Un Océan dans les yeux

Un Océan dans les yeux
Dedieu

Seuil Jeunesse, 2011

par Sophie Genin

 9782021041903.gifThierry Dedieu dédicace cet album envoûtant à son éditrice qui lui a dit à propos de ce projet  : « Fais-toi plaisir ! ». Et c’est ce qu’il fait ! Le résultat est superbe car tout est parfait, de l’histoire aux illustrations.

 Georges, le gardien de phare n’abandonnera pas son « bâtiment », comme le marin qu’il est, même si le phare des Roches Grise est bien arrimé à la Terre. Les illustrations servent magistralement le propos, associant de simples traits aux tons Terre de Sienne pour les scènes à des peintures aux tons angoissants pour les paysages maritimes, comme si Turner avait découvert la BD.

 Ce sont elles, enfin, qui portent l’atmosphère fantastique baignant le texte : Georges a-t-il été, comme il le soutient, sauvé par une baleine, attaqué par une pieuvre et a-t-il « croisé un banc d’éléphants au large de Zanzibar » ? Pour le savoir, jetez un oeil à la dernière page de l’album mais aussi à la page de garde finale…

Il est où mon p’tit loup – Les mêmes et l’autre, tableaux de groupes

Stéphanie Blake
Il est où mon p’tit loup

L’école des loisirs, 2011

Les mêmes et l’autre, tableaux de groupes

Par Dominique Perrin

9782211203814.gif« Un chat n’y retrouverait pas ses petits ! » : la dernière production de Stéphanie Blake dans le grand format solidement cartonné de la collection « loulou et cie » illustre cette formule consacrée avec une espièglerie et un entrain féconds. Décidément non narratif, l’album consiste en une série de tableaux évoquant un Maurits Cornelis Escher détendu et bonhomme, accompagnés d’une phrase-comptine référée au titre : Il est où mon p’tit loup …« Si tu es malin, tu le trouveras chez les lapins » – « Et chez les chiens ? Regarde bien ! ».
On passe ainsi d’un univers animalier à un autre, à la fois abstrait, géométrique, et vivant, parlant : dans les pyramides de lapins, de chiens et autres crocodiles qui se succèdent de double-page en double-page, l’art de l’illustratrice anime et singularise tous les personnages. Loin des « cherchez l’intrus » traditionnels, telle est la satisfaisante surprise de ce livre qui mérite sa solidité et sa grande taille : le « petit loup » vert qu’il s’agit de retrouver dans différents tableaux de familles est plus convivial encore que facétieux ; s’il échappe d’abord au regard, ce n’est pas parce qu’il est bien caché, mais parce qu’il trouve sa place dans une série de collectifs multicolores où chacun est digne d’attirer le regard.

Pomelo et les contraires

Pomelo et les contraires
Ramona Badescu et Benjamin Chaud

Albin Michel Jeunesse, 2011

 

Un éléphant rose vivant sous un pissenlit pour discuter philo

par Sophie Genin

9782226219923.gifRamona Badescu et Benjamin Chaud (après un album solo l’an dernier, délicieux et drôle : Adieu Chaussette) reviennent avec leur petit éléphant rose. Il avait grandi dans le dernier opus (Pomelo grandit) et, cette fois-ci, ce n’est pas une histoire (quoique !) mais un imagier des contraires. Sauf que les heureux « parents » du petit héros rose sont égaux à eux-mêmes : après avoir envisagé des concepts classiques du genre (fermé/ouvert, noir/blanc, près/loin…), ils abordent des sujets plus délicats (convexe/concave, mort/vivant, éphémère/éternel, bien/mal…) puis « partent en vrille » (stalactite/stalagmite, gastéropode/cucurbitacée, et le mieux : en veux-tu ? en voilà !).
Le tout est servi avec brio : faire comprendre de tels concepts n’était pas aisé et ils y parviennent parfaitement grâce à l’univers de Pomelo (le jardin, son ami l’escargot, la vieille tortue sage mais aussi les fraises et les pomme de terre personnifiées). Encore un grand moment de littérature avec Pomelo !
Si vous n’êtes pas convaincus, ouvrez vite cet album à la page « dur/mou » et « flou/net » car, même dans un imagier, l’auteur et l’illustrateur nous racontent une histoire efficace, brève et drôle !

Mon Premier tout-doux les animaux, L’été, Les vacances

Mon Premier tout-doux les animaux, L’été, Les vacances (livres de poussette)
illustrations : Stella Baggott

Usborne, 2011

Les nouveaux nés Usborne

par Sophie Genin

9781409527473.gif    9781409527480.gif9781409527510.gifUne série d’imagiers colorés à fond noir ou blanc et aux couleurs contrastées. Le tactile (Mon premier tout-doux : les animaux) propose des matières suffisamment étonnantes pour éveiller la curiosité des tout petits et un récapitulatif final pas inintéressant pour fixer la mémoire du vocabulaire acquis. En ce qui concerne les livres de poussette (invention originale), thématiques, un petit faible pour celui de « l’été » qui, outre « le soleil » ou « la glace », propose « la bestiole », animal improbable jaune et vert, preuve que la surprise peut aussi être au rendez-vous chez cet éditeur !

Colorie Lulu de toutes les couleurs

Colorie Lulu de toutes les couleurs
Alex Sanders

L’Ecole des Loisirs (loulou & cie), 2011

Quand colorier une histoire l’appauvrit

par Sophie Genin

 livres à colorier ; Alex Sanders ; Sous couvert de rendre le lecteur actif, l’Ecole des loisirs propose un nouveau concept aux plus jeunes, dans la collection « loulou & compagnie » : les livres à colorier. Comme Dominique Perrin (cf. chronique à propos de Bobo Lapin), je déplorerai ici la platitude de l’histoire de Lulu : contrairement à l’album initial d’Alex Sanders, celui-ci est juste prétexte à utiliser différentes couleurs, reprenant les différentes mésaventures de Lulu dans De toutes les couleurs. Mieux vaut retourner voir l’original plutôt que de lire des phrases telles que : « Et avec mon savon ROSE comme ta jolie robe, Maman, toutes les couleurs sont dans l’eau ! Sauf le ORANGE et le VIOLET des petits poissons qui sont sur ma serviette ! ». 

Quelle journée !

Quelle journée !
Cécile Gabriel

Mila éditions, décembre 2010

Voyage photographique en pays d’enfance

par Sophie Genin

 photos,journée,cécile gabrielLa photographe et comédienne Cécile Gabriel avait déjà, avec grand talent, proposé Quelle Emotion ! chez le même éditeur. Le fonctionnement de son avant-dernier-né (depuis est sorti Quelle est ton ombre ?) est le même que celui du premier : sur une double page avec fonds très colorés, bariolés, un bout de phrase commençant par « pour » à gauche et, dans un carré découpé à droite un morceau de photo en noir et blanc. On tourne et on découvre l’ensemble de la photo et de la phrase, comme par exemple : « je m »habille pour ne pas sortir tout(e) nu(e) » face à une petite fille accroupie la tête cachée par la robe qu’elle enfile en la tirant sur les côtés. Si cet album est très riche, déclinant tous les moments importants de la journée d’un enfant, sa portée est un peu moindre que celle de Quelle Emotion ! qui ouvrait davantage de perspectives en allant du côté des sentiments, des impressions, avec des nuances entre « envieux » et « jaloux » par exemple. Néanmoins, la qualité des photos et ce choix de la journée permet aux jeunes lecteurs de s’y retrouver dans le temps, cette notion si abstraite et, à leurs « accompagnateurs » de retrouver, avec nostalgie, des instants spécifiques à l’enfance, atemporels tout à coup grâce au noir et blanc.

La grande dame et le petit garçon

La grande dame et le petit garçon
Geert DE Kockere, illustrations de Kaatje Vermeire
Rouergue, 2010

 

par Chantal Magne-Ville

La grande dame et le petit garçon.gifLe format imposant de cet album contribue à renforcer l’impression de mystère qui domine dans cette histoire du lent apprivoisement d’un petit garçon par une vieille femme imposante, qu’il redoute au début sans pouvoir pour autant échapper à sa fascination.

La structuration des images reflète la vision initiale de l’enfant, qui craint qu’elle ne soit une ogresse, au point que la femme n’entre pas toujours entièrement dans le cadre, alors que l’enfant est réduit à une silhouette. Les visages demeurent flous tant que la reconnaissance mutuelle n’est pas intervenue. L’ombrelle de la vieille femme et la cage de son oiseau deviennent des pièges à enfants, et tendent au début à occuper tout l’espace. Les tons bruns et sépia sont austères et ne s’éclairent que progressivement par les couleurs qui ornent le vêtement de l’enfant. L’instant de la rencontre est symbolisé par une contre-plongée sous les jambes des gens normaux, où les visages se colorent et ont enfin des traits précis. Métaphore de la découverte, l’énorme sac à provisions qui intriguait tant l’enfant porte un trou de serrure dans lequel il finit par s’introduire.

Le texte bien que traduit du néerlandais, en une mosaïque de petites phrases, relève de la prose poétique et son dépouillement sert bien la montée de cette amitié singulière. L’échange symbolique des cartes de chats contre des dessins se résout devant la porte, dernière barrière avant la rencontre véritable. Celle-ci est remarquablement représentée : on sent que Kaatje Vermeire, dont c’est le premier album en tant qu’illustratrice, a travaillé la gravure car elle parvient à faire ressortir le moindre relief du bois de manière quasiment tactile.

Jinju ma super copine

Jinju ma super copine
Lim Yeong-Hee, Amélie Graux

Chan Ok, 2011

Bonnes intentions pour découvrir l’Autre dans sa différence

par Sophie Genin

9782916899510.gifAprès J’aime pas la cantine, Ma Nouvelle école et Ma Soirée pyjama, Jinju, petite héroïne coréenne, revient dans un nouvel épisode permettant de découvrir la réalité de la vie d’une famille différente de celle de Noémi, invitée à dormir chez sa « super copine ». Si l’idée de départ est attirante, la volonté didactique (l’auteur est détentrice d’un doctorat en Sciences de l’Education) de montrer que la différence est une richesse ôte tout intérêt à une histoire somme toute banale, malgré des illustrations gaies et colorées  (aux crayons de couleurs semble-t-il) donnant un ton original à l’ensemble.
On a l’impression de regarder une série télé américaine politiquement correcte, surtout avec la fin sur un fou-rire de la famille quand Noémi essaie de prononcer le nom d’un plat qu’elle vient de goûter, après s’être battue avec des baguettes récalcitrantes. Dommage que les bonnes intentions initiales ne donnent pas de la littérature mais une histoire miroir un peu plate.

Mais où est- donc le lapin ?

Mais où est- donc le lapin ?
Chun- Liang Yeh, Sophie Roze

HongFei (en quatre mots), 2010

Fables à la chinoise

par Chantal Magne-Ville

Mais où est- donc le lapin.gifPar son format étroit et vertical, cet album se rattache immédiatement à l’esthétique chinoise pour mettre en scène deux « chengyu », proverbes très connus, dont la morale se décline en quatre mots en chinois : « attendre le lapin sous un arbre » et « un lapin malin a trois terriers ». Ces deux fables ont en commun l’attente et le jeu de cache-cache avec le paysan ou avec les chiens. L’illustratrice fait des collages où domine la texture des papiers et des tissus, mais l’expression des sentiments est toujours très raffinée, les postures et les mimiques extrêmement suggestives et empreintes d’humour. Autour des principaux protagonistes que sont les lapins et les chiens, les autres animaux de la forêt ou bien des villageois forment une espèce de chœur antique, avec une grammaire des visages qui figure en contrepoint, l’inquiétude, la déploration, l’incompréhension ou la moquerie, ce qui en rend la compréhension aisée même pour les plus petits. Les plus grands seront sensibles aux valeurs explicitées par l’histoire.

Tout n’est pas noir et blanc

Tout n’est pas noir et blanc
Jean-Marc Ballé, Lucie Phan

L’Ecole des loisirs (loulou & cie), 2011

 Quand tout n’est pas réussi

 par Sophie Genin

9782211205511.gifContrairement aux autres albums de la nouvelle collection « Une Histoire à colorier », celle-ci ne reprend pas de façon plus plate une ancienne production de meilleure qualité.
L’idée de départ est intéressante : un petit personnage, nommé Tom Gom, sort discrètement du tableau noir pour dessiner tout ce qui lui passe par la tête. Mais la suite n’est qu’une succession de propositions disparates dans lesquelles il est difficile de se retrouver pour les jeunes lecteurs visés par la collection. De plus, l’adresse directe aux enfants les invite à créer mais il y a trop peu de place sur les fonds noirs pour pouvoir le faire, sauf sur la dernière page qui clôt le livre sur un jeu de mots : « Vite, je te laisse un point, un grain de folie. A toit de lui donner la vie ! ». On ne peut s’empêcher de penser à une autre histoire de point qui pousse davantage à créer : Un Bon point pour Zoé, de Peter H. Reynolds chez Milan.