L’Anti- magicien

L’Anti- magicien
Sébastien de Castell
Gallimard jeunesse, 2017

Relève française en fantasy

Par Anne-Marie Mercier

Malgré son titre, cet « anti » magicien utilise bien des ressorts de la fantasy – et plus largement du roman – pour la jeunesse : un jeune héros fils d’un couple de mages puissants et respectés, un sens de l’amitié et de la famille qui le poussent à se dépasser, une foi dans la grandeur de son peuple et dans les valeurs qu’il porte, un lien fort avec un animal qui l’assiste dans ses combats, des rites initiatiques, l’apprentissage de sorts avec ses camarades et un professeur, des examens à passer, des complots, des malédictions, la rencontre avec une mage vieille de 300 ans…

Mais le roman prend aussi le contre-pied de nombreuses situations obligées : le héros échoue dans ses sorts et découvre qu’il ne sera jamais un mage puissant, peut-être pas un mage du tout, et finira au service de ses camarades plus doués ; il découvre que sa propre famille le trahit, que ses amis se détournent de lui, ou pire ; il découvre que son peuple n’a pas l’Histoire glorieuse qu’il affichait mais qu’il a au contraire le mauvais rôle dans cette Histoire, et que la vieille reine est prisonnière depuis des siècles… Enfin, l’animal mascotte a un très très mauvais caractère et est franchement insupportable avec lui, ce qui donne un trait comique à ses aventures et rend le lecteur d’autant plus attendri devant ses déboires.

La première partie du livre est passionnante : elle présente les rites de son peuple, son histoire, les efforts désespérés de Kelen pour être digne de ses ancêtres et échapper à un sort dégradant à ses yeux comme aux yeux des autres. Les relations entre les adolescents de son groupe, garçons et fille, sont complexes, évolutives. Enfin, la mystérieuse étrangère qui arrive juste au moment où le roi (« le chef de clan ») meurt et où sa succession est en jeu, comporte bien des mystères, qui ne se dévoilent que peu à peu et de manière partielle. Ses cartes – des symboles ou des figures proches d’un jeu de tarot – qu’elle élabore au fil des événements sont aussi bien des armes que des figures divinatoires… que se passera-t-il dans les prochains tomes ? Les cartes sont dans vos mains.

Retours de Montreuil pour Noël

Des idées pour mettre des livres sous le sapin?
Au salon du livre de Montreuil, nous avons vu beaucoup de merveilles : pour les tout petits, Coucou de Lucie Félix (faire coucou à un enfant à travers un livre aux formes transparentes et colorées, quelle belle idée!).

Pour les petits un peu plus grands, un album cartonné intitulé Trio, un livre qui reprend l'idée de raconter une histoire (et une belle!) avec des formes géométriques et des couleurs, paru chez un nouvel éditeur que nous avons découvert au salon et dont nous reparlerons: Dyozol. Mes petites roues, chez Flammarion évoque avec beaucoup de délicatesse, d'humour et de poésie l'émancipation d'un enfant.

Et puis, pour rêver et réfléchir, un album écrit par Georges Didi-Huberman (oui, le philosophe !), intitulé évidemment Les Lucioles, chez un autre "petit" éditeur, L'Initiale, qui avait fait le très joli Fille Garçon .

Et enfin, le coup de coeur graphique et textuel avec Les riches heures de Jacominus Gainsborough, un grand album de chez Sarbacane, beau comme un livre enluminé et profond comme le temps.

Pour les ados? eh bien regardez nos chroniques récentes : L'apprenti magicien de S. de Castell ou pour les plus âgés Gary Cook, La presqu'île empoisonnée (polar qui  se passe à Lyon) ou pour les lecteurs confirmés NIHIL...

Le Garçon et l’Ours

 

Le Garçon et l'Ours
Tracey Corderoy - Sarah Massini - Traduction Rose Marie Vassallo
Père Castor 2018

Improbable amitié

Par Michel Driol

Un petit garçon tout seul cherche un ami avec lequel jouer.Ours, quant à lui, st trop timide pour même dire bonjour. Un jour, arrive un message porté par un bateau en papier. Le garçon répond et découvre que c’était Ours qui l’avait envoyé. Mais, si  Ours n’est pas très doué pour les jeux humains, en revanche il sait construire une cabane pour le Garçon et lui. Jusqu’au jour où Ours disparait… Le Garçon l’attend tout l’hiver. Et, bien sûr, Ours revient au printemps.

Ouvert par « Il était une fois », cet album a toutdu conte : les personnages n’ont de nom que générique,  et n’existent qu’au travers de quelquestraits : la solitude, la timidité, la quête de l’autre. Ils n’ont pas defamille et n’entretiennent aucun lien social. C’est là ce qui rend l’albumuniversel, car chacun pourra s’y reconnaitre dans cette quête difficile d’unautre pour rompre la solitude. Une fois cet autre rencontré, aussi improbablefût-il, une amitié peut naitre d’un projet commun : c’est là le beausymbole de la cabane dans les arbres, construite à deux, refuge, abri, cachettedont tous les enfants rêvent. L’album dit aussi le lien à tisser avec la natureet les animaux, aussi sauvages soient-ils. La traduction de Rose-Marie Vassalloest faite dans une langue simple, pleine de douceur.  Les illustrations introduisent dans un universqui tient aussi du conte : les éléments naturels, comme la forêt, la prairieétonnamment fleurie,  et l’étang.  L’ours n’a rien de l’animal sauvage : sa couleur bleue, portant, comme legarçon, sa sacoche en bandoulière en font un nounours très sympathique.

Un album subtil et plein de tendresse qui réussit à illustrer la solitude et la quête de l’autre

Gary Cook vol. 1

Gary Cook, t ; 1 : Le pont des oubliés
Romain Quirot, Antoine Jaunin

Nathan, 2017

 Relève française en SF pour la jeunesse

Par Anne-Marie Mercier

Ce premier volume est une belle surprise. Si le thème du monde post apocalyptique est largement traité par le roman pour adolescents (voir le très beau SIRIUS de Stéphane Servant), l’univers proposé est original : le monde a été englouti par la montée des eaux (thème actuel, avec les questions posées par le réchauffement climatique) et l’humanité est partagée en différentes catégories : ceux qui se sont réfugiés dans les « tours blanches » (que l’on devine privilégiées et modernes) en attendant d’être évacués vers une autre planète et ceux qui sont destinés à rester en bas, logeant soit sous le pont dans une misère poisseuse, soit plus loin, dans des zones de non droit abandonnées de tous.

Le jeune Gary vit sous le pont. Son père a un travail (on comprend lequel à la fin du volume), lui-même essaie de gagner sa vie en pêchant avec ses deux amis, l’énergique Max et l’ingénieux Eliott. Gary, un peu rondouillard, empoté, n’a que deux atouts : il sait bien barrer un bateau etil est lié de manière mystérieuse à un certain M. Melville (!) qui détient des secrets.

nouvelle navette vers l’espace ponctuent la description de plus en plus fouillée de ce monde : petits poissons lumineux comme la mascotte du héros, monstres aquatiques, trafiquants en tous genres, nourritures gluantes et malodorantes, filles énigmatiques… De belles figures tutélaires guident le héros : M. Melville (et avec lui Montesquieu et le Petit Prince – il y en a pour tous les goûts !), le grand-père d’Eliott, scaphandrier de son métier, la mystérieuse Ana, Lou qui semble lui préférer Max… Le héros, mis au défi à plusieurs reprises, finit par se construire, non sans avoir beaucoup tergiversé, trahi, manqué. Cette progression tâtonnante fait une grande partie du charme de ce premier volume.

Zombies zarbis, t. 1 : Panique au cimetière !

Zombies zarbis, t. 1 : Panique au cimetière !
Marie Pavlenko, Carole Trebor
Illustré par Marc Lizano
Flammarion jeunesse, 2018

Les zombies ont des soucis

Par Fanny Lignon

Chez les adolescents et les jeunes adultes, le zombie, depuis quelques années, est à la mode. Il se décline en bande dessinée, en film, en série télévisée, en jeu vidéo, lorsqu’il ne déferle pas, en chair, en os et en horde, dans les rues de nos villes à l’occasion d’une zombie walk post-apocalyptique.
Un soir qu’il rentre chez lui à vélo, Romain fait la rencontre de Léo, une fille presque comme les autres mais pas tout à fait. Léo est une jeune zombie et vit dans le cimetière du village de Noirsant avec les siens. Les deux enfants sympathisent et Léo fait part à Romain des inquiétudes de sa communauté : le cimetière doit être déplacé et les morts-vivants craignent pour leur avenir. Les deux enfants échafaudent alors un plan de bataille pour empêcher le chantier de progresser…
Ce petit roman offre aux 10-13 ans la possibilité d’entrer en douceur dans des univers destinés ordinairement à des plus grands qu’eux et qui les attirent et les effraient tout à la fois. Ici, les zombies sont débarrassés de leurs oripeaux horrifiques. Point de chair en décomposition, point de râles inhumains, point de scènes de dévoration ou d’agression. Si les corps sont un peu déglingués et doivent être régulièrement rafistolés, leurs mésaventures – un os de la mâchoire qui se décroche et qu’il faut aller repêcher au fond d’une cage thoracique – sont plus amusantes que terrifiantes (*). Les morts-vivants parlent entre eux, se réunissent, débattent, se demandent ce qu’ils pourraient faire pour éviter d’être expulsés de leur logement. Leur problème est social ; leur façon de s’y confronter résolument humaine. Ces zombies-là, somme toute, quand bien même ils sont un peu différents de nous, ne sont pas si zarbis que ça…
Parce qu’il présente les points de vues de deux communautés qui s’opposent, cet ouvrage peut aider les jeunes à développer leur empathie, voire leur conscience politique, en leur apprenant à se mettre à la place des autres et à écouter leurs arguments. Mais avant de commencer à lire, il faut être averti. Comme souvent lorsqu’il est question de zombies, l’histoire racontée dans le volume 1 n’a pas de fin. Un tome 2 a été publié, le 3 est en préparation. A suivre, donc…

(*) On retrouve-là le principe du jeu de l’épouvantard qui permet aux jeunes sorciers de Poudlard d’apprendre à maîtriser leurs peurs en usant d’un sort spécifique et qui porte un nom explicite : Riddikulus.

 

 

 

 

 

 

 

Vivre livre

 

Vivre livre
 Collectif: Nina Ferrer-Gleize, Gilles Abier
Ricardo Montserrat
Cathy Ytak Julia Billet,
François David, Thomas Scotto
Hélène Humbert
(Ill) Hélène Humbert
Editions du Pourquoi pas ? 2016

Le livre est un personnage

Par Maryse Vuillermet

Les livres sont les narrateurs et les personnages de ces histoires. Chaque auteur (huit en tout) raconte une histoire différente, une situation différente, celle du livre herbier, du livre sur les rayons d’une librairie, du livre dans un casier de centre aéré, du livre numérique, du livre accouché et élevé par l’éditeur-nounou.
Ces histoires sont drôles ou touchantes, elles font du livre un personnage attachant, et les illustrations d’Hélène Humbert sont parfaites, colorées, joyeuses, vibrantes.

Mo

Mo
Julia Billet, Simon Bailly
Editions du pourquoi pas ? 2015

Mo a un seul défaut

Par Maryse Vuillermet

Magnifique histoire ! C’est celle de Mo,  gardien d’immeuble,  qui a toutes les qualités, gentillesse, créativité et sait tout faire, réparer, aider, régler les problèmes avec les jeunes en douceur, créer un jardin collectif, et surtout créer des liens entre les habitants. Beaucoup sont venus d’ailleurs Portugal, Europe de l’est, Maghreb, même Asie, mais Mo arrive à les faire vivre heureux tous ensemble. « On pourrait presque croire au bonheur. Malgré quelques râleurs, ce bout de terre abolit les frontières. »
Il n’a qu’un seul défaut, il laisse traîner les papiers, ne rédige pas les comptes-rendus, accumule les factures, bref,  déteste la paperasse. Un jour, au jardin collectif, l’institutrice lui demande d’écrire le nom d’une plante sur une ardoise, il se sauve en courant.
Quelqu’un, le mari de l’institutrice,  a compris, et intelligemment et gentiment a trouvé le moyen de l’aider. Depuis,  Mo n’est plus seul avec son secret et du coup, le poids de ce secret n’est plus aussi lourd et même, son problème honteux peu à peu se résout. « Mo est plus léger et plus libre »
Cette phrase, bien sûr, pourrait s’appliquer facilement à toute personne qui fréquente les livres. Ce que suggère la dernière illustration où les livres circulent de main en main.

J’ai beaucoup aimé aussi les illustrations tendres et très discrètement métaphoriques, avec leurs couleurs pastel, où Mo est partout, reconnaissable à ses bretelles et à son béret mais presqu’invisible tant il est au milieu des autres. Il est aussi presqu’invisible au milieu des montagnes de papier qui l’effraient jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre dans les murailles de paperasse.

La Rentrée de Pinpin

La Rentrée de Pinpin
He Zhihong
Seuil jeunesse, 2018

L’art du câlin chez les animaux

Par Anne-Marie Mercier

Pinpin le petit Pingouin, lors de son premier jour d’école (eh oui, les pingouins vont à l’école dans les albums…), a du vague à l’âme : ses camarades le consolent en lui donnant la recette contre le manque : penser aux gestes tendres de sa mère (ah, où sont les pères ?) qui l’une frotte sa joue contre la leur (l’ânon), l’autre lui caresse ou lèche les oreilles (la girafe), etc. Chacun sa manière, et Pinpin trouve les démonstrations en actes de ses camarades bien agréables.

L’intérêt de cet album peu réaliste tant sur la situation que sur la recette, réside dans les illustrations, merveilleuses aquarelles, à la fois belles et drôles, formant un premier bestiaire et répertoire de gestes pour les tout petits.

Mon île…

Mon île… Stéphanie Demasse-Pottier, Seng Soun Ratanavanh De La Martinière jeunesse, 2018

Solipsisme

Par Anne-Marie Mercier

L’île en question est aussi bien un véritable espace (tente, cabane, maison de poupée…) dans lequel l’enfant se trouve, ou se projette, qu’un espace imaginaire peuplé d’oiseaux multicolores, d’animaux de toutes sortes, qui semblent sortis d’autres albums.

C’est joli, frais, charmant, plein d’intentions louables et délicates. Cela suffirait-il pour arrêter le lecteur, s’il n’y avait les illustrations elles aussi délicates et colorées ?