Crevette

Crevette
Elodie Shanta
La Pastèque, 2019

A l’école des sorciers/ de la vie

Par Anne-Marie Mercier

Une petite fille nommée Crevette est orpheline et pleure tout le temps : elle est seule dans sa petite maison des bois, malgré le fait que sa mère défunte lui parle depuis l’urne où sont placées ses cendres, et en plus on l’a refusée à l’examen d’entrée à l’école de sorcellerie, alors qu’elle voulait être sorcière comme sa mère.
Heureusement, elle est recueillie par des voisins un peu bizarres : Gamelle qui ressemble à un chat gris, Joseph le diablotin rouge, Mistigriffe le chat (un vrai, mais qui a été mordu par un vampire et a des petites ailes sur le dos). Gamelle l’aide à préparer son examen et à planter les graines de plantes à potions, Joseph est un peu moins présent (il travaille à l’extérieur – curieux comme ces êtres, mâles, non humains, ont des comportements genrés. Elle finit par intégrer l’école, viennent les cours (assez drôles), la rencontre de l’amie et de l’ami…
L’histoire est découpée en courts épisodes, ce qui donne à ce livre assez épais (114 pages, très aérées) beaucoup de lisibilité. Les dessins sont esquissés à gros traits et très simplement mis en couleurs, ce qui donne à l’ensemble une allure enfantine et maladroite (la dernière page laisse penser que c’est Crevette l’auteure).
L’ensemble est charmant et parfois un peu acide, souvent drôle : les cours de runes et de potions sont cocasses. Il propose une vision de toute sorte d’initiations à travers l’épreuve de la solitude et des différents stades du deuil, des examens qu’on réussit ou pas, de la jalousie, de l’amour, de la perte, mais aussi les pouvoirs de l’amitié et de l’entraide, et la nécessité de la confiance et du dialogue.

Le Cercueil à roulettes

Le Cercueil à roulettes
Alexandre Chardin
Casterman 2020

Fils des mères encore vivantes, n’oubliez plus que vos mères sont mortelles (Albert Cohen)

Par Michel Driol

La mère de Gabriel décède des suites d’une longue maladie. Elle a émis le souhait d’être enterrée à côté de son mari, le père de Gabriel. Or ce dernier, homme que Gabriel détestait, les avait quittés et l’adolescent ne supporte pas de voir sa mère enterrée à côté de son père. Il prend alors une décision assez folle : exhumer le cercueil, le mettre dans une petite voiture à roulette, et chercher le meilleur endroit pour y laisser reposer sa mère.

Le roman se découpe en deux parties : le décès de la mère et ses conséquences sur Gabriel, qui a perdu ses repères, et navigue entre son ancienne maison, sa tante et une amie de sa mère, qui font de leur mieux pour l’épauler. Puis la seconde partie, road movie dans lequel Gabriel descend vers le sud, sur un parcours géographiquement assez bien inscrit entre Avallon et Digoin. Ce qui frappe d’abord dans ce roman, c’est le personnage même de Gabriel, son évolution, et le lien qu’il entretient avec sa mère, à laquelle il parle sans cesse, la façon dont s’entremêlent colère et tristesse. Il n’est pas indifférent que l’auteur ait fait le choix d’un récit au présent à la première personne : façon de mieux faire entrer le lecteur dans l’intimité, les sentiments, les réactions, le point de vue de son héros, de permettre de mieux le comprendre sans le juger.  Ce qui frappe ensuite, c’est l’extraordinaire bienveillance et humanité de la plupart des personnages adultes que rencontre Gabriel. Cela va d’un gendarme à un curé, d’un paysan à un immigré, d’un fossoyeur à un patron de friterie au bord de la route. Pour tous, faire preuve de fraternité et de solidarité, venir à aide à ce garçon mutique, qui cache son secret apparait comme une évidence, tout en respectant ses silences.

Pourtant, le sujet est difficile, et on peut concevoir que quelques lecteurs seront choqués par l’acte assez inouï – et illégal – de Gabriel. Pour autant, grâce à l’écriture d’Alexandre Chardin, il n’y a rien de morbide ou de glauque dans ce roman d’amour filial qui a plutôt un côté lumineux dans la façon dont Gabriel accompagne sa mère, et est accompagné par tous ceux qu’il rencontre, dont il note le nom sur la voiture qui transporte le cercueil. Tout se déroule au sein d’une nature où l’on croise des traces de loups, où l’on attend la pluie, jusqu’à la destination finale, qu’on ne révélera pas ici, mais dont on dira qu’elle est hautement symbolique : à chacun de créer son propre chemin, unique, vers un lieu à la fois inconnu et familier. Façon de dire n’effacez pas nos traces, que c’est le chemin qui nous fait, et non nous qui faisons le chemin. On songe bien sûr à Machado :

Voyageur, le chemin
Ce sont les traces de tes pas
C’est tout ; voyageur,
Il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant

Tout à la fois réaliste et allégorique, voici un roman que l’on pourrait qualifier d’apprentissage plein d’humanité qui parle de deuil et d’amour filial.

 

Où es-tu, Loup ?

Où es-tu, Loup ?
Sandra Dieckman
Père Castor 2020

Se souvenir des belles choses, et de ceux qu’on a aimés…

Par Michel Driol

Renarde et Loup passent une merveilleuse journée à jouer, nager, et le soir Loup dit ces mots mystérieux : Demain, je brillerai comme une étoile. Le lendemain, Renarde cherche Loup, dont la tanière est déserte. Elle grimpe en haut de la montagne, pour s’approcher de l’étoile la plus brillante, appelle Loup, Puis elle tire à elle la couverture de la nuit, et s’y enveloppe, dans le noir, jusqu’au moment où les étoiles brillent et lui montrent sa patte, vivante. Alors Renarde remet en place le velours de la nuit et décide de vivre tout en se souvenant de Loup.

Voilà un album tendre, poétique et métaphorique pour parler de la disparition des êtres chers, de leur souvenir, du deuil et de la vie. La luxuriance des images, qui foisonnent de détails et adaptent leurs couleurs aux sentiments des deux protagonistes, contraste avec l’extrême sobriété du texte.  Si le texte nomme simplement les deux personnages par Renard et Loup, les illustrations les montrent différents de taille, laissant à supposer une jeune Renarde et un vieux Loup. Renarde est montrée d’abord à quatre pattes, puis de plus en plus dressée sur les pattes arrière, comme si elle gagnait en humanité au fil du texte. Pas une seule fois le mot mort n’est écrit, le texte laissant ainsi chacun comprendre, à son niveau, selon son vécu, les raisons des propos mystérieux de Loup et de son départ. Le bouleversement de Renarde à la suite de la disparition de Loup se traduit de différentes manières : d’une part la rotation du sens de lecture sur une première double page, qui éloigne encore plus les étoiles dans le ciel et Renarde sur terre. D’autre part l’inscription du texte dans l’image, sous forme de vagues, d’ondes, projetant en quelque sorte les actions de Renarde dans le cosmos. Enfin par un passage au merveilleux avec Renarde qui s’enveloppe dans la nuit, belle façon de dire le deuil, l’absence, l’envie de se retirer du monde avant que la vie, sous la forme d’étoiles, ne reprenne ses droits.

C’est ainsi une belle leçon de vie que donne Loup à Renarde : se souvenir n’empêche pas de vivre, de profiter de la vie. Et c’est sur un sourire de Renarde, dans le printemps de la jeunesse, dans un paysage magnifique, que se termine cet album qui touche au merveilleux pour mieux dire le merveilleux de la vie.

 

Les Tartines de rillettes

Les Tartines de rillettes
Simon Priem – Carla Cartagena (illustratrice)
Utopique 2019

Faire son deuil…

Par Michel Driol

Louis vit seul avec son grand-père. C’est un après-midi ensoleillé. Le grand père fait son jardin. Louis ne parle pas beaucoup, se cache et se blottit dans les coins, ou joue à piloter la verrière comme un avion. Surgit alors le souvenir, celui de la fin des nuits étoilées, annoncée par le grand-père. Louis ose s’aventurer dans l’atelier de son grand-père, où il n’a pas le droit d’entrer. Il y découvre que celui-ci fabrique des voitures miniatures grises, comme celle dans laquelle sa maman a eu un accident. Surgit alors un second souvenir, celui des nuits étoilées que Louis regardait avec elle. Le grand-père propose alors à Louis de colorier les voitures de toutes les couleurs, avant de partager les fameuses tartines de rillettes.

Sur cette difficile question de la mort des parents et du deuil, Simon Priem et Carla Cartagena signent un album tout en délicatesse et en demi-teinte. Tous les lecteurs ne comprendront pas le décès de la mère, sa disparition étant traitée de façon implicite, allusive et métaphorique. C’est ce qui fait la force de l’album. On évoque ainsi les nuits étoilées, comme un leitmotiv qui revient trois fois. Au lecteur de faire les liens, de comprendre ce qui est suggéré finement dans le texte et dans l’illustration. Les deux personnages principaux sont attachants, maladroits et solitaires dans leur deuil. Tous deux cherchent des refuges, l’un dans les coins,  où il semble disparaitre, l’autre dans son atelier, à fabriquer des voitures à l’image de celle où sa fille a trouvé la mort. Deux personnages qui se ressemblent : même mutisme, mêmes lunettes rondes, que seule la couleur différencie, yeux embués chez l’un, reniflements chez l’autre. Deux personnages qui se blottissent l’un contre l’autre et que rapprochent les tartines de rillettes. On notera aussi la belle construction de l’album, qui s’ouvre et se ferme sur des textes et des images quasi identiques, mais soulignant avec subtilité ce qui a changé, et la façon dont ce qui était endormi se réveille. Les illustrations de Carla Cartagena introduisent le lecteur dans un monde lumineux, et font alterner des plans de maison familiale traditionnelle avec les gros plans des visages expressifs des trois personnages principaux.

Un album subtil, avec des personnages attachants, qui respecte le lecteur et lui fait entrevoir les relations complexes entre les êtres touchés au plus profond d’eux-mêmes par une disparition douloureuse.

 

A la poursuite de ma vie

A la poursuite de ma vie
John Corey Whaley, Antoine Pinchot (trad.)
Casterman, 2015

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » (Héraclite)

Par  Christine Moulin

Cela commence très fort: « Voilà: j’étais vivant, et puis je suis mort. C’est aussi simple que ça. Sauf que je suis de retour. Ce qui s’est passé dans l’intervalle est pour moi un peu flou. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ma tête a été séparée de mon corps  puis placée dans un congélateur de l’hôpital de Denver, dans le Colorado ».

Comme on le voit, le narrateur, Travis Coates, a eu le droit à un traitement tout à fait spécial et expérimental: alors qu’il était atteint d’une maladie mortelle, on a congelé sa tête pour la transplanter sur le corps d’un donneur. L’incipit met en scène son « réveil », cinq ans et un mois après.

Ce qui emporte tout de suite l’adhésion, après ce début  légèrement (!) rocambolesque, c’est que l’auteur en déduit les conséquences présentant un intérêt romanesque, de la façon la plus réaliste possible, étant données les circonstances: Cate, la petite amie de Travis est fiancée, par exemple, ses parents ont jeté toutes ses affaires, son ordinateur met trois jours à installer ses mises à jour !…

L’intérêt ne faiblit pas car très vite, des « couacs » laissent deviner que revenir à la vie n’est pas chose facile: Cate ne se manifeste pas; le meilleur ami de Travis, Kyle, semble avoir oublié une confidence qu’il lui avait faite à la veille de sa mort; bref, le narrateur se sent « pris au piège dans une version bancale de [son] passé ». On suit alors les tourments du héros, perdu dans un labyrinthe d’émotions et de sentiments contradictoires car c’est la très grande force de ce roman que d’avoir renoncé au côté technologique et spectaculaire de l’hypothèse de départ et d’en avoir au contraire développé les aspects sentimentaux et psychologiques: Travis est un adolescent et sa situation ne fait qu’amplifier les tourments liés à son âge (concernant l’amour, l’amitié, les relations avec les parents), ce qui permet facilement au lecteur de s’identifier à lui et de s’intéresser à ce qui lui arrive, presque comme s’il était un garçon « normal ». Mais le roman est également une réflexion subtile et originale sur le deuil: qui ne s’est pas demandé ce qu’il ressentirait si un proche disparu revenait à la vie?

Mes nuits à la caravane

Mes Nuits à la caravane
Sylvie Deshors
Rouergue,  Doado, 2018

Se retrouver pour voir plus clair

Par Maryse Vuillermet

Lucile n’a pas de chance, sa mère est morte il y a quatre ans et son père noie son chagrin dans l’alcool. A la suite de ce décès, il a perdu son restaurant donc son travail. Mais rien n’est jamais totalement noir. Lucile a hérité de la joie de vivre et de la force rayonnante de sa mère. Excédée par l’attitude de son père, un jour,  elle quitte la maison et s’installe dans une vieille caravane au fond du jardin, celle que sa mère avait aménagée pour peindre et pour se retrouver. Ses trois amis l’aident à l’installation, des fêtes s’y organisent et même un jardin se crée. Lucile y retrouve des forces, voit son père et sa vie différemment et parvient à trouver des solutions.
Sylvie Deshors a le don de rendre vivant chaque lieu qu’elle décrit, les Andes dans Inconnue des Andes, le Havre dans Fugue en mineur et ici, elle décrit avec subtilité la campagne auvergnate riche et sensuelle en contraste avec l’agonie de ses villages dont les habitants s’en vont et les boutiques se ferment. Les jeunes y errent sans lieu où exister sauf ceux qu’ils s’inventent comme la caravane.

Lettres à mon cher Grand-père qui n’est plus de ce monde

Lettres à mon cher Grand-père qui n’est plus de ce monde
Frédéric Kessler, Alain Pilon
Grasset jeunesse, 2017

Beau duo pour un beau doublé

Par Anne-Marie Mercier

Frédéric Kessler et Alain Pilon tiennent avec leur deux volumes les deux bouts de la chaine de la vie: après ses lettres adressées à son petit frère in utero, Thomas écrit à son grand-père mort et enterré. On retrouve le ton agacé et impérieux du petit épistolier : ses reproches quant à la date de la mort (trois jours avant Noël = conseil, choisissez le jour de la rentrée par exemple, où tout le monde est triste…), ses réflexions sur le fait que le grand-père ne réponde pas, n’a pas arrosé les fleurs sur sa tombe…

Des vérités  finissent par sortir  (l’ennui, les difficultés du grand-père, bien diminué), le chagrin connaît ses crues et ses décrues, en suivant la progression de la compréhension  de ce qu’est la mort : une absence totale et définitive. Restent les photos, les souvenirs, la découverte du grenier et d’autres photos, où l’on voit que  le grand-père a été lui aussi un petit garçon, un bébé… Thomas  ne va pas jusqu’à déduire que, en bonne logique, lui aussi, petit garçon, mourra un jour ; mais on s’en approche. C’est dire la retenue de cet album qui avance prudemment et pas-à-pas sur une question que d’autres affrontent frontalement. C’est bien : il faut de tout en littérature de jeunesse, pour tous les âges et toutes les sensibilités (Frédéric Kessler a publié un petit roman intitulé A Mort la mort chez Thierry Magnier).

On retrouve l’humour léger du premier opus, mais il est tempéré par l’absence des réponses du grand-père, ce qui nous prive de l’échange savoureux que l’on avait dans l’album précédent : on comprend que les auteurs, qui ont mis en scène un échange de lettres débutant avec un embryon tout juste formé, on été rattrapés par le souci du réalisme  et n’ont pas souhaité donner une équivalence de vie à un à peine conçu et à un tout juste mort. Oui, le bébé est une personne – et le mort non. Cet album porte ainsi, malgré l’humour de la situation, une gravité qui fait ressentir la solitude de l’enfant. Comme dans le premier album, les adultes sont totalement absents, mais – belle trouvaille ! – le grand-père apparait dans une dernière vignette, lisant Babar à son petit-fils.

Bel hommage du dessinateur Alain Pilon dont, au fait, le style et la palette de couleurs sont proches de celles de ce grand ancêtre – son grand-père spirituel ? Une définition fine de son style sur Its nice that :  » between the quaint, minimal children’s book illustration of yore and a far more contemporary slant on comic book arts, with half-tone dots and monochromatic palettes a’plenty. The result is aesthetically pleasing and easy to digest, without losing out on any of the inherent humour ».

Bravo au duo d’artistes!

 

De givre et de plumes

De givre et de plumes
Edwidge Planchin, Fabienne Cinquin
Editions du Hêtre, 2016


Par Clara Adrados

Très bel album qui aborde un sujet relativement tabou et difficile : la mort d’un nouveau-né.

A travers l’histoire de Grand et de Tout-Petit, le lecteur découvre la joie de l’attente d’un enfant puis la tristesse de perdre cet enfant avant même qu’il ait pu vivre autrement que dans les rêves des êtres qui l’entourent.

Grand, un pingouin, et son enfant Tout-Petit, vivent en harmonie ensemble. Lorsque Tout-Mini arrive soudainement sous la forme d’un œuf dans le trou de givre et de plumes.

Le Tout-Petit est un peu jaloux, un peu effrayé de ne plus avoir ses moments de bonheur avec Grand. Mais ce dernier le rassure.

Tout aussi soudainement que l’arrivée de l’œuf, on apprend que Tout-Mini est sorti trop tôt, il est mort. Tout-Petit s’interroge : « Quand est ce qu’il sera plus mort, Tout Mini ? », « Quand on est mort, on ne peut plus revenir. » lui répond Grand.

Les illustrations, aux couleurs pastel et douces avant la mort de Tout-Mini, laissent place à des images sombres, représentant un monde de neige, de froid, de tristesse. Les images en double pages montrent la distance qui s’opère entre Tout-Petit qui cherche son parent, et Grand qui veut cacher ses larmes, pour éviter que Tout-Petit ne « cesse de grandir ».

Les larmes de Grand sont dévorantes, elles font fondre la neige, Grand ne peut que plonger dans l’eau pour se calmer… loin du monde, loin de son petit. Les illustrations sont fortes de la détresse de Grand et de Tout-Petit. Grand va dans les profondeurs pour s’isoler du monde tandis que Tout-Petit se retrouve seul dans un monde effrayant, peu rassurant.

Puis Grand reprend conscience que son petit a besoin de lui, il sort et protège son petit, le fait sourire … et espère que Tout-Mini les entend et rie de leurs jeux.

Cet album plein de douceur évoque avec justesse la difficulté de faire son deuil pour continuer à vivre, à faire sourire son enfant, en imaginant que l’enfant non né sourit peut-être dans un ailleurs. On notera que les droits d’auteurs sont reversés à l’association Kaly qui soutient les personnes touchées par la mort d’un bébé ou d’un enfant.

 

 

 

Ma vie sans mes parents

Ma vie sans mes parents
Myriam Gallot
Syros, 2016 (Tempo)

Un roman sobre et brillant

Par Caroline Scandale

Afficher l'image d'origine Éléonore découvre un petit chat sur son balcon. Il appartient à son voisin de palier, un vieux monsieur très seul, prénommé Aimée. Dès lors se tisse un beau lien d’amitié, entre l’homme âgé et la jeune fille. Sa solitude rencontre celle d’Éléonore, dont les parents sont boulangers et travaillent énormément.

La vie suit son cours et la mort survient. Passée la tristesse, l’existence reprend du sens, surtout lorsque l’on est une jeune ado de 12 ans, bien entourée, épanouie et prête à croquer la vie.

Les valeurs de l’amitié, de la rencontre et des plaisirs simples sont mises en avant. L’héroïne et tous les protagonistes du roman ont des préoccupations saines et une vie normale, qui fait écho à celle des adolescents.

Le sujet est profond mais il est traité si délicatement que le roman n’est jamais triste longtemps. Il propose, au contraire, une vision optimiste de l’adolescence. De sa plume délicieusement littéraire, Myriam Gallot signe un récit ultra délicat sur l’importance du lien intergénérationnel et du lien entre l’homme et l’animal, deux thèmes qui lui tiennent à cœur.

 

Dysfonctionnelle

Dysfonctionnelle
Axl Cendres
Sarbacane (Exprim’), 2015

« Même avec une chose qu’on croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux »

Par Caroline Scandale

dysfonctionnelle axl cendres sarbacane

Le secteur littéraire pour grands adolescents explose actuellement. Ces œuvres ont un goût de liberté en adéquation avec l’esprit de la jeunesse, insaisissable et peu fidèle. Dysfonctionnelle et la collection Exprim’ incarnent la quintessence de ce secteur aux frontières incertaines.

Ce roman raconte l’histoire de Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, qui grandit dans une famille dysfonctionnelle… Foutraque quoi! Bancale, atypique, défaillante, non conventionnelle… Une jolie smala infiniment aimable. Dans cette famille, Fidèle dénote avec son QI hors norme et sa mémoire photographique exceptionnelle. Cela la propulse d’ailleurs dans un lycée parisien prestigieux où elle rencontre l’amour en la personne de Sarah.

Premier dysfonctionnement, son père enchaîne les allers-retours en prison. Deuxième dysfonctionnement, sa mère alterne les séjours en H. P. et ceux à la maison.

Fidèle grandit auprès de sa grand-mère kabyle, l’adorable Zaza, ses sœurs Dalida, Maryline et Alyson ainsi que ses frères, JR, Grégo et Jésus. Cette fratrie est constituée d’êtres tous plus différents les uns que les autres. Ils vivent à Belleville, au dessus du bar Le bout du monde, tenu par leur père et son frère. Sa vie est calée sur celle du bar et les soirées-match, en compagnie des habitués.

La mère de Fifi, qui a survécu à l’enfer des camps de concentration, vit dans sa chambre, protégée du monde. Elle se cultive avec sa fille brillante, qui lui fait découvrir l’Art grâce à des reproductions de tableaux en cartes postales. Plus tard, elle lui fait même découvrir Nietzsche…

L’histoire n’est pas écrite de façon chronologique. La narration est celle d’une adulte de trente ans qui se souvient mais la chronologie de ses souvenirs est déstructurée jusqu’à ce qu’elle aborde ses années-lycée.

Le contraste entre l’histoire loufoque, les sujets graves et le traitement optimiste est plaisant. Les personnages sont très attachants.

Un basculement dans le récit nous fait passer du rire aux larmes (de crocodile!) dans les cinquante dernières pages… Soudain plusieurs évènements nous rappellent que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. La trentaine apporte à Fifi, son lot de peines, de questionnements, de pertes, de doutes. Il est temps de faire le choix le plus important d’une vie. L’amour est un bon guide.

A la dernière page, on retrouve une Fifi apaisée qui déguste, comme dans son enfance, du pain perdu. Elle songe que « même avec une chose qu’on croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux« . Cette phrase, qui est la devise positive de l’héroïne, clôt joliment le récit. Elle confirme, au lecteur ému, l’évidente beauté de ce roman.