La Femme nuage

La Femme nuage
Jean-François Chabas
L’école des loisirs (Medium), 2011

Un souffle de littérature

Par Anne-Marie Mercier

CouvmediumGabaritLes contes de ce recueil sont courts, il n’y en a que trois, et pourtant c’est en collection « medium » : ce qui prouve que pour un bon éditeur un conte, même s’il est « merveilleux » et parle de métamorphoses ou de géants, n’a pas forcément comme lecteur idéal un jeune enfant.

Ces trois récits brefs sont beaux, mystérieux, poignants, il disent l’impossibilité du bonheur pour certains êtres, la complexité du sentiment amoureux et toute l’horreur de ce monde qui fait voir sa fin comme une apocalypse purificatrice, à moins qu’un enfant et un espoir ne le sauve…

Deux singes dans une cuisine

Deux singes dans une cuisine
Giovanna Zoboli, Guido Scarabottolo
Le Joie de lire, 2006

Le monde vu d’en haut

Par Anne-Marie Mercier

Deux singes dans une cuisineAdrien a un livre où il y a des singes, des arbres à lianes, des girafes, etc. Il y voyage tandis que sa sœur n’y voit que « sornettes » : « les singes ne sont que des singes ». Pour voir la vérité de l’imaginaire, il suffit de changer de point de vue : Adrien l’entraîne vers les hauteurs, celle de la table, puis de l’armoire de la cuisine. D’en haut, la pièce se métamorphose, la lampe devient la lune, la table un zèbre, tandis que les deux enfants mangent des bananes en attendant le retour de leur mère.

Le texte en vers de mirlitons est fantaisiste en diable, les images colorées laissent place au rêve, prenons de la hauteur !

Espèces de monstres

Espèces de monstres
François David, Olivier Thiébaut
Motus, 2015

Un album « monstre »

Par Anne-Marie Mercier

Espèces de monstresAprès Les Hommes n’en font qu’à leur tête, François David et Olivier Thiébaut reprennent le procédé de portraits composites, à la manière d’Arcimboldo, accompagnés de courts textes poétiques. Ce sont autant de « caractères » (à la manière cette fois de La Bruyère ou La Fontaine) qui sont brossés : monstres fabuleux (le loup du Chaperon rouge), caricaturaux (le monstre d’hygiène, l’encyclopédiste), moraux (le brise-tout).

A cette liste s’ajoutent les monstres qui souillent la nature : marée noire voitures, ordures… François David et Olivier Thiébaut renouent ici avec un autre de leurs albums , Un Rêve sans faim, qui dénonçait les injustices et déséquilibres du monde ; poésie et art engagés ne sont pas avec eux des gros mots, loin de là. Textes simples, riches et rythmés, images sophistiquées alliant les assemblages les plus étranges, tout est… parfait : un album « monstre », qui conjugue monstration, dévoilement et poésie.

 

Un rêve sans faim

Dansez vieux géants !

Dansez vieux géants !
Gérard Moncomble, Sarah Mercier
Didier Jean et Olivier Payrat (musique)
Utopiques (une histoire en musique), 2015

Carnaval des géants

Par Anne-Marie Mercier

dansez-vieux-geants-9791091081160_0L’album présente la tradition des géants du nord à travers une fiction (pas très convaincante à mon avis) : ces géants se sentent fatigués, il sont vieux… mais les supplications de la foule leur donnent une énergie nouvelle. Les illustrations, assez spectaculaires, font l’intérêt de l’album.

Un CD est joint, qui propose la lecture du texte avec un fond musical intéressant, mêlant claviers et Oud.

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit
Val Teal, Robert Lawson
Traduit (anlais, USA) par Camille Gautier
Autrement (Vintage), 2015

Vive le son,  vive le son !

Par Anne-Marie Mercier

Histoire de la petite damePublié en mars 2015, cet album est sans doute le dernier de la collection Vintage d’Autrement : cet éditeur a arrêté son secteur jeunesse depuis.

Et c’est bien dommage, notamment pour cette collection qui avait fait reparaître Livre de Mc Cain et Alcorn et qui donne à la petite dame qui aimait le bruit, publié pour la première fois en 1943, une nouvelle jeunesse.

En deux mots, une dame quitte la ville pour s’installer dans une ferme. Le bruit lui manque : elle fait venir successivement une vache, un chien, un chat, des poules, des oies, etc, jusqu’à un tacot pétaradant qui la ramène en ville où elle découvre une autre source de bruit qui lui manque encore : des enfants ! Hop, elle en enlève deux et son bonheur est parfait et sa tranquillité nulle.

Chaque page présente la nouvelles acquisitions dans un beau dessin à l’encre et quelques zones de couleurs (jaune, rouge, rose, noir). Dans le texte, sur la page de gauche, les onomatopées s’accumulent en lettres rouges, la lisibilité et l’esthétique sont parfaites, l’histoire réjouissante, une belle leçon pour les anti-bruits !

Un Eté à Montréal

Un Eté à Montréal
Marie-Louise Gay et David Homel
Traduit (anglais) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
L’école des loisirs (neuf), 2014

L’aventure à deux pas

Par Anne-Marie Mercier

Un Eté à MontréalLe titre est un peu trompeur pour des lecteurs français : il s’agit d’un été où l’on reste chez soi tout en étant à Montréal car le narrateur et son infernal petit frère vivent dans cette ville. Mais l’aventure est bien là, au coin de la rue ou même dans le jardin (où l’on dort sous la tente), à travers les rencontres, les catastrophes naturelles (une énorme inondation, sauvetage par les pompiers, etc. ).

Chaque épisode forme une courte histoire, c’est parfait pour endormir les kids, après les avoir convaincus qu’il n’est pas besoin d’aller loin pour vivre des choses formidables.

Le Fils

Messager
Le Fils

Lois Lowry
Traduit (Etats-Unis) par Frédérique Pressmann
L’école des loisirs (Medium), 2014

Après Le Passeur

Par Anne-Marie Mercier

le passeurTout le monde (ou presque) connaît Le Passeur (1993), immense succès, œuvre neuve et dérangeante à l’époque : il construisait une parfaite dystopie, avant que la mode n’en envahisse les étagères des sections pour adolescents ; autre nouveauté de l’époque, il ne proposait pas de véritable happy end : on pouvait imaginer différentes fins, heureuses ou malheureuses. Et il y a même un article wikipedia sur ce qu’il présente comme une tétralogie : elle se serait poursuivie avec L’Elue (2001). Mais pour moi L’Elue n’est pas la suite du Passeur, c’est une dystopie indépendante, Le passeur ouvrait donc une trilogie.

Paru en 2005 et republié en 2013, Messager proposait une suite heureuse dans la mesure ou l’on y retrouvait Jonas, le mssagerhéros qui avait donc survécu, mais une autre fin malheureuse puisqu’un autre adolescent mourait à la fin de ce volume.

Mais qu’était devenu le bébé que Jonas avait sauvé ? On a la réponse dans Fils, qui retrace la vie de Gaby et donne une suite à Messager en montrant le retour, puis la défaite, du mal qui avait frappé la communauté dans le volume précédent. Mais l’originalité de cette fin de trilogie tient à ce qu’elle commence au même moment que l’intrigue du premier volume. Dans Fils, on est à nouveau dans la communauté des gens « satisfaits » dans laquelle se déroule le début du  Passeur, « où le fait de ne pas ressentir d’amour prévient de beaucoup Le Fils Lois Lowryde maux ». Pour Claire, l’héroïne, mère porteuse sélectionnée à 12 ans et mise dans le circuit à 14, cela ne se passe pas comme prévu et elle ne réagit pas comme prévu : l’accouchement, ses tentatives pour retrouver son « produit », le numéro trente-six, sa fuite après celle de Jonas et Gaby, son arrivée de naufragée  amnésique sur le village du bord de mer, son entrainement et son escalade de la falaise qui la sépare du village de Jonas et Gaby, le prix qu’elle doit payer pour passer, tout cela est passionnant. Ensuite, dans les chapitres qui suivent, on est dans un autre genre, une parabole moralisatrice, et c’est moins saisissant.

Un film, intitulé Giver, en a été tiré : quelqu’un parmi vous l’aurait-il vu ?

une critique sur Lirado, et une bande annonce pour voir?

Dada

Dada
Germano Zullo, Albertine
La Joie de lire, 2013

La plus belle conquête du cheval

Par Anne-Marie Mercier

 

dadaVoici les aventures de deux amis-collègues, Roger Canasson, jockey, et son cheval, nommé tout simplement Dada. Ils vivent en parfaite harmonie, prennent le thé ensemble dans leur salon, et on peut croire « qu’ils ne constituent qu’une seule et même personne ». Quand Dada le champion manque les obstacles, que faire ? Lui faire passer toute sorte de scanners, lui faire prendre des vitamines, l’emmener chez un psy, au repos à la mer ?

Les illustrations sont loufoques à souhait comme le tire peut le faire penser, colorées, inventives, dans le style d’Albertine qui forme une paire gagnante avec Germano Zullo depuis longtemps.

Les Aventures de la petite souris

Les Aventures de la petite souris
D’après Sara Cone Bryant, Simone Ohl (ill.)
MeMo, 2014

Eternelle souricette

Par Anne-Marie Mercier

Les Aventures de la petite sourisSara Cone Bryant, pédagogue américaine, a publié en 1905 Comment raconter des histoires à nos enfants, ouvrage sur les contes adaptés à l’enfance et proposé quelques récits, dont celui-ci, publié par Nathan entre 1946 et 1948, dans la série des Belles images, belles histoires ». Son histoire de Souricette est effectivement un conte qui a fait ses preuves et est devenu un classique, comme la Petite Poule Rousse ou les Trois petits cochons qu’elle a adaptés, ou comme Poucette, à laquelle elle emprunte des épisodes.

Courant après une noisette, Souricette part dans un souterrain et se retrouve prisonnière d’un lutin qui enles aventures petite souris1 fait sa domestique, jusqu’à ce qu’elle s’échappe enfin. Les dessins de l’illustratrice bien connue Simone Ohl ont un parfum d’enfance etd veiux souvenirs, tout en réservant bien des surprises au regard exercé. La réalisation est superbe : on voit rarement des rouges aussi éclatants et chauds, des ombres aussi subtiles, une impression proche de la qualité d’un original.

Le site legende et conte propose des texte du même auteur

 

Le Japon d’Anno

Le Japon d’Anno
Mitsumasa Anno
Traduit (japonais) par Jean-Christian Bouvier
L’école des loisirs, 2014

Le Japon en « énergie basse »

Par Anne-Marie Mercier

Le Japon d’AnnoL’école des loisirs a publié en 2010 un album de Mitsumasa Anno inspiré par un rouleau de peinture sur soie « Jour de Qingming au bord de la rivière », qui proposait une vision de la Chine « éternelle ». On retrouve la même esthétique de dessin aquarellé, des images sans texte mais avec quelques explications en fin de volume et une carte géographique qui permet de situer les lieux.

ici, c’est une vision datée avec précision, même si certaines images semblent hors du temps : Anno a représenté le Japon de son enfance, celui de l’après guerre. Un texte en fin d’album explique le propos et le situe dans le contexte du « grand tremblement de terre de l’est du Japon », dit aussi « catastrophe du 11 mars (2011) », ou catastrophe de Fukushima. Si les images ont un charme qui dit le silence, l’espace paisible (beaucoup de scènes sont en vue plongeante), les réjouissances (fêtes, danses, spectacles) et l’espace traversé (routes, rivières, navires…), avec nostalgie le texte est un plaidoyer pour un arrêt des énergies nucléaires et pour que l’on se prépare à se passer de toute cette électricité, quoi qu’il en coûte, comme au temps de l’enfance d’Anno.