Tonino l’invisible
Gianni Rodari, (illustrations d’Alessandro Sanna)
traduit de l’italien par Élisabeth Duval,
Kaléidoscope, 2010
Une expérience philosophique
par François Quet
Tonino aimerait bien devenir invisible. Par exemple : pour ne pas être interrogé en classe. Magie. Tonino devient vraiment invisible. Son instituteur le laisse vraiment tranquille, il peut s’amuser vraiment comme un fou, faire pas mal de bêtises, et créer pas mal de désordres, réjouissants pour le personnage et pour le lecteur qui aime bien que les gens respectables aient des ennuis, qu’on se moque des maitres d’école et des policiers. Seulement voilà, invisible, Tonino l’est aussi pour ceux qu’il aime et qui ne peuvent plus ni le voir ni l’entendre. Heureusement la magie se défait aussi vite qu’elle s’est faite. Vous me voyez ? demande Tonino au vieil homme qui lui demande pourquoi il pleure. Le vieil homme l’a bien sûr depuis longtemps repéré, c’est lui qui n’a jamais remarqué le retraité : pour les enfants, le vieillard sur son banc est bien « comme l’homme invisible ».
Gianni Rodari, on le sait, est un moraliste. Son humour fait ici d’autant plus merveille que les illustrations d’Alessandro Sanna donnent à cette Histoire au téléphone, une nouvelle fraicheur. Les couleurs claires et pimpantes, les traits alertes et caricaturaux vont de pair avec une véritable élégance graphique : les larges tracés à la brosse, rehaussés d’encre ou de pastels, se déploient sur de très grandes doubles pages.
Tonino l’invisible ouvre joyeusement quelques questions graves : qu’est ce que voir les autres ? qu’est ce qu’être vu ? A quoi tenons-nous le plus ? Qu’est-ce qu’être reconnu ?
En 1988, Keith Haring offrait, pour son septième anniversaire, un livre d’activités artistiques, à la fille d’un ami, Nina Clemente. Par chance, cette dernière, devenue adulte, a accepté que cet album, véritable initiation à l’art selon Keith Haring soit publié donc mis à la portée du plus grand nombre.
Claude Clément a encore frappé et bien ! A nouveau, la musique l’inspire, comme elle le note en dédicace : « A mon compagnon, Serge Delbouis, qui fait vibrer l’âme des pianos, à Geneviève Stahl qui éclaira sa vocation, à Belline pour que résonne son piano intérieur… ».
Ce qui attire d’abord dans ce grand et bel album, ce sont les illustrations. En effet, dès les pages de garde, le lecteur est transporté en Chine et, dans les moindres détails de l’histoire, il voyage jusqu’au Sichuan du VIIIème siècle.
L’histoire est plaisante et, s’il n’y avait cette volonté farouche de faire référence à d’autres textes célèbres de la littérature de jeunesse, nous serions sensible aux traits d’humour… mais, outre les illustrations qui ne font pas montre d’une originalité suffisante pour se démarquer de ce qui a déjà été édité avant, le texte est bien trop prétexte à aller lire ailleurs, ce que le lecteur finira par faire, faute de s’attacher aux personnages de cette histoire-ci !
Une sobre couverture en noir et blanc à l’encre de chine, quelques portées vides… Quand on tourne la page, elles prennent de la verticalité, se transforment en arbres. Apparaît alors le chef d’orchestre, qui, du sommet du plus grand arbre, va orchestrer la symphonie. Les feuilles (métaphores des notes), au gré de sa baguette, vont délicatement s’envoler, tournoyer, se mêler et nous offrir un magnifique concert de silence. Point besoin de mots, tout est dit. On se laisse emporter, transporter. On referme le livre comme on sort d’un concert avec en tête une multitude de notes, de sensations, on a touché la plénitude.
D’abord, il y a les images ou plutôt les magnifiques tableaux de Martin Jarrie qui prennent toute leur puissance dans un album de très grand format. De délicates fleurs en très gros plan, saisissantes de beauté, de délicatesse…
Des illustrations foisonnantes de mille détails, mille références…, mêlant traits au crayon, découpages, aplats de couleurs, variations autour de cadrages audacieux et mise en scène du texte… Des images qui invitent à la divagation personnelle mais qui sont d’abord, ou aussi, un accompagnement du texte de François Prévot. Une histoire d’amour entre deux ados qui ont du mal à s’avouer leurs sentiments. La poésie, les mots seront le point de passage entre les deux. Point de vieille poésie, la poésie actuelle bien vivante, celle qui peut s’écrire en SMS, sur des supports originaux : une lettre d’amour tricotée à l’aiguille sur support en carton… ou envoyée sur un avion en papier telle une bouteille à la mer… Un sujet universel porté par un support riche qui peut toucher un public de tous âges.
Qu’est -ce que c’est ? Cette phrase rythme le texte. De magnifiques photos montrent le détail en gros plan d’un objet que l’on découvre en tournant la page. Le procédé n’est pas nouveau mais ce qui est intéressant ici, c’est le parti pris d’utiliser des objets de récupération détournés de leur usage premier. Tout cela s’inscrivant dans un récit à accumulation et n’étant pas simplement la juxtaposition de devinettes, comme on le voit le plus souvent dans les productions jeunesse pour les tout jeunes enfants. C’est aussi un livre à chute heureuse : Le berger a gagné un baiser de la princesse de Bordeaux !
C’est l’histoire de quatre mecs qui regardent un match de foot ensemble… L’un des quatre propose aux autres d’aller boire un coup mais aucun ne peut… L’un doit s’occuper du linge, l’autre du ménage, le troisième doit faire à manger… Vous n’êtes que des FEMMELETTES ! Nous les hommes on est faits pour vivre fort ! rétorque le quatrième.