Mauvaise connexion

 Mauvaise connexion
Jo Witeck
Talents hauts  2014,

 

 Un récit utile

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

mauvaise connexion imageMauvaise connexion est le récit d’un harcèlement moral et d’une agression sexuelle,  par écran interposé,  mais bien réelle et dévastatrice. En effet, ce texte est le témoignage de Julie Nottin. Elle raconte qu’à l’âge de quatorze ans, passionnée par le monde de la mode et rêvant de devenir mannequin, elle a posté  sur le web des photos d’elle, sous le pseudo de Marilou.

Elle est alors contactée par un producteur  qui lui promet de l’introduire dans le milieu  et de la faire travailler. Sous ce prétexte,  il lui demande de prendre des pauses, puis de le faire en sous-vêtements puis nue,  et enfin, il demande de simuler des actes sexuels,  peu à peu, elle devint sa chose, sa victime consentante. Elle s’isole,  fuit ses amies et tait son secret.

Le récit montre bien l’emprise progressive établie par le prédateur, son habileté, il n’est autre qu’un pervers pédophile, et il n’en est pas à sa première jeune fille abusée. Nous comprenons que cette aventure peut arriver  à toutes, même à des filles intelligentes et équilibrées,  tant ces hommes sont habiles. Le récit narre ensuite la reconstruction psychique longue et douloureuse,  grâce à la famille, aux amies.

Ce récit simple,  qui se veut un avertissement,  est efficace et certainement très utile.

Les Quiquoi et l’étrange sorcière tombée du ciel

Les Quiquoi et l’étrange sorcière tombée du ciel
Laurent Rivelaygue, Olivier Tallec

Actes sud junior,

Le nouvel épisode des drôlissimes Quiquoi est sorti !

Par Claire Damon

Les Quiquoi et l’étrange sorcière tombée du cielCette petite bande dessinée d’apparence simple et légère n’est pas destinée aux plus petits… et pas uniquement aux 6 ans et un peu plus. Il faut en effet suffisamment de recul pour apprécier l’humour nonchalant et efficace du texte et des dessins. Lorsqu’on possède ce recul, cette maturité et cette intelligence de lecture (comme c’est notre cas à tous), qu’est-ce qu’on savoure !

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Les mondes de l’alliance

Les mondes de l’alliance
David Moitet
Didier jeunesse, 2014-2015

Les mondes de l'allianceC’est toujours un événement lorsque paraît une trilogie de science fiction française : on attend de bonnes surprises, de l’originalité, tant ce domaine est dominé par les grandes machines éditoriales  » anglo-saxonnes « . Meto, par exemple, avait été une bonne surprise. Mais on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu face à cette nouvelle série, même si elle reste dans une bonne moyenne.

David Moitet a un réel talent pour inventer des histoires, il a créé un monde cohérent, original et intéressant, il manie les allusions à Star Wars avec discrétion et humour. Mais, mais… l’écriture pose vraiment problème. Il aurait fallu supprimer  les clichés, les adjectifs ou adverbes inutiles, les dialogues insipides et faux.

Les mondes de l'alliance2Il est vrai que beaucoup de romans ados sont écrits ainsi, comme si imiter le style d’un narrateur débutant, puisque la plupart de ces romans sont écrits à la première personne, devait rendre l’histoire plus crédible. Ici, le narrateur étant extérieur à l’histoire, il n’avait pas cette justification et cela gâche en grande partie le plaisir.

C’est d’autant plus regrettable que tous les ingrédients d’une bonne historie de science fiction étaient réunis. Un monde post apocalyptique a réuni dans une Alliance apparemment démocratique les trois espèces pensantes de l’univers, humains, tauriens (énormes, proches du Minotaure) et régaliens (insectes géants sans émotions et très forts en informatique…). Les deux héros, orphelins comme il se doit, un garçon et une fille, jumeaux, sont élèves à l’académie militaire et y font des tâches ménagère pour payer leurs études, méprisés par certains de leurs camarades. Pendant la nuit, ils s’entraînent : mystérieusement, le placard de leur chambre donne accès aux salles de simulatiLes mondes de l'alliance3on – et deviennent ainsi l’un un combattant redoutable, notamment avec le sabre que lui a laissé son père, l’autre une pilote d’avion de chasse experte. Très vite, ils seront embarqués dans de multiples aventures dans lesquelles ils se trouveront dans des conflits de loyauté terribles : l’ennemi n’est pas celui qu’ils ont cru d’abord.

D’un volume à l’autre, la lecture se fait plus fluide, les situations se complexifient.. finalement, ce n’est pas mal du tout !

L’ogre, Margotte et la galette

L’ogre, Margotte et la galette
Catherine Tamain, Marjorie Béal,
âne bâté éditions, 2015

Une nouvelle Zéralda

Par Claire Damon

L’ogre, Margotte et la galetteSi vous n’en avez pas fait une overdose, je vous propose de reprendre encore un peu de galette avec ce charmant album.

Un ogre à la gloutonnerie sans limite s’apprête à dévorer Margotte. Celle-ci lui suggère de lui préparer plutôt une galette pour le goûter. L’ogre alléché et impatient devra pourtant passer par toutes les étapes de la confection – et de la cuisson ! – avant d’engloutir le délicieux goûter. Pour la fève, on garde le suspens… Un joli graphisme plein d’humour pour régaler nos yeux, avec en bonus la recette de la galette de Margotte font de la lecture de cet album un délicieux moment à partager, et à

 

Les Pozzi, 10

Les Pozzi, t. 10 (Pozzi)
Brigitte Smadja
L’école des loisirs (Mouche), 2015

La fin d’une série-fleuve

Par Anne-Marie Mercier

Les Pozzi, t. 10 (Pozzi)Voici le dixième volume, enfin ! Non qu’on se lassait, mais l’intrigue au fil du temps devenait un peu ténue et il fallait tout le charme de ce petit monde auquel on avait fini par être sensible (après un début un peu réticent) pour rester attentif aux sorties de nouveaux épisodes.

Fin où tout est expliqué, une sorte de genèse en forme de conclusion : on apprend d’où viennent les Pozzi, leur rapport avec le Lailleurs, l’origine de la guerre… Tout cela ressemble beaucoup à nos mythes, avec le thème des frères ennemis, de l’enfant livré au flots, et ce petit monde prend une allure autre tout à coup.

Voir sur les tomes précédents

Raconte à ta façon le petit chaperon rouge

Raconte à ta façon le petit chaperon rouge
Sonia Chaine Adrien Pichelin
Flammarion jeunesse 2016

Triangles, ciseaux, carré…

Par Michel Driol

pcrVoici un nouveau petit chaperon rouge – version Grimm. L’originalité vient de l’intention et du dispositif. L’intention est de fournir un support aux enfants pour qu’ils racontent – à leur façon – cette histoire connue, en leur fournissant un support stylisé à base de pictogrammes. Un marque page rappelle la signification des pictogrammes et propose, page par page, au verso, un résumé de l’histoire. Au nombre de neuf, les pictogrammes sont des triangles, de taille et de couleur variables, pour les personnages, un carré vert pour la forêt, un rectangle allongé pour le lit, une maison orange pour la maison, des petits ronds noirs pour les cailloux et, plus original, une paire de ciseaux pour le loup. Ces ciseaux sont l’objet polymorphe de cet album : mâchoires lisses ou munies de dents,  agrémenté d’un triangle symbolisant les dévorations, puis d’un cercle matérialisant les cailloux dans le ventre, il finit avec des spirales dans les yeux, mort.

On regrette la pauvreté du texte du résumé – écriture au présent, style très simple, dans le genre des Oralbums de Philippe Boisseau  – que, de toutes façons, l’enfant – dès 4 ans, dit la notice – ne pourra pas lire. Fallait-il vraiment le mettre ? A la limite pour un enfant apprenti lecteur de 6 ans ? En revanche, on trouve l’idée et la réalisation graphiques séduisantes : les pages suivent de très près le récit – bien plus que l’album de Rascal, autre version sans texte du petit chaperon rouge – et sont donc un bon support au rappel de récit par l’enfant. Le choix – comme chez Rascal, de graphismes dépouillés fournit  un tremplin pour l’imaginaire et constitue un premier pas vers le symbolisme et/ou l’abstraction figurative, tout en proposant une création originale qu’on croirait faite avec des gommettes – objet graphique par excellence pour les enfants !

 Un album support aux rappels de récit, sous toutes leurs formes (comme l’indique le préambule : tu peux ajouter des bruits, ce que pensent les personnages…) : l’enfant lecteur peut ainsi devenir auteur de son propre récit !

 

Cité Babel, Le grand livre des religions

Cité Babel, Le grand livre des religions
Pascale Hédelin, Gaëlle Duhazé

Les éditions des éléphants, 2015

Religions en voisinage

Par Claire Damon

Cité Babel, Le grand livre des religionsLudique et passionnant, l’album Cité Babel se présente sous la forme d’un immeuble de plusieurs étages. Au rez-de-chaussée se trouve l’épicerie de Monsieur Félix qui est athée, au premier étage vit une famille catholique, au deuxième, une famille juive et au troisième, une famille musulmane.

Cette forme – avec des pages découpées qu’on tourne au gré du hasard et des envies – est le coup de génie de l’album. Jamais rébarbatif, ce documentaire fait découvrir au fil des saisons les temps forts, les rites, les fêtes et les traditions païennes et religieuses. Comme au sein de l’immeuble, ces habitudes et ces croyances se superposent, se respectent, s’invitent et se questionnent. Le vivre ensemble en ressort comme une évidence.

Enquête à l’orchestre : le compositeur est mort

Enquête à l’orchestre : le compositeur est mort
Lemony Snicket, Louis Thomas (ill.)
Pepito Matéo (voix), Nathaniel Stookey (musique)
Traduit (anglais) par Pepito Matéo et Nathaniel Stookey
Didier Jeunesse (un livre, un CD), 2015

Pédagogie musico-policière

Par Anne-Marie Mercier

Enquête à l’orchestreL’enquête est un prétexte pour découvrir les différentes parties de l’orchestre. Le commissaire interroge successivement les différentes classes d’instruments à cordes, puis ceux qui composent les cuivres ou les percussions pour connaître leur alibi, leurs raisons d’en vouloir au compositeur, enfin tout ce qu’un enquêteur veut savoir lors de ses interrogatoires.

C’est bien organisé, souvent drôle (bravo aux traducteurs, le texte est truffé de jeux de mots), les dessins sont pleins d’humour, le CD complète bien l’ensemble : un moyen intéressant de faire connaître la composition d’un orchestre classique à de jeunes lecteurs, mais non un récit qui va bouleverser le monde du roman policier.

Attention petits cochons !

Attention petits cochons !
Ramadier & Bourgeau
Loulou et Cie – Ecole des Loisirs 2015

Loup, y es-tu ?

Par Michel Driol

Attention_petits_cochonsSur la couverture, trois petits cochons fixent le lecteur… ou autre chose, les yeux grands ouverts, comme terrifiés, ou perplexes… Sur la 4ème de couv’, un loup qui dort, ventre rebondi et proéminent. L’histoire est-elle jouée d’avance ? Quand on ouvre le livre, sur la page de gauche, un loup violet, qui souffle… et invite à tourner, dans le sens inverse de l’ouverture habituelle d’un livre, les pages du rabat droit. Ainsi, successivement, le loup va faire s’envoler les feuilles, les arbres, le toit de la maison, la porte et les fenêtres, les murs, la cabane, le drap, jusqu’à ce qu’on voie trois petits cochons tenant un  gâteau d’anniversaire surmonté de bougies… Le suspense monte avec le « et ? » de l’avant-dernière page…  avant de découvrir la page finale « Bon anniversaire le loup », et trois petits cochons hilares. Au lecteur de se demander si le loup de la 4ème de couv’ s’est contenté du gâteau…

Voici un album cartonné offrant aux plus petits peut-être la première occasion de découvrir un détournement de conte. Sur le modèle des randonnées, on va du plus vaste, la forêt, au plus petit – ce qu’il y a dans la maison, sous la cabane, sous le drap-,  le souffle extraordinaire du loup faisant disparaitre peu à peu tous les éléments qui composent l’univers, ce que souligne la répétition de la formule « les feuilles s’envolent », « les arbres s’envolent »….  L’humour vient à la fois de cette exagération dans les pouvoirs du loup et de la chute, qui s’écarte de l’histoire canonique du conte. Les illustrations, colorées et stylisées, sont totalement en adéquation avec les jeunes lecteurs, et ne vont pas se perdre dans les détails..

Un album au dispositif original, dont la chute ravira les petits  qui y verront la réconciliation des cochons et du loup dans une scène de fête d’anniversaire.

Tour à tour sur un fil

Tour à tour sur un fil
Mordicai Gerstein
Le Genévrier (collection Caldecott), 2011

Doubles tours

Par Claire Damon

Tour à tour sur un filJe suis restée aujourd’hui stupéfaite devant l’album de Mordicai Gerstein. Publié pour la première fois en 2003, Tour à tour sur un fil constitue un double hommage : au funambule Philippe Petit qui tendit un fil entre les tours jumelles du World Trade Center et dansa sur la corde raide pendant 45 minutes à 400 mètres du sol, mais aussi aux deux tours effondrées le 11 septembre 2001.

L’histoire, parfaitement fidèle à l’invraisemblable réalité, est efficacement, sobrement, justement racontée. Et les mots sont portés par un style, une technique graphiques, une maîtrise de la couleur et de la mise en page dignes d’admiration.

Quant au sujet du livre, il est passionnant, percutant. L’acte de Philippe Petit – qu’il a lui-même qualifié de « crime artistique du siècle » – vient remuer nos entrailles. Existe-t-il acte plus fou ? Et en même temps, n’est-ce pas là l’acte le plus rebelle et le plus héroïque qui soit ?