Un An ailleurs

Un An ailleurs
Max Ducos
Sarbacane, 2026

Une maison, ailleurs

Par Anne-Marie Mercier

L’ailleurs évoqué ici, c’est le village de Red Hook, pas très loin de New York. L’auteur s’y est installé avec sa famille, en septembre et  pour douze mois. Si certaines doubles pages évoquent une zone large (une promenade au bord d’une rivière, une visite à la grande ville, un voyage aux chutes du Niagara qui se déploie sur trois doubles pages en superbes images), l’essentiel reste centré sur la maison dans laquelle ils ont aménagé. C’est une jolie maison, typique de la Nouvelle Angleterre, en bois, avec porche à colonnettes au-dessus d’une petite terrasse, un grand jardin.
L’album ressort davantage du genre documentaire que de l’autobiographie, même si l’on trouve une photo de la famille prise sous ce porche en fin d’album et des remerciements aux personnes qui ont accompagné ce séjour (on pense à Moi, Fifi de Solotareff, mais ici pas d’embrouille, tout est a priori réel). La narration est portée par les deux fillettes, qui racontent leurs découvertes, mois après mois, de la vie américaine et de la nature en différentes saisons.
C’est le portrait d’une Amérique paisible (mais qui proteste parfois — l’actualité affleure discrètement ici, et en dernière page) et d’une nature aux hivers bien blancs, et aux automnes bien roux. Les images de la maison sont presque toutes cadrées de la même façon mais cela n’est en rien monotone, tant les couleurs et ce qu’on voit par les fenêtres (activités de la famille, objets…) varie avec les mois. Trois images sortent de cette temporalité, l’une imaginant le passé de la maison, habitée par des personnages aux costumes anciens, une autre s’interrogeant sur son futur : abandon et décrépitude, ou rénovation moderne ?
Les images sont très belles, on retrouve bien le style de Max Ducos, mais le ton de la narration est un peu désincarné (les fillettes auraient-elle fait elles-même ces « rédactions » à l’allure de cartes postales ou de récits pour un journal de bord ?). Il manque aussi à cet album le petit mystère qui faisait le charme des précédents : rien à découvrir, hors ce qui s’offre saison après saison. Pour un voyage, il est étrangement immobile. Ceci plaira à certains, et déplaira à d’autres qui diront qu’il ne se passe rien (rien ? si, le temps…).

 

Nuit noire, nuit blanche

Nuit noire, nuit blanche
Alice de Nussy et Stéohane Kiehl
Grasset jeunesse, 2026

Au Clair de la nuit

Par Anne-Marie Mercier

Placé sous l’influence revendiquée de Pierre Soulages avec cette phrase « Mon instrument n’était plus le noir mais cette lumière secrète venue du noir », l’album est effectivement entièrement noir, éclairé seulement par quelques touches de blanc et de gris. Un petit personnage à tête de chat vêtu d’une ample robe nous entraîne dans ce voyage, nous faisant basculer d’un point de vue négatif  (nuit noire, page de gauche) à un autre, plus positif  (nuit blanche page de droite).
La nuit est ainsi décrite tantôt comme terrifiante, tantôt comme rassurante, vide ou pleine, bruyante ou silencieuse. La nuit est un paradoxe permanent. On la contemple dans de superbes images (noires) de fonds marins, de forêts, de ciels étoilés, de lune, de villes… La nuit c’est le monde. La beauté des images fait que malgré le balancement régulier entre côté noir/ côté blanc, c’est le blanc qui l’emporte : la nuit est devenue lumineuse, une prouesse graphique et éditoriale (bravo aux imprimeurs).

Notons que par une malheureuse coïncidence, le titre est également celui d’un podcast de France Inter donnant la parole à la victime d’un viol. L’expression « nuit blanche » peut prendre de multiples sens.

Où va le racisme ?

Où va le racisme ?
Cécile Benoist – Elodie Perrotin
Editions du Ricochet 2026

S’aimer plutôt que s’hainer

Par Michel Driol

Publié dans la collection POCQQ (Pourquoi Où Comment Qui Quand), voici un documentaire à destination des adolescents – collégiens, lycéens – qui aborde avec clarté et précision la question du racisme. Il s’ouvre par deux citations, l’une du rappeur Dadju, l’autre de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, puis par une introduction qui établit la présence du racisme dans la société, les discours, les médias et même certaines institutions. Un premier chapitre, à base de vrai/faux, s’interroge sur ce qu’est le racisme. Un deuxième chapitre aborde la question dans une perspective historique et géographique. Le troisième chapitre montre en quoi le racisme exclut toujours l’autre. Le chapitre suivant, des sociétés racistes ? Pose la question du caractère systémique du racisme en tant qu’il vise des groupes et produit des hiérarchies. Enfin, le dernier chapitre, en finir avec le racisme, évoque différentes attitudes contemporaines qui vont de la réécriture de certains textes au déboulonnage de statues, interrogeant sur la meilleure façon de lutter contre ce fléau. L’ouvrage se termine par une abondante filmographie, sitographie, filmographie pour aller plus loin.

L’ouvrage se veut à la fois engagé et éclairant. Engagé dans la lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination, il invite à réagir et à lutter, à sa mesure, à sa portée, contre les discours, les attitudes, les propos relevant du racisme. Eclairant, il est toujours minutieux, documenté, apportant des éléments scientifiques, historiques, politiques pour expliquer les phénomènes évoqués. Il ne cherche jamais à apporter des réponses toutes faites, mais montre, au contraire, que différentes voies sont possibles pour lutter contre les discriminations et construire une société plus juste et plus égalitaire. Au rebours des discours simplistes et simplificateurs, il montre la complexité du monde, de l’histoire, des attitudes et des réactions.  Tout cela est abordé avec un grand souci du lecteur : explication des termes liés aux concepts abordés, bien sûr, mais surtout une écriture à la syntaxe sans complexité inutile, et le choix de la multiplication des questions traitées en une page synthétique, de façon à ne pas décourager les lecteurs. Ajoutons à cela une mise en page aérée, et des illustrations toujours adéquates pour rendre l’ouvrage accessible à tous.

Un ouvrage qui devrait avoir sa place dans tous les CDI de collège et de lycée, afin de débusquer avec les autrices ce qui se cache dans les non-dits de l’histoire et de certains discours, de façon à pouvoir les déconstruire,  pour mieux vivre ensemble.

Le Meilleur du cinéma pour les enfants.

Le Meilleur du cinéma pour les enfants. Les films incontournables à montrer aux plus grands, à partir de 7 ans !
Benshi
Seuil jeunesse, 2026

Pour un été (et plus) au cinéma avec les enfants

Par Anne-Marie Mercier

Ne demandez pas qui est Benshi : ce mot (qui vient du japonais) désigne ici un site (benshi.fr, « le cinéma qui fait grandir ») créé à l’initiative d’une salle de cinéma indépendante (le studio des Ursulines). Benshi est autant une plate-forme de cinéma qu’un lieu de recommandation de films pour les parents d’enfants de 2 à 11 ans. Privilégiant les qualités esthétiques, les valeurs d’empathie, la singularité et la longévité des œuvres, on devine qu’ils ont des goûts assez classiques (et de bon goût), ce dont on ne se plaindra pas, le contraire ayant un boulevard devant lui par les temps qui courent.
Les films sont présentés par recommandations d’âge (de 7 à 10 ans et plus, cette catégorie pouvant inclure les adultes cinéphiles). On y trouve aussi bien des dessins animés (Le Château ambulant, Indestructibles), que des films d’aventure (L’homme de Rio, Hugo Cabret), des classiques (Le Dictateur), des comédies musicales (Les Demoiselles de Rochefort), des documentaires (Microcosmos). Pour les plus âgés on trouve La Rose pourpre du Caire (ambitieux!), et bien sûr Star Wars ! On trouve aussi  La Nuit du chasseur, qui est peut-être un peu trop terrifiant (j’attendrais pour celui-là), et illustre le fait que ce n’est pas parce que des enfants en sont les héros qu’une œuvre peut leur être proposée.
Chaque film est présenté avec son affiche, un synopsis de trois à quatre lignes pas plus (parfait !), les informations essentielles (réalisateur, pays, durée – précision très importante avec des enfants si on veut éviter la frustration d’un visionnage inachevé– ), et les thèmes (que l’on retrouve en fin d’ouvrage dans un index à part). L’avis de Benshi est accompagné d’une liste de bonnes raisons pour voir le film, de suggestions de films ou romans proches et de questions. Celles-ci n’ont pas toutes le même intérêt : certaines semblent faites pour voir si le film a été regardé attentivement (un peu trop scolaire à mon avis…), d’autres pour lancer une discussion avec l’enfant, soit sur les thèmes abordés, soit sur l’esthétique du film (c’est mieux !).

Très pratique avec ses index, plein de bonnes idées, c’est un bon guide pour futurs cinéphiles.
Un autre volume (Benshi présente le meilleur du cinéma pour les enfants: Les films incontournables à montrer aux 3-6 ans) a été publié en 2022 pour les plus jeunes.

 

 

 

La Terre n’est pas plate

La Terre n’est pas plate
Andrea Antinori traduit par Laurana Serres-Giardi
Rue du monde 2026

Vrai ou faux ?

Par Michel Driol

Premier volume de la collection C’est vrai ou c’est faux ?, La Terre n’est pas plate pose d’abord la réalité de la rotondité de la terre, avec quatre constatations ou expériences faciles à réaliser. Puis on se questionne sur ce que serait la vie sur une terre plate. Un simple trou, et on passerait de la face A à la face B. Certains sports ou loisirs deviendraient dangereux ou impraticables. Christophe Colomb, arrivé au bout, aurait fait demi-tour. Tout serait sans doute plat sur une terre plate, à l’instar des limandes ou des soles, et de nombreux objets auraient une forme différente.  Et si la terre avait une forme différente : au lecteur de l’imaginer ! On termine avec 4 informations scientifiques relatives à la découverte de la rotondité de la terre et à sa mesure.

Conjuguer science, lutte contre les fake news et les clichés, imagination et poésie… c’est possible, ce premier opus le prouve avec brio et humour ! L’album est animé par de multiples personnages qui illustrent la vie sur une terre plate, illustré de nombreux légumes, objets, animaux transformés pour être adaptés  à la platitude de la terre. Le texte, le plus souvent au conditionnel, sait se faire concis pour laisser tout l’espace de la page aux illustrations. Il fait appel aussi bien aux interrogations quant au comportement sur une planète plate, qu’aux exclamations montrant un certain absurde des situations loufoques provoquées, de façon aussi à susciter la réflexion joyeuse du jeune lecteur.

L’album répond à une nécessité, faire adhérer les enfants aux vérités scientifiques, les inciter à se méfier des affirmations erronées, dogmatiques, les pousser à s’interroger sur ce qu’ils entendent. Il le fait avec humour, mêlant habilement ce qu’il faut de sérieux avec ce qu’il faut de légèreté, et beaucoup de poésie. Ne peut-on pas imaginer d’autres formes de planètes, d’autres types de mondes ? Après tout, le Petit Prince n’est pas loin…

Comme un poisson fleur

Comme un poisson fleur
Julia Sørensen
Askip, 2026

« Votre chemin sera différent »

Par Anne-Marie Mercier

Le très bel album de Julia Sørensen aborde avec délicatesse la naissance puis la croissance d’un enfant atteint de trisomie. Elle lance d’abord le lecteur sur une autre piste : à sa naissance on découvre que les pieds de Marcel sont palmés. Mais la suite oublie cette malformation pour développer ce que le « petit truc en plus », le chromosome surnuméraire, génère dans le développement de l’enfant.
Loin de verser dans le pathétique, l’album insiste sur la joie mêlée de tristesse des parents, sur leur amour, la tendresse partagée, et surtout sur le fait que Marcel, pour l’essentiel, est un enfant comme les autres : il aime jouer, faire des blagues. Il progresse, mais il apprend, à son rythme. De belles images montrent des cubes à empiler un peu en vrac, ou un escalier à gravir comme autant de défis. On voit aussi que s’il est rejeté par certains enfants (« il ne peut pas jouer avec nous. Il casse tout »), il est accepté tel qu’il est par d’autres : un garçon et une fille sont ses copains ; ils font des bêtises ensemble.
Les images, composés aux crayons de couleurs, sont en teintes douces et en gris pâle, avec des contours estompés, comme les caractères du texte. La métaphore permet d’aborder les choses difficiles. Ainsi, le mot trisomie, qui fait peur, a été enterré par les parents dans le jardin, parmi les fleurs, mais pas complètement, pour le garder à l’œil. C’est une belle formule pour évoquer le savoir et le non-savoir des parents. Ce n’est qu’avec l’arrivée d’une femme bienveillante, atteinte du même syndrome, que le mot sera « déterré » et que, peut-être l’acceptation s’affirmera.
Le beau titre, énigmatique, rappelle sans doute la malformation de Marcel, mais annonce aussi la dernière page où l’on évoque, après la scolarité future (avec des aides) de Marcel ses vacances où il pourra « passer ses journées à faire le poisson dans la piscine, le lac ou la rivière ». Le bonheur d’exister « comme un poisson dans l’eau », ou comme une fleur cachée puis découverte, ne dépend pas des catégories.
L’album est très beau, subtil et courageux. Il fait du bien aussi. Il en fera aux familles qui s’y retrouveront et aux autres également, qui découvriront ainsi que ces enfants sont avant tout des enfants, qui aiment, qui jouent, et qui apprennent, à leur rythme.

Constellations 2

Constellations 2
Paul Geai, Jeanne Picq
Cosmographe éditions, 2026

Le ciel entre images et mythes

Par Anne-Marie Mercier

Ce deuxième volume de Constellations (même éditeur, 2001) reprend le même principe : une succession de pages et de calques pour décrire sous divers aspects une constellation. On y présente huit nouveaux ensembles stellaires : Taureau, Aigle, Lièvre, Poissons, Paon, Lynx, Caméléon et Dragon.
Le dispositif est le même : en page impaire une devinette propose de deviner l’animal dont le nom désigne le groupe d’étoiles, sous la forme d’un « qui suis-je ? » ,  tandis que la page de droite présente sur un calque bleu les étoiles, avec leur nom, et les lignes imaginaires qui, traditionnellement, les relient entre elles pour esquisser une image de l’animal. Par transparence, on distingue vaguement la forme de l’animal. Le calque bleu cède la place à un calque transparent sur lequel la constellation est à nouveau tracée, cette fois en traits dorés, les grandes étoiles faisant de belles flaques lumineuses. A travers le calque on distingue cette fois le dessin de l’animal sur lequel les lignes se superposent. Enfin, on peut contempler encore mieux en tournant la page.
Pour cette représentation, Jeanne Picq a choisi un dessin net, beau,  toujours stylisé, et des couleurs et motifs en teintes adoucies (bistre, bleu nuit).

Tout cela est très beau et mérite qu’on l’emporte en vacances pour contempler le ciel d’été avant de réviser sa mythologie.

On peut feuilleter quelques pages du premier volume (épuisé, malheureusement) sur le site de Cosmographe édition et y savourer la présentation de la constellation de l’aigle de ce volume 2.

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats
Ayako Ishiguro, traduit du japonais par Alice Hureau
Le cosmographe, 2025

Ne réveillez pas le chat qui dort !

Par Lidia Filippini

Ce magnifique album d’Ayako Ishiguro est l’occasion de découvrir les nekomatas, ces êtres issus du folklore japonais, peu connus du public français. Au pays du Soleil-Levant, le chat est un animal ambivalent. Souvent associé à la mort, il est à la fois familier et effrayant. Le mythe des nekomatas, chats maléfiques à deux queues, trouve ses origines en Chine mais a très vite été intégré par la culture japonaise. Les nekomatas seraient de vieux chats domestiques ayant acquis le pouvoir de se transformer en puissants yôkais pour se venger des mauvais traitements subis pendant leur vie. Cruels et sans pitié, ils s’amuseraient à torturer les humains allant parfois jusqu’à les manger. On leur attribue également le pouvoir de ressusciter les morts.
Pas de malveillance ni de meurtres dans l’album de Ayako Ishiguro qui nous invite, au contraire, à rencontrer une famille de nekomatas dépourvue de méchanceté. Le lecteur suit cinq chatons kawaiis de leur naissance en février, quelques mois après le mariage de leurs parents, jusqu’à l’anniversaire de leur un an. C’est l’occasion de découvrir les fêtes traditionnelles qui jalonnent l’année au Japon. Chaque double-page correspond à un mois de l’année et met en scène les principaux évènements de la période : fête des poupées, fête des enfants, fête des étoiles, grande compétition sportive du mois d’octobre, cérémonie du nouvel an, etc.
Les illustrations, foisonnantes, fourmillent de détails et invitent le lecteur à prendre le temps de découvrir chaque page tranquillement. Elles sont conçues à la manière d’un imagier, avec le nom de certains éléments inscrit sur des étiquettes blanches. Les paroles des personnages apparaissent également, à la manière d’une BD cette fois, mais sans les phylactères. De ces illustrations se dégage beaucoup d’humour et aussi une grande douceur.
Pourtant, de l’avis de l’autrice, « [l]es nekomatas vivent comme les Japonais… mais pas tant que ça ». On trouve en effet dans leur monde des éléments farfelus et décalés, comme cette méduse électrique qui descend du ciel chaque année pour pondre et dont il ne faut pas toucher les bébés sous peine d’être électrocuté.
A la fin de l’album, un glossaire permet d’en apprendre plus sur la culture japonaise. On y trouve des informations aussi bien sur les fêtes que sur la nourriture, les vêtements ou les armes traditionnelles. Destiné par l’éditeur aux enfants à partir de trois ans, cet album peut donc être lu bien au-delà de cet âge.

 

 

 

L’Imagier des sens

L’Imagier des sens
Anne Crausaz
Askip, 2023

Le monde des sens, le sens du monde

Par Anne-Marie Mercier

Les albums d’Anne Crausaz ont souvent quelque chose de méditatif, au-delà de leur aspect documentaire, comme L’oiseau sur la branche, ou Quel est ce légume ? C’est encore plus vrai ici : l’imagier, au lieu de n’être qu’une série de vignettes montrant des objets, cherche à saisir l’insaisissable, autrement dit les sensations, comme le titre l’indique, mais aussi plus subtilement, les émotions que chacun/e peut éprouver avec ces évocations. Le texte se contente de nommer les choses et les situations, l’émotion naît silencieusement dans chaque lecteur par associations avec ses propres souvenirs.
Cette exploration se fait en sollicitant les cinq sens à travers les quatre éléments : de l’air, on cherche à saisir son odeur, sa consistance, ses manifestations sonores,  la sensation du vent (toucher, odorat, ouïe…). De l’eau, on guette les différentes formes (pluie, neige, lac…).  De la terre, on a retenu la lenteur de la germination, l’odeur après la pluie, le sable chaud, les jeux. Du feu on découvre aussi bien une allumette qu’un volcan (superbes images nocturnes) ou une cuisson d’épis de maïs sur un feu de camp.
Tout est beau et invite à l’évocation ou à la méditation.

 

Je fais un livre

Je fais un livre
Frédérique Rusch
Éditions du livre, 2025

Par Anne-Marie Mercier

Avec un nom pareil, les Éditions du livre étaient bien placées pour publier cet album, ou ce livre.
Au fait, qu’est-ce que c’est ?
Est-ce un mode d’emploi ? On nous dit effectivement comment faire un livre graphique : matériel, feuille, crayon bien taillé, une gomme, des ciseaux, des agrafes, et voilà. On fait des essais, on fait alterner les formes et les couleurs, on trace…
C’est un petit album carré, où il y a du texte, pas beaucoup, et des images, réduites à des couleurs et quelques formes schématiques, certes, mais qui ravissent tout de même l’œil par leur subtilité et la beauté des couleurs, la qualité du papier et des encres.
C’est un livre d’artiste pour les enfants.
« Oups », « tchic », « tchac », les diverses opérations sont rythmées par des exclamations et le locuteur est bien présent avec l’enfant dans cet espace idéal. Et puis quand c’est fini il invite à sortir du livre, et le lecteur avec lui, après un passage par des pages au format réduit, comme un autre petit livre, où le dehors, le ciel bleu et l’herbe verte sont suggérés, juste par la couleur.

Voilà de la belle lecture active.