L’Étonnante Histoire de l’homme le plus lent du monde
Arthur Dreyfus, Sim Mau
Rue du monde, 2025
Le rythme des autres
Par Anne-Marie Mercier
C’es
t le fils de l’homme le plus lent du monde qui présente son père, avec tendresse et humour. Celui-ci fait tout très lentement : manger (la semoule, c’est graine après graine), parler (il commence des phrases et n’a pas le temps de les finir ; ce n’est qu’à la fin qu’on saura ce qu’il voulait dire), pleurer, se laver (il y a la queue devant la salle de bains), s’habiller, etc. On devine l’entourage un peu agacé… Il semble se consoler avec un animal de compagnie, c’est justement une limace. Un jour, après la mort de la limace, il part mais avant de partir il arrive à finir cette phrase toujours laissée en suspens… (« je t’aime »).
C’est un beau portrait, celui d’un père un peu lunaire, inadapté, puis d’un père absent, et pourtant très présent dans les souvenirs de son fils. L’histoire serait tragique sans les dessins qui introduisent du comique dans toutes les situations. Rue du monde semble quitter le terrain militant et mondialiste pour s’intéresser à une micro histoire. Pourtant c’est bien un éloge de la tolérance qui peut se lire ici. Si « l’enfer, c’est le rythme des autres » (Henri Michaud), accepter ce rythme serait le début du paradis et une belle preuve d’amour.









