Ma Vie en vert, tomes 1 à 4

Ma Vie en vert, tomes 1 à 4
Michel Van Zeveren
L’école des loisirs, Pastel, 2021-2022

Vert… comme un martien

Par Anne-Marie Mercier

La science-fiction est rare dans les ouvrages pour le jeune public, surtout la bonne SF. On avait eu la belle surprise de la BD de Zita la fille de l’espace, de Ben Ben Hatke, chez
Rue de Sèvres (voir nos chroniques pour le tome 1 et les tomes suivants) et depuis il semble que les ouvrages drôles, inventifs et traitant de sujets sérieux se multiplient dans ce genre, notamment sous la forme de séries.

 


Ma vie en vert présente la vie d’un enfant terrien après que sa planète a été envahie par des petits hommes verts : eh oui, les clichés ont du bon quand ils sont utilisés avec humour, mais on pense forcément aussi à l’occupation allemande en France pendant laquelle les soldat de l’armée ennemie étaient appelés « les verts-de-gris » (couleur de leur uniforme).
Ces nouveaux martiens sont donc entièrement verts et ne possèdent qu’une patte (original !). À cause de cela, ils obligent les habitants à ne manger que des choses vertes (ce qui les colore en vert, eux comme leurs habits) et à se déplacer à cloche-pied. Mais la résistance s’organise… Les habitants sont confinés, arrêtés… mais ils triomphent bien sûr (mais tout de même un peu par hasard) à la fin des méchants.
C’est drôle, plein de belles trouvailles et les dessins sont parfaits.

 

 

 

 

 

 

Zita, la fille de l’espace

Zita la fille de l’Espace, t. 2 et 3

 

Compte avec Olivia

Compte avec Olivia
Ian Falconer
Seuil Jeunesse, 2022

Ou sans

Par Anne-Marie Mercier

Publié auparavant sous le titre « Olivia sait compter », voici ce petit livre d’apprentissage de retour avec un autre titre, plus dynamique, impliquant l’enfant (on voit les stratégies marketing comment les théories pédagogiques sont à l’œuvre). Mais à part cela, rien de nouveau : les chiffres apparaissent sur chaque page accompagnant des objets ou personnages tirés de l’univers d’Olivia. Les dessins sont comme toujours drôles, masi le vocabulaire choisi laisse rêveur : le mot « accessoires » pour désigner des objets comme un collier, une casquette, des lunettes, un collant est-il le meilleur (ça sent la traduction) ?
Pour les fans (et on les comprend) d’Olivia.

Aggie Morton, reine du mystère, t. 1 : l’affaire du grand piano23

Aggie Morton, reine du mystère, t ; 1 : l’affaire du grand piano
Marthe Jocelyn, Isabelle Follath
Traduit (anglais, Canada) par Marie Leymarie
Gallimard jeunesse, 2020

Le Masque en Gallimard jeunesse ?

Par Anne-Marie Mercier

Une série policière, ce n’est pas nouveau, mais une série qui se réclame aussi ouvertement des romans d’Agatha Christie, c’est plus rare : l’héroïne, Aggie, s’appelle de son prénom complet Agatha, son ami s’appelle Hector Perrot et, comme Hercule Poirot, il est belge et méticuleux à l’extrême quant à l’hygiène et à la bienséance.
Les similitudes se poursuivent avec le type d’intrigue (le roman à énigme), la poursuite de l’investigation (de multiples suspects, pour finir par trouver comme assassin celui auquel on n’a jamais pensé (enfin, ça dépend du « on »). Aggie dresse un portrait de jeune fille sûre de son talent et de son futur d’enquêtrice qui pourra séduire son public, Hector est un peu effacé.
Tout ça a le charme d’un bonbon anglais, un peu acidulé, mais tout de même bien sucré, l’original avait le mérite d’être plus bref. Aggie a une excuse quant aux longueurs de l’ouvrage : elle se voit déjà écrivaine de romans de mystère et elle double le récit des événements et les dialogues par une ébauche de narration de son cru assez comique tant la recherche des effets est visible et tâtonnante.
L’humour du pastiche peut-il être perçu par un lecteur/ lectrice qui ne connaitrait pas les romans d’Agatha ? Ce n’est pas sûr.

Au début

Au début
Ramona Badescu, Julia Spiers
Les grandes personnes, 2022

Quand la fin est dans le début

Par Anne-Marie Mercier

Au début, on aurait pu être prévenu par la couverture qui disait clairement qu’il allait être question d’oiseaux, d’arbres et de fleurs. Mais l’automatisme est là : dès qu’on voit des personnages humains on pense que ça va être leur histoire. Dans cet album, ce n’est qu’en partie vrai. « Au début », ils sont nombreux « dans l’ombre fraîche du vieux néflier ». Journée d’été, rencontre de personnes d’âges différents dans un jardin: des voisins, une famille ? La réponse vient petit à petit.
La suite n’éclaire pas mais perd encore un peu plus : la date, présente sur chaque double page, recule dans le temps. On voit une éclosion d’œuf, un œuf entier, un couple d’oiseaux… puis un bébé, puis une jeune femme enceinte : l’histoire se rembobine.
Elle va jusqu’au début de tous ces débuts, l’été 1952, quand une troupe d’enfants incarnée par le « on » du narrateur, rentre assoiffée de la plage et va chiper des nèfles pour se désaltérer. Ils en rapportent dans le jardin où le néflier n’a pas encore poussé, crachent les noyaux par jeu. On devine la suite.
Alors, on reprend l’album pour tourner les pages en sens inverse et on découvre qu’il a deux pages de couverture et deux pages de titre, une au début et une à la fin. On voit les différentes étapes de la croissance de l’une des pousses issues des noyaux du départ. Parallèlement on voit l’histoire de l’un des enfants du groupe, son adolescence, sa solitude, la rencontre d’une fille, le mariage, les enfants, les petits enfants et on reconnait le narrateur dans l’homme aux cheveux gris du début. Ainsi, le sujet principal est le temps, le temps de pousser, de vivre, d’engendrer, de savourer la vie – et le temps de la lecture et de la relecture.

Les aquarelles illustrent très joliment cette histoire et la portent avec efficacité dans cet album avec très peu de texte. Elles recréent une atmosphère d’enfance et de jeu : formes rondes, couleurs tranchées, simplicité, avec une petite allure « vintage »  années 50.

Elmer et l’histoire du soir

Elmer et l’histoire du soir
David McKee
Kaleidoscope, 2022

Encore une histoire, une dernière…

Par Anne-Marie Mercier

David McKee est mort récemment, mais Elmer vit toujours : on découvre encore des histoires, publiées l’an dernier au Royaume-Uni, qui font revivre le petit éléphant à carreaux bariolés. Si dans les premiers volumes son apparence était à l’origine des récits, le temps et la célébrité ont fait que ce n’est maintenant qu’un argument de vente: l’histoire racontée ici pourrait être celle de n’importe quel éléphant – ou même de n’importe qui.
Elmer doit garder deux éléphanteaux jusqu’au retour de leur mère qui ne reviendra qu’après leur coucher. Elle lui conseille de leur raconter une histoire pour les endormir, « une histoire comme celle du tapis volant ». Elmer a une autre idée : leur faire faire une longue promenade afin qu’ils s’endorment vite.
En chemin ils rencontrent toutes sortes d’animaux accompagnés d’un ou deux petits à qui Elmer raconte son projet, et chacun conseille une histoire : « celle du cookie magique » conseillent les lionceaux, tandis que les petits crocodiles proposent « celle du monstre qui a perdu son ombre », le lapereau celle du nounours invisible », etc. À la fin, Elmer et les deux petits rentrent fatigués… et les petits s’endorment sans histoires (à tous les sens de l’expression).
Album sur les bienfaits de la marche pour faire dormir les enfants ? Pourquoi pas. Mais c’est surtout le charme des dessins et des couleurs et l’invitation aux parents à se saisir des titres pour inventer à leur tour d’autres histoires qui sont intéressants.

Dans la forêt sombre et profonde

Dans la forêt sombre et profonde
Delphine Bournay
L’école des loisirs, 2021

L’avez-vous eue, les p’tits loups ?

Par Anne-Marie Mercier

Dès la couverture, tout est là : le décor avec le titre, l’ambiance avec les couleurs sombres, et ce qui fait peur, avec ces yeux grands ouverts qui nous guettent à travers les branches.
Donc, il y a la forêt, et il y a des loups, et dès les premières pages on les entend : ils grognent et ils hurlent.

Mais ce sont des louveteaux. Et ils ne guettent pas le voyageur égaré. Ce sont des petits qui ne veulent pas dormir. Ils réveillent par leurs cris un grand loup (on apprend ensuite que c’est leur mère), un peu excédé, qui leur demande ce qui leur manque pour dormir.
Toutes les stratégies y passent et c’est assez drôle : ils réclament le bisou, le soin d’un bobo, l’histoire, rituels qui tous ont déjà été effectués, et enfin, la chanson… qui manquait.
Le dessin est très efficace, drôle, on voit juste ce qu’il faut.
Et c’est un bon livre à lire avant l’endormissement, à condition d’être prêt à chanter une chanson… mais c’est la dernière, hein ?

 

Bonsoir lune

Bonsoir Lune
Margaret Wise Brown, Clément Hurd
L’école des loisirs, 2022

Do… do… Do…do

Par Anne-Marie Mercier

Classique de la littérature mondiale pour la jeunesse, ce petit livre étrange et hypnotique avait déjà été publié par l’École des loisirs en 1981. Il revient dans une belle édition cartonnée.
On y voit une chambre (bonsoir chambre!) qui revient de deux doubles pages en deux doubles pages avec un cadrage différent, et, dans les autres doubles pages qui alternent avec elles, on voit, isolés, les objets présents dans la chambre. On dit également « bonsoir ». S’installe une répétition berçante et rassurante, parfaitement analysée par Cécile Boulaire dans son blog – carnet de recherches  sur l’album.
Si la chambre est représentée avec des couleurs complémentaires vives, à fond perdu, les images des objets sont des vignettes en tons de gris sur fond blanc : cette régularité berce déjà. Le personnage couché dans le lit (un petit lapin en pyjama) se tourne vers tous les objets, avant d’être pris par l’obscurité et le rythme de la répétition. Les étoiles, l’air et les bruits de la terre sont les derniers à être salués : chut !

Champignons

Champignons
Gaëtan Dorémus
Rouergue,  2022

On serait des petites bêtes…

Par Anne-Marie Mercier

Imaginez que vous êtes un insecte, à quoi allez-vous jouer ?
L’album de Gaëtan Dorémus donne une réponse développée sur tout ce qu’on peut faire avec des champignons : sauter dessus et rebondir (le champignon c’est souple et bombé), s’y mettre à l’ombre (ça ressemble à un parasol), escalader, se cacher, se baigner, danser… tous les plaisirs de l’été s’offrent aux petites bêtes, on les envie.
Et puis on apprend des choses aussi : les champignons peuvent exploser, on peut les manger (mais pas tous !)…

Si le parcours est moins exploratoire que dans les albums précédents, la drôlerie du dessin et la beauté des couleurs de Gaëtan Dorémus sont toujours aussi délicieux.

Scarlett & Browne, livre 1: Récits de leurs incroyables exploits et crimes

Scarlett & Browne, livre 1: Récits de leurs incroyables exploits et crimes
Jonathan Stroud
Traduit (anglais) par Laetitia Devaux
Gallimard jeunesse, 2021

Bonnie and Clyde dans les sept royaumes

Par Anne-Marie Mercier

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir d’abord travaillé chez Walker Books, un éditeur anglais de livres pour enfants, qui a donné à Jonathan Stroud toutes les ficelles du métier (c’est un peu ce qu’il dit d’ailleurs) et les recettes pour aligner les best-sellers, mais le fait est qu’il les accumule : après avoir écrit une trilogie de fantasy pour la jeunesse (Trilogie de Bartiméus), il a publié un vrai feuilleton avec Lockwood & Co (histoires de chasseurs de fantômes) aux titres évocateurs; le premier est attirant : « The screaming straircase » – l’escalier hurleur, il a dû bien s’amuser…). Cette série  va être reprise chez Netflix par Joe Cornish (Attack the Block, The Kid Who Would Be King, Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn).
Jusqu’ici publié en France chez Albin Michel (dans la collection Wiz, dédiée à l’étrange, qui republie en ce moment des œuvres de Stephen King), le voici passé chez Gallimard jeunesse, dans la collection grand format de romans pour ados, qui a accueilli bien des ouvrages devenus des classiques (curieusement, on voit que pour ses publications en Angleterre, il a publié d’abord chez Doubleday, puis chez Corgi avant que cette nouvelle série sorte chez Walker). La liste de ses récompenses est impressionnante (voir son site, qui fait bien sa publicité).
Mais les recettes ne font pas tout et il s’agit aussi d’être un écrivain, et Jonathan Stroud l’est effectivement. Je n’avais lu aucun des ses ouvrages jusqu’ici et j’ai été immédiatement convaincue par son talent pour créer un univers complet avec sa géographie, sa flore et sa faune (brrrr…), faire émerger ses personnages, lancer l’action, laisser de nombreux éléments dans l’ombre et parsemer son récit de petits éléments comme l’allure de la lune ce soir-là, la lumière sur un objet,… qui rendent vrais les récits les plus incroyables. J’ai aussi aimé le cadre étrange mi familier mi nouveau dans lequel son histoire se déroule.
L’Angleterre a été dévastée par une catastrophe, on ne sait pas exactement laquelle. L’île est divisée en sept royaumes (tiens, tiens…) et est en partie envahie par l’eau. La région de Londres est un lagon, Chelsea, Bayswater et Wandsworth sont des îles libres – Depuis (?) La Belle Sauvage de Philip Pullman (qu’on trouve aussi chez Gallimard jeunesse), une Angleterre aquatique semble s’imposer. Les autres villes sont organisées en citées plus ou moins policées, présentant différents niveaux de civilisation (donc plusieurs époques). Elles sont tantôt livrées à la barbarie, tantôt dirigées par un tyran, tantôt administrées par un conseil municipal, toutes peu accueillantes pour les étrangers ou les êtres différents, et elles ont bien raison, tant ce duo de héros sème la pagaille partout où il passe. .
Étrangère, Scarlett McKain l’est. Elle est aussi aventurière, rousse, écossaise, pilleuse de banques, meurtrière quand il faut (et même un peu plus), pourchassée. Différent, Albert Browne l’est malgré son nom conventionnel (et très anglais) : d’abord par sa fragilité et son air perdu au milieu des monstres qui peuplent les forêts, puis d’une tout autre façon. L’entraide est immédiate, montrant que Scarlett a tout de même un coeur malgré sa sauvagerie. l’attachement entre ces deux-là se fait très progressivement, attendrissement et agacement se mêlant chez la première, reconnaissance et perplexité chez le second.
Je n’en dirai pas plus, tant les événements s’enchainent de façon surprenante : c’est à savourer sans culpabilité.

Pour faire un oiseau

Pour faire un oiseau
Mag McKinlay, Matt Oatley
Traduit (anglais, Australie) par Rose-Marie Vasallo
Kaléidoscope, 2022

Rêve d’ailes

Par Anne-Marie Mercier

Avec ce titre qui évoque le poème de Prévert, on retrouve le mélange entre réel et imaginaire, détails concrets et envol de la pensée.
Ici, c’est à une seule enfant qu’on s’adresse : on lui propose de reconstruire un oiseau à partir de ses parties : les petits os, les plumes, un bec, des griffes en crochet… le résultat est un peu pitoyable mais…
Ouvrir la fenêtre, respirer, souffler, rêver d’espace et la magie opère.

C’est très beau. On a envie d’y croire (mais on n’y croit pas vraiment tant les os, les plumes, l’absence de chair et de cœur et de chant disent la mort de ce qui fut l’oiseau). C’est un bel hommage à un oiseau disparu, et à un oiseau rêvé. Les images sont magnifiques et nous emportent dans les nuages et puis dans le bleu d’une plage immense et déserte.
C’est un beau voyage, et un éloge de l’imaginaire paradoxal, un peu étrange mais saisissant.