Hansel le gourmand et Gretel la courageuse

Hansel le gourmand et Gretel la courageuse
Librement adapté des frères Grimm
Kimiko, Margaux Duroux
L’école des loisirs (Loulou et cie), 2014-12-16

Grimm au sucre

Par Anne-Marie Mercier

 

Parlons d’abHansel le gourmandord image, car c’est le côté séduisant de cet album : les personnages sont représentés par de petites figurines représentant des animaux anthropomorphes. Les photos sont lumineuses, et mettent en valeur le brillant et l’acidulé des bonbons, sucres d’orge, berlingots… Ces bonbons sont partout, très attirants, contrairement à ce qui se passe dans le conte où l’horreur de la situation des deux héros leur fait oublier ce qui les a piégés.

Tout est sucré dans cet album : le frère et la sœur ne sont pas abandonnés mais se sont perdus ; Gretel ne jette pas la sorcière dans le four, mais lui vole la clef de la cage où est retenu Hansel… Quant au titre, qui veut mettre l’héroïne en valeur, pourquoi pas, mais pourquoi tout dire à l’avance ?

Est-ce bien nécessaire aussi de proposer un classique de l’enfance déformé et dévitalisé ? Le charme de cette histoire, c’est son horreur : autant raconter autre chose si on veut s’adresser à de jeunes enfants sans leur faire peur.

 

Un Jeune Loup bien éduqué

Un Jeune Loup bien éduqué
Jean Leroy, Matthieu Maudet
l’école des loisirs, 2013

Injonction paradoxale

par Yann Leblanc

Un Jeune Loup bien éduquéQuand vous êtes un loup et que vous partez à la chasse, normalement tout est simple : on attrape une proie et on la mange. Ça se complique si vous êtes un loup bien éduqué, soucieux d’accorder à chacun sa dernière volonté. Il se fait ainsi duper par lapin, puis par une poule, jusqu’à ce qu’il tombe sur un petit garçon lui aussi très poli…
Contrairement à ce qu’on attend, le loup n’est pas le dindon de la farce et la morale est insaisissable. Voilà de quoi faire réfléchir aux inconvénients de la bonne éducation ! Beaucoup d’humour, un dessin sobre et expressif, de perpétuelle surprises, voilà qui change des histoires de loup modernes, bien policées.

Carabosse. La Légende des cinq royaumes

Carabosse. La Légende des cinq royaumes
Michel Honaker, d’après Charles Perrault
Flammarion, 2014

 

La Belle au bois dormant : une histoire de famille

Par Anne-Marie Mercier

Dans la versiCarabosseon complète de la Belle au Bois dormant, la dormeuse a deux ennemies : la méchante fée d’une part, qui est la cause de la malédiction, et, après son réveil, la mère du prince Charmant (sa femme, dans des versions du conte non expurgées). Dans la version de Honaker, Carabosse est sa tante Cara, sœur de sa mère. Bossue (d’où son nom – Honaker oulipien ?), et dépitée de ne pas avoir été choisie par le prince, père de sa nièce Aurore (nom donné à la fille de la dormeuse dans le conte – vous me suivez ?), elle est à l’origine du fuseau empoisonné et cherche à empêcher le réveil de la jeune fille autant par vengeance que pour régner sans partage sur les royaumes qu’elle a pu ainsi asservir.

Donc, le conte est un roman et ceci détermine l’ensemble : les personnages ont un passé, une psychologie, des désirs (brûlants). Les êtres mystérieux (Carabosse, mais aussi les autres fées) sont humanisés ; la parodie joue à plein, tant dans la partie où elle joue la carte de la fantasy et de l’horreur, que dans celle où elle se rapproche de la dérision. Les derniers chapitres montrant la quête désespérée d’un improbable prince salvateur dans un monde trop matérialiste sont cocasses.

Curieusement, le style (et même la syntaxe) de Michel Honaker s’arrange au fil du volume et a même une certaine allure dans la deuxième moitié.

Le Chat rouge

Le Chat rouge
Grégoire Solotareff
L’école des loisirs, 201

Chat rouge, chat blanc, nuit bleue

Par Anne-Marie Mercier

« Valentin Le Chat rougeétait un chat comme tous les autres chats. Mais c’était un chat rouge. Et tout le monde se moquait de lui ». Ce début reprend un thème cher à Solotareff, celui de la différence et de l’appartenance : qu’est-ce qu’être « comme tous les autres, mais… » ?

Ce début grave est vite estompé par les aventures de Valentin : la rencontre avec Blanche-Neige la chatte blanche, avec qui il affronte un loup qui a mal aux dents, une sorcière… Ces éléments du folklore ne sont là que pour pimenter les étapes du récit, récit un peu lâche qui se résout vite par un constat sur l’indépendance des chats et leur incapacité à s’enfermer dans un rôle : « chat qui s’en va tout seul », disait Kipling.

L’intérêt principal de l’album est dans les illustrations, toujours superbes, proches du style ordinaire de Solotareff, mais avec un usage de l’aquarelle plus doux. Enfin, le traitement de l’espace, très stylisé est symbolique de l’histoire : le réel avec un paysage de village et de route, fils électriques, voiture…, et un espace d’aventure dans la forêt où erre le loup et où se trouve la petite maison de la sorcière, caractérisée par de superbes paysages de neige et de nuit, noirs, blancs, bleus.

Encore Charlie

terroristesTextes à lire et voir

Nous avons mis en ligne à la page « bibliographie » quelques titres sur la tolérance, l’interculturalité, le terrorisme, la religion dévoyée et sur la page « actualité » quelques unes des réactions à cette actualité envoyées par le CRILJ : que Spirou s’affirme Charlie est une bonne nouvelle, par exemple.

La Dose

La Dose
Melvin Burgess
Traduit (anglais) par Laetitia Devaux
Gallimard (scripto), 2014

Révolution létale

Par Anne-Marie Mercier

Melvin BLa Doseurgess s’est fait connaître par ses romans provocants et celui-ci ne déçoit pas les attentes, il en rajoute même. On y trouve à la fois la question des drogues, celle du suicide, de relations sexuelles – consenties ou non–, de la violence, de l’action politique, des différences de classe… Au cœur de l’action et d’après les propos de Burgess, à la source du roman, se trouve l’idée d’une drogue qui donnerait à celui qui en prend une seule dose une semaine fantastique d’énergie et de désinhibition, puis la mort. Le comportement de ces sursitaires de la mort est décrit comme celui que l’on a observé lors d’épidémie de peste, ou plus récemment de SIDA : puisque la vie s’achève, que le monde croule avec moi.

Des activistes se servent de cette vague pour accompagner un mouvement révolutionnaire qui ressemble beaucoup aux récents « printemps arabes ». L’action se passe dans une Angleterre misérable, paralysée par l’action des gangs et la corruption. Faut-il y voir une projection de l’actualité, sachant que si le chômage y a un peu baissé, la quantité de nouveaux pauvres a augmenté dans ce pays, avec, comme dans d’autres pays européens, une exaspération grandissante vis-à-vis des banques et des riches, de plus en plus riches et arrogants?

L’action commence avec des scènes d’émeutes et s’achève avec la victoire de la révolution, proclamée sur la grande place de Manchester. A l’issue de la mort, programmée et mise en scène lors d’un concert, d’un chanteur qui a pris du Raid (« la dose »), Adam et Lizzie, 15 ans, se livrent avec allégresse au pillage des magasins du centre-ville, à l’attaque de la mairie et à l’affrontement avec la police. A l’issue de péripéties qu’il serait un peu long de résumer, Adam prend du « Raid » devient provisoirement délinquant, la jeune fille se livre à ce qui ressemble à un début de prostitution (certes, pour la bonne cause : elle se lie avec le fils d’un dealer richissime pour sauver son ami). Il se trouve que le fiston du dealer est un pervers fou, que le frère de l’ami qui était mort est un activiste kamikaze, que le papa dealer ne craint pas de faire assassiner ou torturer les gêneurs, jeunes ou pas, garçons ou filles… etc. Il y a de l’action, différentes intrigues qui se rejoignent toutes à la fin (un peu trop), tout cela est bien ficelé (un peu trop). Enfin, on en a sa dose.

Célestin rêve

Célestin rêve
Isabelle Wlodarczyk, Toni Demuro
Rêves bleus, 2014

Marionnette cherche père

Par Yann Leblanc

Un nouveau Célestin rêvepantin est apparu dans le monde de la littérature de jeunesse, après bien d’autres. Celui-ci, nommé Célestin, marionnette à fils, a un nez bien stable et un sourire variable.

Mis en gage par son animateur, il s’enfuit et le retrouve; le bonheur d’être à nouveau ensemble compense la pauvreté. Entre-temps, le rêve de Célestin, c’est le souvenir d’une vie d’artiste, au temps où les marionnettistes avaient leur place dans les cirques prospères. Nostalgie de l’émerveillement enfantin et d’une époque révolue, soutenu par de belles illustrations, très expressives.

Celle qui sentait venir l’orage

Celle qui sentait venir l’orage
Yves Grevet
Syros, 2015

Savant fou, jeune fille sans défense

Par Anne-Marie Mercier

Celle qui sentait venir l’orageLe cadre de ce roman historique est l’émergence de l’idée de « l’homme criminel », élaborée, après les travaux de Lavater sur la physignomonie au 18e siècle, par Cesare Lombroso (1835-1909) qui a tenté de définir le faciès du criminel.

L’héroïne, fille d’un homme accusé de meurtres est recueillie par un médecin qui se sert d’elle pour ses expériences. Il y a tous les ingrédients du bon roman classique pour la jeunesse : une orpheline, un jeune homme, un savant fou, des marécages, un arrière plan historique qui permet des costumes et des décors un peu différents, des idées généreuses, mais malheureusement (pour moi du moins), la sauce ne prend pas et le roman ne trouve pas son rythme.

Les Très Petits Cochons

Les Très Petits Cochons
Martine Camillieri, Angélique Villeneuve
Seuil jeunesse, 2013

Un album à croquer!

Par Yann Leblanc

Quand un coffre àhttp-_www.martinecamillieri.com_edition_petits-cochons.php jouets déborde, c’est une aubaine pour raconter une histoire avec toutes sortes d’objets et de personnages en plastique, en commençant par des figurines de petits cochons à l’allure un peu asiatique et partiellement dénudés, assez étranges (feuilleter sur le site de Martine Camillieri)…

Ils sont accompagnés d’objets plus rassurants: éléments de lego, Playmobil, dînette, etc., mais aussi d’autres plus inattendus comme des saucissons (illustrant les propos de la mère des petits cochons, leur prédisant une fin tragique), du pain grillé, des morceaux de sucre, des pailles : ces éléments servent à construire les trois maisons ; ou une omelette, un sandwich, des choux à la crème, représentant les rêves gastronomiques du loup affamé.

Tous ces objets sont organisés pour composer des photos de saynètes colorées. Elles proposent les différents épisodes de l’histoire bien connue, mettant en scène des petits cochons hédonistes et rigolards appelés non plus Nif-Nif, etc, mais Jambon, Rillette, Lardon… tout un programme pour un loup affamé.

Pour le déguster : http://www.martinecamillieri.com/edition/petits-cochons.php

Les Gens polis ne font pas la guerre à autrui

Les Gens polis ne font pas la guerre à autrui
Jacques Thomassaint, illustrations de Pierre Rosin
Soc & foc, 2014

Restons polis !

Par Anne-Marie Mercier

Les militaires (qlesgenspolisue le recueil nomme Mirlitaires) en prennent pour leur grade, à coup de vers de mirliton : à la manière de Prévert, Jacques Thomassaint se moque, caricature à gros traits, joue avec les mots et les expressions toutes faites. La poésie ne se prend pas au sérieux, tout en jouant à un jeu diablement sérieux.

De la poésie et de l’humour, donc, parfaitement accompagnés par les illustrations mélangeant peinture, photos, images d’archives papiers découpés, mais aussi une pointe de macabre, et beaucoup d’émotion. Sans gommer la gravité du sujet, l’auteur se situe à hauteur d’enfance et délivre aussi un message de confiance en l’avenir et dans le pouvoir de la littérature :

« Au ministère
De l’Education Mirlitaire
On chuchote :
Ne parlez pas de la guerre
Aux enfants de la terre
Il ne faut pas les effrayer
On ne sait jamais
Demain ils pourraient
Refuser d’y aller »