Animorphs (vol. 1, L’invasion ; vol. 2, Le visiteur)

Animorphs (vol. 1, L’invasion ; vol. 2, Le visiteur)
K.A. Appelgate
Traduit (américain) par Nicolas Grenier
Gallimard jeunesse (grand format), 2012

Métamorphoses en série

Par Anne-Marie Mercier

animorphs-1-2Publiée en poche pour la première fois en 1997, adaptée à la télévision, cette série est reprise dans une belle présentation : la nouvelle couverture propose le visage d’un adolescent qui se transforme en tête d’animal (chat, lézard…) quand on l’incline.

Pour tout savoir de la menace des Yirks, horribles limaces qui prennent possession des corps et de la lutte d’un groupe d’adolescents qui a obtenu le pouvoir de se transformer en animaux, voir le site de wikipedia qui donne la liste des 48 volumes parus, de ceux qui n’ont pas été traduits, des hors séries, etc. C’est un monument de la littérature de science-fiction pour ados qui est ici réédité dans un mouvement inverse de l’ordinaire : le poche est réédité en grand format, signe d’une consécration de l’œuvre comme du genre.

 

 

Fille des chimères (la marque des anges, 1)

Fille des chimères (la marque des anges, 1)
Laini Taylor
traduit (anglais-USA) par Anne Krief
Gallimard jeunesse (grand format), 2012

Ange ou démon ?

Par Anne-Marie Mercier

filledeschimeresCe roman est une belle surprise à l’heure où tant de récits proposant des anges et des démons encombrent la production pour adolescents et jeunes adultes. Le cadre tout d’abord se permet des fantaisies : Prague où se déroule l’essentiel de l’intrigue, une Prague à la fois pittoresque et réaliste (l’héroïne y est étudiante en art, fréquente des cafés gothiques, arpente les rues et les places), Marrakech ou d’autres endroits plus lointains comme le nord canadien sont des étapes évidemment contrastées et mystérieuses. La fin du roman invente un autre univers, un monde parallèle nocturne et inquiétant, où anges et démons se livrent une guerre sanglante.

L’intrigue est elle aussi très bien construite et l’on découvre très progressivement les personnages et les enjeux : Karou, dont le nom signifie « espoir », a une vie secrète dans la maison de créatures étranges, des « chimères », mi-animales mi-humaines, qui l’ont élevée ; elle est quant à elle d’apparence totalement humaine, en dehors de ses cheveux bleus, et ignore ses origines. Elle ne les découvre qu’à la fin d’un long parcours où elle résout le mystère des activités de Sulfure, son tuteur aux cornes de bélier, marchand de vœux. Sa curiosité provoque la catastrophe qui  le perd, la plonge dans la solitude et la culpabilité et menace de tout détruire.

Le roman recycle de grands mythes, mythes bibliques comme le combat des anges et des démons (ici, les chimères), ou les portes marquées par un signe qui donne vie ou mort, le mythe faustien de la connaissance et du pouvoir sur la vie et la mort. Il s’achève avec l’histoire de l’origine de l’héroïne dans une belle histoire fantastique d’amour et de mort, de trahisons et de résurrections pour s’ouvrir sur une suite qui se déroulera dans l’autre monde.

Le roman a été sélectionné dans la liste des meilleurs livres pour la jeunesse à sa parution par le New York Times, Publishers Weekly et Kirkus Reviews.

Le voleur de magie : et de trois!

Le voleur de magie, tome 3
Sarah Prineas

Gallimard jeunesse (grand format), 2001

et de trois!

par Anne Marie Mercier

le-voleur-de-magie-tome-3-de-sarah-prineas-893168576_ML.jpgCe troisième volume ressemble fort au précédent : beaucoup de scènes de poursuite, d’enfermement, d’évasion et peu d’inventions nouvelles, si ce n’est dans le dernier tiers du roman, assez réussi.

La quête par le jeune héros de sa « locus magicalicus » est spectaculaire (si l’on peut dire cela à propos d’un roman) et n’est cependant pas dénuée d’humour, le pouvoir change de mains, on assiste à des scènes de reconnaissance familiale… enfin, les ingrédients classiques de la littérature populaire et de jeunesse, ancienne ou moderne, sont assez bien mélangés et font de cette série en 3 volumes un ensemble agréable et d’une lecture facile, mais non indispensable.

Le voleur de magie2.gif   Le deuxième tome vient de paraître en poche.

Magnus Million et le dortoir des cauchemars:gros collège novel fantastico-archaïque

Magnus Million et le dortoir des cauchemars
Jean-Philippe Arrou-Vignod

Gallimard jeunesse (grand format), 2011

Gros collège novel fantastico-archaïque

par Anne-Marie Mercier

Magnus Million et le dortoir des cauchemars.gifJean-Philippe Arrou-Vignod propose ici une version un peu désuète du « college novel » et croise ce genre avec le roman social, le roman fantastique et le roman policier. Dans un Grand-Duché d’opérette, il se trame des choses louches au lycée de la ville où le jeune héros, 14 ans, est pensionnaire. Il arrivera bien sûr à sauver le monde et ses amis, ceux qui l’ont d’abord tourmenté dans le « dortoir des punitions » et à surmonter sa lâcheté ; il retrouvera une partie de sa famille, découvrira son histoire, se fera accepter par son père… Le résultat est une oeuvre qui recycle de nombreuses situations bien connues ; elle a des qualités mais est loin d’être parfaite.
Le roman peine à trouver son rythme dans son premier tiers ; il le trouve par la suite et enchaîne événements et découvertes. Mais il y a une dimension caricaturale un peu gênante – même si on peut la mettre sur le compte de l’humour, très présent dans le texte : le héros incarne les classes privilégiées, les classes inférieures sont représentées par des brutes souvent stupides et parlant mal. Poussé trop loin sur ces questions, le pastiche de la littérature du dix-neuvième siècle présente un certain danger.

Enfin, les fameux cauchemars ne sont guère convaincants, tant ils sont livresques et cohérents (Cerbère, un personnage des Trois mousquetaires,…). Il semble que l’auteur ait cherché à placer une dimension culturelle au coeur du fantastique. Celle-ci s’avère moins intéressante et surtout moins complexe que ce que proposait  une géographie du monde des rêves : « il y a 3 portes pour y entrer : la porte de la peur, celle du désir et celle du souvenir ».

La véritable originalité du roman est l’hypersomnie du héros, qui le place de façon inattendue dans des situations cocasses puis dramatiques.La fin du livre, qui montre le héros lisant une histoire aux jeunes orphelins fascinés, évoque d’une manière intéressante les enfants perdus de Peter Pan; et le cadre choisi, une bibliothèque de livres de jeunesse abandonnée a un certain charme.

Je m’appelle Mina

Je m’appelle Mina
David Almond
Traduit (anglais) par Diane Ménard
Gallimard Jeunesse (grand format), 2011

Folle de mots

par Anne-Marie Mercier

Je m’appelle Mina .jpgMina aime la nuit, et aussi les mots. Elle les utilise en toute liberté, au grand dam de son institutrice, ignorant les règles et la logique ordinaire. Elle écrit son journal avec sa fantaisie, mêlant réflexions et notations prosaïques, questions et rêveries. Elle raconte aussi son histoire qui a fait qu’elle a été retirée de l’école, pour comportement trop « bizarre », la scène de terreur qui a tout déclenché, l’ombre d’un père disparu, son passage par un établissement spécialisé.

Le journal de Mina est un livre hors-normes par sa forme : pages noires, pages vides, listes, « activités hors piste » qu’elle se propose : « observer la poussière qui danse dans la lumière », « écrire un poème qui répète un mot, qui répète un mot, répète un mot, jusqu’à ce qu’il perde pratiquement son sens », inventer des mots, refuser les évaluations… Le texte est très bien traduit, un tour de force, vu son originalité et sn inventivité verbale. Les pages sont tantôt sages, tantôt couvertes de mots en très gros caractères ou en encadrés. David Almond joue avec l’espace de la page en toute liberté.

Excellent dans la peintures d’adolescences masculines tourmentées par la violence (superbes Le Jeu de la mort, Imprégnation… parus en collection Scripto), Almond explore ici l’enfance et la frange de la folie avec délicatesse. Prix Andersen pour l’ensemble de son œuvre, prix sorcières en 2011 pour Le Sauvage, il avait aussi reçu la Carnegie Medal et le Whitbread Chidren’s book of the year pour son premier roman pour enfant, Skellig, auquel Je m’appelle Mina fait écho avec une grande poésie.