Mignon et Chérie

Mignon et Chérie
Nadja
Ecole des Loisirs, 2017

« Trop » mignon ! 

Par Christine Moulin

C’est Nadja l’auteure de cette histoire, si bien qu’habitué à certains de ses ouvrages un peu « rosses », on a peur, tout au long de la lecture: qui va être le berné,  le déçu? Chérie va-t-elle être mangée? Au risque de « divulgâcher » la fin, personne! On a là un vrai « feel good » album, adorable, mignon comme tout, qui met de bonne humeur, sans bêtifier: les deux animaux sont très attendrissants et militent doucement pour l’amitié, le partage et l’entraide, même entre « ennemis héréditaires ». Leurs attitudes sont drôles (il faut voir Chérie s’enfuir après son larcin!) et leurs expressions permettent bien de partager leurs émotions (comme on voudrait pouvoir consoler Mignon quand il est triste!).

Sacrée Souris

Sacrée Souris
Raphaële Moussafir
Illustré par Caroline Ayrault
Sarbacane (pépix), 2014

Origines de La petite Souris et autres révélations importantes

Par Anne-Marie Mercier

sacréesourisTitre proche, mais rien à voir avec l’ouvrage présenté dans la chronique précédente, Sacrées souris de Lowry.

On découvre ici l’un des premiers titres de la collection Pépix, romans pour les 8-12 ans, « cocktail d’aventures, d’humour et d’irrévérence » dit le site de l’éditeur (Sarbacane), ambitieux par son volume, plus de 200 pages, très aérées, en gros caractères et remplies de dessins en harmonie avec le ton de l’histoire. Et on retrouve avec plaisir Raphaële Moussafir, auteur du décapant Du vent dans mes mollets.

Sacrée Souris est un peu moins décoiffant (mais vise un âge plus tendre aussi) et propose une histoire qui donne l’origine du rite de la dent perdue mise sous l’oreiller et remplacée au matin par une pièce mise par « la » petite souris. Léonore, l’héroïne et narratrice de l’histoire a un « retard de croissance » et incarne donc parfaitement le personnage de la « petite » souris de la légende enfantine. Elle a aussi un âge mental délibérément et caricaturalement enfantin, refusant de grandir, sauf quand cela devient vital.

Aventures garanties, comme l’irrévérence, bien que la morale reste sauve : si les chapitres de leçons qu’elle propose aux « petits édentés » sont au début « comment rendre tes parents chèvre », elle poursuit sur une leçon expliquant pourquoi il faut finir son assiette, ranger sa chambre, se laver les dents. Mais le « comment » reste impertinent et fera beaucoup rire, on le suppose, les enfants – peut-être un peu moins les parents, démasqué dans bien des impostures ( hors celle de la petite souris, rassurons nous !).

Sacrées souris !

Sacrées souris !
Lois Lowry
Traduit (anglais) par Nadia Butaud
L’école des loisirs (neuf), 2014

Souris de bénitier

Par Anne-Marie Mercier

sacréessourisA travers le point de vue d’Hildegarde, chef de la communauté des 200 souris qui peuplent à l’insu des humains – du moins au début du récit – l’église de saint Bartholomew, on assiste à la crise qui résulte de la découverte de leur existence. Les prémisses montrent qu’Hildegarde a du mal à contrôler ses troupes, à réguler les naissances, la circulation dans les lieux et les heures sans dangers, les grignotages qui risqueraient d’être trop vite découverts, et enfin à maintenir son autorité face à sa rivale battue aux dernières élections.

L’indiscipline des ses ouailles provoque une campagne de dératisation. Elle conduit toute une manœuvre ingénieuse d’évacuation (suivie d’un retour, rapide), de sauvetage, de réhabilitation. Tout en se divertissant de ces aventures, le jeune lecteur peut apprendre beaucoup sur l’architecture d’une église et son vocabulaire (narthex, nef, transept, crypte), ses recoins (sacristie, combles et circuits électriques…), sur les rituels,  les habitudes du prêtre, de l’organiste, des enfants de chœur et des divers paroissiens (surtout paroissiennes). Enfin, les amis ou ennemis de Hildegarde sont typés et drôles (comme Ignatious qui a vécu dans la bibliothèque de l’université où il a ingéré de nombreux ouvrages antiques et savants et est de ce fait capable d’expliquer hors de propos des étymologies et notions absconses),et la fin, qui montre que ces souris ont un certain sens du sacré, est savoureuse.

Tout cet univers est sans doute loin de la culture de nombreux jeunes lecteurs, certes, mais un peu d’ouverture à l’inconnu ne peut nuire à ceux qui sont capables de s’adapter à des univers « nouveaux ». Si ce livre n’est pas aussi inventif et stimulant que d’autres romans de L. Lowry, il est original par son cadre, captivant par les affres de son héroïnes et séduisant par son humour.