C’est juste Stanley

C’est juste Stanley
Jon Agee

Ecole des loisirs, 2016

Chien fou?

Par Claire Damon

C’est juste StanleyDans C’est juste Stanley, les membres de la famille Wimbledon sont dérangés dans leur sommeil par les activités quelque peu bruyantes du chien Stanley. Infatigablement, il semble qu’il répare la cuve à mazout, prépare un bouillon de poisson, débouche la baignoire. Malgré son mutisme, c’est bien autour de ce personnage de Stanley, montré en hyperactivité, que le récit tourne.

On croit avoir affaire à un récit du quotidien empreint d’humour et de fantaisie, à un mini drame familial dans un « picture book » à la John Burningham. L’album recèle quelque chose de très british, on pense à Wallace et Gromit. Mais la fin, percutante, fait prendre au livre une dimension inattendue, extraordinaire et romantique…

La chute, réjouissante, assez abrupte, donne en effet un nouveau jour au début du récit.

Yen Yen le Panda géant

Yen Yen le Panda géant
Fred Bernard, Julie Faulques
Nathan / Museum national d’Histoire naturelle, 2014

Vie et mort d’un Panda

Par Anne-Marie Mercier

Yen YenRien de choquant dans cet album qui retrace la vie du panda du Zoo de Vincennes : on ne l’a pas arraché à sa famille, il s’est simplement perdu dans les bois… Puis la Chine l’offre à la France, et il fait les délices des visiteurs. Il semble ne pas être mécontent de sa situations, très occupé à manger (« les pandas aiment la solitude »).

Les visiteurs du Zoo aimeront avoir un souvenir de l’animal, mais les autres resteront sans doute sur leur faim.

Le Miel des trois compères

Le Miel des trois compères
Richard Marnier, Gaëtan Doremus
Rouergue, 2014

Métaphysique des choix

Par Anne-Marie Mercier

Le Miel des trois compèresInstallons une situation : trois animaux amateurs de miel rencontrent un rayon de miel. Répétons la dix sept fois en proposant dix sept histoires différentes. On aura au bout du compte un exercice entre les Exercices de style et les Mille milliards de poèmes de Queneau : même style mais exploration des possibles.

C’est surtout sur le plan des rapports entre eux que ces « compères » font preuve d’inventivité, de la négociation à sa parodie, de la fable à l’explosion délirante.

Loup, renard, ours sont ici en compétition ; c’est souvent l’ours qui gagne : force brute, innocence un peu épaisse font mieux que ruse et cruauté.

Sylvain et SylvetteEt ces compères font penser au Roman de Renart et à Sylvain et Sylvette !

Tout là haut

Tout là-haut
Morgane de Cadier, Florian Pigé
HongFei, 2015

Ours vole !

Par Anne-Marie Mercier

Tout là-hautL’ours est une image de l’enfance en littérature pour la jeunesse ; quand il est blanc, cela ajoute une touche d’exotisme mais aussi d’innocence supplémentaire. Tout lui est possible, tout lui est désir.

Quand celui-ci est désir de savoir (qu’est-ce c’est que ces ballons qui survolent la banquise ?) puis désir de voyage (partons avec les belles montgolfières !), la liberté est totale.

Cette jolie fable est mise en texte et en images par deux jeunes diplômés de l’école Emile Cohl, qui ont bien du talent : il en faut pour qu’on accepte immédiatement cette situation étrange et improbable comme une évidence. Les images sont belles, inscrivant des ours schématiques dans des décors colorés et riches de nuances. L’ensemble est poétique, léger, parfait.

Décidemment, chez HongFei, tout voyage (voir La Roche qui voulait voyager)

Le Petit Camion Rouge

Le petit camion rouge
Tatsuya Miyanishi, Fédoua Lamodière (trad. japonais)
Nobi Nobi, 2014

Petit Camion deviendra grand

Par Christine Moulin

petit camion rougeVoilà une histoire qui plaira à tous les amateurs ou amatrices de véhicules en tous genres mais ne déplaira pas à ceux qui aiment les contes initiatiques: le héros, Red, est en effet un camion, qui n’a retenu du Petit Chaperon Rouge que la mission « aller porter quelque chose à quelqu’un ». En l’occurrence, le « quelque chose » prend la forme de deux mystérieux paquets, très fragiles, et le « quelqu’un » une famille de lapins, au Pays des Carottes, chez qui vient de naître une petite lapine, dont Monsieur Tanuki (1), remplissant ainsi le célèbre rôle du mandataire de Propp, veut célébrer la naissance par ce cadeau intrigant. Red va traverser une ville très stylisée, mais remplie de voitures, de camionnettes tous plus utiles les uns que les autres. Red est alors très déprimé et se sent « minuscule et mollasson », malgré l’aide que lui apportent un camion-grue et une dépanneuse. D’autant plus que sa mission semble avoir échoué. En fait, il n’en est rien… On songe presque au Tagagné de Dalrymple, dont l’objet de la quête résidait dans la quête elle-même.

La fable est jolie. Elle prend place dans la série des histoires qui peuvent rassurer les enfants malhabiles, qui se sentent toujours trop petits, trop incompétents. Aux plus grands, elle peut rappeler opportunément que l’échec apparent peut n’être que transitoire et laisser place à une réussite qui mérite patience et maturation. N’est-ce pas déjà beaucoup ?

(1) Un avertissement en début d’album prend soin de nous informer que le tanuki est un « animal d’Asie ressemblant au raton-laveur et qui est très présent dans le folklore traditionnel japonais. Il y est souvent présenté comme un animal espiègle aux pouvoirs merveilleux […] ».

Coup de foudre au zoo

Coup de foudre au zoo
Aurore Callias
Autrement jeunesse (histoires sans paroles), 2014

Singez les singes, et vous verrez…

Par Anne-Marie Mercier

Coup de foudre au zooUne famille visite un zoo et l’un des enfants s’arrête tout particulièrement devant la cage des singes. Un halo blanc signifie ce « coup de foudre », mais de quelle nature est-il ? Le texte est, comme c’est la règle dans cette collection, sans paroles.

Ce n’est que lentement que le lecteur comprend ce qui se passe. A partir du moment où les humains rentrent chez eux le petit garçon concerné par ce « flash » se comporte comme un singe (acrobaties, etc., puis sa sœur puis ses parents. A l’inverse, sur la page de droite, on voit les singes s’humaniser jusqu’à le dernière page qui les montre sortant du zoo avec zoo-pictureleurs sacs de pique-nique. La dernière scène, en forme de déjeuner sur l’herbe, montre les singe sagement autour de la table du pique-nique tandis que les humains, presque nus, font les singes dans les branches… On pense bien sur à l’album d’Anthony Browne, Zoo.

les beaux beaux jours des colloques

Les pages « actu » et « recherche » de notre site (maintenant bien vivantes, je vous encourage à les visiter régulièrement) étant un peu confidentielles, voici deux annonces qui concernent l’activité des membres de Li&je (ou plus largement PRALIJE), acteurs de ce blog :

compagnonsLittérature de jeunesse et enseignement de la littérature : Les compagnons de la Croix-­‐Rousse : qu’est-­‐ce qu’une série culte ?
Université Lyon 1, Espe, 14 & 15 juin 2016
En savoir plus : BONZON-COLLOQUE
voir le PLANNING_bonzonv2

 

 

Appel à communication : colloque des 17-18 mars 2017, à Lyon : « Des créateurs dans la classe. Faire vivre la littérature de jeunesse ».
Les propositions de communication (15 à 30 lignes) devront parvenir en word ou rtf avant le 10 avril 2016 à anne-marie.mercier@univ-lyon1.fr
appel_colloque ecrivain_fin
Anne-Marie Mercier, Université Lyon1 (Espé), UMR 5611 (LIRE), François Quet, Université Lyon1 (Espé), LITT&ARTS, Grenoble 3

Une Maison pour quatre

Une Maison pour quatre
Gilles Bizouerne, Elodie Balandras
Syros (paroles de conteurs), 2015

Conte peul

Par Anne-Marie Mercier

Une Maison pour quatreLes quatre associés de cette histoire tirée d’un conte peul sont assez improbables : tigre, éléphant, serpent, hibou. On en déduit que le conte vaut par sa morale : on ne peut s’associer que si on a assez en commun.

Cependant, l’entreprise est montrée comme joyeuse, réussie pour un temps assez bref mais précieux. Somme toute, elle n’échoue que par quelques détails de cohabitation difficiles à réprimer, tenant à la nature de chacun. Le rythme de la narration et ses moyens sont adaptés au racontage et maintiennent l’attention éveillée à chaque étape.

Le récit suit les vignettes d’un rêve d’enfant : construire une cabane, y dormir… Les animaux sont bellement croqués ; les couleurs sont franches, vert de la végétation, violet de la nuit, orange du tigre… et les animaux sont très expressifs.

Un nouveau site sur la LJ : Voie livres

 le site internet www.voielivres.ch est désormais en ligne!
voie livres
Vous y découvrirez régulièrement des chroniques sur la littérature de jeunesse, son enseignement, l’état de la recherche et les événements culturels, régionaux ou non.

Le site est né d’une envie d’échanger sur la littérature de jeunesse, d’élargir ces échanges au plan intercantonal et international, ainsi que de collaborer avec différentes Institutions et acteurs du monde du livre (Haute Ecole Pédagogique Vaud, Université de Genève, Haute Ecole Pédagogique Valais, Institut suisse Jeunesse et Médias, Editions Pure Crème, d’autres encore, prochainement?).

Sonya Florey, Carole-Anne Deschoux, Vanessa Depallens

Ma mère, le crabe et moi

Ma mère, le crabe et moi

Anne Percin

Editions du Rouergue, septembre 2015.

Ma_mere_le_crabe_et_moi

Comment réagir quand on a quatorze ans et qu’on découvre que sa mère a un cancer ?Surtout lorsqu’on vit seule avec elle.

C’est la question à laquelle la jeune narratrice de ce roman drôle et bien écrit se trouve confrontée. Son père -qu’elle voit peu- est parti un beau jour, quatre ans plus tôt, pour une autre femme. Son frère aîné a quitté la maison. C’est donc seule aux côtés de cette mère, aide à domicile pour des personnes âgées et qui peuple sa solitude en enjolivant un peu sa vie sur son blog (« Lectures et confitures ») que la jeune fille doit faire face.

Si la lutte contre « le crabe » comme elles l’appellent va renforcer leurs liens, elle va surtout les conduire toutes deux à une véritable métamorphose… amenant l’une à se reconstruire de force, l’autre à forger sa personnalité.

Drôle, pudique et sans une once de pathos, ce roman qui se lit d’une traite pose cependant de vraies questions sans en avoir l’air sur la maladie, les rapports mère-fille, la construction de l’identité féminine, l’amitié (réelle ou « virtuelle »), l’amour et, surtout, le dépassement de soi.

Un beau roman émouvant (dès douze ans).