Le Garçon qui volait
Jean-Claude Mourlevat
Gallimard (folio junior), 2012
Par dessus les toits, loin du cirque du monde…
Par Anne-Marie Mercier
Dans la grande tradition des enfants qui partent à l’aventure, le jeune Tillmann Ostergrimm, s’enfuit et se retrouve dans un cirque (on pense à Jean-Paul Choppart, à Pinocchio…). Il fuit à quinze ans son père autoritaire et le destin tout tracé qu’il lui impose.
La réalité du cirque s’avère très décevante. Il est montré comme un phénomène et y est malheureux, comme ses amis : la femme minuscule, la femme énorme, le colosse, la calculateur de génie… Révolte, fuite à nouveau, trahison, retrouvailles, l’histoire est pleine de péripéties et tout rentre dans l’ordre, avec de l’amour en plus du côté paternel.
La grande originalité de l’histoire réside dans le talent qui fait que le jeune homme est « recruté » (dans un café, comme on enrôlait autrefois les soldats), talent qu’il découvre au moment de sa fuite : il peut voler. L’alliance entre l’idée de fugue et celle de légèreté est belle. Le talent de Mourlevat fait qu’il sait ne pas abuser des scènes où le « pouvoir » du garçon est mis en œuvre. Ainsi, ce qui pourrait paraître comme une facilité est un ressort de poésie pour un récit initiatique charmant.

Grand album au format plus haut que d’ordinaire, au papier mat et épais, Jim Pop imite l’esthétique des illustrés des années 50 (quadrichromie qui bave un peu, couleurs franches). Ces couleurs imitent aussi celles du cirque : rouge, bleu, jaune, un peu de vert de temps en temps. Les formes schématiques se rapprochent du dessin d’enfant.
On a ici un « album » au premier sens du terme : une collection d’images, un portfolio d’artiste. Personnages au corps ou aux vêtements étranges, inscrits sur fond blanc dans un cadre minimal mais emblématique, ils forment une sorte d’encyclopédie. Ils représentent différents emplois du cirque : colosse, dompteur, ventriloque, femme à barbe… le familier le dispute à l’étrange, voire au monstrueux et certains sont franchement inquiétants. Le très grand format convient parfaitement aux superbes portraits composés par Emmanuel Houdart.
Elzebia mêle dans cet album plusieurs des thèmes qu’elle a explorés précédemment. Celui de l’enfance malheureuse est illustré à travers l’histoire de Tittine qui a eu la malchance de naître chez une « maman à une place » où la place était déjà prise par sa soeur aînée. Celui de la pauvreté : celle de cette « maman à une place » n’arrange pas les choses. Orphelinat, prison, sombre château où l’on martyrise les enfants,… le monde est un lieu cruel pour les petits. Heureusement, il reste le rêve, incarné par le monde du cirque et par un sympathique fantôme.