Le Marron d’Anatole

Le Marron d’Anatole
Céline Person, Sophie Bouxom
Amaterra, 2022

De l’âme des objets

Par Anne-Marie Mercier

Il est bien mignon, le timide Anatole, avec son air doux et son petit nez. Il a un ami secret qui lui porte chance : un marron tout rond, trouvé dans la cour de l’école. Mais un jour, le marron est perdu, le monde se fissure.
Les tentatives d’Anatole pour le retrouver sont tout aussi mignonnes : refaire le trajet (mais il y a plein de marrons dans la cour de l’école), mettre un avis de recherche…
La trouvaille de l’autrice est d’avoir proposé une fin heureuse qui ne prenne pas les enfants pour des idiots : non, le marron ne sera pas retrouvé, jamais. Mais il sera remplacé par un autre objet, accompagné d’une amitié.
Dessins stylisés et expressifs sur fond blanc, typographie simple, décor réduit à juste ce qu’il faut, tout est à sa bonne place pour cette petite histoire, facile en apparence mais qui touche aux questions de perte, d’acceptation, de changement de perspective : grandir, en somme.

Rosie

Rosie
Gaëtan Dorémus
Rouergue, 2020

Où est ma maman ?

Par Anne-Marie Mercier

L’argument de ce très bel album pourrait sembler mince, puisqu’il tient à un fil : celui qu’une petite araignée cherche désespérément.
En fait il est lourd de sens, puisqu’au bout de ce fil, à la fin de l’album, on découvre la mère de Rosie qui s’exclame à l’avant dernière double page « Ma fille ! », en écho aux « où est mon fil ? » répétés de page en page par Rosie.  Ce jeu sur les mots rend la métaphore de la fil-iation bien claire pour tous et rattache cet album à tous ceux, bien connus, où l’on voit un petit chercher sa maman (et parfois son père), avec de l’originalité en plus : un insecte, et encore plus une araignée comme héroïne, ce n’est pas courant. Les arachnophobes n’ont rien à craindre d’ailleurs : Rosie est très mignonne ; c’est une petite boule rose aux grands yeux étonnés (où perle, à la fin, une larme) et aux pattes en bâtonnets qui la font ressembler à une boule hérissée d’épingles.
L’autre mérite de cet album tient à la dynamique des pages qui font rebondir la lecture de l’une à l’autre : en suivant un fil, un geste (l’épisode avec les moustaches du chat est superbe), une plante, on suit les aventures de Rosie, tantôt jubilatoires, tantôt effrayantes. Pour ajouter à ce continuum, chaque décor placé à droite des doubles pages pourrait se coller à celui qui s’inscrit à gauche dans la page suivante pour former un leporello continu. Les paysages étranges, tantôt tracés délicatement sur fond blanc, tantôt envahissant tout l’espace comme la forêt de champignons, les créatures géantes rencontrées (à l’échelle d’une toute petite araignée), tout cela propose un beau voyage en images et une histoire captivante et… attachante.

C’est le troisième album de G. Dorémus proposé aux tout-petits, après les jolis Quatre pattes et Tout doux, tous aux éditions du Rouergue.

 

Le bureau des objets perdus

 Le bureau des objets
Catherine Grive
Rouergue, doado,  2015

 

   Tout perdre et se retrouver

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

CVT_Le-bureau-des-objets-perdus_4758 image La narratrice de ce très court roman perd tout, ses affaires, celles des autres. Elle vient aussi de perdre son amoureux, et ses parents sont si distraits qu’ils ne la voient pas. Son père chercheur a des ennuis au labo, sa mère généalogiste est sur une piste, sa bande de copains rigolarde ne lui est pas d’un grand secours. Reste son petit frère affectueux, sa meilleure amie amie Raph.  Elle a donc perdu l’objet auquel elle tient plus que tout, le blouson que son oncle Tozzi lui a offert pour son anniversaire, un blouson de baroudeur, d’aventurier. Tonton leur raconte toujours des histoires d’aventures et de rencontres merveilleuses. Elle a donc décidé pour une fois de chercher seule, sans ennuyer tous ses amis et sa famille. Elle va au bureau des objets perdus et on lui rend un blouson presque comme le sien, qu’elle prend, mais qui n’est pas le sien. Dans la doublure, elle trouve un nom donc une piste sur laquelle elle se lance. Et au bout de sa recherche de plusieurs jours, de révélations en révélations, elle le retrouvera mais aura surtout compris ce que signifie perdre, et que ce qu’on cherche est parfois tout près de nous, mais il faut savoir ouvrir les yeux.

Un roman d’éducation donc, agréable, et assez profond, quand on oublie un peu le langage « djeun » un peu convenu !