Poésies dans l’air et dans l’eau

Poésies dans l’air et dans l’eau
Kochka, Julia Wauters

Flammarion (Père Castor), 2011

Voyage en Poésie

par Sophie Genin

9782081233072.gifVisite de la terre, de « l’R et de l’O », découverte des sons, des images, des sensations, par le biais de poèmes de facture relativement classique (rimes et courtes strophes), sauf à se perdre dans des poèmes qui sonnent comme autant de haïku sur le monde actuel, pas dénués d’humour, tel :

 « Hiver sonnant à la lisière,
Dans la soupière
Il fait chaud.
Thé sombre dans la théière,
Café dans la cafetière,
Nappe de poussière sous frigo. »

ou bien encore :

« Poésie en terre,
Poésie en pot,
Souriceau sous l’arbrisseau.
Petits animaux de la terre,
Coléoptères, escargots,
Penché, le petit garçon considère. »

 Le charme désuet et nostalgique de ces rimes qui font voyager tient aussi aux illustrations qui ont un goût d’années 50 mais actualisé par des couleurs flashies et des cadrages parfois étonnants qui montrent le quotidien sous un autre angle, ce qui est le propre d’une poésie vivante, ici largement accessible aux plus jeunes, dans un jeu habile d’associations d’idées parfois surprenantes.

La Chambre des astres

La Chambre des astres
Gilles Brulet, illustrations Brunella Baldi
SOC & FOC

Les Cévennes vues par un poète amoureux

par Sophie Genin

les cévennes,voyageDès la couverture, le monde de Brunella Baldi, aux couleurs de sable et d’ocre, aux courbes étonnantes, nous happe : quelle est cette maison, quelles sont ces formes rondes comme la lune ou plutôt comme des planètes imaginaires ? En ouvrant, les mots de Gilles Brulet nous accompagnent sur un chemin cévenol que l’auteur semble bien connaître. Il ne s’agit pas de narration, uniquement d’évocations oniriques, même si une dédicace initiale éclaire notre route quant au lieu que nous découvrons : « A Emile, berger du hameau de Montagnac, commune de Meyrannes, Cévennes ».

Pour celui qui s’est déjà promené dans ces paysages, il retrouvera des scènes dans les images choisies par le poète, telles que : « Vêtu d’autan ou de mistral/Les yeux citoyens des paysages/Le berger va/Dirigeant le troupeau/Dans sa maison mondiale ». Pour celui qui n’a pas cette chance, il voyagera dans un pays inconnu, incertain et onirique et, aidé par l’illustratrice, laissera son esprit voguer au gré des mots, lentement égrainés comme un souvenir qui échappe :

« Derrière le brouillard
Je sais demain
Les verbes des enfants
Les châteaux de l’amoureuse
Une libellule bleue
-Qui se posera sur le nu de l’épaule-
Le corps d’une source
Les rires de la lumière
Une plume au large
D’un chemin nouveau. »

 Alors, que vous connaissiez ou pas ces lieux, laissez-vous tenter par ce voyage onirique aux couleurs de désert cévenol et à la saveur douce amère des rêves que l’on voudrait rattraper…

 

Câline école

Câline école
Anne Poiré et Patrick guallino
SOC & FOC, 2010

Quand la poésie rencontre l’école…

par Sophie Genin

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« Cinq sept cinq
Texte libre
Le Haïku »

En prenant quelques libertés avec cette règle d’écriture poétique, Anne Poiré « raconte », par bribes, évocations par touches de mots, une journée d’école, la rentrée, la récré, la sieste… autant de moments, d’instants saisis au vol, à hauteur d’enfant, autant de petits bonheurs, illustrés par des photos d’élèves de maternelle découvrant des tableaux très colorés et inventifs, jouant avec des sculptures (si, si ils peuvent les toucher !) comme abandonnées dans une cour d’école.
En guise de mise en bouche avant de découvrir cette oeuvre nostalgique et atemporelle, quelques-uns de ces moments suspendus :

« Claquement du ballon
Friture dans la cuisine
Bientôt midi

Loin de la maison
Toute une journée
A libelluler

Un si long courrier
Cerf-volant fendant l’écume
Ciel de récréation ».

Des Pensées sans compter: philosophie en papillottes

Des Pensées sans compter
Frank Prévot, illustrations de Martin Jarrie

Editions l’édune (papillottes), 2011

éclats de philosophie

par Anne-Marie Mercier

Des pensées sans compter.jpgLes « pensées » de Franck Prévot ont ceci de commun avec celles de Pascal qu’elles sont fragmentaires, apparemment décousues, pleines de sagesse. Mais elles sont radicalement différentes dans la mesure où le jeu sur le langage prime. Jeux poétiques, calembours, mots d’enfant, rêveries sur les saisons, les humeurs, les émois :

– On sait que la chaleur vient du soleil. Mais le froid ? D’où vient-il, le froid d’hiver ?

– Plus tard, les minuscules deviennent-elles des majuscules?

– Prendre du recul m’aide à avancer.

– Etre et voir l’été.

– Ceux qui jonglent avec les idées devraient se souvenir que le jongleur se saisit de tout mais ne retient jamais rien.

Humour de papillotes? c’est de saison ! Mais dans son plus bel air, celui qui fait philosopher légèrement malgré l’engourdissement. Chaque phrase est un voyage. C’est un merveilleux petit livre pour ceux qui aiment lever le nez à chaque page pour sourire, penser et rêver. Les illustrations de Martin Jarrie sont parfaitement adaptées au projet du livre jouant avec une géométrie folle et mélangeant les formes.

Le grand cheval bleu

Le grand cheval bleu
Irène Cohen-Janca
Maurizio A.C. Quarello

Rouergue, 2011

« Bleu comme le ciel de Trieste »

Par Dominique Perrin

     « Un jour de 1974, un immense cheval bleu, accompagné d’un cortège de malades et d’artistes, a vraiment parcouru les rues de Trieste. Il était le symbole de ce mur entre la ville et l’hôpital que le docteur psychiatre, Franco Basaglia, voulait abolir. Il m’a inspiré cette histoire… »
Un voyage vers l’Est et vers le Sud  – l’Italie vue depuis Trieste –,

Un voyage dans le passé – les années 70 et le mouvement de contestation de la crimininalisation et de la relégation des malades mentaux –,
un voyage dans la société – la mère du narrateur est lingère au grand hôpital psychiatrique de San Giovanni –,
un voyage dans le vivant – le personnage central est un cheval de charge –,
un voyage dans les âges de la vie – le narrateur passe de l’enfance à l’adolescence, le cheval auquel il consacre son témoignage approche de la fin de sa vie –
un voyage dans les possibles politiques – des débats naissent, des mondes étrangers se rencontrent, des paupières battent –
un récit très ample et très bref, ouvert sur des pages vierges et des illustrations en noir, blanc et bleu comme un rivage sur l’élément liquide.

Colorissimots !

Colorissimots !
Elisabeth Brami et Jean-François Van Campo

Thierry Magnier, 2011

Plein les yeux !

par Sophie Genin

imagier,photos,élisabeth brami,sophie geninLa couverture de cet imagier qui propose plus de 600 photos très colorées attire d’abord, que l’on soit petit ou grand. Ensuite, on ouvre et on découvre tout un monde de couleurs et de mots mêlés (comme l’indique bien le titre de l’ouvrage). Enfin, on relève des petites perles telles que « coussins confortables sur cubes » ou « mouettes muettes faisant la moue » ou bien encore « quelques queues/queue-leu-leu/que de queues ».

Pour comprendre vraiment cette page, il faut aller voir de près les photos qui font comme des sourires liés aux termes associés choisis. Les images, photos dont l’auteur, très prometteur, est publié pour la première fois sont souvent étonnantes, surprenantes et originales. De plus, les deux univers se lient avec réussite : les allitérations, saturations de sons, associées aux photos, font un très beau voyage en forme d’arc-en-ciel.

Ce livre haut en couleurs donne envie de découvrir le monde et tel est l’objectif d’un imagier. Qui plus est, celui-ci est souriant et poétique comme le montre ce dernier exemple, comme mise en bouche : « zinnia et bourdon zozonnant » et « zolie théière zébrée ».

Atlas illustré

Atlas illustré
Maquette Helen Lee
Rédaction Jane Chishol
Spécialiste des Atlas Roger Trend
Pour l’Edition française Traduction de Muriel de Grey Rédaction Renée Chaspoul et Charlotte Blann
Usborne, 2010

Un livre à rabats foisonnant…

par Frédérique MATTES

 

Atlas.gifLa première page explique ce qu’est un atlas, les suivantes présentent à tour de rôle chaque continent.

C’est foisonnant de détails iconographiques et de petits textes, mais lisible. C’est aussi ludique, il y a plein de rabats à soulever, pour découvrir mille et une choses. Un documentaire que les lecteurs qui s’intéressent au monde prendront sans doute plaisir à explorer, à lire et relire.

Fenêtre sur le Moyen-Age

Fenêtre sur le Moyen-Age (livre sonore)
Rob Lloyd Jones et David Hancock, traduction Claire Lefebvre
Usborne, 2011

Un livre interactif foisonnant pour découvrir le XIVème siècle

par Sophie Genin

9781409527602.gifUne plongée visuelle et sonore au XIVème siècle pour découvrir chevaliers, châteaux forts et cathédrales grâce à des scènes de vie quotidienne, du marché à la construction d’une cathédrale, en passant par le château du seigneur, assiégé deux pages plus loin, la vie au village et celle au monastère. Cet ouvrage ludique, documentaire interactif propose plus de 80 rabats afin de découvrir des détails de la vie médiévale, un sigle « jumelles » permettant de voir des scènes grossies pour mieux les apprécier. Ce livre peut se feuilleter à des âges différents, de la découverte à l’approfondissement, une fois que l’on est plus grand. Un bémol néanmoins : le foisonnement d’informations peut rebuter mais, passée cette entrée, l’univers attractif opère sur le lecteur avide de connaissances.

Le livre des + et des –

Le livre des + et des –
Christine Beigel, Alain Korkos
, Elodie Durand
La Martinière, 2011

Tout en un

par Christine Moulin

christine beigel,alain korkos,elodie durand,la martinière,mathématiques,christine moulinAutour du thème très lâche et très vaste de « plus » et « moins », voilà un livre hétéroclite, dont les illustrations « fouillis » indiquent bien la nature.

Cela ressemble à ces calendriers où  l’on apprend un fait surprenant par jour. Cela tient du cabinet de curiosités: aucun fil directeur, juste le plaisir d’accumuler de petits savoirs anecdotiques, de double page en double page. Première question: « Y a-t-il plus d’insectes, plus de poissons ou plus de mammifères? » *. Dernière question: « Pourquoi y a-t-il de plus en plus de méduses dans la mer? ». Tous les domaines sont abordés et réunis dans un index: art, ciel et espace, le corps, sciences et techniques, histoire, autres questions insolites (pourquoi « autres »?), vie en société, questions du monde entier, vie au quotidien, santé et diététique et surtout nature. Cette dernière rubrique est la plus fournie, ce qui prouve que les auteurs connaissent bien les goûts des enfants.

Dans le champ de la llittérature, on reste un peu sur sa faim: « D’où viennent les poèmes les plus courts? », « Est-ce qu’on lit moins ou plus qu’avant? » (l’affirmation finale, que je vous laisse découvrir, est sans doute discutable: Hugo pouvait y croire, mais nous?), « Comment apprendre une poésie plus facilement? ».

Mais heureusement, certaines questions fondamentales sont abordées: « Spider-man a-t-il plus de pouvoirs que Superman? ».

Sinon, sans doute faut-il signaler que quelqu’un d’un peu sensible à la question du genre pourrait tiquer à la lecture de la page « Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes? », non pas tant à cause du fond que de la forme, un tantinet condescendante: « Mesdemoiselles, veillez à vos petits nerfs si vous voulez vivre plus longtemps »… Il est vrai que la question « Pourquoi les filles aiment-elles plus le rose que les garçons? » rétablit l’équilibre!

Disons que voilà un livre sympathique, brouillon mais divertissant, qui peut soulager les parents assaillis par leurs bambins  de « pourquoi » incessants, mais qui ne donnera sans doute pas une idée exacte de ce que peut être la vraie connaissance. En fait, le plus gênant est que soient mêlées sans qu’on puisse bien les distinguer les unes des autres des réponses qui relèvent de faits (« Le soleil est-il la plus grosse étoile de l’univers? ») et d’autres d’opinions (« Est-ce que vouloir toujours plus est une bonne chose? »).

* réponse: plus d’insectes…

Clarence Flûte et le secret de Sybille : le systême solaire modélisé

Clarence Flûte et le secret de Sybille
Sandrine Bonini
Autrement jeunesse, 2011

Physicien en herbe cherche âme soeur

Par Anne-Marie Mercier

Clarence flûte et le secret de Sybille .jpgCe titre annonce une nouvelle série, mais aussi l’introduction d’Autrement jeunesse dans le roman pour enfants. A travers un héros fort sympathique, le lecteur va découvrir qu’on peut s’intéresser aux sciences ailleurs que dans la salle de classe. Le parti pris est intéressant. On regrette cependant qu’il ait fallu passer par le cliché du garçon solitaire à lunettes, premier de la classe qui n’ose pas parler aux filles, donc un personnage qui sera perçu comme un peu ridicule par les jeunes lecteurs.

Pour le reste, le projet est assez réussi : Clarence, huit ans, après avoir réalisé un système solaire en marshmallows tente d’en créer un autre qui serait une image de son propre entourage. Les conditions de réalisation de l’expérience miment celles qu’installerait un vrai scientifique, ou un professeur des écoles qui souhaiterait faire comprendre la démarche scientifique à ses élèves. L’imbrication de questions sentimentales ou relationnelles dans le projet de Clarence est savoureuse tout comme les illustrations. Elle propose les plans, schémas, listes et donnent les étapes du « cahier d’expérience » qui scandent les perplexités du personnage.