Delirium

Delirium
Lauren Oliver
Hachette Jeunesse (Black Moon), 2011

 Un Monde sans amour est-il possible ?…

 par Sophie Geni

9782012021266.gif… C’est la question que pose ce roman de social fiction étonnant. Lena vit depuis 17 ans à Portland, dans un futur indistinct caractérisé par une vie aux normes basées sur l’éradication d’un terrible fléau qui a ravagé le monde, « l’Amor Deliria Nervosa ». Pour que la terrible fin de Roméo et Juliette (lu en cours de santé pour l’édification des élèves !) n’incombe pas aux citoyens américains, chacun subit le Protocole à 18 ans, opération consistant à éradiquer définitivement les sentiments du cerveau. Ainsi, les jeunes adultes accèdent au statut d’Invulnérable. Lors de l’Evaluation, chacun est « soupesé » afin de se voir proposer un appariement, pour se marier, trouver un travail et avoir des enfant, le tout dans sa classe sociale.

Lena est à l’aube de son Protocole, essentiel pour cette Vulnérable dont la mère est morte en se suicidant, par amour, enfin le croit-elle… Car elle va rencontrer Alex, beau et courageux Invalide (ainsi nomme-t-on ceux qui survivent dans la Nature sans avoir été opérés) engagé dans la Résistance. Cette rencontre-coup de foudre va la rendre « malade » d’amour mais va surtout lui ouvrir les yeux : le monde dans lequel elle vit repose sur un mensonge qui protège les hommes et les femmes de Portland de la peur et les Régulateurs qui doivent les protéger ne sont que des sadiques au pouvoir incontrôlable ! 

Ce roman devrait être mis entre toutes les mains adolescentes car il permet de comprendre de l’intérieur l’effet de l’embrigadement des masses. Grâce à la lecture de cette oeuvre littéraire (les images sont souvent étonnantes et la traduction de très bonne qualité), le lecteur, emporté par les aventures d’une héroïne très attachante, meurtrie, qui accède à la liberté de conscience, de pensée, d’expression mais aussi à la liberté d’aimer, ce lecteur, donc, va pouvoir réfléchir à toutes les formes de tyrannie. En refermant Delirium, après avoir assisté à une fin en apothéose digne d’une tragédie Shakespearienne, il ne pourra s’empêcher d’être soulagé. Gageons qu’il ait même envie de défendre un certain nombre de ses droits pour éviter de subir la loi de la terrible société proposée par ce roman édifiant et envoûtant !

Le Voleur de Magie, vol. 1 et 2

Le voleur de magie. 1 et 2
Sarah Prineas
Traduit (anglais) par Jean Esch
Gallimard Jeunesse, 2010

 

Dickens façon Harry Potter

Par Anne-Marie Mercier

Anne-Marie Mercier,Sarah Prineas,magie,voleur, apprentissage Gallimard JeunesseAnne-Marie Mercier,Sarah Prineas,magie,voleur, apprentissage Gallimard JeunessePremiers romans de Sarah Prineas, qui vit dans l’Iowa et pense qu’elle a écrit pour des adolescents et jeunes adultes, cette nouvelle série est si prudente qu’elle peut être donnée à lire à de plus jeunes encore. La maison Gallimard ne s’y est pas trompée et a choisi d’illustrer abondamment le texte (dessins de Antonio Javier Caparo).

Encore un apprenti magicien, certes, mais ce roman a plusieurs originalités qu’il faut signaler. Il réussi à faire entendre la voix d’un jeune narrateur à laquelle on croit, sans tomber le langage « jeune » ni dans l’affectation. Le texte est relativement bien écrit, souvent métaphorique, sans chercher l’originalité et adopte les obsessions du jeune narrateur : manger d’abord (et toujours !), puis se tirer des pétrins dans lesquels il se met. Il y a des personnages attachants : un vieux magicien bougon qui évoque un peu le Vitalis de Sans famille de Malot, brutal d’abord, tendre ensuite, un colosse au grand cœur qui tricote, une jeune princesse épéiste…

Le titre est ambigu : plus qu’un « voleur de magie », le héros est un voleur, tout simplement, un peu dans la lignée de héros de romans du 19e siècle (Dickens); d’ailleurs, les illustrations de cette histoire l’inscrivent dans cette époque en y ajoutant un peu de fantaisie et de technologie magique. Mais il l’est sans remords, car il doit sa survie à son habileté. C’est aussi grâce à elle qu’il va pouvoir se rendre utile. Le véritable « voleur de magie » reste mystérieux jusqu’au tome 2 : on ne sait pour qui travaillent ceux qui pompent l’énergie magique de la ville, on l’apprend au tome 2 lorsque le héros est banni et sans pouvoirs, mais le problème est loin d’être réglé, le sera-t-il au tome 3 ?

Le volume 1 vient de paraître en poche.

A comme association (4 et 5)

A comme association,
t. 4, Le subtil parfum du souffre

Pierre Bottero

t. 5, Là où les mots n’existent pas

Eric Lhomme

Gallimard jeunesse/Rageot, 2011

 Par Anne-Marie Mercier

acommeassociation4.jpgLes deux derniers volumes de la série sont portés par l’ombre de la disparition de Pierre Bottero, mort dans un accident de moto en 2009. De façon assez sidérante, le volume 4 se clôt sur le départ d’Ombe et de Jasper pour une virée en moto, eux qui se définissent mutuellement « sans casque » et sans  prudence. Le livre s’achève sur ces mot : « la vie mérite d’être vécue. Toujours. »

acommeassociation5.jpgDans le 5e volume, Eric Lhomme prend acte de la disparition de son coéquipier et ami : Ombe est morte, ne reste que Jasper, décidé à la venger. Ce roman, hanté par la disparition, peine à prendre son rythme. Il est parasité par les interventions continuelles d’Ombe dans la tête de Jasper et parfois par une contamination du style oral d’Ombe. Il est aussi un peu trop répétitif (trop de passages d’invocations magiques), très morbide ; enfin, il a des allures de roman de deuil, de ressassement. Ce n’est que vers la fin qu’il parvient à prendre une véritable consistance en introduisant de la complexité et en suggérant un nouveau départ, comme si le deuil avait fait son travail. A suivre, donc ?

Oui : Le sixième volume paraitra en octobre prochain.

On souhaite à Eric Lhomme bonne route sur ce chemin désormais solitaire.

 Dans les premières pages des livres comme sur le site consacré à cette série (http://www.acommeassociation-leslivres.fr), on peut lire le récit de la rencontre entre Pierre Bottero et Eric Lhomme, l’immédiate complicité, et le projet en trois points qui a donné cette série :

« – l’association (deux auteurs et deux éditeurs, main dans la main),
– la nouveauté (cet univers commun ne renvoie à aucun de nos univers particuliers, sinon pour des clins d’œil ponctuels),
– le plaisir (plaisir d’écrire, d’imaginer et de délirer ensemble). »

Si le projet est original, les clins d’œil aux deux œuvres ne sont pas si ponctuels que cela. La série joue beaucoup sur l’humour : de nombreux clichés, stéréotypes ou contre-stéréotypes, des allusions aux autres auteurs de fantasy (notamment à travers les noms de rues). Les volumes sont courts, l’intrigue et la psychologie peu fouillées, le style très oral (notamment pour les textes de Bottero qui n’ont pas pu être relus par lui).

L’univers, c’est celui de « l’association » dirigée par Walter, mademoiselle Rose et le Sphinx, qui semblent sortis d’une série d’espionnage (imités de ‘M’, le patron de James Bond, sa secrétaire Miss Moneypenny et de Boothroyd (ou ‘Q’) génial inventeur de gadgets). Cet univers est mixé avec des personnages d’histoires fantastiques ou de fantasy, plus familières aux deux auteurs : vampires (pas très charmants), trolls, etc.

L’Association est chargée de maintenir la paix entre les humains (les ‘normaux’) et les ‘anormaux’ et recrute ses agents parmi des créatures hybrides (les ‘paranormaux’), humains aux pouvoirs spéciaux. La jeune Ombe est indestructible et très virile dans ses actions comme dans ses propos. Le jeune Jasper est plus délicat, presque efféminé, et est très fort en incantations magiques. Quant aux vampires, trolls, etc, ils semblent sortis de films de série B ou de BD parodiques.

Promise

Promise
Allie Condie

Gallimard jeunesse (grand format), 2011

La dystopie, un genre réactionnaire ?

Par Anne-Marie Mercier

Allie Condie,mariage,amour,révolte,  Gallimard jeunesse,dystopie,  Anne-Marie Mercier   Dans un premier temps, on se dit qu’il est irritant de trouver autant de clichés linguistiques ou situationnels dès les premières pages d’un roman. Puis, on se dit que c’est curieux qu’il y en ait autant et que c’est sans doute un reflet de la situation de la jeune narratrice, une adolescente sans problèmes. Elle n’a aucun recul critique face à la société parfaite dans laquelle elle vit, heureuse ; elle semble ne rien savoir de ce qui se passe autour d’elle. Comme le beau montage photographique de la couverture le suggère, elle est prise dans une bulle, un lieu, un moment et rien ne vient suggérer qu’il puisse y avoir autre chose que la continuation de cet état. Et de fait, au cours de la lecture, les clichés disparaissent, laissant la place à une écriture qui cherche à dire les progrès de l’intelligence et à éclaircir autant que possible la confusion des sentiments.

Cette histoire commence le jour où l’ordinateur de la Société annonce à la narratrice lors de la cérémonie de « couplage » avec quel garçon elle va vivre et fonder une famille. Il se trouve que c’est d’abord son ami d’enfance qui apparaît sur l’écran ; il est beau, gentil, amoureux, que vouloir d’autre ? Peu après, un événement qui lui est présenté comme une erreur informatique lui suggère qu’elle pourrait vouloir autre chose et même vivre autrement que selon ce que lui dicte la Société. Peu à peu, elle se met à aimer celui avec qui tout espoir est impossible, sans bien savoir si c’est de lui qu’elle est amoureuse, ou de son histoire, ou si tout cela lui a été soufflé. Du même coup, elle découvre l’envers de son monde, en partie en découvrant des poèmes interdits (Dylan Thomas, Tennyson) ; elle apprend à former des lettres (situation un peu artificielle, mais assez intéressante) et comprend le rôle de l’histoire et de la mémoire pour vivre libre.

On se trouve ici dans le cadre très en vogue en ce moment de la dystopie : le monde est parfait en apparence, et est une prison dès qu’on y regarde de plus près. Le sort de chacun est réglé selon ses goûts ou ses capacités ; chacun reçoit ce qu’il lui faut, tous vivent en paix et en bonne santé jusqu’au jour de leurs 80 ans, où ils meurent. L’égalité est aussi parfaite que possible… mais tout est étriqué ; la culture est limitée à cent poèmes, cent chansons, les autres ont été supprimés. Les films sont toujours les mêmes, les divertissements sont d’éternelles répétitions. Tout le monde surveille tout le monde, aucune vraie conversation n’est possible. Les citoyens portent en permanence une boite avec trois pilules de couleur différentes ; ils sont incités à avoir recours à la pilule verte en cas de stress (ce détail comme beaucoup d’autres fait penser au Meilleur des mondes d’Huxley), à la bleue en cas de faim ou de soif. Quant à la pilule rouge, elle est réservée à des circonstances exceptionnelles et le bruit court qu’elle est un poison mortel, la suite montrera que c’est autre chose.

Avec un peu de recul, on peut se dire que la liberté proposée par ce roman laisse perplexe : elle apparaît comme le droit à la consommation, à la possession. Elle ressemble fort au libéralisme opposé au communisme. Et comme on le sait (et comme certains le savaient depuis longtemps), il serait un peu simplet aujourd’hui d’y voir une lutte du bien contre le mal.

La part la plus réussie du roman est dans l’évolution lente du personnage et dans ses interrogations pour savoir d’où viennent ses sentiments et idées et pour faire la part de ce qui lui est propre et de ce qui est suggéré par d’autres ou par les circonstances.

Les personnages secondaires sont variés et ont tous une certaine épaisseur, une part de mystère. Le cadre du quartier, celui du lycée et des activités extérieures sont esquissés, assez rapidement mais de façons efficace pour l’intrigue. Le récit progresse parfaitement ; l’évolution de Cassia est lente ; elle passe de l’adhésion naïve à un début de révolte, pas à pas, de même que son amour ou son estime (on pense à la carte du tendre…) pour l’un ou l’autre des deux garçons, l’ami d’enfance ou l’étranger, évolue. Le lecteur comprend bien avant elle à quel point elle est manipulée, même quand elle se révolte. En revanche, il ne sait pas de façon sûre par qui et pour quoi : le suspens augmente au fil des pages et on attend donc la suite (prévue pour 2012).

Encore des loups garous adolescents!

Instinct 1 et 2
Vincent Villeminot

Nathan 2011, Collection Blast

Des loups garous adolescents d’un nouveau genre!                                                                                       

Par  Maryse Vuillermet

 Au début du tome 1, Tim Blackills se réveille dans une voiture accidentée, ses deux parents et son frère sont morts, lui ne souvient pas de l’accident mais quand il a repris conscience,  il était un grizzly. Personne ne le croit, il est accusé d’avoir massacré sa famille sous l’emprise d’une drogue puissante qui circule aux USA. Mais il est sauvé des griffes de la justice américaine par un étrange psychiatre qui l’emmène en Europe dans un Institut encore plus étrange. Là vivent en paix, étudient et se laissent étudier par des scientifiques, de jeunes métamorphes. Tous connaissent des épisodes de métamorphose, tous ont été recueillis par les professeur McIntyre, lui-même métamorphe. Tim habite avec Flora qui se transforme en chat et Shariff en homard.

Cet institut est attaqué par des chasseurs hyper violents. Au cours de l’attaque, Tim,  en grizzly, tue une dizaine de gardes mais sauve Flora et tous ses amis. Pris de remords, il pense à mourir, il fuit Flora qui l’aime pourtant.

Puis un institut Suisse  intéressé par les potentialités des métamorphes, pour en faire des mercenaires surpuissants enlève d’autres jeunes et les torture en vue de leurs expériences. Bref, beaucoup d’aventures, de sang, mais aussi de philosophie et de nouvelles technologies. En effet, Flora est une redoutable pirate informatique et Shariff un adepte des philosophies orientales.

On pourrait se dire, encore un roman avec des loups garous ! Mais en fait, Instinct 1 et 2 sont pour moi, une réussite. Cette variante du mythe du loup-garou fonctionne très bien.Ses composantes, don de métamorphose, jouissance de sa force physique, ambivalence des émotions et sentiments, cruauté et remords, violence et essai de contrôle, conflits avec le groupe, impossibilité d’aimer librement, questionnement sur la folie, solitude  au sein des humains, au sein de leur propre groupe d’amis parfois,  rapprochent évidemment les loups garous adolescents des jeunes lecteurs.

Le mythe de la métamorphose, grâce à ses différentes facettes, est particulièrement apte à décrire les angoisses humaines, les angoisses de passage, de transformations de l’enfance à l’âge adulte, de la raison à la folie parfois.

Les procédés d’identification jouent à plein chez les jeunes lecteurs, identification narcissique à des adolescents beaux et forts, identification psychologique avec leurs tourments, leurs dédoublements de personnalité, leurs changements douloureux,empathie pour leur solitude et leur vulnérabilité.

 

Six jours pour (sur)vivre

Six jours pour (sur)vivre
Philip Webb
La Martinière, 2011

 6 = « 24 heures chrono »

par Christine Moulin

philip webb,la martinière,apocalypse,science fiction,adolescence,christine moulinLa première moitié du livre est très bonne, le premier quart excellent. L’action se situe dans un Londres du futur dévasté par la guerre et par les recherches que les Vlads (avatars des Soviétiques ?) imposent à la population : il s’agit, ni plus ni moins, de démolir la ville, pierre par pierre, pour retrouver un mystérieux artefact, censé détenir des pouvoirs immenses et bénéfiques. A la manœuvre, les « excaves », dont font partie les héros : Cass, nouvelle Gavroche, et son frère Wilbur qui, à huit ans, fait preuve d’une intelligence hors norme. Il est persuadé qu’il peut deviner où est l’artefact et se fonde, pour le chercher, sur des indices qu’il puise dans d’anciennes bandes dessinées enfouies dans les ruines des maisons qu’il aide à abattre. C’est ainsi qu’un jour, il se retrouve suspendu à une des aiguilles de Big Ben : sa sœur le sauvera avec l’aide d’un être mystérieux qu’elle surnomme d’abord Pyjama Boy, à cause de sa tenue, et qui s’avérera être Peyto, venu d’une autre planète. Bien sûr, Peyto a un lien étroit avec l’artefact.

Jusque là, ça va. Mais après, les choses se compliquent : la quête perd de sa lisibilité au fur et à mesure du roman. Les péripéties se multiplient, ce qui, en soi, n’est pas un mal, les personnages aussi mais surtout, les explications, dont on a parfois l’impression qu’elles sont données au fur et à mesure, pour prévenir les objections des lecteurs vigilants. A la fin, tout est confus et cela finit un peu en queue de farfaleur (« private joke » pour ceux qui liront le livre).

Il manque aussi un arrière-fond : où va cette histoire ? Elle nous redit encore une fois que l’amour, c’est mieux que la guerre. Les méchants ressemblent aux méchants des magazines que dévore Wilbur : moitié nazis, moitié soviétiques. Quand ils ne sont pas tout à fait méchants, l’auteur insiste : « Clouée sur place, je m’aperçois que toute ma haine pour Serov [la méchante n°1] n’est plus aussi simple ».

Et pourtant, on ne lâche pas le bouquin ! Parce qu’il y a des mystères qui demandent à être éclaircis, des périls qui menacent les héros à chaque page, les ingrédients obligatoires d’un tel récit (la fin du monde qui n’est qu’une question d’heures – six ‑, le traitre, les robots improbables, le vaisseau spatial qui se rebelle, à la manière de Hal dans 2001, odyssée de l’espace…). Et surtout, il y a le personnage de Cass, au verbe savoureux (à la fin, malheureusement, l’auteur s’essouffle : les dialogues sont moins drôles), au courage gouailleur, à la tendresse bourrue.

En fait, on a l’impression d’être devant la mise en mots de « comics » (on a même le droit à une excursion dans la Préhistoire, avec belle dame pulpeuse vêtue de peau de bête !). Dans cette mesure, on peut dire que ce roman est une réussite.

On peut voir une vidéo sur le site de l’auteur (dont c’est le premier roman).

Forgotten

Forgotten
Cat Patrick
La Martinière, 2011

 Memento

par Christine Moulin

cat patrick,la martinière,mémoire,adolescence,journal intime,écriture,sentiments,christine moulinA l’instar du héros du film de Christopher Nolan, l’héroïne, Lili, a des problèmes de mémoire et pour y remédier, rédige des notes tous les soirs sur sa journée : en effet, elle ne se souvient pas du passé. Toutes les nuits, à 4h33, son « disque dur » s’efface et elle recommence sa vie à zéro. Enfin, pas tout à fait car elle se souvient de l’avenir, ce qui peut expliquer qu’elle arrive à suivre des études à peu près normales, en première. Sur cette base, le roman explore quelques pistes intéressantes : le rôle de l’écriture, la part de mauvaise foi ou de traumatisme qui préside à l’effacement de certains souvenirs, le caractère inéluctable (ou non) du destin. De plus, sur le plan narratif, la situation permet des effets de suspens efficaces. Au prix de quelques incohérences: comment Lili se souvient-elle de vagues connaissances alors qu’elle redécouvre l’amour de sa vie tous les matins (j’ai eu beau être attentive : je n’ai pas repéré d’explications) ? A part cela, le roman n’est pas très original : le contexte reste celui d’un lycée américain et décrit les tourments de l’adolescence. Mêmes élèves, mêmes cours, mêmes histoires d’amour, même méfiance face au « passage à l’acte », noyée dans un érotisme diffus, que dans les histoires de bit lit, où l’anormalité de l’héroïne ressortit plus au genre fantastique. Mêmes relations difficiles avec les parents, mêmes angoisses existentielles : que vais-je mettre aujourd’hui (significativement, tous les mémos de Lili commencent par : « tenue »).Cela dit, le récit est bien mené : on a envie de débrouiller les fils compliqués de la mémoire de Lili mais la fin semble à la fois trop dense (à côté du début un peu lente et bâclée, confuse. Certains, sur le Net, y voient la promesse d’un deuxième tome…

Les Chroniques de Vlad Tod, 1

Les Chroniques de Vlad Tod. Un secret bien gardé
Heather Brewer

Traduit (anglais) par Cyril Laumonier
La Martinière jeunesse (fiction), 2011

ketchup

Par Anne-Marie Mercier

Les Chroniques de Vlad Tod1.jpgUn adolescent, collégien apparemment ordinaire, est un vampire. Il est obligé de le cacher, mais son secret est menacé, comme sa vie…

Bon. Au début, c’est tellement caricatural, que c’en est drôle : un peu de grand guignol, pourquoi pas ? La parodie peut prendre bien des formes. Et puis, au bout de la dixième description des capsules de sang cachées dans ses sandwichs et ses pizzas, de la centième évocation de ses canines qui s’allongent (ce vampire a des canines rétractibles, ça permet de fines allusions), on se lasse et l’invraisemblance de l’intrigue policière qui sous tend le roman comme celle des pseudo personnages, la platitude des dialogues, on en vient à être très tristes pour ces 5 tomes parus et ce « million d’exemplaires vendus dans le monde » qu’annonce la couverture.

Au fait, dans ce livre, il y a une chose réussie : la couverture. L’illustration de Christian Funfhausen est superbe ; l’éditeur français a repris celle de l’édition originale. Ceci expliquerait-il le succès ?

Le voleur de magie : et de trois!

Le voleur de magie, tome 3
Sarah Prineas

Gallimard jeunesse (grand format), 2001

et de trois!

par Anne Marie Mercier

le-voleur-de-magie-tome-3-de-sarah-prineas-893168576_ML.jpgCe troisième volume ressemble fort au précédent : beaucoup de scènes de poursuite, d’enfermement, d’évasion et peu d’inventions nouvelles, si ce n’est dans le dernier tiers du roman, assez réussi.

La quête par le jeune héros de sa « locus magicalicus » est spectaculaire (si l’on peut dire cela à propos d’un roman) et n’est cependant pas dénuée d’humour, le pouvoir change de mains, on assiste à des scènes de reconnaissance familiale… enfin, les ingrédients classiques de la littérature populaire et de jeunesse, ancienne ou moderne, sont assez bien mélangés et font de cette série en 3 volumes un ensemble agréable et d’une lecture facile, mais non indispensable.

Le voleur de magie2.gif   Le deuxième tome vient de paraître en poche.

Nuit tatouée (La peau des rêves, 1)

Nuit tatouée (La peau des rêves, 1)
Charlotte Bousquet

L’archipel (Galapagos), 2011

Une série B post-apocalyptique

par Anne-Marie Mercier

Nuit tatouée Charlotte Bousquet.gif Dans un Paris post-apocalyptique, un groupe d’humains tente de conserver son territoire et la vie contre d’autres humains, des mutants, des hybrides. Les combats, poursuites et complots dans une ville en ruine crépusculaire, la jalousie et la trahison donnent à ce roman un certain rythme, mais on se lasse tant celui-ci relève du procédé.
L’héroïne, Cléo, est une enfant trouvée élevé dans la haine des « Chimères », humains ailés qui auraient tué ses parents. Elle découvre que la vérité est plus complexe, et le lecteur devine facilement la suite : toute l’intrigue est un tissu de clichés. L’invraisemblance des situations (digne des romans populaires), la platitude des dialogues et le peu d’épaisseur psychologique des personnages font que ce texte est davantage un scénario de film de série B ou d’un film « de genre » qu’une création à laquelle on pourrait croire. Malgré sa brièveté, le récit cadre qui structure l’histoire de Cléo est beaucoup plusintéressant : c’est celui-ci que l’on pourrait éventuellement vouloir suivre.