Fenêtre sur le Moyen-Age

Fenêtre sur le Moyen-Age (livre sonore)
Rob Lloyd Jones et David Hancock, traduction Claire Lefebvre
Usborne, 2011

Un livre interactif foisonnant pour découvrir le XIVème siècle

par Sophie Genin

9781409527602.gifUne plongée visuelle et sonore au XIVème siècle pour découvrir chevaliers, châteaux forts et cathédrales grâce à des scènes de vie quotidienne, du marché à la construction d’une cathédrale, en passant par le château du seigneur, assiégé deux pages plus loin, la vie au village et celle au monastère. Cet ouvrage ludique, documentaire interactif propose plus de 80 rabats afin de découvrir des détails de la vie médiévale, un sigle « jumelles » permettant de voir des scènes grossies pour mieux les apprécier. Ce livre peut se feuilleter à des âges différents, de la découverte à l’approfondissement, une fois que l’on est plus grand. Un bémol néanmoins : le foisonnement d’informations peut rebuter mais, passée cette entrée, l’univers attractif opère sur le lecteur avide de connaissances.

Le livre des + et des –

Le livre des + et des –
Christine Beigel, Alain Korkos
, Elodie Durand
La Martinière, 2011

Tout en un

par Christine Moulin

christine beigel,alain korkos,elodie durand,la martinière,mathématiques,christine moulinAutour du thème très lâche et très vaste de « plus » et « moins », voilà un livre hétéroclite, dont les illustrations « fouillis » indiquent bien la nature.

Cela ressemble à ces calendriers où  l’on apprend un fait surprenant par jour. Cela tient du cabinet de curiosités: aucun fil directeur, juste le plaisir d’accumuler de petits savoirs anecdotiques, de double page en double page. Première question: « Y a-t-il plus d’insectes, plus de poissons ou plus de mammifères? » *. Dernière question: « Pourquoi y a-t-il de plus en plus de méduses dans la mer? ». Tous les domaines sont abordés et réunis dans un index: art, ciel et espace, le corps, sciences et techniques, histoire, autres questions insolites (pourquoi « autres »?), vie en société, questions du monde entier, vie au quotidien, santé et diététique et surtout nature. Cette dernière rubrique est la plus fournie, ce qui prouve que les auteurs connaissent bien les goûts des enfants.

Dans le champ de la llittérature, on reste un peu sur sa faim: « D’où viennent les poèmes les plus courts? », « Est-ce qu’on lit moins ou plus qu’avant? » (l’affirmation finale, que je vous laisse découvrir, est sans doute discutable: Hugo pouvait y croire, mais nous?), « Comment apprendre une poésie plus facilement? ».

Mais heureusement, certaines questions fondamentales sont abordées: « Spider-man a-t-il plus de pouvoirs que Superman? ».

Sinon, sans doute faut-il signaler que quelqu’un d’un peu sensible à la question du genre pourrait tiquer à la lecture de la page « Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes? », non pas tant à cause du fond que de la forme, un tantinet condescendante: « Mesdemoiselles, veillez à vos petits nerfs si vous voulez vivre plus longtemps »… Il est vrai que la question « Pourquoi les filles aiment-elles plus le rose que les garçons? » rétablit l’équilibre!

Disons que voilà un livre sympathique, brouillon mais divertissant, qui peut soulager les parents assaillis par leurs bambins  de « pourquoi » incessants, mais qui ne donnera sans doute pas une idée exacte de ce que peut être la vraie connaissance. En fait, le plus gênant est que soient mêlées sans qu’on puisse bien les distinguer les unes des autres des réponses qui relèvent de faits (« Le soleil est-il la plus grosse étoile de l’univers? ») et d’autres d’opinions (« Est-ce que vouloir toujours plus est une bonne chose? »).

* réponse: plus d’insectes…

Clarence Flûte et le secret de Sybille : le systême solaire modélisé

Clarence Flûte et le secret de Sybille
Sandrine Bonini
Autrement jeunesse, 2011

Physicien en herbe cherche âme soeur

Par Anne-Marie Mercier

Clarence flûte et le secret de Sybille .jpgCe titre annonce une nouvelle série, mais aussi l’introduction d’Autrement jeunesse dans le roman pour enfants. A travers un héros fort sympathique, le lecteur va découvrir qu’on peut s’intéresser aux sciences ailleurs que dans la salle de classe. Le parti pris est intéressant. On regrette cependant qu’il ait fallu passer par le cliché du garçon solitaire à lunettes, premier de la classe qui n’ose pas parler aux filles, donc un personnage qui sera perçu comme un peu ridicule par les jeunes lecteurs.

Pour le reste, le projet est assez réussi : Clarence, huit ans, après avoir réalisé un système solaire en marshmallows tente d’en créer un autre qui serait une image de son propre entourage. Les conditions de réalisation de l’expérience miment celles qu’installerait un vrai scientifique, ou un professeur des écoles qui souhaiterait faire comprendre la démarche scientifique à ses élèves. L’imbrication de questions sentimentales ou relationnelles dans le projet de Clarence est savoureuse tout comme les illustrations. Elle propose les plans, schémas, listes et donnent les étapes du « cahier d’expérience » qui scandent les perplexités du personnage.

Molière

Molière
Sylvie Dodeller
L’école des loisirs (médium documents), 2011

Molière, son temps, son oeuvre

par Anne-Marie Mercier

Molière  Sylvie Dodeller.gifL’école des loisirs réédite ici un titre de 2005 devenu indisponible. La vie de Molière, de son enfance à sa mort, n’est pas présentée dans la collection « belles vies », mais dans celle des « documents ». En effet, la biographie ne fait pas la totalité du volume même si elle en constitue l’architecture et la visée. Une grande part de l’ouvrage est consacrée à faire connaître le Paris du dix-septième siècle, la vie des écoliers, des acteurs, des courtisans… Un dossier iconographique très bien choisi est proposé en cahier central.

Cela n’empêche pas que le travail de Molière et les liens que l’on peut tisser entre sa vie et ses textes y soient souvent évoqués et que le personnage y apparaisse dans son humanité.

Une lecture intéressante qui connaît les moyens d’attirer un jeune lectorat sans pour autant négliger de remplir sa mission : faire connaître, faire aimer.

Derrière le petit écran

Derrière le petit écran
Carole Trebor, Clotka

Gulf Stream (et toc !)

 Pour faire le tour du sujet

Par Fanny Lignon

Derrière le petit écran.gifL’auteur, Carole Trébor, est à la fois réalisatrice et spécialiste du décryptage des émissions de télévision.

Son ouvrage est un abécédédaire qui ne veut pas dire son nom. A comme « Annonceurs », « Audimat » ; B comme « Bilan », « Bouquet » ; C comme… 54 articles de trois pages pour faire le tour d’un média que l’on croit trop souvent bien connaître. La succession des entrées peut, parfois, prêter à sourire : « Chazal (Claire) », « Couleur », « Dangers » !), mais n’oublions pas que ce livre est destiné à être consulté et non lu de la première à la dernière page. On pourrait d’ailleurs presque le soupçonner, en cela, de se calquer sur une certaine façon de consommer la télévision.

Destiné principalement aux collégiens, cet ouvrage s’appuie sur des informations historiques précises et sur des anecdotes marquantes. Dans un style clair, agréable à lire, il aborde sans tabou et de façon simple des choses extrêmement complexes (« Censure », « Egalité, diversité, quotas », « X »…) L’auteur incite en permanence le lecteur à s’interroger. Un système de renvois l’engage à naviguer d’un chapitre à l’autre pour en apprendre plus ; un index lui permet de se documenter sur des thèmes plus transversaux (« Amour », « Déontologie », « Pression »…) ; des encarts posent des questions et suggèrent des discussions. En fin d’ouvrage figure une biblio-filmo-webographie brève mais qui va à l’essentiel.

Un mot enfin pour louer les illustrations de Clotka, qui accompagnent parfaitement les questionnements qui traversent le texte. Son folioscope de bas de page, qui raconte l’histoire d’une téléspectratrice, des émotions qui la submergent et de sa réaction lorsque son poste explose, ouvre à lui seul tout un débat !

Ecoute les bruits des saisons

Delphine Gravier-Badreddine,
illustrations Henri Galeron, Donald Grant, Pierre-Marie Valat

Ecoute les bruits des saisons

Gallimard, Premières découvertes, 2011

Science, poésie et son : sous-continents communs à explorer

Par Dominique Perrin

sais2070637683.gif Un livre sonore invitant à tendre l’oreille aux « bruits des saisons », la chose est engageante aussi bien pour les amateurs de documentation que pour les amateurs de poésie. C’est à une rencontre de ces deux horizons qu’on assiste ici avec plaisir ; la modestie de ses moyens et de ses ambitions donne cependant à songer sur les possibilités que pourraient ouvrir un télescopage plus audacieux et plus fécond du travail sur le pouvoir évocateur des mots, sur celui des images et sur celui des sons – au service d’un  authentique point de vue scientifique sur la planète comme milieu et comme système.

La Buse, pirate de l’île de la Réunion

La Buse, pirate de l’île de la Réunion
François Vincent, Maryse Lamigeon

L’Ecole des loisirs (Archimède)

La Buse ou la vie !

Par Mathieu Freyheit

La Buse, pirate de l’île de la Réunion.gifLa Buse est un pirate, un vrai. Né en 1680 à Calais d’un père corsaire, il plonge dans la piraterie et hante les eaux de Madagascar et de Bourbon (aujourd’hui la Réunion) autour des années 1720. Navires, batailles, naufrages, trésors et pendaison : tout dans la vie d’Olivier Levasseur, dit La Buse, dévoile de la piraterie ce que…nous en savons déjà. Et, heureusement pour nous, Maryse Lamigeon n’a pas l’intention d’y revenir.

Au détriment d’un titre qui se révèle inopérant, l’histoire est celle d’un jeune garçon, Paul, habitant de la petite île Bourbon. Un drame familial conduit Paul à travailler dans une plantation, accompagné de la belle Malgache Flora, dont il est épris. Contraint à la fuite, il prend la décision de s’embraquer en mer. Sur son chemin, il croise, à plusieurs reprises, le tristement célèbre pirate La Buse.

Le pirate ne fait donc pas figure de héros, loin s’en faut, mais demeure au fil du récit ce qu’il fut en réalité pour ses contemporains : une ombre planant le long des côtes, un danger permanent, une rumeur. Un livre d’ambiance, pourrait-on croire, n’était l’irrésistible tentation de verser dans le récit d’aventure. On pourrait reprocher à l’histoire cet entre-deux, dont découle un certain manque de dynamisme : l’auteure ne ménage que peu de place au suspens – et au plaisir –, les évènements s’enchaînent parfois sans vie ; et sans grande émotion. A défaut de cela, Maryse Lamigeon parvient à conter les choses avec une simplicité qui n’est pas si courante.

D’autant plus que les manques de l’histoire sont parfaitement comblés par le travail de François Vincent. Finalement, La Buse, pirate de l’île de la Réunion est avant tout un livre à regarder. François Vincent a réalisé des planches d’une merveilleuse harmonie, confirmant son talent non seulement d’illustrateur, mais aussi de passeur de sensations. La maîtrise des motifs maritimes comme des scènes de nuit, dans une simplicité de tons, en font un superbe ensemble sur le plan esthétique.

Enfin, l’ouvrage se complète d’un intéressant dossier historique et pictural, d’un glossaire, ainsi que d’une efficace bibliographie.

Gustave est un oiseau

Gustave est un oiseau
Claire Babin, Olivier Tallec

Adam Biro, 2004

De la métamorphose comme principe de connaissance

Par Dominique Perrin

gustaveestunoiseau.jpgGustave est un oiseau s’insère dans une série de « Gustave » dont chaque maillon initie le jeune lecteur  à un aspect de la nature, et dessert un projet général de type documentaire – mots clés en gras, documents photographiques et glossaire explicatif à l’appui. Mais l’habillage est résolument narratif et littéraire ; l’embrayeur poétique de chaque ouvrage est constitué par une « métamorphose » de Gustave – petit garçon rêveur qui se transporte ici dans le point de vue d’un oiseau rayé de rouge et de jaune comme son pyjama. Idée intéressante ! Mais c’est au plan de l’écriture que le bât blesse : soigné certes, le texte semble emprunter ses critères à la rédaction scolaire du milieu du siècle dernier.  Le dessin est beaucoup plus stimulant, à commencer par ses décalages délibérés et féconds avec ladite rédaction modèle.

La Chine de Zhang Zeduan

La Chine de Zhang Zeduan
Mitsumasa Anno

Traduit (japonais) par Nadia Porcar
L’école des loisirs, 2010

La Chine au fil de l’eau, au fil du temps

Par  Anne-Marie Mercier

chine_zhang.gifS’inspirant du rouleau de peinture sur soie « Jour de Qingming au bord de la rivière », Mitsumasa Anno se livre à un hommage à son auteur, Zhang Zeduan (1085-1145), dont l’œuvre est aujourd’hui invisible, conservée, et à une mise en scène de ses croquis faits lors de ses voyages en Chine.

A la manière de son album le plus célèbre, Ce jour -là, il ne propose aucun texte, mais une suite de doubles pages totalement occupées par des vues dessinées à l’encre et aquarellées. Celles-ci présentent avec un point de vue légèrement surplombant des plans panoramiques où les hommes s’affairent : paysages de rivière ou de montagne, scènes diverses (constructions, jeux, activités agricoles et économiques, spectacles, mariage et funérailles…) dans lesquelles la modernité n’est pas encore entrée mais commence juste son œuvre de destruction. C’est une sorte de vision de la Chine éternelle, où des cavaliers suivant une oriflamme côtoient des cyclistes. On semble suivre une rivière, mais la fin de l’album la quitte pour les hauts plateaux.

L’ensemble est esthétiquement très réussi. Mais comme son prédécesseur, Anno vise à la précision et presque à l ‘exhaustivité : chaque scène est faite de plusieurs qui se côtoient dans un même espace et proposent chacune un aspect de la Chine ; la fabrication d’un matériau, le mode de transport d’un autre, une coutume locale, un débit de boissons, tout cela se côtoie et forme une petite encyclopédie en images de la civilisation et de la géographie chinoises, des difficultés climatiques et écologiques. Chaque scène est commentée en fin de volume, Anno attirant l’attention du lecteur sur un détail, développant un aspect et indiquant où le croquis a été fait. Une carte permet de localiser les lieux, croisant les tracés des fleuves, celui de la route de la soie et les points illustrés par le livre. Tout un voyage, instructif, inépuisable et beau.

Quelle journée !

Quelle journée !
Cécile Gabriel

Mila éditions, décembre 2010

Voyage photographique en pays d’enfance

par Sophie Genin

 photos,journée,cécile gabrielLa photographe et comédienne Cécile Gabriel avait déjà, avec grand talent, proposé Quelle Emotion ! chez le même éditeur. Le fonctionnement de son avant-dernier-né (depuis est sorti Quelle est ton ombre ?) est le même que celui du premier : sur une double page avec fonds très colorés, bariolés, un bout de phrase commençant par « pour » à gauche et, dans un carré découpé à droite un morceau de photo en noir et blanc. On tourne et on découvre l’ensemble de la photo et de la phrase, comme par exemple : « je m »habille pour ne pas sortir tout(e) nu(e) » face à une petite fille accroupie la tête cachée par la robe qu’elle enfile en la tirant sur les côtés. Si cet album est très riche, déclinant tous les moments importants de la journée d’un enfant, sa portée est un peu moindre que celle de Quelle Emotion ! qui ouvrait davantage de perspectives en allant du côté des sentiments, des impressions, avec des nuances entre « envieux » et « jaloux » par exemple. Néanmoins, la qualité des photos et ce choix de la journée permet aux jeunes lecteurs de s’y retrouver dans le temps, cette notion si abstraite et, à leurs « accompagnateurs » de retrouver, avec nostalgie, des instants spécifiques à l’enfance, atemporels tout à coup grâce au noir et blanc.