Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou
Tatsu Nagata (alias Dedieu)
Seuil jeunesse, 2011

Histoires naturelles (bouffonnes ?)

par Anne-Marie Mercier

Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseSciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseVoilà la suite de la collection des histoires naturelles  après de nombreux autres albums (la vache, le castor, …) du grand scientifique japonais. Il est membre du « Tokyo scientific institute » (c’est écrit au dos de l’album et il y a une photo de l’auteur avec un tampon officiel, dessinés tous les deux, alors…).

Ces deux nouveaux albums sont, comme les précédents, très colorés et sont des merveilles d’humour.

Le pou pourra servir de consolation à ceux qui reviendront de colonie de vacances avec la tête habitée : vampire, pirate, « laid comme un pou », sous la loupe de Tatsu avec les mots et le crayon de Dedieu (l’un étant l’autre), voilà le pou apprivoisé.

Quant au cheval, il fait rire et rêver de grands espaces verts ou  bruns.

Dans ma rue

Dans ma rue
Olivia Coisneau
Seuil, 2011

 Dans ma rue, il y a … pfff…

 par Christine Moulin

 La collection Clac Book avait accueilli des réussites. Mais la formule, cette fois, ne fonctionne guère. Sous le prétexte de préparer un goûter d’anniversaire, Leila et Léon (on croirait des héros de manuels de lecture préposés à l’apprentissage du son /l/ !) réalisent un parcours dans la rue, de boutique en boutique. Pour des enfants que l’on emmène chaque samedi dans les grandes surfaces, que peut signifier une phrase aussi désuète que : « Tiens, le facteur a une lettre pour le primeur »? Autres caractéristiques par trop « vintage » : on s’arrête devant une quincaillerie mais l’illustration n’aide absolument pas à savoir ce qu’on peut y trouver (la réalité non plus : essayez d’en trouver une dans votre ville!), la charcutière s’appelle Madame Salami (n’est-il pas un peu lourd de donner aux commerçants le nom de ce qu’ils vendent?) et les illustrations rappellent furieusement celles de Rémi et Colette. La fin est à l’unisson, un peu mièvre et moralisatrice (« Et si on prenait un petit bouquet pour faire plaisir à maman ? »).

Les petites bêtes de Tatsu Nagata

Les Petites Bêtes de Tatsu Nagata
Tatsu Nagata (Dedieu)

Seuil jeunesse, 2011

Le gros volume des petites bêtes

par Anne-Marie Mercier

Les petites bêtes de Tatsu Nagata.gifOn trouve ici réunies en un grand volume plusieurs histoires naturelles de Tatsu Nagata : l’escargot, la fourmi, le hérisson, le ver de terre, l’araignée, la grenouille, la chouette et le phasme n’auront quasiment plus de secrets pour vous, ou du moins auront pris un visage coloré, joueur.

On savourera particulièrement l’image de l’araignée « buvant » sa proie comme un touriste boit son orangeade en terrasse, tout en apprenant qu’elle est un arachnide et non un insecte : mettez-vous ça en tête, un insecte = 2 ailes, 2 antennes et six pattes! Grâce au professeur Nagata, on voit l’infiniment petit, on découvre ce qui se trame sous la terre et dans les airs on apprend sur la vie et les moeurs des animaux et on s’amuse aussi beaucoup.

Le grand livre d’activités

Le grand livre d’activités
John Woodward
Gallimard jeunesse, 2010

Il pleut ? La solution

par Anne-Marie Mercier

John Woodward,Anne-Marie Mercier,livre d'activités, Gallimard jeunesse« Ne plus jamais s’ennuyer », tel est le sous titre de cette Bible des activités, destinée à tous les enfants solitaires que leurs parents n’ont pas autorisé à rester branchés en permanence sur les ordinateurs et play stations.

On y trouve les bonnes vieilles recettes (jouer avec du papier, des fils, des ombres, faire un jardin, un gâteau… faire un feu, un abri, se diriger grâce aux étoiles…) mais aussi les solutions liées aux nouvelles technologie (faire un film d’animation avec un appareil photo numérique et un PC…) . Tout cela en une à deux pages très lisibles, avec photos, schémas et illustrations. Ainsi, on peut jouer un petit air de guitare, devenir champion de foot, se perfectionner en skate board, en suivant pas à pas les instructions.

Magique, non ? A offrir à tous les grands-parents qui ne savent comment occuper des petits-enfants solitaires.

L’agenda du lecteur curieux

L’agenda du lecteur curieux
Régine Barat, illustré par Pef

De la Martinière, 2011

Agenda pour remplir le temps

Par Anne-Marie Mercier

L’agenda du lecteur curieux .gifDans le même collection que les agendas des « apprentis » (apprenti écrivain, illustrateur,  scientifique, gourmand, comédien…) voici une jolie proposition pour les lecteurs… confirmés.

En effet, il se destine à ceux qui ont déjà le goût de lire et pourraient souhaiter élargir leur champ de vision à d’autres œuvres de la littérature, principalement de jeunesse, mais pas exclusivement, classiques et modernes, français et étranger. Il leur propose d’écrire, de chercher, de réfléchir, de lire…

Un cadeau intelligent pour un été pluvieux ou pour un enfant solitaire.

Vois-tu ce que je vois ? Trésors des pirates

Vois-tu ce que je vois ? Trésors des pirates
Walter Wick

Traduit (anglais) par Christine Billaux
Millepages, 2011

Des zooms et (encore) des pirates

 Par Matthieu Freyheit

Vois-tu ce que je vois ? Trésors des pirates.gif Walter Wick est loin d’être un inconnu. Le photographe américain, qui se dit lui-même fasciné par les défis techniques offerts par sa discipline, n’en est pas à son premier livre pour la jeunesse et continue d’interroger les possibilités et bizarreries de l’optique.

Dans la veine des Où est Charlie ? et des livres d’observation, la série des Can you see what I see ? se poursuit. Après avoir revisité, entre autres, Noël, les contes de fée, et Halloween, Walter Wick consacre son objectif aux trésors des pirates. Prétexte à tout, la piraterie ? Sans doute.

Le concept, pour ceux qui n’ont pas encore passé quelques soirées à fouiller les précédents volumes, est le suivant : Walter Wick crée un effet de zoom à l’aide de photographies prises de décors en miniatures et en grandeur nature. Commencez à l’intérieur du coffre au trésor pour vous retrouver au fond des mers avant de finir sur une plage de sable fin, et trouvez une liste d’éléments fondus dans la masse de l’image. De l’incontournable tête de mort au sabre inévitablement serti de diamants en passant par un cœur en or et quatre tortues (à cette heure il m’en manque toujours une), voilà un livre qui invite à passer et à revenir, à le fermer et à le rouvrir : un livre, finalement, à investir, dans une vraie chasse au trésor.

Cependant, si le travail de Wick demeure brillant, certaines planches ne sont pas tout à fait réussies, en termes d’esthétique autant que de lisibilité. Quant à l’ensemble, il est quelque peu trahi par le défaut d’originalité du sujet. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre avec impatience la prochaine proposition de l’auteur qui, abandonnant le navire pour suivre les rails du Toyland Express, gagnera peut-être en onirisme et en imagination.

 

Le bateau des pirates

Le Bateau des pirates
Alain Boyer

Larousse (Livres à construire), 2010

C’était un grand vaisseau taillé dans l’or… le carton massif

 Par Mathieu Freyheit

pirates,  Alain Boyer,  Larousse (Livres à construire), Mathieu FreyheitOn l’oublie trop souvent : originellement, le corsaire désigne le navire équipé et amé en vue de pratiquer la course. De la même manière, le pirate désigne le vaisseau qui s’engage sur les mers en vue de pratiquer la piraterie. Ce n’est que par un glissement sémantique et une forme d’assimilation que le mot a fini par qualifier le personnage que l’on connaît, poignard entre les dents et perroquet sur l’épaule. C’est donc bien le pirate, entendons le navire, que ce livre propose de construire.

Un livre-objet dont l’attrait essentiel est l’objet : la maquette du bateau. Pour les plus gauches, pas de panique. En plus d’être solide, l’ensemble se monte très facilement, et vous trouverez à la fin du livret toutes les explications nécessaires. Pas de piège, pas de complications. La maquette, colorée, se complète d’un certain nombre de personnages et d’éléments de jeu. L’objet final est assez maniable et réussi, même s’il ne brille pas par son originalité.

Quant au livre, cartonné, il se compose d’une trentaine de pages destinées à faire découvrir – ou redécouvrir – la vie des pirates. L’intérêt du livre est notamment de se concentrer sur les aspects de la vie à bord du navire : règles, punitions, mais également hiérarchie entre les marins et rôle tenu par chacun. Le bateau est présenté comme un ensemble vivant, sorte de micro-société où s’organisent les pirates. Une double page est également consacrée aux divers bateaux dont ont pu faire usages les pirates sur les différentes mers du monde, de la jonque au chébec, en passant par le sloop et le brick.

Le livre n’échappe évidemment pas aux grands classiques du genre. Le drapeau noir y figure en bonne place à côté des éléments les plus connus de la piraterie : l’inévitable trésor, les surnoms des pirates, les grandes fêtes mêlées de rhum, de femmes et de bagarres. On apprécie cependant l’effort fourni pour apporter des connaissances moins courantes dans la littérature de piraterie, notamment dans la double-page dédiée à l’historique de la piraterie où l’on peut lire, à côté de celle du célèbre Barbenoire, les histoires de César et d’Eustache le Moine.

C’est finalement l’idée de centrer l’attention sur le navire qui fait le véritable avantage de ce livre. Peut-être aurait-il fallu aller plus loin, et ne pas nécessairement s’attarder sur des éléments trop familiers qui empêchent l’album de réellement se distinguer des autres. Par ailleurs, les illustrations manquent cruellement d’originalité et empruntent un style déjà vu qui ne rend pas service à l’ensemble.

Le Buffon choisi

Le Buffon choisi
Benjamin Rabier

Ciconflexe, 2010

A lire aux enfants pour se faire plaisir (et instruire en s’amusant !)

Par Anne-Marie Mercier

buffon,benjamin rabier,anne-marie mercier,animaux ciconflexeRéédition de l’album de 2009 (Circonflexe), lui-même repris de l’édition du même titre de 1924 (Garnier), cet album est une anthologie de textes et d’images tirés du Buffon de Benjamin Rabier commandé au dessinateur par la maison Garnier et paru en 1913.

La sélection a bien évidemment ôté les textes qui choqueraient les lecteurs des 20e et 21e siècles (notamment sur les races et la place des femmes) et choisi principalement des animaux connus, domestiques ou familiers (la brebis, le cochon d’inde…) ou exotiques (le tigre, le singe…). On ne trouvera donc pas le cycloptère ventru, ni le tcha-chert-bé.

La nomenclature de Buffon étant pour l’essentiel encore actuelle, elle est ici simplifiée et il n’y a rien de démodé : l’on peut apprendre un début de classement (gallinacées/ échassiers… poissons cartilagineux/poissons osseux…).

Les illustrations sont sages et visent au réalisme. Les planches en couleur hors textes sont attachantes et rappelleront au lecteur adulte des lectures chez les grands parents et offriront aux plus jeune une vision de l’image documentaire plus poétique qu’à l’ordinaire (le singe se regardant dans la glace, l’éléphant se saisissant du chasseur, le paon devant un palais oriental, les lapins sous la lune…)

Enfin, la langue de Buffon, toujours belle et claire est maintenue, et c’est un délice de lecture. Un bémol toutefois : le texte est autant expurgé qu’abrégé. Pour en donner une idée, voici quelques unes des phrases qui ont été ôtées à la description du cochon d’Inde (sans que la coupe soit signalée) : « Ces animaux sont d’un tempérament si précoce et si chaud, qu’ils se recherchent et s’accouplent  cinq ou six semaines après leur naissance ; » […] « ils n’ont de sentiment bien distinct que celui de  l’amour, ils sont alors susceptibles de colère, ils se battent cruellement, ils se tuent même quelquefois  entre eux lorsqu’il s’agit de se satisfaire et d’avoir la femelle. »

La fin est presque intégralement maintenue, et l’on y entend le rythme de la phrase de Buffon :

« naturellement doux et privés, ils ne font aucun mal, mais ils sont également incapables de bien, ils ne  s’attachent point : [ils sont] doux par tempérament, dociles par faiblesse, presque insensibles à tout ». Il manque la suite, qui montre le regard de Buffon : « ils ont l’air  d’automates montés pour la propagation, faits seulement pour figurer une espèce. »

Pour les passionnés – ou pour le devenir, plusieurs idées : aller acheter chez les bouquinistes l’édition complète avec des planches, s’offrir une édition courante (moins cher), ou bien (gratuit) voir le texte de Buffon en ligne (http://www.buffon.cnrs.fr/).

Pour tous : offrir d’urgence cet album aux petits enfants sages, afin de se faire plaisir à dire ce beau style en leur faisant la lecture. Et demain, on découvrira sur le site les nouveaux volumes des Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le pou et le cheval, en albums.

Gargouilis

Gargouilis
Nina Blychert Wisnia
Rouergue, 2010

« Tout, tout, tout, vous saurez tout … »

par Anne-Marie Mercier

Gargouilis.gifL’estomac, cet être étrange, n’aura plus de secrets pour nous : à quoi il sert, ce qui en sort (scato rieur), ses différentes formes, combien il y en a dans un ventre de girafe, comment il fonctionne ou dysfonctionne (superbe jeu du labyrinthe faisant passer par différents aliments pour provoquer diarrhée, constipation ou bonne santé…).

C’est un excellent documentaire doublé d’un album très drôle aux illustrations souvent loufoques qui imite les dessins scientifiques (dessins en coupe, légendes…).

A conseiller vivement à tous, et notamment à ceux qui veulent faire comprendre ce genre de texte de façon amusante ou réfléchir sur les usages de la littérature de jeunesse dans tous les domaines – les conseils du loup sont hilarants, et sa digestion du Chaperon rouge est un morceau d’anthologie !

Les Maîtres du jeu vidéo

Les Maîtres du jeu vidéo
David Kushner

Traduit (anglais) par Marguerite Baux
L’école des loisirs (medium), 2010

 

Success & game  story

Par Anne-Marie Mercier

lesmaitresdujeuvideo.jpg« Milliardaires à 22 ans en travaillant la nuit, en mangeant des pizzas et en écoutant du Heavy Metal »… cette formule de la quatrième de couverture résume bien le parcours de John Romero et John Carmack, de 1979 à 2001. De leur découverte des jeux d’arcade – et de l’inquiétude de leurs parents – à leurs premiers essais pour transférer des jeux (comme Mario) de console sur PC, à l’invention du FPS (l’un des types de jeux les plus populaires), jusqu’à la réussite de Id software et la célébrité de jeux comme Wolfenstein, Doom et Quake.

NB: pour ceux qui n’y connaissent rien, un article avec une bonne biblio se trouve sur Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_vidéo

C’est écrit de façon très enlevée, et bien traduit, on ne s’ennuie pas à lire ce long récit (363 p.) qui ne manque parfois pas d’humour, prenant ses distances avec ses héros qu’ils présente parfois comme des adolescents immatures ou des voyous (l’un plus que l’autre), mais toujours comme des jeunes gens passionnés et déterminés. Le parcours des protagonistes est restitué selon sa chronologie, mêlant les détails techniques et financiers avec ceux de la vie personnelle.

Le livre a un double mérite. Il présente l’envers du décor des jeux, en fait l’historique et la critique ; les amateurs de tous âges seront certainement très intéressés par tous ces détails. Il propose également une histoire de passion et de volonté, de succès à l’américaine : comme le dit Carmack, « pour se lancer et réaliser un grand projet, il ne faut pas des millions de dollars. Il faut juste des bonnes réserves de pizzas et de Coca Light dans son frigo, un PC et beaucoup de bonne volonté ». Ajoutons également un peu de génie…

Ce livre, atypique par rapport à la production habituelle de l’Ecole des loisirs et peu connu des amateurs de jeu connaîtra sans doute une nouvel élan car il est chroniqué depuis peu dans un blog qui leur est dédié, avec une critique très élogieuse qui en donne un résumé détaillé.

http://www.gameblog.fr/article-lecteur_924_les-maitres-du-jeu-video-par-david-kushner