Dieux et déesses de la mythologie grecque

Dieux et déesses de la mythologie grecque,
Françoise Rachmuhl, Charlotte Gastaud
Flammarion, père Castor, 2013

Divines histoires de familles

Par Yann Leblanc

L’album s’oDieuxetdéesses_mythologiegrecque,uvre avec un arbre généalogique présentant la lignée des Olympiens et leurs descendants à partir de leurs ancêtres, Chaos, Ouranos et Gaia, les Titans et parmi eux Cronos, le père indigne qui dévorait ses enfants. Des conflits entre parents et enfants ou entre époux, frère et sœur, nièce et oncle, etc., il n’en manque pas dans ces histoires. Le tour de force de cet album est de donner de manière synthétique beaucoup d’informations, tout en se donnant l’air de raconter des histoires pour le plaisir. Ainsi on tire le portrait de Zeus, Héra, Poséidon, Déméter, Athéna, Arès, Aphrodite, Héphaïstos, Hermès, Artémis, Apollon et Dionysos; on raconte leur naissance, leurs amours, leurs métamorphoses ou celles qu’ils infligent. Les illustrations de Charlotte Gastaud sont un mélange assez réussi de son style ordinaire et de tracés à l’antique, de décors colorés japonisants et de blancs sobres.

Les Esclaves de Cumanà

Les Esclaves de Cumanà : Aimé Bonpland et Alexander von Humboldt en Amérique du sud
Olivier Melano
L’école des loisirs (Archimède), 2015

Botanique, zoologie, esclavage

Par Anne-Marie Mercier

Les Esclaves de CumanàOlivier Melano a choisi de présenter les savants voyageurs Aimé Bonpland et Alexander von Humboldt à travers l’histoire de Pablo, un enfant métis, dont la mère a été vendue comme esclave loin de la plantation où il est né.

Ainsi, deux domaines s’entrelacent. Le premier est celui d’une aventure assez classique en littérature de jeunesse, celle d’un quasi orphelin, esclave, persécuté par ses demi frères blancs, qui cherche sa mère, et qui parviendra non seulement à la retrouver mais aussi à s’intégrer dans une autre famille (blanche et riche) qui lui donnera une éducation.

La seconde est le périple des deux voyageurs, leurs découvertes scientifiques et le combat qu’ils mènent contre l’esclavage. Mais cette partie est reléguée au second plan dans le récit, même si les dernières pages leur donnent davantage d’importance. La question de l’esclavage, qui lie les deux thèmes est elle aussi traitée en fin d’ouvrage, avec des images sur l’histoire de Toussaint Louverture (qui aurait été, mieux que l’improbable Pablo, le parfait héros pour une aventure de ce type).

Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe

Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe
Claude Ponti
L’école des loisirs, 2014

Pour faire le portrait d’une Mèzon

Par Anne-Marie Mercier

Quel curieux chBlaise et le Kontrôleuroix de couverture ! A la voir, et à lire le titre, en faisant abstraction du très grand format, on croirait se trouver devant une classique histoire de Blaise dans laquelle il joue un rôle de premier plan dans un espace abstrait et relativement vide. On est ici plus proche de Blaise et le château d’Anne Hiversère (2004) à la couverture saturée de poussins et de couleurs.

La catastrophe initiale est vite évoquée, peu dramatisée : un orage a détruit la maison des poussins. Le monstre qui surgit à ce moment peut être à l’image (du moins pour les adultponti_BlaiseAnneHiversèrees) de ces assureurs qui demandent une quantité de documents divers et font de la demande d’indemnisation un long chemin semé d’embûches… Mais pour les enfants, c’est plus simple et ce monstre ne jouera sans doute pas un grand rôle. Il suffit pour lancer les poussins dans une quête absurde mais qui leur fait voir le monde et trouver le moyen (jouissif et gullivérien) qui permettra de détruire le monstre à la fin.

L’intérêt est ailleurs : le trajet est fait de doubles pages variées et foisonnantes. On y retrouve tous les poussins, dont Blaise (sauf lorsqu’il perd son masque !), et on peut jouer à retrouver celui qui a un casque sur les oreilles, celui qui lit, celui qui sourit, celui qui fait des grimaces, le poussin-champignon… Il y a un grand nombre de jeux dans cet album, proposés explicitement aux poussins, (un jeu de Memory par exemple) ou implicites (jeu des six erreurs pour comparer les pages de début et de fin).

Chaque étape propose un nouvel univers : celui des arbres, de la nourriture, des champignons, de l’eau, des livres… Les poussins les parcourent à pied, en avion, sur un fil ; ils parcourent un tunnel qui fait le lien de page en page, « le tunnel qui va dans la page suivante ». Ils se perdent, jouent, s’effraient – ou ne s’effraient pas assez. Tout cela permet de reconstruire la maison à la fin, une maison faite de tous les éléments agréables rencontrés dans les différents lieux. La « Mézon », thème cher à Claude Ponti trouve ici un développement particulièrement intéressant, vital et jouissif : rien à voir avec le fait de peigner la girafe – même si une maison digne de ce nom devrait pouvoir abriter aussi bien des girafes que de nombreux poussins.

Au secours ! un ogre

Au secours ! un ogre
Au secours ! un loup

Au secours ! une sorcière
Oriane Lallemand, Clément Devaux
Nathan, 2013

Peurs tri-dimensionnelles

Par Yann Leblanc

Ces trois vAu secoursun ogreolumes partent d’un même principe, celui d’un grand album cartonné proposant des tirettes ou autres animations pour faire apparaître des choses qui font peur ou surprennent (le principe du « coucou » enfantin), ou des choses cachées qu’il faut chercher. La dernière page, faisant apparaître en gros plan et en trois dimensions le personnage qui fait peur, incite à fermer le livre et à partir en courant.

Belle idée, graphisme repoussant à souhait, cocasse, qui fera merveille sur les craintifs et les rieurs.

Au secoursunesorcièreAu secoursunloup

 

Sherlok Holmes et Le Chien des Baskerville

Sherlok Holmes et Le Chien des Baskerville
Richard Unglik, d’après Conan Doyle
Casterman, 2013

Le monde des playmobil en fiction

Par Anne-Marie Mercier

Le Chien des BaskervilleRichard Unglik a développé en plusieurs albums une idée de génie : faire des documentaires ou raconter des histoires avec des playmobil. Utilisant les ressources de ces figurines, de la photographie assistée par ordinateur et d’autres techniques de graphisme, il propose ici une adaptation du roman de Conan Doyle, fidèle par l’atmosphère sombre et inquiétante et originale par ses illustrations, tout à fait réussie : la fameuse lande de l’effroi se développe en une quadruple page saisissante. Mais les petits personnages au sourire identique et permanent mettent l’angoisse à distance et les « my goodness » de Watson résonnent avec humour : les jeunes lecteurs pourront s’y plonger sans cauchemar (on le suppose du moins) et rejouer cette histoire – et d’autres encore avec des playmobil !

http://www.casterman.com/Jeunesse/Auteurs/unglik-richard

Vœux 2015

Tous nos  vœux aux lecteurs et scripteurs de li&je !

 Nous vous souhaitons de belles découvertes, un enthousiasme intact, de beaux partages et de beaux secrets, et que l’année soit pavée de bonnes nouvelles.
– Par exemple celle-ci (est-elle bonne? on en discutera) : à l’exemple de la fête de la musique y aura-t-il à partir de 2015  une  » fête de la littérature jeunesse » ? Voir dans notre page « actualités ».
– Lietje va essayer de vous tenir au courant de ces nouvelles en tenant à jour les pages actualités et espace scientifique (voir l’annonce d’un colloque en Tchéquie).

– La page bibliographie… on y songe : très bientôt une biblio sélective sur le thème de la guerre. Et on fera mieux en 2016 !

Poupoupidours

Poupoupidours
Benjamin Chaud
Helium, 2014

L’art du rebond

Par Anne-Marie Mercier

Depuis UnePoupoupidours Chanson d’ours, on attend avec impatience la prochaine escapade du petit ours de Benjamin Chaud… et on n’est pas déçu ! Poupoupidours est un festival d’inventions, de surprises, une promenade infinie (ou presque) que l’on fait à la suite du petit ours. Il se réveille au début de l’album, par un beau matin de printemps, seul dans la tanière familiale – où sont passés les parents? Nullement inquiet, heureux de partir à l’aventure, après avoir traversé une forêt (très peuplée), un monde souterrain (idem : on y trouve même Alice en train de tomber à la suite du lapin pressé), petit ours arrive dans un cirque où il voit se produire ses parents en équilibristes. Il participe à leur spectacle, et découvre dans les bras de sa maman un ours encore plus petit que lui, Tout petit ours.

Outre le charme des images, pleines de détails facétieux et poétiques, le dispositif d’enchainement des double page est particulièrement réussi : dans chaque page de droite, petit ours se trouve face à un trou qui lui fait apercevoir la double page suivante : trou dans le sol, tuyau de canalisation, rideau, cercle de feu du dompteur, gueule de dragon… petit ours franchit tous les obstacle et passe à travers toutes ces ouvertures, jusqu’à ce qu’il en trouve une trop petite pour qu’il s’y engouffre, « une boite si minuscule que petit ours ne pourrait s’y blottir même s’il le voulait » posée sur le ventre de sa maman. Eh oui, on peut franchir tous les obstacles, mais pas revenir d’où l’on est né… Un autre, plus petit que lui, est installé dans cette « boîte », et en sort pour participer au spectacle de la famille.

Pour voir et entendre, sur vimeo

 

La Barbe bleue

La Barbe bleue
Charles Perrault, Clémentine Sourdais
Hélium, 2014

Accordéons nos classiques

Par Anne-Marie Mercier

barbebleueheliumLe conte de Barbe bleue est bien connu, et on en a de multiples versions (voir récemment chroniquée, celle de Sophie Tiers publiée au CMDE). Ici, l’originalité n’est pas dans le texte qui reprend fidèlement celui de Perrault, et ce jusqu’à sa moralité en vers, mais dans les images et dans l’objet-livre lui-même. Il s’agit d’un livre accordéon mais aussi découpé, où seul le bleu tranche avec le noir et le blanc, et où le thème de la clef et surtout de la serrure guide bien des étapes, comme il se doit.

Le dessin naïf alterne avec le style du théâtre d’ombres, le tendre avec le cruel, le grotesque avec le poétique, en harmonie avec ce conte qui joue sur plusieurs tableaux et mêle comique et tragique, prosaïque et mythique.