La Fille du volcan

La Fille du volcan
Benjamin Lesage
Editions courtes et longues, 2026

Le volcan, entre sciences et légendes

Par Pauline Barge

Mar est née au Mexique, dans le village de Xalitzintla, au pied du Popocatepetl. Avec ses yeux gris cendre et sa peau pâle, c’est sûr : elle est la fille du volcan. Jeune, elle aime passer du temps dans les champs avec son père, elle se questionne sur les rites des anciens, et se lie à la nature. En grandissant, sa curiosité et son intelligence se développent et la poussent à s’intéresser aux sciences. Sa vie toute tracée est soudain brisée lorsqu’elle subit un viol dans la forêt, dans son refuge pourtant si rassurant. Résiliente, elle continue à s’accrocher à sa passion, et décide de partir à Mexico pour faire des études de volcanologie. Elle veut prouver qu’il existe un lien profond et vivant entre elle et le volcan. Le volcan a une voix, que chacun peut entendre résonner en lui. En revanche pour Mar, c’est différent : le volcan lui parle, il lui envoie des images, il communique avec elle.
La Fille du volcan traite d’une grande diversité de sujets, toujours avec justesse et finesse. La science, d’abord, avec toutes les notions de volcanologie. Le lecteur ne se sent jamais perdu, même avec des connaissances faibles sur ce sujet : Benjamin Lesage rend la science accessible, et surtout intéressante. On s’implique dans les recherches de Mar, on devient curieux à notre tour. Avec la science, vient toute une mythologie autour des légendes. On en apprend davantage sur la culture du Mexique et son folklore. Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est le croisement entre ces deux aspects : il tend à réconcilier la science pure des volcans, c’est-à-dire les scientifiques et leur rigueur, et les légendes et les traditions des peuples. C’est un mélange osé, mais qui fonctionne, rendant le texte à la fois poétique et rationnel. On peut aussi relever le caractère écologique de ce roman qui, sans être moralisateur, est percutant. On sent la force des personnages pour protéger leurs terres et ce qui leur est cher.
Un autre aspect fort du livre est son féminisme, présent tout du long. Il est traité avec justesse et émotion, montrant avec précision le quotidien des femmes au Mexique, et surtout leur résilience. Il y a des moments difficiles et bouleversants, qui font que le livre n’est pas à mettre dans les mains de tout jeune adulte. La scène de viol est dure et cruelle, laissant un haut-le-cœur tant tout est réaliste et tant on est attaché au personnage de Mar. Nous nous sentons tout aussi indignés. En revanche, les mots ne sont pas crus : si les scènes sont violentes par leurs actes, Benjamin Lesage écrit avec une douceur surprenante et des mots emplis de poésie. La Fille du volcan est avant tout un roman d’émancipation, où Mar apprend à prendre possession d’elle-même, à être sûre de qui elle est, ce qui peut s’avérer difficile dans une société patriarcale.
Il faut souligner aussi l’immersion totale du lecteur dans le contexte du Mexique. Les paysages, la vie quotidienne, la nourriture… On plonge dans un tout autre pays, de quoi être totalement dépaysé. Benjamin Lesage utilise de nombreux mots espagnols. Si les noms propres peuvent être difficiles à retenir et à lire, les mots courants sont utilisés avec brio. À aucun moment il n’y a besoin de chercher une quelconque traduction, car ils sont employés à des moments adaptés, où le sens général de la phrase est compris.
La Fille du volcan est un roman puissant. L’histoire est captivante, les sujets traités le sont de manière juste et vraie, et les personnages sont tous attachants. Que ce soit l’héroïne, Mar, ses amis, sa professeure, sa famille, nous ressentons forcément à un moment donné dans le roman leurs émotions, ce qui nous immerge d’autant plus dans l’histoire. Benjamin Lesage livre une œuvre audacieuse et réussie, avec une plume rigoureuse et envoûtante.

Un rapport avec le pièce de théâtre de Marie Desplechin intitulé « La Vraie fille du volcan » (l’École des loisirs, 2004, disponible en occasion) ? Vous le saurez en lisant les deux ouvrages, pour un été explosif.

 

 

 

Les Secrets du cerveau

Les Secrets du cerveau
Helena Harastova et Dita Vopradova

Albatros, 2025

Mémoire et imagination

Par Lidia Filippini

Voici un album documentaire aux illustrations colorées et amusantes qui a pour ambition d’expliquer le fonctionnement du cerveau.
La première partie, intitulée « La mémoire », aborde la manière dont les informations sont stockées dans le cerveau. On y trouve des explications précises sur les diverses régions cérébrales et sur leur rôle dans la création des souvenirs. L’autrice s’intéresse également aux différents types de mémoire (à court, moyen ou long terme) et aux liens entre âge et mémoire.
La deuxième partie paraît plus confuse. Le texte se perd dans un fouillis d’images – souvent drôles d’ailleurs, mais qui nuisent à la clarté de l’ensemble. Les notions d’imagination, de pensée et de créativité semblent se mélanger. Les trois termes sont utilisés comme des synonymes, ce qui rend la compréhension difficile et conduit parfois à des approximations (les pensées intrusives, la mythomanie et la synesthésie seraient des dysfonctionnements de l’imagination). Le chapitre intitulé « l’imagination dans la science » m’a laissée un peu perplexe. On y apprend en effet qu’Isaac Newton, qui était « bien trop intelligent pour laisser la place au hasard […] a étudié l’attraction en détail (et grâce à son imagination) avant de définir cette loi. » Je n’ai pas tout compris…
L’album se termine par des « Questions de compréhension de lecture » parfois déconcertantes. Par exemple, la réponse à la question : « Peux-tu citer trois manières de te servir de ton imagination au quotidien ? » est « Quand tu as peur, quand tu prends une décision, quand tu dois planifier et préparer quelque chose. » Ici encore, le terme « imagination » ne me semble pas approprié.
Encore plus gênant, une biographie succincte de l’autrice nous apprend qu’elle n’est « ni psychologue, ni neuroscientifique » mais qu’elle « puise l’inspiration pour ses livres en observant » ses enfants. Une démarche empirique, certes, mais bien peu scientifique. Dommage car ce documentaire avait plutôt bien commencé avec une première partie intéressante et bien construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une Toute Petite Goutte de pluie

Une Toute Petite Goutte de pluie
Galia Tapiero, Marion Brand
Kilowatt, 2022

Canicule : retour à l’essentiel

Par Anne-Marie Mercier

Une toute petite goutte qui devient grande et essentielle est l’héroïne anonyme d’un petit livre tout simple qui soulève une question elle aussi essentielle (encore plus cruciale en temps de sécheresse) : d’où vient la pluie ?
Il s’ajoute à de nombreux ouvrages sur la question (notamment le fameux Perlette, goutte d’eau de Marie Colmont illustré par Gerda Muller (réédité chez le Père Castor en 2018) sans être redondant : la simplicité de ce livre qui s’affirme sans simplifier le propos le sert. Ici, pas de fictionnalisation (comme dans Perlette) qui pourrait gêner le propos scientifique. Mais une belle ouverture sur l’espace entier, montrant que tout le globe est impliqué dans le processus : glaces, océans, lacs, cours d’eau, tous, représentés chacun dans une double page sobre au dessin réduit encore à l’essentiel. Les pages sont  colorées de bleus et de jaune (pour l’eau et le soleil), tandis que les zones laissées en blanc laissent voir la pureté géométrique du trait : arrondi des collines, verticalité des rayons du soleil, etc.
Évaporation, condensation, formation de nuages, pluie et bienfaits de la pluie pour les cultures, les animaux… Tout est dit en mots simples pour ramener finalement au vécu des enfant : on les voit en dernière page, chaussés de bottes, jouer dans les flaques (on en rêve!)

Voir sur le site de Marion Brand, qui a également illustré Un tout petit grain de sable, chez le même éditeur.

éditions Kilowatt

Gros animaux

Les sciences naturelles de Tatsu Nagata (L’Ours, La Vache)
De Tatsu Nagata
Seuil, 2008

par Anne-Marie Mercier

L’Ours (ne pas confondre avec le nounours, ni avec l’ourson) vit souvent dans une grotte, dort tout l’hiver (certains) peut marcher dans la neige sans s’enfoncer, a un cousin tout blanc sur la banquise…
La vache, elle, a bien des soucis : piquée par les mouches, dérangée par les trains (en Inde, bien sûr), elle fournit le lait, les peaux, la viande, mais tout cela une page après l’autre, et avec humour, celui des dessins charmants et colorés de Tatsu Nagata qui renouvelle toutes les évidences.