Je veux ma tétine / Bernard et le monstre

Je veux ma tétine
Tony Ross
Traduit (anglais) par Anne de Bouchony
Gallimard jeunesse (l’heure des histoires), 2015

Bernard et le monstre
David McKee
Traduit (anglais) par Christine Mayer
Gallimard jeunesse (l’heure des histoires), 2015

Tétine thérapie / Des parents trop occupés

Par Anne-Marie Mercier

Une princesse accrochée à sa tétine, les multiples occasions où elle la perd, où on la lui enlève, la cache, ses colères, les leçons qu’on lui assène en vain jusqu’à l’argument final qui en aura raison… Les situations sont variées et drôles, les dessins pleins d’humour, et l’argument final (la tétine est l’objet d’un être fermé sur lui-même) convaincant, a priori.

 

 

Quand Bernard veut parler à sa mère ou à son père il a toujours comme réponse « pas maintenant Bernard », même lorsqu’il leur dit qu’il y a un monstre dans le jardin. Il faut dire qu’ils sont très occupés à des tâches très genrées (bricolage pour le père et vaisselle ou soin des plantes pour la mère). Le monstre dévore Bernard, entre dans la maison et…

Un joli petit album sur les parents trop occupés pour voir quoi que ce soit. On se demande comment le monstre va s’en sortir…

Les théories de Suzie

Les Théories de Suzie
Éric Chevillard, Jean-François Martin
Hélium, 2015

Par Anne-Marie Mercier

Pourquoi le ciel est-il bleu ? Qu’y a-t-il eu en premier, l’oeuf ou la poule ? Pourquoi la terre est-elle ronde? Comment fait-on les enfants ?
À toutes ces questions, Suzie à des réponses. Celles-ci sont à hauteur d’enfant, partant de ses sensations, de ses premières fois, de ses étonnements et développant sa logique, imparable.
Suzie a réponse à tout, et les illustrations d’une apparente simplicité de Jean-François Martin, où le rouge et le blanc dominent, montrent l’évidence de ses certitudes.

quelques pages sur le site de l’éditeur

 

La Valise de Lolotte

La Valise de Lolotte
Clothilde Delacroix
L’école des loisirs (Loulou et cie), 2014

Par Anne-Marie Mercier

Comment faire quand on est déçu par un cadeau d’anniversaire, trop raisonnable, trop utile ?  C’est l’expérience que fait le petit cochon Lolotte en découvrant une valise au lieu du costume de super héros dont elle rêvait. Grâce à ses amis qui lui suggèrent tous les usages possible de l’objet pour inventer de multiples jeux, tout finit bien.

Chaque double page de cet album au format carré, en carton épais, offre un univers différent et coloré, un florilège de jeux d’enfants, du « faire comme si » aux équilibres les plus hardis, pour les petits.

Depuis, on a fait mieux encore : allez voir Pablo et la chaise de Delphine Perret sur le site de l’éditeur : Les fourmis rouges : une petite merveille

L’explorateur

L’explorateur
Bonnefrite
Le Rouergue, 2015

Ecarquilleur d’yeux

Par Anne-Marie Mercier

Voici un album qui fait partie de la catégorie, rare autrefois mais de plus en plus nombreuse aujourd’hui, de ceux qu’on délaisse immédiatement ou qu’on regarde à l’infini.

Principe si simple qu’il en est étonnant : sur des pages colorées de formes a priori abstraites, on place des ronds noirs, représentant, a priori les jumelles ou l’écarquilleur d’yeux de l’explorateur, mais qui deviendront, si l’on cherche bien, des monstres, selon le principe que tout être humain cherche un visage dès qu’il en a un indice, même petit.

Belle matière, belles rencontres colorées qui exhibent parfois le geste qui les a créées, marquées de craquelures et de stries, les doubles pages offrent un espace où rêver, tantôt avec les deux « yeux » déjà en place, tantôt sans et c’est au lecteur de les fabriquer et de les placer.

 

 

Jean-Yves à qui rien n’arrive / Huit farces pour collégiens

Jean-Yves à qui rien n’arrive / Huit farces pour collégiens
Pierre Gripari, Illustrations de Till Charlier
Grasset-jeunesse, 2013 et 2015

Mine de contes

Par Anne-Marie Mercier

Jean-Yves n’a « rien à raconter », dans la mesure ou à part naître, il ne lui est rien arrivé, dit-on. Mais, disant cela, on oublie qu’il a été abandonné peu après. Ce petit détail peut-il expliquer à la fois sa solitude et sa capacité à inventer des histoires ? Celles-ci sont rapportées par le narrateur, un enfant qui est devenu son ami. Elles illustrent le pouvoir des contes : ils guérissent des terreurs enfantines et permettent de comprendre bien des choses ou d’embellir une réalité qui serait plate sans cela.

C’est aussi un ouvrage qui apprend l’art du conte : si les histoires sont complètes au début, assez vite une perturbatrice (pointe de  misogynie ?) se glisse entre l’enfant et Jean-Yves et l’empêche de finir correctement ses histoires ; il faut combler les blancs. On y retrouve aussi l’acidité et l’irrévérence de la pensée de Gripari : scatologie, goût du bizarre, dialogues à la logique imparable.

Les éditions Grasset poursuivent leur entreprise de réédition de Gripari, initiée en 2012 avec les Sept farces pour écoliers, elles aussi illustrées par Till Charlier (mais c’est toujours Claude Lapointe pour les célèbres contes de la rue Broca et de la Folie Méricourt).

Les Huit farces pour collégiens proposent des pièces à jouer, de deux à sept personnages, qui pour la plupart reprennent les classiques de Gripari : le géant aux chaussettes rouges, la sorcière du placard à balais, la sorcière de la rue Moufetard, la fée du robinet, etc. Un dialogue savoureux met en scène Perrault dialoguant avec le loup, puis la Mère-grand et le Chaperon rouge, venus pour l’annonce qu’il a mise dans la presse pour  leur proposer un rôle : il ne fait pas bon être conteur de nos jours !

140 astuces strictement réservées aux ados

140 astuces strictement réservées aux ados
Alda Bournel, Gregory Bricout
De la Martinière jeunesse, 2014

Par Anne-Marie Mercier

Dans une mise en page efficace alternant gros titres, encarts de couleurs, principes numérotés, textes courts et simples  et illustrations très colorées, belles et drôles, on vous dit tout sur l’amour, l’amitié, la famille, le collège et on vous donne le début d’une solution à bien des problèmes. Ce livre est aussi du côté d’une approche raisonnable : oui ; l’école sert à quelque chose. Non, le mensonge n’est pas la bonne solution, etc.

Le titre est donc trompeur à plus d’un titre, comme la couverture qui indique un contenu explosif : ce ne sont pas que des « astuces », des trucs pour esquiver, et ce n’est pas « réservé aux ados » : les adultes qui y jetteraient un œil n’y verraient rien à redire. Le premier chapitre joliment intitulé « TOI en mieux » propose d’arriver à surmonter les difficultés intérieures,  surmonter les peurs, s’organiser, être à l’heure, masquer son ennui, contrôler sa colère… Ce livre ne s’adresse-t-il qu’aux ados ? on peut supposer qu’il pourrait accompagner longtemps le lecteur, à moins d’avoir été si efficace qu’il n’en ait plus besoin ? « Nathanaël, jette mon livre »…

 

 

 

Je suis qui je suis

Je suis qui je suis
Catherine Grive
Rouergue 2016,

 Trouver son genre et son chemin

Par Maryse Vuillermet

Raph ne part pas en vacances car sa maman est sur le point d’accoucher. Elle s’ennuie donc et s’est mise à voler le courrier dans les boites aux lettres de son immeuble.

Et puis, il y a un autre problème, elle est remplie de chagrin et depuis très longtemps, elle n’est bien qu’avec les garçons et dans des activités de garçon. Elle fait la tête même avec ses amis.

Et puis,  grâce à son copain Bastien, elle rencontre Sarah, la première fille avec qui elle peut être amie et qui l’écoute sans la juger.

Mais elle est surprise en flagrant délit de vol de courrier et tout va s’accélérer. Dans ce roman, il est bien clair que si Raph commet des délits, c’est parce qu’elle ne va pas bien et ne sait pas comment et à qui exprimer son mal-être.

D’où l’importance de l’amitié, de trouver une personne jeune ou adulte qui sache vraiment écouter.

Un joli roman sensible et bien écrit auquel je mettrais un seul bémol : l’immeuble et ses habitants, comme microcosme de la société, est rempli d’humains vraiment compréhensifs, je me demande si tout se passerait ainsi dans la vraie vie.

 

De givre et de plumes

De givre et de plumes
Edwidge Planchin, Fabienne Cinquin
Editions du Hêtre, 2016


Par Clara Adrados

Très bel album qui aborde un sujet relativement tabou et difficile : la mort d’un nouveau-né.

A travers l’histoire de Grand et de Tout-Petit, le lecteur découvre la joie de l’attente d’un enfant puis la tristesse de perdre cet enfant avant même qu’il ait pu vivre autrement que dans les rêves des êtres qui l’entourent.

Grand, un pingouin, et son enfant Tout-Petit, vivent en harmonie ensemble. Lorsque Tout-Mini arrive soudainement sous la forme d’un œuf dans le trou de givre et de plumes.

Le Tout-Petit est un peu jaloux, un peu effrayé de ne plus avoir ses moments de bonheur avec Grand. Mais ce dernier le rassure.

Tout aussi soudainement que l’arrivée de l’œuf, on apprend que Tout-Mini est sorti trop tôt, il est mort. Tout-Petit s’interroge : « Quand est ce qu’il sera plus mort, Tout Mini ? », « Quand on est mort, on ne peut plus revenir. » lui répond Grand.

Les illustrations, aux couleurs pastel et douces avant la mort de Tout-Mini, laissent place à des images sombres, représentant un monde de neige, de froid, de tristesse. Les images en double pages montrent la distance qui s’opère entre Tout-Petit qui cherche son parent, et Grand qui veut cacher ses larmes, pour éviter que Tout-Petit ne « cesse de grandir ».

Les larmes de Grand sont dévorantes, elles font fondre la neige, Grand ne peut que plonger dans l’eau pour se calmer… loin du monde, loin de son petit. Les illustrations sont fortes de la détresse de Grand et de Tout-Petit. Grand va dans les profondeurs pour s’isoler du monde tandis que Tout-Petit se retrouve seul dans un monde effrayant, peu rassurant.

Puis Grand reprend conscience que son petit a besoin de lui, il sort et protège son petit, le fait sourire … et espère que Tout-Mini les entend et rie de leurs jeux.

Cet album plein de douceur évoque avec justesse la difficulté de faire son deuil pour continuer à vivre, à faire sourire son enfant, en imaginant que l’enfant non né sourit peut-être dans un ailleurs. On notera que les droits d’auteurs sont reversés à l’association Kaly qui soutient les personnes touchées par la mort d’un bébé ou d’un enfant.