Le Mariage de Simon

Le Mariage de Simon
Agnès Desarthe, Anaïs Vaugelade

Ecole des Loisirs, 2011

Simon, un cousin de la famille Quichon ?

par Sophie Genin

cochons,anaïs vaugelade,agnès desartheLe texte d’Agnès Desarthe avait déjà été édité en 1992 dans la collection « Renardeau » de l’Ecole des loisirs, mais il était illustré, à l’époque, par Louis Bachelot. Pour cette réédition, une habituée des cochons en propose sa version. En effet, après avoir donné vie à de multiples aventures de la famille très très nombreuse des Quichon, Anaïs Vaugelade présente ici celles de Simon.
Ce jeune cochon fait songer à Porculus, de Arnold Lobel (classique de l’Ecole des Loisirs réédité en 2003), quand on le découvre sur la première page, tranquille, dans sa marre de boue grise. Seulement voilà, Simon a la malchance d’avoir une mère ! Et cette mère ne cesse de le harceler pour qu’il se marie ! Il évite la question, prétextant qu’il est trop jeune, jusqu’au jour où Bouliba, la marieuse, est réquisitionnée et lui présente trois jeunes cochonnes qui ne plaisent pas du tout au futur marié. Ce dernier, sur le point de fuguer le lendemain, s’écrie, sur un ton mélodramatique : « Adieu ma mare, adieu ma mère ! ». Mais il finira par trouver l’amour : une jeune cochonne qui, comme lui, n’a aucune intention de se marier ! Et si vous voulez comprendre l’illustration de la quatrième de couverture (un couple de mariés juchés sur un oeuf au plat, le tout dans une poêle !), lisez cet album drôle qui fait forcément songer, surtout aux célibataires forcenés, à la pression familiale concernant le mariage !

Madame chaise :Et que le conte recommence…

Madame chaise
Dorothée de Monfreid
Ecole des loisirs (Loulou et cie), 2011

Et que le conte recommence…

Par Dominique Perrin

chaise04958.gifD’un « certain âge », la chaise d’une petite fille aspire à être plus attirante et confortable ; les autres objets de la chambre lui prêtent leur concours, en sorte qu’elle ressemble finalement à un trône, prêt à accueillir la petite fille en reine… Madame chaise est un album d’une grande sobriété, dont le charme est une fois encore lié au rapport à l’enfance qui singularise l’œuvre de Dorothée de Monfreid, lui conférant cohérence et renouvellement : les petits d’humains y révèlent une forme imprévisible d’éminence, tout à fait comme dans la tradition des contes de fée – où le règne final des rois et des reines est la promesse faite, dans un esprit merveilleusement démocratique, à tout être en formation.

Fruits légumes

Fruits légumes
Soledad Bravi
Ecole des loisirs (Loulou et cie), 2011

Vers un alphabet des saveurs

Par Dominique Perrin

fruits204873.gifArtichaut, airelles, ail, abricot, arbouses, amélanches… Dans ses grandes dimensions solidement cartonnées, le nouvel abécédaire de Soledad Bravi est certes généreux en vocables et couleurs, à l’usage de tous ceux qui ont encore quelques fruits et légumes pas nécessairement exotiques à découvrir en bouche ou au moins en lexique.

Les plus connus de ces objets sont parfois curieusement peu reconnaissables – mais l’énigme figurative incite sans doute à lire. Tous sont représentés dans des échelles hétérogènes, modestes forcément sur les pages densément peuplées, ou énormes, de la hauteur du livre pour le X et le Z, mais aussi pour le I : dans ces cas-là, cela devient comme une ode plastique aux formes de l’iceberg et de l’igname.

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou
Tatsu Nagata (alias Dedieu)
Seuil jeunesse, 2011

Histoires naturelles (bouffonnes ?)

par Anne-Marie Mercier

Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseSciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseVoilà la suite de la collection des histoires naturelles  après de nombreux autres albums (la vache, le castor, …) du grand scientifique japonais. Il est membre du « Tokyo scientific institute » (c’est écrit au dos de l’album et il y a une photo de l’auteur avec un tampon officiel, dessinés tous les deux, alors…).

Ces deux nouveaux albums sont, comme les précédents, très colorés et sont des merveilles d’humour.

Le pou pourra servir de consolation à ceux qui reviendront de colonie de vacances avec la tête habitée : vampire, pirate, « laid comme un pou », sous la loupe de Tatsu avec les mots et le crayon de Dedieu (l’un étant l’autre), voilà le pou apprivoisé.

Quant au cheval, il fait rire et rêver de grands espaces verts ou  bruns.

Pingouin vole

Pingouin vole
Oliver Jeffers
Ecole des Loisirs (Kaléidoscope), 2011

Grandir en étant amis ?

par Sophie Genin

9782877677028.gifUne histoire d’amitié toute simple servie par une illustration à la peinture très épurée, sans décor ou presque, qui met en valeur les deux personnages : un petit garçon et un pingouin. Ces deux inséparables, sont amis exclusifs jusqu’au jour où le pingouin décide de faire quelque chose tout seul : voler ! Mais, comme tous ses congénères, il ne peut pas ! Il lui faudra donc trouver une solution extrême qui lui permettra d’aller au bout de la solitude mais surtout de retrouver son ami, essentiel.
Une histoire sans prétention, à portée philosophique qui fait réfléchir les plus petits et les moins jeunes aux limites de l’amitié mais aussi de la solitude : jusqu’où avons-nous besoin de l’Autre ? Est-ce que grandir se vit forcément seul ?

Les Malheurs de Sophie

Les Malheurs de Sophie
Comtesse de Ségur
Illustrations de Sophie de la Villefromoit

Seuil Jeunesse, 2010

Sophie illustrée

Par Anne-Marie Mercier

Cette réédition est proposée dans un bel objet à couverture cartonnée, au papier épais, à la mise en page soignée. Un bel emballage, redoublé par les rubans de différentes couleurs en tête des chapitres, les vignettes encadrant les titres et numéros de page…

Un côté « léché » qui conviendrait sans doute mieux aux petites filles modèles qu’à Sophie, et un aspect nostalgique qui plaira peut-être plus aux grands-mères qu’aux enfants. Mais les illustrations ne cherchent pas à gommer les aspérités de l’histoire. Elles proposent des profondeurs de champ (gros plan sur le pain et la crème), des points de vue radicaux (plongée sur Sophie sous la pluie, ou sous la pluie ; contre plongée sous Sophie grimpant à l’armoire…) et la représentation des personnages, notamment de Sophie, est savoureuse.

Les chansons de Lalie Frisson

Les chansons de Lalie Frisson
Anne Lemonier, Claire de Gastold

L’ atelier du poisson soluble, 2010

Une forme originale qui mêle narration et poésie

par Frédérique Mattès

Les chansons de Lalie FrissonLes tribulations de Lalie Frisson. Lalie en  attendant ses parents qui sont allés chercher le petit frère à la maternité, se promène dans son quartier où elle doit affronter mille monstres imaginaires dont elle se défend en déclamant des poèmes qu’elle invente au fur et à mesure.

L’illustration, fantastique et redondante soutient agréablement le texte.

Pourquoi le zèbre a des rayures

Pourquoi le zèbre a des rayures
Adaptation : Lesley Sims, illustrations : Laure Fournier

Usborne, 2011

Pourquoi « La Malle aux livres » s’est-elle attaquée à ce conte étiologique ?

par Sophie Genin

9781409526490.gifLa collection « La Malle aux livres » de Usborne présente des adaptations de contes du monde entier. Ces dernières ne sont pas toujours exceptionnelles malgré la volonté de les mettre à disposition du plus grand nombre. C’est le cas de ce conte étiologique venu de Namibie : l’histoire du zèbre qui aura finalement des rayures et du babouin qui se retrouvera avec les fesses rouges.

Le texte a été limité au maximum tout en gardant la structure traditionnelle mais cela a limité l’intérêt du récit, en aucun cas rehaussé par les illustrations qui semblent avoir été faites à la va-vite, sans parler de l’ajout de jeux pas inspirés par l’histoire qui sert juste de prétexte.

Jim pop, l’incroyable histoire de l’homme canon

Jim pop, l’incroyable histoire de l’homme canon
Tom Henni
Rouergue, 2011

Cirque de papier

par Anne-Marie Mercier

Tom Henni ,Rouergue,Anne-Marie Mercier,cirque,illustration (histoire de l')Grand album au format plus haut que d’ordinaire, au papier mat et épais, Jim Pop imite l’esthétique des illustrés des années 50 (quadrichromie qui bave un peu, couleurs franches). Ces couleurs imitent aussi celles du cirque : rouge, bleu, jaune, un peu de vert de temps en temps. Les formes schématiques se rapprochent du dessin d’enfant.
Tom Henni réussit le tour de force de faire exister un numéro de cirque rien qu’avec du papier, des mots et des couleurs. On y entre par une double page de garde, on en sort de même à la fin. Et pendant ce temps, le numéro de Jim Pop, l’homme canon, se déploie tout autour de la terre, emporté par son élan. On le voit en faire le tour dans la partie inférieure de l’image tandis que la partie supérieure montre les paysages qu’il parcourt, illustrant le rêve des enfants qui veulent croire à la merveille commentée par un M. Loyal enthousiaste.http://tomhenni.frLorsque les enfants grandiront, ils devineront peut-être le « truc » que quelques indices permettent de deviner. Oui, cette histoire est « incroyable »…
Pour les lyonnais : formé à Lyon et à Strasbourg, Tom Henni a créé l’identité visuelle de la librairie « Ouvrir l’œil », rue des Capucins et co-fondé le collectif « Mademoiselle, Messieurs » avec Émilie Chéron et Emmanuel Romeuf.
Pour les autres : on lit sur son site (http://tomhenni.fr) qu’il s’intéresse particulièrement à l’histoire du livre et aux techniques d’impression : ça se voit, et c’est tant mieux.

La Tête à la dispute

La Tête à la dispute
Emile Jadoul, Catherine Pineur
Ecole des Loisirs (Pastel), 2011

 Une histoire d’amitié enfantine

par Sophie Genin

9782211204132.gifUn moment important de la vie de tout enfant est raconté par Emile Jadoul qui excelle décidément dans cet exercice ! En effet, il dépeint avec réalisme, sans oublier la pointe d’humour permettant la distance nécessaire, une dispute entre une petite poule et une jeune cane. Le traitement délicat de l’histoire se retrouve dans les illustrations de Catherine Pineur, tout en flous colorés et visages très expressifs des protagonistes ailées. L’héroïne livre ses pensées avec l’exagération propre à l’enfance et l’écriture en « je » facilite l’identification du jeune lecteur connaissant sa première dispute. Cette fable se termine heureusement très bien : vous pouvez donc la mettre entre les mains de tous les querelleurs de votre entourage !