Beautiful Dead, livre 1 Jonas
Eden Maguire
Flammarion-Père Castor, 2010
Quand Twilight fait des petits… qu’il devrait renier !
par Sophie Genin
Le roman débute au coeur de l’histoire, lorsque Darina, une héroïne rappelant étrangement la Bella de Twilight, se retrouve, non pas face à des vampires, mais à des revenants, nommés, de façon plus « vendeuse », « Beautiful Dead ». Dans la mesure où elle entretenait une passion amoureuse fusionnelle avec Phoenix, l’un des lycéens morts sans explication durant l’année scolaire, elle se retrouve, étrangement, en mission pour le compte de morts vivants cherchant la sérénité et le paradis, semble-t-il. Ce premier tome concerne l’enquête à propos de la mort inexpliquée de Jonas, le premier mort. Le deuxième tome, Arizona, vient de paraître. Devraient suivre deux autres, centrés chacun sur une nouvelle enquête, avec le meilleur pour la fin, puisque Phoenix est le dernier mort de la série !
L’idée de départ, hésitant entre merveilleux renouvelé et enquête policière, n’était pas mauvaise, mais le traitement proposé brise tout espoir : les réponses aux questions de Darina, et donc à celles du lecteur arrivent bien trop vite ! De plus, rien n’est crédible, ni la relation amoureuse avec un nouvel arrivant dans la ville de Darina, ni cette liaison rapide de deux mois ni même les sentiments de l’héroïne qui ne sont pas montrés par l’auteur mais nommés, comme dans ce passage : « Mais je t’aime tellement, Phoenix, que j’aurais couru tous les risques pour te revoir ! ». Ne parlons pas de Phoenix montrant ses pouvoirs à sa chérie ou les têtes de morts qui s’imposent à ceux qui cherchent à comprendre ce qui se passe dans le repère forestier des morts-vivants : pacotille ! Rien ne prend finalement corps dans l’esprit du lecteur, alors même que tous les ingrédients « à la Twilight » étaient présents ! N’est pas Stephenie Meyer qui veut !
Bel, l’héroïne, meurt dans un accident de montagnes russes. Mais elle ne se résigne pas à quitter le monde des vivants, pour des raisons que nous ne dévoilerons pas ici, et erre, invisible (sauf pour l’œil acéré d’une médium), principalement entre l’appartement de ses parents et l’hôpital, où gît l’amour de sa vie, victime du même accident.
La « bit lit », n’est-ce pas ?, c’est cette littérature destinée principalement aux adolescentes, qui, dans le sillage plus ou moins commercial de Twilight, raconte les amours contrariées d’une jeune fille avec un vampire. Elle a même
Nous sommes prévenus dès l’abord : ce roman est une « ukronie » et comme tel, fait partie d’une collection dirigée par Alain Grousset. L’Ukronie, qui est une branche féconde de la science-fiction, décrit « un temps imaginaire, une autre Histoire que celle que nous connaissons ».
C’est l’histoire d’une fille de pasteur, sage élève modèle, qui est amoureuse depuis l’enfance d’un apprenti artiste, accessoirement loup-garou à ses heures perdues (on le découvre dès la page 43 alors qu’il y en a plus de 400 !). Bon. On peut dire que ça partait mal ! Mais, contrairement à mes attentes peu enthousiastes, j’ai été prise par cette histoire.
Ce roman se remarque d’abord par sa couverture, non pas par l’illustration, banale, mais par sa texture : lisse, douce au toucher, veloutée. Du noir tactile…
Voici donc la suite du premier volet. Le suspens reste haletant et revient à la question si souvent posée : comment sauver l’humanité ? La réponse ne peut, bien évidemment, être donnée ici mais disons que la lutte entre l’ombre et la lumière continue, à l’échelle collective aussi bien qu’individuelle : le comportement de Pauline, l’héroïne, en est le signe. On retrouve les allusions à notre propre société, toujours percutantes : la violence augmente de jour en jour, telle une épidémie ; la police est dépassée ; le système d’enseignement est gangrené par la sélection et l’élitisme ; notre Terre est menacée par une catastrophe climatique.
On retrouve la joyeuse et cruelle famille de sorcières (voir plus bas, pour le premier tome), la mère fantasque et ses trois filles qui dans ce volume ont atteint la maturité et peuvent commencer à exercer leurs talents. Chacune commence selon ses goûts ; l’une est branchée « chiffons » et l’autre pâtisserie (Chabas continue à s’amuser avec les stéréotypes).
Le brave Nils, beau charpentier trentenaire, est tellement sot qu’aucune fille ne veut de lui. Arrive au village une belle inconnue qui tombe sous le charme, ou plutôt fait semblant, et l’épouse. Dans le temple où se déroule le mariage, il se passe de drôles de choses, la mariée est au bord du malaise. Par la suite, elle évite tout le monde, met au monde des filles de trois mois en trois mois… Bref, seul Nils ne se rend compte de rien et c’est pour cela que la belle Ingrid l’a épousé. Comme toutes les sorcières, elle peut « pondre » (c’est le mot, elles naissent dans des œufs) des filles et les élever sans que quiconque (hors les femmes du village, des vilaines jalouses) la soupçonne. Elle peut aussi les laisser à leur père pour voyager et faire ses diableries. On ne sait s’il faut y lire une condamnation du féminisme ou un jeu avec les stéréotypes (peut-être le premier car cette Ingrid est vraiment insupportable). Par ailleurs, ce n’est pas très respectueux d’avoir donné à ce charmant abruti de Nils le nom de Swedenborg, le « prophète du nord », grand savant spiritualiste respecté de Balzac…L’histoire est racontée sur un ton désapprobateur par la fille ainée qui a appris récemment le fond de l’affaire. Lorsque le livre s’achève, elle a seize ans et elle a déclaré à sa mère qu’elle ne serait jamais sorcière comme elle. On devine la suite… On ne peut d’ailleurs rien faire d’autre que deviner, car l’histoire s’arrête au moment où elle commence. On retrouve ici cette manie des séries dans laquelle est tombée lrécemment l’école des loisirs (« tu quoque »…) avec Sorcier! de Moka, et tout récemment chroniqué sur ce blog. Les Pozzis de Brigitte Smadja. Couper les histoires en épisodes sans nécessité (ce premier tome, pour un ouvrage de la collection « medium » est mince, une petite centaine de pages) est une formule commerciale qui ne sert pas toujours les oeuvres. Quoique… le sous titre dans l’encadré jaune (voir l’image ci-dessus) qui indique que c’est le premier volume d’une série est si illisible qu’on a l’impression d’une action honteuse… Alors, où en est-on à l’école des loisirs? Il reste que le ton est alerte et sarcastique et que le récit est cocasse et plaisant à lire. Chabas réussit vraiment dans tout ce qu’il touche car il est ici dans un genre assez nouveau. Pour l’instant ça fonctionne… A suivre !