Dans la petite maison verte

Dans la petite maison verte
Marie-France Painset, Marie Mahler
Didier Jeunesse, 2010

 Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour toi

par Christine Moulin

marie-france painset,marie malher,didier jeunesse,album répétitif,enchâssement,comptine,nursery rhyme,maison,couleurs,animaux,christine moulinLes auteurs nous offrent une très jolie variation sur les albums et poèmes répétitifs fondés sur l’enchâssement, à l’image du célèbre poème d’Eluard, « Dans Paris ». La couverture, découpée, ouvre une fenêtre en forme de cœur sur l’image d’une maison, fil directeur de cette comptine. Comptine ? Non, pas vraiment, et on se prend à le regretter car le nombre des habitants aurait pu augmenter ou diminuer au fil de l’album. Mais peut-être cela aurait-il été trop évident, trop « instructif ». Seuls les couleurs sont au rendez-vous et les animaux et peuvent donc, avec les tout-petits, faire l’objet de découvertes. Et ce qui est vraiment très amusant, c’est de repérer les différents procédés utilisés dans l’illustration pour insérer les maisons les unes dans les autres. La chute de cette « nursery rhyme », reste dans la tradition  mais la réinterprète subtilement, en usant de la magie des répétitions. Cet ouvrage est la preuve que le petit bruit discret d’un cœur qui bat peut grandement réjouir les lecteurs.

Lily Myosotis

Lily Myosotis
Nathalie Mussari, Nathalie Goussé

Coprin, 2010

 Noyade dans le bleu

par Christine Moulin

nathalie mussari,nathalie moussé,coprin,vache,bleu,identité,atelier philo,christine moulinLily est une vache. Pas bleue. Et c’est là tout son drame car le bleu lui rappelle sa Bretagne natale. Heureusement, un elfe va venir à son secours, s’inspirant vaguement des leçons de Pélagie la sorcière qui passait son temps à perdre son chat noir dans sa maison noire.

Bien sûr, on peut voir le message : il faut se débarrasser de la nostalgie de l’enfance et cesser de vouloir s’incorporer ce que l’on aime pour devenir soi-même (cela dit, Lily va quand même passer sa vie en noir et blanc, comme les copines qui l’ennuient tellement au début de l’histoire).

Justement, on peut voir LE message. Pas beaucoup de jeu dans cet album. La voie, pour Lily, comme pour le lecteur est toute tracée. Les illustrations ne viennent guère à la rescousse, lourdes, redondantes, envahies par les gros plans.

Cela dit, peut-être ce récit peut-il provoquer des discussions dans les cercles philo de maternelle : doit-on ressembler à ce qu’on aime ?

Dans ma rue

Dans ma rue
Olivia Coisneau
Seuil, 2011

 Dans ma rue, il y a … pfff…

 par Christine Moulin

 La collection Clac Book avait accueilli des réussites. Mais la formule, cette fois, ne fonctionne guère. Sous le prétexte de préparer un goûter d’anniversaire, Leila et Léon (on croirait des héros de manuels de lecture préposés à l’apprentissage du son /l/ !) réalisent un parcours dans la rue, de boutique en boutique. Pour des enfants que l’on emmène chaque samedi dans les grandes surfaces, que peut signifier une phrase aussi désuète que : « Tiens, le facteur a une lettre pour le primeur »? Autres caractéristiques par trop « vintage » : on s’arrête devant une quincaillerie mais l’illustration n’aide absolument pas à savoir ce qu’on peut y trouver (la réalité non plus : essayez d’en trouver une dans votre ville!), la charcutière s’appelle Madame Salami (n’est-il pas un peu lourd de donner aux commerçants le nom de ce qu’ils vendent?) et les illustrations rappellent furieusement celles de Rémi et Colette. La fin est à l’unisson, un peu mièvre et moralisatrice (« Et si on prenait un petit bouquet pour faire plaisir à maman ? »).

Timo à la montagne, Timo au parc

Timo à la montagne, Timo au parc
Émilie Gillet, Cyrille Entzman
Gallimard jeunesse, 2011

Images du quotidien

Par Anne-Marie Mercier

timo2.jpgVoici une nouvelle série dont le héros est un doudou, une souris aux poches arc-en-ciel présentées dans des images photographiques. À la montagne, on la voit faire de la luge, construire un bonhomme de neige, essayer le téléski, prendre un cours, et s’endormir en rêvant… qu’il fait du ski.

Au parc il explore les différents lieux et activités, fait une chute du toboggan, et, en mangeant son goûter, « il rêve déjà de revenir au parc pour s’amuser. »

C’est moi qui lapin

C’est moi qui lapin 
Jean Gourounas
Rouergue

               Fais comme moi

Par Chantal Magne-Ville

peinture, création,  Jean Gourounas, Rouergue, Chantal Magne-VilleUn joli petit livre au format carré, aux illustrations tout en douceur, dont le titre joue sur les mots « lapin » et « la peins ». Il s’agit en effet de peinture. Un petit lapin blanc s’adresse directement à son lecteur, en commentant ce qu’il est en train de créer au moyen de couleurs variées. La surprise naît du fait que peu à peu les formes approximatives ainsi créées – pré, nuages, soleil, fleurs… – viennent  peu à peu orner le corps du lapin, qui se complète, et ce de jour comme de nuit. Ces transformations au caractère quelque peu magique sont soulignées par un texte minimaliste qui parfois rime, ajoutant ici et là une touche de  poésie. Une incitation à la création en toute simplicité.

Le Gros Livre de Mimi cracra

Le Gros Livre de Mimi cracra
Agnès Rosenthiel
Seuil jeunesse, 2011

Les bonheurs de Mimi

Par Anne-Marie Mercier

mimicracra.gifElle est très « mimi », mimi cracra, avec ses petites couettes brunes, ses formes rondes, ses bottes et ses jupettes. Elle est très cracra aussi, mettant ses mains et son nez partout (ancêtre sage de la Clarisse de Dumortier…), faisant de la « bouillasse » avec tout, plus ou moins volontairement – mais toujours avec application.

Les 75 épisodes rassemblés ici sont classés en quatre saisons : mimi au printemps jouant avec la pluie et le vent, l’été avec la mer et les fruits, l’automne avec les châtaignes et la nuit, l’hiver avec la neige ; et les saisons sont rythmées par les événements : les jours où on se déguise, où on reçoit des cadeaux, où on range pour l’an neuf… Chaque histoire est une découverte ou une idée comme les enfants seuls peuvent en avoir : à la fois logique et pas vraiment adaptée. Mimi a la même inventivité que la Sophie des malheurs de Sophie, mais elle l’applique à des choses plus élémentaires, elle est une Sophie heureuse.

Chaque page est un épisode. Chaque épisode, 8 cases sur une double page, ne montre que mimi, aucun adulte, aucun compagnon, hors nounours qui a bien du travail. La marge de droite réserve des surprise, continue le récit et parfois fait parler un objet de l’histoire, ou quelqu’un, hors champ, on ne sait qui : un parent ? l’auteur ? ou le lecteur complice qui entre en dialogue avec mimi.

C’est tout un art de la sobriété, tant dans le dessin, le cadre, les couleurs que dans la narration. Le style inimitable d’Agnès Rosenthiel qui sait mêler efficacité du récit et esprit d’enfance et qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être complexe pour être raffiné.

Mimi cracra a paru régulièrement dans le journal Pomme d’api (Bayard), de 1975 à 2005 (selon les dates données par Wikipedia). Ce volume est la rédition de quatre compilations parues entre 1986 et 2004.

Attends moi !

Attends moi !
Stéphanie Blake

L’école des loisirs, 2011

Un album vitaminé

Par Caroline Scandale

Attends moi .gifUn petit loup nous entraîne dans sa course folle. Avec son copain lapin, ils s’amusent à faire du skate board. Leur vitesse est telle qu’ils s’envolent en percutant un escargot et retombent dans une voiture. A son tour le gastéropode rigolo leur demande de l’attendre car il veut aussi jouer avec eux. Désormais à trois, ils roulent oreilles et antennes au vent, et invitent le jeune lecteur à les rejoindre dans leur monde acidulé et plein de pep’s.

Album cartonné déal pour les petits loups balbutiants, avides de découvertes et d’histoires à croquer…

Coucou hibou !

Coucou hibou !
Lucile Placin

Casterman (queue leu leu), 2011

Par les bois et les prés

Par Anne-Marie Mercier

lucile placin,comptine,casterman (queue leu leu),anne-marie mercierLa collection « queu leu leu » compte déjà 38 titres, et est très reconnaissable avec son format allongé, à l’italienne, et ses pages en carton fort, aux coins arrondis. Le principe est celui de l’enchaînement et de la répétition et les albums créés à partir de comptines fonctionnent parfaitement, reprenant les refrains et inventant de nouvelles formulettes sur le même mode.

Ici, c’est le célèbre « dans la forêt lointaine » qui porte les belles images de Lucile Placin. Papiers découpés, collages, montages photographiques, l’ensemble est très original. On suit le petit hibou, dans un chemin qui le ramène chez lui : par les bois, la rivière, le pont, les herbes… pour revenir à sa maman et faire découvrir au petit lecteur que c’est un oiseau à son image.

Je veux pas aller à l’école (en Lutin Poche)

Je veux pas aller à l’école
Stephanie Blake
Ecole des loisirs (Lutin Poche), 2011 (première édition, 2007)

Simon fait encore des siennes !

par Sophie Genin

9782211093071.gifSimon est sorti en Lutin Poche ! Il faut en profiter ! Certes, cet opus n’est pas au niveau de Caca Boudin, définitivement inégalable, mais c’est toujours un plaisir de retrouver ce héros grognon ! Cette fois-ci le lapin blanc refuse tout net d’aller à l’école : « ça va pas, non ! »
Lire ce petit album, c’est l’occasion de retrouver de vieilles émotions enfouies très loin, oui, ce fameux jour où on vous a dit : « Demain, c’est ton premier jour d’école ! », histoire de dédramatiser par le rire la rentrée du petit dernier ou du premier ! Et la chute me demanderez-vous ? Eh, bien vous la connaissez si, un jour, ce premier fameux jour d’école en maternelle, vous avez été le/la méchant(e) qui a voulu arracher l’enfant à sa toute nouvelle classe chérie : « ça va pas, non ! »

Cou-ci, cou-ça

Cou-ci, cou-ça
Anne Louchard
Minedition, 2010

Eh oui, au fait…

par Christine Moulin

anne louchard,minedition,girafeParfois, on se pose des questions absurdes. Généralement, le soir, avant de s’endormir, dans la brume du premier sommeil. Voici un album qui va favoriser ce phénomène chez les tout jeunes enfants, en leur soumettant le problème suivant : « Comment les girafes font-elles pour dormir avec ce cou interminable planté sur leurs épaules ? ».

La réponse, mignonne à souhait, est donnée à la fin de cet ouvrage à rabat, comme l’exige le sujet traité. Le chemin qui y mène est celui d’un album répétitif classique, mais amusant, dans la lignée du vénérable Il ne faut pas habiller les animaux. C’est dire que le texte sert surtout à introduire l’illustration mais il le fait très bien en variant les formules et en titillant la curiosité.

Une réussite charmante, même si elle n’est pas bouleversante.