carte géographique qui permet de situer les lieux.

ici, c’est une vision datée avec précision, même si certaines images semblent hors du temps : Anno a représenté le Japon de son enfance, celui de l’après guerre. Un texte en fin d’album explique le propos et le situe dans le contexte du « grand tremblement de terre de l’est du Japon », dit aussi « catastrophe du 11 mars (2011) », ou catastrophe de Fukushima. Si les images ont un charme qui dit le silence, l’espace paisible (beaucoup de scènes sont en vue plongeante), les réjouissances (fêtes, danses, spectacles) et l’espace traversé (routes, rivières, navires…), avec nostalgie le texte est un plaidoyer pour un arrêt des énergies nucléaires et pour que l’on se prépare à se passer de toute cette électricité, quoi qu’il en coûte, comme au temps de l’enfance d’Anno.

Sann

Sann
Chen Jiang Hong
L’école des loisirs, 2014

A renverser les montagnes

Par Anne-Marie Mercier

SannLe format, presque carré, le fond noir de la couverture sur laquelle se détache le costume bleu du petit Sann et les têtes blanches de trois dragons font déjà de cet album un livre à part. A l’intérieur, si l’histoire est un joli conte dans lequel la ténacité d’un enfant arrive littéralement à déplacer des montagnes, les images sont saisissantes de beauté, de profondeur. Encres, gouaches et aquarelles ont un magnifique rendu, la tonalité d’ensemble, noire, fait ressortir les rares couleurs, un tissu rouge qui réapparait comme un leitmotiv, le safran de la robe du sage que l’on retrouve dans le ciel de la dernière page. Superbe !

8 minutes et 19 secondes

8 minutes et 19 secondes
Rascal, Hubert Grooteclaes
L’école des loisirs (Pastel), 2014

Album pour un adieu

Par Anne-Marie Mercier

8 minutes et 19 secondes8 minutes et 19 secondes, c’est le temps mis par la lumière du soleil pour parvenir jusqu’à nous. Le « Je » qui parle dans cet album évoque une séparation, la souffrance due à l’absence. Qui est mort, ou parti ? on ne le saura pas (« Maman dit que c’est pour toujours »). Mais on entend une voix qui parle de souvenirs, de proximité, de regards tendres plus rapides que la lumière, et plus durables aussi. Les jours passent, avec le triste et le gai. Passé l’hiver, le printemps revient.

Les photographies d’ Hubert Grooteclaes, tantôt en noir et blanc, tantôt en surexpositions à peines colorées, commentent autant qu’elles accompagnent le beau texte de Rascal, pudique et émouvant. L’album au format à l’italienne très allongé laisse durer le plaisir du regard en page de droite, et met le texte à nu sur beaucoup de blanc en vis-à-vis.

Les Métamorphoses d’Ovide

Les Métamorphoses d’Ovide
D’après Ovide, Françoise Rachmuhl, Nathalie Ragondet
Flammarion (Père Castor), 2015

Métamorphoses métamorphosées

Par Anne-Marie Mercier

meta rachmulhOn ne compte plus les adaptations des Métamorphoses d’Ovide dans les périodes où elles sont au programme des écoliers, ce qui est à nouveau le cas depuis quelques années, après une longue éclipse. Dans celle-ci, le texte de Françoise Rachmuhl (qui a publié aussi en collection de poche des récits tirés des Métamoprhoses) est relativement fidèle au texte, qui a été modernisé et simplifié (on pourra toujours contester la traduction non ambiguë du texte sur la fin de l’histoire de Daphné, mais c’est un choix qui est fait par de nombreux traducteurs). L’originalité est surtout dans le choix des épisodes, certains étant peu connus. Pan et Syrinx, la corne d’abondance d’Acheloüs, les oreilles de Midas, sont moins fréquemment transcrits que les histoires de Daphné, Pygmalion, Philémon et Baucis, les Piérides, Phaéton ; quant à celle d’Orphée, elle se limite souvent à la deuxième mort d’Eurydice et n’inclut pas, alors que c’est le cas ici, l’épisode des Bacchantes.

Les illustrations sont charmantes, elles évitent l’académisme et la mièvrerie, sauf lorsqu’il est question d’Apollon. Les filles et déesses sont au contraire parfaites, fraiches, avec du caractère et le cadre naturel stylisé parfaitement.