Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël
Collectif
Gallimard jeunesse (grand format), 2015

Vite, un livre pour un(e) ado !

Par Anne-Marie Mercier

Minuit! 12 histoiresVous êtes en panne pour offrir un cadeau à un enfant à Noël? Cet enfant est trop grand pour  Le Noël blanc de Chloé (voir chronique ci-dessous?

Alors si c’est un(e) ado, pourquoi pas l’anthologie publiée par Gallimard jeunesse, Minuit! 12 histoires d’amour à Noël ? Ce sont des nouvelles (les ados n’ont pas le temps de lire de longs fleuves), écrits par des auteurs américains à succès (les ados n’aimeraient pas les auteurs français? … ?) – enfin par des auteurs publiés chez Gallimard, dont les excellents David Lévithan et Laini Taylor. Tout cela se passe le soir de Noël ou au 31 décembre (ça vous laisse un peu de temps). Tendres amitiés, amours hétéro et homo, cercles scolaire ou plus exotique.. toutes sortes de manières d’égayer les fêtes, donc sont proposées à votre ado lecteur de plus de treize ans comme cela est suggéré par l’éditeur – davantage si les parents sont un peu rigides et si vous ne voulez ni vous fâcher avec eux ni les changer, dans le cas contraire, à éviter pour sauvegarder la trêve.

Sur le site de l’éditeur :
Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado. »

On l’aura compris, ce sont de bons auteurs, des auteurs qui plaisent, mais pas les « meilleurs » ! Tiens, pourquoi ne pas revenir à Dickens à propos de Noël?

Holly Black, Ally Carter, Holly Black, Gayle Forman, Jenny Han, Matt de La Penña, David Levithan, Kelly Link, Myra McEntire, Perkins Stephanie, Rainbow Rowell, Laini Taylor, Kiersten White

Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble

Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble
Piret Raud
Rouergue 2015

La vie mode d’emploi, façon estonienne

Par Michel Driol

voisinsTaavi, le narrateur, vit avec sa mère dans un appartement au 3ème étage d’un grand immeuble. En une trentaine de chapitres courts, indépendants les uns des autres, il présente ses voisins, ses amis, les objets qui l’entourent.  Uku qui rêve de devenir chien,  Roosi-mai, aux cheveux si longs qu’ils ont fait tomber un avion, Mme Crocodile qui mord son mari et qu’on enferme au zoo, ou le réfrigérateur qui s’échauffe lorsqu’il pique une colère…  L‘ensemble de ces textes entraine hommes, animaux et objets dans une ronde où  affleure l’absurde, et donne à lire un monde merveilleux, parfois tragique, mais toujours comique et plein de saveur.

La première histoire pose un cadre, géographique et humain, mais aussi philosophique : Maman dit que dans chaque personne il y a quelque chose de beau qui se  cache et qu’il suffit de le chercher. Alors je cherche, et il m’arrive de trouver. Le dernier chapitre le clôt, avec cette histoire de dame qui inspire le monde entier dans son nez, au point de le faire disparaitre, avant l’au revoir du narrateur, prêt à trouver une solution avec les plus grandes intelligences du monde, sa mère, lui, et tous leurs amis… Les différents récits ont la même structure : après un début de plain-pied avec la réalité, on décolle vers le fantastique et l’imaginaire, avant de revenir au réel, et à la leçon de vie et d’humanité que le narrateur, du haut de ses quelques années, en tire, ce qui confirme souvent la vision de la mère

Les personnages – à commencer par le narrateur et sa mère – sont attachants et emplis de bienveillance et de chaleur humaine.  Peut-être certains ont-ils ce que l’on pourrait appeler un grain de folie, une manie, un zeste d’originalité. Mais c’est ce qui fait leur charme, et l’enjeu est de parvenir à les accepter tels quels, sans toutefois tomber dans le même travers.  On regrette que la traduction du titre  mette trop l’accent sur cet aspect-là du livre (Voisins zinzins, comme un écho commercial à d’autres titres L’Alphabet zinzin,  Magasin zinzin). Le titre original annonce, plus sobrement, et plus justement Moi, Maman et un de nos amis, laissant plus de liberté au lecteur pour interpréter ces récits et ces personnages.

Un livre qui séduira autant par son côté comique et merveilleux que par son invitation à s’ouvrir aux autres et à oublier ses préjugés.

La Chanson pour Sonny et autres nouvelles sportives

La Chanson pour Sonny et autres nouvelles sportives
Ahmed Kalouaz
Rouergue 2015

Médailles d’or en  Droits de l’Homme

Par Michel Driol

sonnyNeuf nouvelles construites sur le même principe : un adolescent d’aujourd’hui découvre un sportif du passé, remarquable par son engagement politique ou humain. Ainsi le cycliste Gino Bartoli, qui faisait passer argent et faux papiers dans le cadre de sa bicyclette pour sauver des Juifs dans l’Italie fasciste. Ainsi Alfred Nakache, nageur français, rescapé d’Auschwitz, ou Roger Bourgarel, le premier rugbyman noir français à jouer dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. On croise bien sûr la finale du 200m à Mexico, en 1968…. Le seul footballeur qu’on rencontre, c’est le gardien roumain Helmuth Duckadam, vainqueur de la coupe d’Europe en 1986, qui disparait en Roumanie sous Ceausescu. On croise aussi des sportifs anonymes, un boxeur devenu SDF, un amateur de tir à l’arc qui évite de tuer ou blesser les animaux.  On croise aussi des figures de poètes engagés, Machado à Collioure, Jean Prévost à Herbouilly dans le Vercors, René Char, ou, dans le Trièves,  le Giono de l’Homme qui plantait des arbres.

Neuf courtes nouvelles à l’écriture concise. Rien de trop : on va à l’essentiel, dans la mise en scène de la confrontation entre l’adolescent narrateur et le sportif. Des adolescents variés dans différentes régions de France : garçons ou filles, sportifs ou non, se découvrant eux-mêmes tout en découvrant des valeurs telles que le courage, l’engagement pour les Droits de l’Homme, contre le colonialisme ou les ségrégations,  la simplicité, la fraternité. Des nouvelles habiles qui savent opérer des rapprochements pleins de sens, comme celui du coureur éthiopien Abebe Bikila et de la photo célèbre de Kim Phuc, courant sur une route du Vietnam, victime d’une attaque au napalm. On regrette l’absence de figures sportives féminines. Mais, à une époque où les médias montrent des sportifs bling-bling plus intéressés par l’argent que par la solidarité, ces récits de vie suggèrent une autre place du sport dans notre société, et invitent peut-être les sportifs, auxquels les adolescents aiment s’identifier, à y jouer un autre rôle aujourd’hui, bien loin du foot spectacle, et de la Fifa.

Un recueil qui, même s’il évoque les tragédies du XXème siècle, se montre plein d’espoir dans l’homme.

14 auteurs racontent… Les chroniques de Harris Burdick

14 auteurs racontent… Les chroniques de Harris Burdick
Chris van Allsburg, Lemony Snicket, Tabitha King, Jon Scieszka, Sherman Alexie, Gregory Maguire, Cory Doctorow, Jules Feiffer, Linda Sue Park, Walter Dean Myers, Lois Lowry, Kate DiCamillo, M.T Anderson, Louis Sachar, Stephen King
L’école des loisirs, 2013

Quand le rêve devient réalité

Par Anne-Marie Mercier

chroniques-de-harris-burdick-van-allsburg-199x300Le très célèbre album d’images de Chris van Allsburg, Les Mystères de Harris Burdick, paru en 1985 à L’école des loisirs, trouve ici son texte à travers ces « chroniques » ; il s’agissait d’un manuscrit fictif abandonné par un auteur de nouvelles, contenant des images en tons de gris accompagnées chacune uniquement d’une légende et d’un titre. Le jeu du lecteur était de s’inventer des histoires à partir de ces univers apparemment réels où quelque chose d’étrange détonnait.

Ce jeu a été poursuivi par une pléiade d’écrivains reconnus en jeunesse ou dans le genre de l’étrange, et le résultat est assez réussi, toujours surprenant, ceux-ci ayant mis un point d’honneur à ne pas aller dans le sens le plus attendu. Chacune de ces nouvelles est très réussie, mais curieusement, il en va comme d’un film adaptant un livre très aimé : on ressent une pointe de déception à voir ainsi figé ce qui restait une rêverie jamais terminée. Pour ceux qui découvrent l’album, ce sera une belle découverte, pour les autres, cela dépend, d’eux, de la nouvelle elle-même, et de leur envie de poursuivre le jeu sans garde-fou.

Pour poursuivre (ou commencer), voir sur le site de l’école des loisirs le concours d’écriture sur Harris Burdick avec les nouvelles de collégiens primées : http://www.ecoledesloisirs.fr/harrisburdick

Même chose sur le site de l’école des lettres.

Incontournables de la fantasy

Incontournables de la fantasy
présenté par Stéphanie Nicot
Flammarion jeunesse, 2012

Le titre qui tue

Par Anne-Marie Mercier

IncontournablesfantasyComment gâcher un livre sans se fatiguer ? La recette est simple, donnez lui un titre inadapté. Sous un titre un peu ronflant et assez lourd (« incontournables », vraiment ?), peut-être imposé par l’éditeur, Stéphanie Nicot propose un recueil d’extraits de romans ou de nouvelles très courtes. Chaque récit est précédé d’une brève présentation de l’auteur et l’on peut ainsi découvrir des auteurs français, moins connus du grand public que Tolkien ou J. K. Rowlings qui ont droit chacun à un extrait : Charlotte Bousquet, Pierre Bordage, Jean-Philippe Jaworski. La deuxième partie du titre, le terme de « fantasy », laisse aussi perplexe : certains récits relèveraient plutôt de la catégorie du merveilleux si l’on voulait chipoter (« merveilleux » dans tous les sens du terme, est le récit de Jane Yolen, « frère cerf »).

On suppose que l’éditeur a cherché un titre qui fasse vendre et qui attire les enseignants en quête d’ouvrages attrayants pour leurs élèves. Lesquels enseignants qui ont bien du mal à débrouiller les catégories merveilleux/fantastique risquent d’avoir de se trouver fort dépourvus face aux questions qui leur seront posées. Le livre s’inscrit dans la culture classique et s’adresse visiblement à un public scolaire : l’auteur anonyme de Gilgamesh et Lucien de Samosate ont droit à quelques pages (dommage que les variantes du texte de Gilgamesh alourdissent ce texte superbe).

Comment lire ce livre ? En oubliant le titre : les textes proposés sont bien choisis, variés, bien présentés.

Noir grand

Noir grand
Sébastien Joanniez, Daniela Tieni
Rouergue, 2012

« Et j’ai pas la peau, pas la patte blanches. »

Par Dominique Perrin

Entre journal intime et satire amère-désopilante, noir grand (sans majuscule dans le texte) transporte le lecteur dans le quotidien d’un enfant adopté vivant dans un petit village de France. Les voies de ce récit à la première personne, d’une énergie douce et incisive et d’une poésie somptueuse, ne sont pas celles d’un (pseudo) réalisme du juste milieu, ni de la minutie vériste ; ce sont celles du lyrisme aigu consubstantiel à la jeunesse, de sa propension à extraire sens et aventure de l’expérience même du désespoir. Nécessaires, rigoureuses et aériennes, les illustrations de Daniela Tieni sont partout au diapason de ce chef-d’œuvre de concision, d’une générosité tous azimuts qui emporte l’admiration.

 

Qui a piqué les contrôles de Français ?

Qui a piqué les contrôles de Français ?
Nicolas de Hirsching, Fanny Joly

Casterman, 2011

Délire pédagogique

Par Anne-Marie Mercier

 Cet album propose la réédition d’un titre publié en 2000 et épuisé depuis. Un dossier retrouvé dans une poubelle est apporté au commissariat de police; il contient des rédactions corrigées à l’encre rouge et notées. Le sujet de ces devoirs est « vous passez un après-midi avec votre grand-mère, racontez »…

Les devoirs des élèves sont d’une très grande variété et de longueur variable, de trois pages à deux lignes (« moi je ne passe pas de mercredi avec ma grand-mère, elle est morte »). Même dans ce cas, le professeur est très en verve et a réponse à tout, que ce soit sur la forme ou sur le fond. On rit beaucoup en lisant les devoirs des enfants : trouvailles de langage, dialogues savoureux, situations extravagantes ou, à l’inverse, platitude scolaire consternante (obtenant de fort bonnes notes). Pour en lire des extraits, voir la chronique de Catherine Gentile sur ricochet (http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/44217-qui-a-pique-les-controles-de-francais). Mais ce sont les remarques dans les marges et en fin de devoir qui sont les plus cocasses. L’institutrice n’est pas en peine de discours moraux (« c’est pas beau de rapporter », « n’as-tu pas une notion de l’amour trop intéressé ? » « Il n’est pas bien de se moquer des infirmités des vieux », « tu pourrais parler à ta grand-mère sur un autre ton ! », « Et tu trouves ça drôle ! » « Je suis atterré par ton manque de morale et de conscience »).

Elle prononce des jugements sur les familles (« une grand-mère inexistante, une mère souvent absente, un père exhibitionniste et violent, je comprends maintenant pourquoi tu écoutes si peu en classe ! ») ou au contraire félicite parents et enfants (« Continue, charmante enfant » « Ah Ah Ah, je me régale ! »), Elle donne son point de vue (« Quel fumiste, ce Picasso ! »), se fâche lorsqu’on parle d’elle ou lorsqu’elle croit qu’on parle d’elle, se raconte un peu (son enfance, ses relations avec son petit-fils…).

Enfin on a un exercice de réécriture savoureux lorsque l’institutrice recopie en bon langage un torchon écrit par un enfant afin de pouvoir lui mettre une très bonne note (la grand-mère de cet enfant est une institutrice à la retraite).

Dans cette nouvelle édition chaque copie est imprimée en caractères imitant une écriture manuscrite correspondant à la personnalité de chaque élève, l’ensemble est relié sous la forme d’un dossier à élastique un peu fatigué, les pages sont en papier quadrillé séyès, enfin c’est un bel emballage pour un ouvrage très drôle et néanmoins utile pour réfléchir sur le genre de la rédaction scolaire. La caricature n’est-elle pas un reflet déformé et exagéré du réel ? Ici, c’est un « réel » très daté, mais qui peut alerter sur les dangers d’un retour possible et les dérives possibles du métier de professeur… et d’élève, sans parler de celui de grand parent.

La Première Fois: spécial-Saint Valentin

La Première Fois
Melvin Burgess, Anne Fine, Keith Gray, Mary Hooper, Sophie McKenzie, Patrick Ness, Bali Rai, Jenny Valentine
Gallimard (Scripto), 2011

Pour le meilleur ou pour le pire

par Anne-Marie Mercier

la1erefois.jpg    D’excellents auteurs, connus dans le monde de l’édition de la littérature pour adolescents, sont ici rassemblés par Keith Grey.  On trouve, dans ce recueil de nouvelles autour du thème de la « première fois », des textes de qualité et des écritures très diverses. Comme on est en littérature « de jeunesse », il y est davantage question de l’avant que du passage à l’acte lui-même (le texte de P. Ness échappe astucieusement à cette règle en multipliant les rectangles noirs sur les mots interdits).

Si le recueil vise à la diversité (amours hétéro et homo sont représentées), le point de vue des filles est cependant minoritaire et ne présente aucun passage à l’acte heureux; il propose même des histoires tragiques (celle d’une jeune indienne bafouée, celle d’une anglaise prostituée) contrairement aux textes concernant des garçons.

Le texte final donne une vision différente à travers le point de vue d’une femme adulte qui enseigne l’EPDPS (éducation et prévention pour le développement personnel et social – autrement dit « sexe et drogue » –) à des troisièmes, et se souvient de ses propres débuts – heureux, mais pas tout de suite, après un temps de tâtonnements avec le même partenaire. Ainsi, ses élèves, qui ont été souvent amoureux/ses (sondage à l’appui), mais pas plus de « huit semaines et trois jours » en moyenne, n’ont pas eu la possibilité de connaître une « première fois » accomplie. En conclusion, le tout n’est pas de « faire l’amour mais de le trouver »…

Un livre plein de philosophie, donc, mais qui sera instructif pour les garçons et dissuasif pour les filles…