Tout là haut

Tout là-haut
Morgane de Cadier, Florian Pigé
HongFei, 2015

Ours vole !

Par Anne-Marie Mercier

Tout là-hautL’ours est une image de l’enfance en littérature pour la jeunesse ; quand il est blanc, cela ajoute une touche d’exotisme mais aussi d’innocence supplémentaire. Tout lui est possible, tout lui est désir.

Quand celui-ci est désir de savoir (qu’est-ce c’est que ces ballons qui survolent la banquise ?) puis désir de voyage (partons avec les belles montgolfières !), la liberté est totale.

Cette jolie fable est mise en texte et en images par deux jeunes diplômés de l’école Emile Cohl, qui ont bien du talent : il en faut pour qu’on accepte immédiatement cette situation étrange et improbable comme une évidence. Les images sont belles, inscrivant des ours schématiques dans des décors colorés et riches de nuances. L’ensemble est poétique, léger, parfait.

Décidemment, chez HongFei, tout voyage (voir La Roche qui voulait voyager)

Coup de foudre au zoo

Coup de foudre au zoo
Aurore Callias
Autrement jeunesse (histoires sans paroles), 2014

Singez les singes, et vous verrez…

Par Anne-Marie Mercier

Coup de foudre au zooUne famille visite un zoo et l’un des enfants s’arrête tout particulièrement devant la cage des singes. Un halo blanc signifie ce « coup de foudre », mais de quelle nature est-il ? Le texte est, comme c’est la règle dans cette collection, sans paroles.

Ce n’est que lentement que le lecteur comprend ce qui se passe. A partir du moment où les humains rentrent chez eux le petit garçon concerné par ce « flash » se comporte comme un singe (acrobaties, etc., puis sa sœur puis ses parents. A l’inverse, sur la page de droite, on voit les singes s’humaniser jusqu’à le dernière page qui les montre sortant du zoo avec zoo-pictureleurs sacs de pique-nique. La dernière scène, en forme de déjeuner sur l’herbe, montre les singe sagement autour de la table du pique-nique tandis que les humains, presque nus, font les singes dans les branches… On pense bien sur à l’album d’Anthony Browne, Zoo.

les beaux beaux jours des colloques

Les pages « actu » et « recherche » de notre site (maintenant bien vivantes, je vous encourage à les visiter régulièrement) étant un peu confidentielles, voici deux annonces qui concernent l’activité des membres de Li&je (ou plus largement PRALIJE), acteurs de ce blog :

compagnonsLittérature de jeunesse et enseignement de la littérature : Les compagnons de la Croix-­‐Rousse : qu’est-­‐ce qu’une série culte ?
Université Lyon 1, Espe, 14 & 15 juin 2016
En savoir plus : BONZON-COLLOQUE
voir le PLANNING_bonzonv2

 

 

Appel à communication : colloque des 17-18 mars 2017, à Lyon : « Des créateurs dans la classe. Faire vivre la littérature de jeunesse ».
Les propositions de communication (15 à 30 lignes) devront parvenir en word ou rtf avant le 10 avril 2016 à anne-marie.mercier@univ-lyon1.fr
appel_colloque ecrivain_fin
Anne-Marie Mercier, Université Lyon1 (Espé), UMR 5611 (LIRE), François Quet, Université Lyon1 (Espé), LITT&ARTS, Grenoble 3

Qui a piqué le courrier des élèves ?

Qui a piqué le courrier des élèves ?
Nicolas de Hirsching, Fanny Joly
Casterman, 2013

Les jolies colonies de vacnceeeuuuuhhhh

Par Anne-Marie Mercier

Qui a piqué le courrier des élèves ?Les auteurs ont reproduit le procédé de leur ouvrage précédent : Qui a piqué les contrôles de français ? : fac-similé de travaux d’élèves annotés en rouge par l’enseignante.

Même principe caricatural, mais situation différente. Ici, il s’agit d’un atelier d’écriture et d’informatique pendant une classe verte : les élèves devaient envoyer un courrier à divers membres de leur famille. Ils développent tous les clichés liés aux séjours en collectivité : mauvaise nourriture, confort approximatif, blagues entre enfants, mauvais caractère des adultes. Les textes proposent différents types de lettres de vacances : sibyllines, romanesques, goguenardes, hypocrites… Quant à l’enseignante, elle est elle aussi un personnage caricatural, tant dans ses commentaires sur les textes des élèves que dans ses courriers personnels. Pour les amateurs de perles de cancres, c’est savoureux, un peu moins cependant que l’ouvrage précédent – ou bien la surprise joue moins.

Une Maison pour quatre

Une Maison pour quatre
Gilles Bizouerne, Elodie Balandras
Syros (paroles de conteurs), 2015

Conte peul

Par Anne-Marie Mercier

Une Maison pour quatreLes quatre associés de cette histoire tirée d’un conte peul sont assez improbables : tigre, éléphant, serpent, hibou. On en déduit que le conte vaut par sa morale : on ne peut s’associer que si on a assez en commun.

Cependant, l’entreprise est montrée comme joyeuse, réussie pour un temps assez bref mais précieux. Somme toute, elle n’échoue que par quelques détails de cohabitation difficiles à réprimer, tenant à la nature de chacun. Le rythme de la narration et ses moyens sont adaptés au racontage et maintiennent l’attention éveillée à chaque étape.

Le récit suit les vignettes d’un rêve d’enfant : construire une cabane, y dormir… Les animaux sont bellement croqués ; les couleurs sont franches, vert de la végétation, violet de la nuit, orange du tigre… et les animaux sont très expressifs.

Terre-Dargon, t. 3 : Les sortilèges du vent

Terre-Dargon, t. 3 : Les sortilèges du vent
Erik L’Homme
Gallimard jeunesse, 2015

Terre-Dargon, t. 3 - Les sortilèges du ventFin de la trilogie : On retrouve les aventures des trois camarades, le barde débutant, le garçon ours, et l’apprenti sorcière, accompagnés d’un vieux sorcier et s’affrontant à de multiples ennemis dont on ne sait trop ce qu’ils cherchent, les uns tentant de les entrainer à l’est, d’autres à l’ouest, certains cherchant à les tuer, d’autres à les utiliser on ne sait pour quoi… Pour couronner le tout, l’écriture garde le parti-pris d’une narration alternée et l’on se disperse, d’un court chapitre consacré à l’un des héros, à un autre sur l’un de ses amis embarqué dans une toute autre affaire (apparemment), etc.

Tout s’éclaircit dans ce dernier tome où les actions divergentes jusqu’ici se nouent en une intrigue unique. Complots, magie, prophétie, dragon, métamorphoses, tous les ingrédients qui font rêver les amateurs de fantasy sont réunis.

Enfances, adolescences : cinq nouvelles inédites

Enfances, adolescences : cinq nouvelles inédites
Collectif
Librio/bibliothèques sans frontières, 2015

Passages de témoins

par Anne-Marie Mercier

EnfancesadolescencesLibrio s’est associé à l’ONG bibliothèques sans frontières pour proposer des textes de qualité à faible coût, textes qui sont en lien avec la part du programme de la classe de troisième intitulée « récits d’enfance et d’adolescence ». Cinq auteurs ont été sollicités pour publier des textes inédits : Eliette Abécassis, Geneviève Brissac, Marie Darrieusecq, Arnaud Delalande et Arthur Dreyfus. Arthur Dreyfus dans «pour Gaspard en couleurs» raconte une enfance entre Belgique et France faite de fragments, de souvenirs, de rêves et de contre-rêves qui finissent par former une histoire, entre fiction et réel. Marie Darrieusecq dans « Mathieu le 16 mars 2006 » retrace sa rencontre avec un enfant dans un bus, à travers un dialogue où les silences et la retenue comptent autant que les mots. Le narrateur du récit d’Eliette Abécassis, Simon, 17 ans, relate son voyage en Israël, à la recherche d’une part inconnue du passé de sa famille. Dans « la rose est sans pourquoi », de Geneviève Brissac, c’est une jeune fille, une adolescente, momentanément aphone, qui nous fait partager un épisode de ses vacances, dans lequel le lecteur peut deviner ce qu’elle tait. Enfin le récit d’Arnaud Delalande, « la dernière mission de super Meteor », fait parler un jouet ( le robot du même nom) pour mettre en scène entre humour et de la gravité le passage d’un jeune garçon de l’enfance à l’adolescence. Chacun de ces textes est de grande qualité aussi bien d’écriture que de sensibilité.

NB : l’association Bibliothèques sans frontières vous propose de faire don de vos livres (avec des frais de traitement )

Un nouveau site sur la LJ : Voie livres

 le site internet www.voielivres.ch est désormais en ligne!
voie livres
Vous y découvrirez régulièrement des chroniques sur la littérature de jeunesse, son enseignement, l’état de la recherche et les événements culturels, régionaux ou non.

Le site est né d’une envie d’échanger sur la littérature de jeunesse, d’élargir ces échanges au plan intercantonal et international, ainsi que de collaborer avec différentes Institutions et acteurs du monde du livre (Haute Ecole Pédagogique Vaud, Université de Genève, Haute Ecole Pédagogique Valais, Institut suisse Jeunesse et Médias, Editions Pure Crème, d’autres encore, prochainement?).

Sonya Florey, Carole-Anne Deschoux, Vanessa Depallens

Troie. La guerre toujours recommencée

Troie. La guerre toujours recommencée
Yvan Pommaux
L’école des loisirs, 2012

Homère, poète pour la paix

Par Anne-Marie Mercier

Troie. La guerre toujours recommencéeHomère en bande dessinée ? Vous n’y pensez pas ? Comment rendre le rythme, la complexité, la dimension épique et la longueur du récit – par exemple, le fameux catalogue des vaisseaux si ennuyeux, hein, dites-moi un peu ?

– Eh bien si, c’est possible : allez donc lire Troie de Yvan Pommaux et vous verrez.

Bien sûr, le début correspond à ce qu’on attend dans un album pour enfants : l’historiette de la pomme de discorde et la dispute entre les trois déesses pour savoir laquelle d’entre elles est la plus belle, cela ressemble à tout prendre à un conte, La Belle au bois dormant ne commence-t-elle pas ainsi ? Les couleurs pastel, le rose aux joues… tout cela ne dure en fait que deux doubles pages. La suite, eh bien, c’est… la guerre. Couleurs terreuses, sable, brun, et gris, ciels nocturnes ou rouge sang, corps emmêlés, mer infinie. Comme c’était le cas pour Thésée mis en textes et images par le même auteur, le souffle épique est bien là, dans l’espace de la double page. Cet album n’est pas une BD mais un espace mêlant textes et images de multiples façons. Par exemple, le catalogue des vaisseaux est bien là, en texte concentré et en images, chaque paragraphe étant accompagné d’une vignette :

« Pénélos, Leitos, Arcésilas et Prothoénor emmènent les guerriers des villes de Scolos, Théopie, Ilésion et bien d’autres, toutes situées en Béotie.

Les frères Ascaphos et Ialménos commandent aux gens d’Asplédon d’Orchomène… »

L’auteur a choisi la bonne manière de mettre en scène cette liste, linéaire, répétitive et pourtant variée, impressionnante et tragique. Car la guerre vue par Homère et par Pommaux n’est pas belle, à peine héroïque : la fin est escamotée. Pas de victoire ni de sac de Troie, on s’arrête à la mort d’Hector. Les enfants d’aujourd’hui, mis en scène comme auditeurs du conte raconté par un adulte, s’indignent : « C’est pas une fin, ça ! Qui a gagné la guerre et que devient Achille ? Et Hélène ? »

A quoi l’adulte répond : « En arrêtant là son histoire, le poète voulait peut-être suggérer que la guerre ne se terminerait pas. Qu’elle en enfanterait d’autres, indéfiniment. Qui remporta la victoire ? Gagne-t-on jamais une guerre ? En vérité, tous ceux qui a font la perdent. Passés les jours de liesse, les vainqueurs se trouvent tout aussi accablés que les vaincus. Imprégnés de dégoût, ils pleurent leurs morts, les villes détruites, les terres brûlées ». Néanmoins, il indique le sort de chacun, tragique, s’arrêtant à celui d’Ulysse, trop long à raconter et le réservant pour une autre histoire…

 

Les 4 saisons de la famille Souris

Les 4 saisons de la famille Souris
Kazuo Iwamura
L’école des loisirs, 2013

Famille, nature, saisons

Par Anne-Marie Mercier

Les 4 saisons de la famille SourisLa préface d’Arthur Ubschmid résume bien le charme particulier des albums de Kazuo Iwamura : pages très remplies, dessin minutieux cachant de nombreux détails à découvrir, famille idéale ou tout (ou presque) se fait en commun. On pourrait aussi ajouter où tout se fait avec plaisir et semble-t-il pour le plaisir : confectionner des luges, ramasser des framboises, construire une maison, tout semble un jeu.

Ces quatre saisons sont représentées par quatre albums parus séparément : Une Nouvelle Maison pour la famille Souris, L’Hiver de la famille Souris, Le Pique-nique de la famille Souris, Le Petit Déjeuner de la famille Souris.