Hallucinogène 2

Hallucinogène 2
Lou Lubie
Océan ados, 2010

 Idées en série

par Anne-Marie Mercier

hallucinogene.jpgLou Lubie, originaire de la Réunion, écrit une prose émaillée de belles formules et de mots nouveaux pour les lecteurs continentaux. Sa phrase est proche de l’écriture de scénario : des faits, des indications de caméra, des idées pour un autre qui serait l’écrivain. Ecrivain, elle ne prétend pas l’être, mais propose des idées, proches de celles qu’on trouverait dans une série teintée de fantastique (genre Charmed : un cadre réaliste, un personnage qui a des pouvoirs et voit ce qui se cache derrière la réalité). C’est inventif (mais pas plus que la moyenne des séries), ça va vite, ça ne s’embarrasse ni de psychologie, ni de style, ni de profondeur.

Mais au bout du compte, on se demande si un véritable épisode de feuilleton n’aurait pas fait mieux. Certes, il y faut plus de moyens, mais la question n’est pas là pour le lecteur/spectateur. Le livre doit-il être à la remorque des séries ? Faut-il donner à lire aux ados ce qu’ils aiment à voir ? Si ce n’est pas pour en faire autre chose, on a des doutes sur l’utilité du projet.

 

Qu’est-ce que tu vois ?

Qu’est-ce que tu vois ?
Stéphane Sénégas

Kaléidioscope, 2011

par Chantal Magne-Ville

La philosophie de cet album est sobrement résumée dans la maxime de Flaubert gravée sur le sable d’une plage de l’océan : « Pour qu’une chose soit intéressante, il faut la regarder longtemps ». Ce n’est pourtant pas l’avis du jeune narrateur que ses parents viennent d’abandonner pour une longue semaine chez son oncle Horace, gardien de phare. Comment survivre en étant privé de tout ce qui fait les charmes de la vie urbaine ? Les échanges entre l’oncle et le neveu, difficiles au début, se résument à cet échange : « Qu’est-ce que tu vois ? – Pourquoi ? Il y a quelque chose à voir ? ».

Et pourtant, en effet, il y a beaucoup à voir et à sentir. Le phare permet de multiplier les perspectives en une thématique du haut et du bas très poétique. L’image alterne les plongées vertigineuses dans le colimaçon de l’escalier avec des diagonales inédites qui inversent le sens de la lecture de droite à gauche et obligent l’œil à des détours panoramiques très réussis. Les crayonnés et l’ombre du papier confèrent des nuances chaudes, voire nostalgiques à la côte atlantique portugaise, ainsi qu’une maxime gravée sur une pancarte nous l’indique. Les couleurs contrastent fortement d’une double page à l’autre : elles se teintent violemment d’orange au couchant, ou s’embrument le matin. Stéphane Sénégas a réussi à saisir les changements de lumière ainsi que les émotions des personnages avec un trait minimaliste qui s’attache surtout aux regards. Entre la pêche au crabe et l’observation des nuages, le temps a passé très vite et l’enfant comme le lecteur ont appris à voir sans pour autant devenir contemplatifs !

Un Océan dans les yeux

Un Océan dans les yeux
Dedieu

Seuil Jeunesse, 2011

par Sophie Genin

 9782021041903.gifThierry Dedieu dédicace cet album envoûtant à son éditrice qui lui a dit à propos de ce projet  : “Fais-toi plaisir !”. Et c’est ce qu’il fait ! Le résultat est superbe car tout est parfait, de l’histoire aux illustrations.

 Georges, le gardien de phare n’abandonnera pas son “bâtiment”, comme le marin qu’il est, même si le phare des Roches Grise est bien arrimé à la Terre. Les illustrations servent magistralement le propos, associant de simples traits aux tons Terre de Sienne pour les scènes à des peintures aux tons angoissants pour les paysages maritimes, comme si Turner avait découvert la BD.

 Ce sont elles, enfin, qui portent l’atmosphère fantastique baignant le texte : Georges a-t-il été, comme il le soutient, sauvé par une baleine, attaqué par une pieuvre et a-t-il “croisé un banc d’éléphants au large de Zanzibar” ? Pour le savoir, jetez un oeil à la dernière page de l’album mais aussi à la page de garde finale…

Le Rêve du cachalot

Le Rêve du cachalot
Alexis Brocas

Sarbacane, 2010

 

Les rêves du kiosque

Le Rêve du cachalot.jpg La vendeuse obèse du kiosque à journaux a deux vies ; dans l’une elle est une femme solitaire et renfrognée, après avoir été une fillette obèse et « perturbée » ; dans l’autre elle est un cachalot et connaît tout des fonds marins. C’est cette part de vie qui est la plus développée. Elle est présentée comme un rêve, mais très précise et se déroule en continu. L’écriture ressemble à ce récit étrange : ample, sous-marine, pleine de replis et de méandres et pourtant filant vers un but : la rencontre du cachalot et des ennemis de son espèce.

Le terne personnage devient une figure héroïque proche de Moby Dick.