Les 5 poches

Les 5 poches
Jean-Louis Cousseau,
illustrations de Didier Jean et Zad
2 Vives Voix(Bisous de famille), 2012

 Les 5 clés du savoir être

Par Chantal Magne-Ville

Les 5 poches est un magnifique conte de sagesse contemporain, qui retrace le parcours difficile d’un enfant qui est resté longtemps « attaché aux jupes de sa mère », au sens littéral du terme, jusqu’à ce qu’il parvienne à l’âge adulte. Ce lien privilégié est symbolisé par 5 poches dont la mère ne révèle jamais le contenu de son vivant, repoussant les questions par un : « Tu sauras plus tard, promis ». Quelques images, instantanés pris sur le vif, suffisent à faire pressentir le mal être de cet enfant, sa difficulté à se conformer aux attentes sociales malgré la protection indéfectible de sa mère. La pudeur est de mise, l’expression des sentiments souvent implicite grâce à une phrase qui sait se faire poétique, prenant souvent les mots au pied de la lettre : c’est ainsi que la vie prend l’enfant par les cheveux et tire sans douceur pour le faire grandir. Le texte multiplie les symboles tout en demeurant extrêmement lisible.

Maladroit, objet de la risée des autres, mal adapté, l’enfant trouve son salut en se faisant oublier sous une normalité de surface qui a pour corollaire la solitude. Tout comme le chat botté, au décès de sa mère, il ne reçoit pour tout héritage que le contenu des 5 poches, mais aussi une lettre où est renfermé le mode d’emploi du savoir être. Foin des espèces sonnantes et trébuchantes, les cinq objets transmis cachent en réalité sous leur apparente banalité les cinq clés qui permettent d’échapper à la colère, à l’aveuglement, à la frustration, à la perte de repères et aux pensées négatives. C’est une véritable leçon de vie, apaisante, qui fait le constat que la lettre disait vrai : l’adulte qu’il est devenu est parvenu à s’approprier peu à peu ces nouveaux pouvoirs, en se replaçant dans toute sa lignée familiale, ce qui illustre la force de la filiation et de la transmission intergénérationnelle. Reste le motif de la pelote dont la mère elle-même ne sait à quoi elle sert, audacieuse réinterprétation du mythe de la Parque. L’image fonctionne le plus souvent en collaboration féconde avec le texte, mariant réalité la plus concrète et créations symboliques : témoins  la floraison des désirs qui grimpent partout dans la chambre ou la descendance, avec le chat qui a fait des petits, ou  encore le couple qui se constitue à la sortie d’un labyrinthe. La peinture sur papier de soie, par ses effets de texture, laisse penser à un tissu vivant, à l’image du message de vie qui est véhiculé et de l’idée qu’il ne faut jamais perdre le fil.

Une leçon de vie qui se découvre en toute simplicité, grâce à la force des mots, à la fois lourds de sens et immédiatement saisissables, ce qui en réserve la lecture à des enfants qui ont dépassé « l’âge de raison ».

2 Vives Voix : la jeune maison d’édition créée par Didier JEAN et ZAD en 2009: « des albums qui ont pour ambition d’aborder avec sensibilité des sujets peu traités dans les livres, de renforcer les liens intergénérationnels, et surtout de libérer la parole. »

(R) Évolution des Mutants

(R) Évolution des Mutants
Jean-Baptiste de Panafieu, Benjamin Lefort
Gulf Stream Editeur, 2011

Le passé pour imaginer le futur

 Par Françoise Poyet

L’auteur joue sur les mots Évolution et (r) évolution pour montrer que nos ancêtres ont été de prodigieux inventeurs et qu’ils ont permis de créer de nouvelles lignées. « Et dans un lointain futur, que deviendrons-nous ? » demande Jean-Baptiste de Panafieu. Impossible de prévoir « Place à l’imagination ! »

Dans la même collection « Ce n’est pas un abécédaire et Toc ! » que l’ouvrage La Toile  et toi, l’auteur présente l’évolution de notre humanité à partir d’un vocabulaire spécialisé. En utilisant l’ordre alphabétique, il commence par A comme Adaptation, ADN, Ancêtre et termine par Z comme Zoologie.

Nous apprendrons ou nous redécouvrirons au cours de l’ouvrage, l’existence de chaînons manquants, l’importance du Darwinisme social, la place du hasard dans la théorie de l’évolution et plein d’autres choses. Des dessins humoristiques agrémentent la lecture.

Up! Lapin, poussin & cie

Up! Lapin, poussin & cie
Godeleine de Rosamel

Casterman, 2011

Je fais mes jeux

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve ici l’idée des livres d’activité du Père Castor: l’enfant n’est pas lecteur mais acteur, il n’est pas consommateur mais fabrique ses propres jeux.

Ici, dix animaux prédécoupés à colorier sont proposés pour plusieurs utilisations possibles : cartes, marque-places, étiquettes cadeaux, mobiles, marionnettes… Le cadre de chaque animal pouvant servir de pochoir pour en réaliser d’autres identiques, cela peut durer indéfiniment : voila du divertissement « durable » (à tous les sens du terme)  en action.

Le Magasin de souvenirs

Le Magasin de souvenirs
Jeanne Taboni Miserazzi, Didier Jean & Zad
Illustrations ISALY
2 Vives Voix

Un dérouleur de souvenirs…

Par Chantal Magne-Ville

La plongée dans les souvenirs d’enfance est au cœur de ce tendre album, avec l’histoire attachante de Célia et de son arrière grand-mère, Mamine. Lors d’une incursion au grenier, la petite fille a découvert un coffre à jouets et désormais, à chaque visite, un objet fait resurgir anecdotes et souvenirs d’enfance de l’arrière grand-mère. La connivence entre les deux est perceptible. Hélas, sa mère lui apprend un jour que cette dernière perd parfois la mémoire.

Le magasin des souvenirs qui appartient à la collection bien nommée Bisous de famille, a un format élégamment étiré sur la verticale qui attire immédiatement le regard par une palette originale où se détachent des visages empreints de douceur. Mais c’est d’abord le choix du  thème, encore assez  rarement abordé avec les très jeunes enfants, que l’on retient : celui du lien intergénérationnel, non pas avec les grands-parents mais avec les arrière-grands-parents. De même que dans le petit roman Mon cœur n’oublie jamais d’Agnès De Lestrade, destiné à des plus grands, l’histoire séduit et évite avec bonheur l’écueil du didactisme que le petit encart final sur la maladie d’Alzheimer aurait pu laisser craindre.

Le texte aborde très simplement et directement la question de la perte de mémoire et de la dépendance, à travers le point de vue de la fillette, tout en offrant une réparation symbolique  étonnante, avec la trouvaille heureuse de Madame Sognia, sorte de fée contemporaine, capable de conserver la trace des souvenirs de chacun dans ses parchemins, ce qui permet un renversement des rôles. Désormais ce sera la fillette qui aidera son arrière-grand-mère à retrouver ses souvenirs. Quant au motif du grenier, où chaque jouet retrouvé ranime le passé et ses jeux, il est plus convenu mais demeure efficace. Il faut dire que le texte est remarquablement servi par une illustration toute en nuances sur un papier épais qui magnifie les couleurs. Le trait s’étire dans une esthétique un peu japonisante, avec des visages blanchis et agrandis, légèrement étirés, où la moindre mimique donne à voir la sensibilité du personnage, et met en évidence les regards. La construction des images est particulièrement efficace avec notamment des contre plongées étonnantes pour illustrer les méandres de la mémoire. Sur un fond d’aquarelle, les rehauts de couleur sont du plus bel effet. Un album au message profond, qui pacifie autant les petits que les grands, sans doute accessible dès 5 ou 6 ans, mais que l’on comprendra mieux en prenant de l’âge.

Le Petit Prince et … (l’oiseau de feu, la reine de jade, Euphonie, les Eoliens)

Le Petit Prince et … (l’oiseau de feu, la reine de jade, Euphonie, les Eoliens)
Katherine Quenot

Gallimard jeunesse, 2011

La dérive des dérivés

par Anne-Marie Mercier

Voilà le petit prince mis en série comme on met en boîte, en accompagnement à la diffusion de films d’animation. Si les illustrations qui reprennent des images en 3D sont originales et la mise en page élégante, les histoires ont un petit air de préfabriqué et les textes sont plats.

Quant à l’esprit de l’oeuvre de Saint-Exupéry, il est bien oublié : le Petit Prince est un héros volontaire et plein de ressources; il est accompagné du renard  (on croyait qu’il s’étaient dit adieu définitivement) et le moindre problème se règle à coups de manteau magique, épée magique, langage magique, etc. A éviter donc, comme la version pour les petits des mêmes titres.

50 animaux à habiller de la tête aux pieds

50 animaux à habiller de la tête aux pieds
Géraldine Cosneau

Mila éditions, 2011

Rhabillons-les !

Par Caroline Scandale

50 animaux à habiller de la tête aux pieds est un ouvrage d’activités multiples, pédagogiques et ludiques autour des coutumes vestimentaires. Des personnages anthropomorphes (Super poulette, Youssou le lion, Mimi marmotte et leurs amis…) ont mélangé tous leurs habits. L’enfant est invité à retrouver leurs tenues selon diverses thématiques. Il doit coller les vêtements prédécoupés, les accessoiriser avec des gommettes et colorier le décor.

L’objet livre se savoure dans un premier temps visuellement. Les couleurs sont douces et les motifs des habits, classieux et désuets. Les tenues foisonnent de détails et d’accessoires minutieusement dessinés. Histoire, mythologie, littérature, loisirs, saisons, métiers sont balayés avec précision. Fait rare, les couleurs ne sont pas stéréotypées mais toutes mixtes ou attribuées aux deux sexes sans clichés. Seuls les cils semblent caractériser plus particulièrement les personnages féminins.

Sur la forme, ce livre propose aux enfants de trois ans et plus des activités qui correspondent parfaitement à leurs centres d’intérêt ainsi qu’à leurs capacités psychomotrices: gommettes, collage de formes prédécoupées et coloriages.  Pas besoin de ciseaux, un peu de colle et des crayons suffisent.

Cet album est une invitation au jeu et à la culture qui ouvrent les jeunes esprits.

Une Petite Heure perdue, Coeur de lierre

Une Petite Heure perdue
Nathalie Hense

mØtus (mouchoir de poche), 2011

Eloge de l’attente

Par Anne-Marie Mercier

 Dédié « à tous les enfants dont les agendas de ministre ne laissent jamais de place aux petites heures perdues », ce livre est un éloge du temps «mort », un temps plein de vie pour qui sait s’y prendre.

Un garçon attend, regarde au sol, tortille ses doigts, chantonne, rêve. L’attente se meuble de merveilles et les dessins, en blanc sur noir font exploser le monde. Ces mini-livres de mØtus sont un concentré de pensée et de beauté.

Dans la même collection, Coeur de lierre de Michel Besnier, propose des variations autour de l’image d’une feuille de lierre et des mots et jeux associés.

 

Le mille-pattes
Jean Gourounas
Editions du Rouergue, 2012

Dessiner les nombres …

 Par Marianne Moulin

« Au début, un mille-pattes, c’est facile à dessiner : en gros, ça ressemble à une saucisse ou une banane, tout dépend de la couleur utilisée. Après c’est plus compliqué, il faut choisir la bonne couleur de la saucisse et la bonne couleur des pattes pour qu’elles soient bien visibles. On va faire notre mille-pattes jaune avec des pieds noirs, c’est décidé ».

Contrairement aux apparences, ce livre n’est pas un simple album à compter. Au travers d’un mille-pattes aux milles couleurs, l’auteur nous dévoile toutes les formes que peuvent prendre les nombres. L’important n’est pas de savoir compter, compter des « pattes » ou des « pâtes », mais de découvrir toutes les formes que peuvent prendre les nombres.

 Un, deux, trois … Au début on compte des pattes, par paires avec ou sans « chaussures ». Quatre cent cinq, quatre cent six … Ensuite, des traits bien droits pour simplifier. Sept cent huit, sept cent neuf … Puis des « pattes en lettres », des « pattes en chiffres », des « pattes en pâtes » et des « pattes en arbres ». Neuf cent quatre vingt dix neuf, mille … Et enfin, tout recommence.

Les Bêtes curieuses

Les Bêtes curieuses
François David, Henri Galeron

mØtus, 2011

Jeux de mots et de formes

Par Anne-Marie Mercier

Sixième collaboration des deux artistes, ce recueil de définitions loufoques accompagnées d’images du même tonneau est un régal. Les « bêtes » sont un singe, un canard, un girafon… Mais certains surprennent et abritent un autre bestiaire, mmétaphorique : le blues : « animal à la voix triste de la famille du cafard et du bourdon » ; un aspirateur : « bête à roues comme le paon » ; une machine à laver : « bête toute ronde dont les petits sont provisoirement retirés à leur naissance afin d’être réchauffés au soleil » … Quant aux vrais animaux, ils sont l’occasion de jeu sur les mots (la caille est un animal très frileux) et d’images drolatiques (la caille chaussée de brodequins et emmitouflée a un air enrhumé absolument évident).

Entre énigmes, mots valises et poésie, les pouvoirs du langage et de l’image et leur capacité à jouer ensemble sont ici évidents.

La Toile et toi

La  Toile et toi
Philippe Godard, Marion Montaigne
Gulf Stream Editeur, 2011

Pour mieux connaître la Toile

Par Françoise Poyet

L’Internet a transformé le monde et a créé une espèce nouvelle « l’Internaute ». Mais, connait-il suffisamment bien le cybermonde dans lequel il évolue ? Définir le vocabulaire associé à Internet sans faire d’abécédaire ? C’est possible, « Et Toc ! »

Pour mieux connaître la Toile, le Net et les enjeux du numérique, Philippe Godard propose de découvrir le « cyber-vocabulaire » développé au cours des deux dernières décennies avec l’arrivée d’Internet. En utilisant l’ordre alphabétique, il commence par A comme Addiction, Araignée, Arobase, Avatar ; puis, B comme Berners-Lee (Tim), Big Brother, Blog ; C comme Cloud Computing, Confidentialité, Cryptage… ; ensuite, D comme Digital natives ; E comme E-mail… ; F comme Fiabilité… ; S comme Second Life et enfin, Z comme Zuckerberg Mark (fondateur de Facebook).

Par exemple, qu’est-ce qu’un « flash mob ? » ou bien à quoi correspond «  l’erreur 404 » ?

Si vous ne savez pas répondre, vous trouverez les réponses dans ce livre bien astucieux. A la fin, un quiz fait le point sur vos connaissances.