Le Jeu de la bonne aventure

Le Jeu de la bonne aventure
David Dumortier, illustrations d’Aude Léonard
Motus, 2014

 Le jeu de la vie

 Par Anne-Marie Mercier

Le Jeu de la bonne aventure« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » Rien de plus agaçant parfois, cette question. Sauf lorsqu’elle est énoncé sous forme de jeu, où le hasard est un des biais de la poésie. C’est ce que propose David Dumortier, avec un véritable jeu de cartes au format allongé comme un jeu de tarots.

La règle demande de tirer une carte « pour connaître son avenir ou celui de quelqu’un d’autre » ; on a le droit d’en changer si on n’en est pas content, et il y a même un joker, une carte qui ne dit rien à part qu’on est libre de choisir ce qu’on veut. Il y a des As, aussi, la chance… Mais tout est aussi affaire de décision ou de regard.

« Tu joueras au ballon parce que tu aimes la lune. La médaille d’or n’est pas loin, regarde, elle est juste au-dessus de toi…

« Tu es né sans coquille, comme un brin d’herbe, alors tu te déguiseras avec la carcasse d’une tortue et tu prendras les chemins tortueux…

« Tu seras riche, riche, riche, riche, riche, riche, riche, Oh ! Que tu seras riche, riche, riche, riche, si tu connais plus de mots que le mot argent.

« Ton métier sera de combattre le feu. Avant de te coucher, tu éteindras aussi les lumières de ta maison et le soleil qui a brillé dans tes yeux. »

Pompier, espion/ne, berger/ère, chercheur/e d’or, traducteur/trice, footballeur/euse, voyageur/euse magicien/ne, jardinier/ère, pilote d’avion… Tous ces métiers sont évoqués, et bien d’autres qui n’existent pas (?), mais toujours sous une forme détournée, métaphorique, poétique et rêveuse. Une très belle façon de dédramatiser le futur et de poétiser la vie.

La catcheuse et le danseur

La catcheuse et le danseur
Estelle Spagnol
Talents hauts, 2010

On a compris

par Christine Moulin

catcheuse.jpgC’est le problème avec beaucoup de livres des éditions Talents Hauts : à force de vouloir prendre le contrepied des stéréotypes de genre, ils finissent par tous raconter la même chose. L’ouvrage qui nous occupe ne déroge pas à la règle : c’est l’histoire d’une petite fille qui veut devenir catcheuse (et fleuriste, il est vrai, mais on oublie très vite cette concession aux goûts supposés féminins) et d’un petit garçon qui veut devenir danseur (Billy Elliot est loin, malgré tout…). Ils sont, bien sûr, en butte aux moqueries de leurs petits camarades et ils sont réhabilités grâce à l’intervention d’une grand-mère qui à un beau mariage avec un médecin a préféré la vie d’aventurière. On la voit au Pôle Nord et dans la jungle, juchée sur un éléphant : voilà un destin que même les hommes n’accomplissent que rarement, n’est-ce pas ?

Et voilà : la démonstration est finie, même si l’album se clôt sur un joyeux spectacle où chacun peut se transformer en ce qui lui plaît. La quatrième de couverture proclame : « Des livres pour les filles ET pour les garçons ». Des livres, oui, mais de la littérature ?