Je suis une ville

Je suis une ville
Xabi Molia – Elise Peyrache
La Martinière 2025

Les villes (in)visibles

Par Michel Driol

12 villes se présentent au lecteur, ville de travers, ville éphémère, ville de l’hiver, ville abandonnée ou ville que l’on cherche et que l’on n’atteint jamais. Douze ville illustrées en double page fourmillant de détails, tandis qu’un court texte, à la première personne, donne la parole à la ville, imaginaire ?, pas sûr…

Un texte poétique, qui s’adresse sans cesse au lecteur dans un dialogue entre la ville et lui, comme on parle à un ami, à un confident, ou à un visiteur éventuel. Un texte dans lequel la ville se confie, comme un être de chair et de sang tantôt pour évoquer ses habitants, tantôt comme une entité à part entière. Les illustrations montrent des villes imaginaires, tantôt en abattant les murs pour qu’on voie l’intérieur des appartements, tantôt en ne montrant que des bâtiments et des routes.

Ces douze villes racontent une histoire tout en évoquant des histoires. L’histoire de cette ville divisée par un mur qui sépare les habitants verts clairs des verts foncés, Berlin ? Nicosie ? Dublin ? est traitée pourtant avec un certain humour dédramatisant par les illustrations et le texte qui se conclut sur la ressemblance, voire l’identité entre les modes de vie des deux côtés. Histoire de l’évolution des villes aussi racontée par la succession des propositions, commençant par la ville de travers, aux rues courbes et aux maisons de guingois, puis évoquant la ville engloutie, mystérieuse Atlantide, passant par la ville polluée, montrant les villes aux pavillons orthonormés, comme des petites boites faites en ticky-tacky, pour finir par les villes envahies par la jungle. De fait, ce sont différentes problématiques urbaines qui sont ainsi convoquées : urbanisation, voiries, transports individuels ou collectifs, ordre et désordre du tissu urbain, difficulté à vivre ensemble, les voisins étant des monstres, essor et abandon de certaines villes fantômes… Tout cela est évoqué de façon poétique, laissant une grande part à l’imaginaire des enfants. Ce n’est pas un album qui se voudrait cours de géographie ou d’histoire, mais plutôt comme une façon de sensibiliser les enfants à des problématiques bien actuelles, en les invitant peut être à ouvrir les yeux sur certains aspects des villes qu’ils connaissant.

Dans les Villes invisibles, Marco Polo décrit à Kublai Khan des cités mystérieuses. Ici l’ouvrage se termine sur la cité que l’on cherche sans jamais l’atteindre, ville que l’illustratrice montre comme flottant au milieu d’une mer de nuages et d’un ciel  bleu, ville rêvée, inaccessible, qui reste à inventer. Une ville à chercher, à créer, telle sera la tâche des enfants qui liront ce livre lorsqu’ils seront devenus grands. Un livre qui incite à l’imaginaire et à la créativité pour inventer le futur.

L’affaire des trois petits cochons (ingrats)

L’affaire des trois petits cochons (ingrats)
Marie-Sabine Roger – Marjolaine Leray
Seuil jeunesse 2026

Le bonheur est dans le pré

Par Michel Driol

Une réécriture bien désopilante du célèbre conte populaire. Cette fois ci, comme l’indique le titre, les trois petits cochons sont ingrats, gras bien sûr, paresseux, de mauvaise foi… Quant au loup, il est un modèle de serviabilité, de gentillesse, de dévouement, totalement désintéressé. C’est lui qui, voyant les petits cochons se prélasser dans un pré, s’inquiète pour eux. Que feront-ils quand viendra la pluie ? Il leur dessine les plans d’une superbe maison., qu’ils s’empressent de bruler, et construisent une cahute en paille qui s’envole au premier soupir du loup. Puis une maison en bois, qui s’écroule quand le loup frappe à la porte. Il leur laisse donc sa bétonnière, et ils construisent une maison en dur. De peur de voir se reproduire l’épisode de la porte, le loup entre donc par la cheminée…

Le récit suit pas à pas les épisodes et les situations du conte traditionnel, mails il inverse les caractéristiques des personnages, avec un second degré sans défaut ! Le texte, rimé, est plein d’humour, d’une grande légèreté, plein de trouvailles langagières. Comme à son habitude, Marjolaine Leray propose des illustrations au trait expressif, caricaturant à loisir les personnages. On suit ainsi les expressions du loup, inquiétude, joie, exaspération, mais aussi  les mésaventures des trois cochons, roses bien sûr, dont toute la mauvaise foi se lit dans les yeux grands ouverts…

Le renversement opéré par l’album qui revisite ainsi un conte se clôt par une morale écrite en conclusion. Chacun vit à sa guise, et il est dangereux d’imposer sa vision du bonheur aux autres. Morale que La Fontaine n’aurait pas reniée, et qui renvoie, bien sûr, aux travers de notre époque, à notre façon de vouloir penser à la place des autres, d’être trop intrusifs, de ne pas accepter l’altérité des modes de vie. Si cette morale par laquelle le gentil est puni est délicieusement amorale, on prend plaisir aussi à cet album dans lequel tous les personnages sont des caricatures d’eux-mêmes !

Un dispositif rigoureux, des situations cocasses, des illustrations pleines de vie et d’animation, un texte souvent caustique : voilà une belle façon de revisiter un conte bien connu !

La Traversée

La Traversée
Mathilde Arnaud
(Les Grandes Personnes) 2025

Partir ou revenir ?

Par Michel Driol

Tout commence par une envie d’ailleurs du personnage, qui s’en va, sac sur le dos, quitte la ville, s’embarque sur un voilier, parvient dans un paysage exotique où l’attend un chien. Avec lui, il traverse la jungle, s’engouffre dans une grotte, en ressort dans une forêt, suit une rivière, et grimpe une colline, vers une maison où l’attend une vieille femme, dont le portrait figurait au mur de l’appartement du début de l’histoire

Le texte, minimaliste, en alexandrins, n’est présent qu’au début et à la fin de l’album. Il dit au début le désir d’ailleurs, mais surprend à la fin, car le personnage se dit attendu, retrouve quelqu’un – mère ? grand-mère ? – à qui il s’adresse. Le texte donne quelques indices, mais n’épuise pas le sens de cet album essentiellement graphique.

En effet, les pages de cet album, d’un format carré, se déploient et invitent à ouvrir les rabats à gauche ou à droite, pour faire apparaitre un large paysage. Au gré des pages, les rabats révèlent l’intérieur d’un appartement, des animaux cachés, le personnage, l’intérieur de la grotte… permettant ainsi au lecteur de poursuivre, à son rythme, l’exploration conduite par le personnage de cet univers presque géométrique. Les illustrations,  en deux couleurs, vert et noir, conjuguées avec le blanc de la plage, associent aplats et hachures, pointillés, pour donner à voir un univers foisonnant, quelque part entre le réalisme et une certaine abstraction.

C’est un voyage initiatique par certains aspects dans un univers du montré caché symbolisé ici par les découpes et les rabats. Ce qui nous est montré, explicité, cache autre chose. Ce voyage, présenté comme une envie d’ailleurs est en fait un retour aux sources, un retour vers un passé retrouvé, vers l’enfance, une enfance difficile à retrouver, éloignée, symbolisée ici par ce personnage féminin âgé dont l’identité n’est pas révélée. Il faut peut-être revenir sur le jeu entretenu par le titre et le sous-titre. La Traversée, le petit livre d’un grand voyage pour en apprécier les valeurs symboliques. Traversée de la vie, traversée du temps, à travers un voyage qui semble toujours orienté vers le futur – le petit personnage marche toujours de gauche à droite. Mais  ce voyage a des aspects d’odyssée., de retour au pays natal, avec un chien comme compagnon, tel Ulysse et Argos, avec une descente aux enfants, c’est-à-dire sous la terre, avant de retrouver une sorte de paradis perdu, verdoyant, fleuri, bucolique… Chacun pourra, à sa guise, interpréter le sens de ce périple.

Par son dispositif narratif, par son jeu de découpes et de rabats, l’album suscite la curiosité du lecteur, le fait progresser vers un ailleurs, lui permet d’interagir avec le récit, de découvrir ce qui était caché de façon à la fois poétique et graphique, dans une atmosphère d’émerveillement et de mystère.

Les Deux Oursons

Les Deux Oursons
Jean-Louis Le Craver, Chloé Malard
Didier jeunesse (col. « à petits petons »), 2025

Encore un rusé renard

Par Anne-Marie Mercier

Deux oursons quittent leur mère pour courir le monde. Elle leur donne à chacun un baluchon contenant les mêmes choses pour leur premier repas.
Pour le second repas, ils tombent providentiellement sur un fromage tout rond, tombé sur la route et commencent à se disputer pour savoir comment faire deux parts égales. Renard survient… vous devinez la suite.
Ces oursons sont bien mignons. Ils sont très expressifs, le renard aussi.
Voilà un conte de plus où le rusé renard mange et les autres pas, quand ce n’est pas lui qui mange son interlocuteur (comme dans Roule Galette).

Les Oiseaux de Barbara

Les Oiseaux de Barbara
Ludovic Lecomte – Andrea Espier
La cabane bleue 2025

Rappelle-toi, Barbara…

Par Michel Driol

Barbara, dont le mari marin-soldat est parti au loin, s’assied tous les jours face à la mer et attend. Un jour elle achète un serin, qui lui redonne la joie de vivre. Mais, au matin, l’oiseau seul ne chante plus. Barbara comprend qu’il est enfermé, et elle ouvre la porte de la cage. Dès lors, chaque jour, Barbara achète un oiseau et le libère. Elle a retrouvé le sourire.

Un album dans lequel les plus âgés reconnaitront comme un hommage à Prévert. Il pleut sans cesse sur Barbara dans l’illustration, comme il pleuvait sans cesse sur Brest... Et quant à l’ouverture de la cage, elle résonne comme un écho au poème bien connu, dans lequel il faut effacer tous les barreaux de la cage. Même sens de la liberté, même façon de dire quelle connerie la guerre, avec d’autres mots, avec une autre histoire. Les vers libres du texte, libres de rimer ou pas, sont aussi comme un hommage à Prévert, avec quelques jeux de mots, comme ces larmes qui pleuvent, mais surtout dans leur façon de s’intéresser à Barbara, une de ces petites gens meurtries par la vie que l’on regarde passer. Que l’on regarde passer dans le texte – on, les autres habitants – , alors que l’auteur s’intéresse à elle, à son histoire, à sa vie, et à sa façon de lui redonner du sens en rendant leur liberté aux oiseaux, en comprenant le lien entre son propre enfermement dans ses souvenirs et celui des oiseaux dans leur cage.  C’est un album qui montre une double libération, elle des oiseaux, celle de Barbara avec beaucoup de tendresse pour le personnage, et de poésie à la fois dans la fiction racontée, dans le texte, et dans les illustrations. Celles-ci passent des couleurs froides de la tristesse aux couleurs chaudes de la vie retrouvée, de la pluie qui envahit tout au soleil éclatant, montrant ainsi le parcours effectué par Barbara, sa façon de se donner un but dans la vie.

Un album qui raconte une histoire toute simple, avec beaucoup de douceur et d’humanité envers son personnage,  et qui évoque la solitude et la mélancolie, montre le pouvoir des oiseaux et donne, symboliquement, leur liberté ou leur libération en exemple. Nul ne peut vivre en cage, qu’elle soit réelle ou psychologique.

L’autre fois

L’autre fois
Henri Meunier
Rouergue 2025

Perrault cross-over

Par Michel Driol

Dans les rues de New York, en 2003, les 7 frères Poucet sont abandonnés par leurs parents. Ils vont rencontrer plusieurs personnages célèbres issus des contes de Perrault, qui vont les entrainer avec eux, ou les faire disparaitre. Et, quand le plus jeune se retrouve seul, c’est Perrault lui–même qui lui donne deux tickets de métro pour rentrer chez lui.

C’est un album très ludique par le texte, les illustrations, et le scénario. Un texte particulièrement travaillé, qui flirte avec l’oralité du conteur s’adressant à son public, qui multiplie termes et expressions familières, comme pour dédramatiser ce qu’il y a d’horrible dans ces disparitions progressives. Un texte dont la mise en page et la typographie, soignées, mettent en évidence le rythme, les phrases nominales. Un texte qui donne la parole à ses différents personnages dans une langue fleurie, aux expressions souvent populaires créant des effets comiques, ou des effets de surprise. Les illustrations montrent une grande ville, New York, avec ses gratte-ciels, ses rues en damier comme un immense labyrinthe. Peintures, sérigraphies, et papiers découpés s’associent pour créer un univers graphique très expressionniste dans lequel on suit les frères, bien visibles dans leur tenue rouge. Ici ou là, on y trouvera des citations de l’arche de Noé, des illustrations de Gustave Doré, ou des gravures de catalogues des années 1900, comme un immense pêle-mêle où tout se mélange.

Le scénario propose une relecture originale du Petit Poucet et des autres contes de Perrault. Que sont devenus les personnages, les lieux, 300 ans après ? La famille Poucet est devenue le clan de la petite débrouille : pas de grande pauvreté pour les parents, mais une envie de pizza ou de ciné, et on abandonne les enfants ! Le marquis de Carabas et le chat botté s’en vont à Wall Street…  Le Petit Chaperon rouge est devenue une écolière espiègle, et Cendrillon une femme fatale. Quant à Perrault, il ne peut que se désoler de voir ce que sont devenus ses personnages, laissés seuls pendant 300 ans…

Un album qui propose un certain nombre de décalages, sensibles dès le titre et sa polysémie : autre fois, autrefois : la forêt des contes est devenue un New York plein de dangers redoutables, la fin heureuse des contes traditionnels s’éloigne, au fur et à mesure qu’un décompte (macabre ou pas) accompagne le héros vers une fin solitaire, l’auteur source, Perrault, devient à son tour personnage, non pas deus ex machina, mais adjuvant nécessaire pour réparer ce qui peut encore l’être. Comme si le démiurge, le créateur des personnages, prenait conscience qu’ils ont pris leur autonomie, qu’ils lui ont échappé complètement, pour le grand plaisir des lecteurs. On pourrait y lire comme un hommage à la littérature : le fait que les personnages continuent de vivre en chaque lecteur, longtemps après qu’ils aient été couchés sur le papier.

Drôle de bazar

Drôle de bazar
Emma Clocet
Little Urban 2026

Grosse colère

Par Michel Driol

Lu vit avec son père, Céléron, dans une maison où rien n’est rangé. Céléron n’arrête pas de grogner. Lu s’échappe au jardin, où elle retrouve ses amis les animaux. Or, après un gros orage, elle les recueille dans le cabanon de son père, ce qui suscite une énorme colère de ce dernier. Une petite souris et quelques autres animaux sauront faire retrouver à Céléron la voie de la réconciliation et de l’apaisement.

On est d’abord séduit par les illustrations, par la douceur des tonalités (aquarelle et gouache diluée), mais aussi par la représentation des deux protagonistes. Une fillette en short ou salopette, montrée pleine de vie, confrontée à un énorme père–ours aux épaules voutées. Tout autant que le texte les illustrations donnent à voir l’opposition formelle entre ces deux personnages.

C’est, traitée avec beaucoup de finesse et un vrai sens du montré-caché, la question de la dépression qui sous-tend cet album. On saisit les deux personnages dans un ici et maintenant, tandis que le texte ouvre des brèches sur le passé. Avec la récurrence du verbe « arrêter », d’abord : Céléron a arrêté de ranger, de rire, de sourire… Ce qui implique bien sûr qu’avant il n’était pas comme cela.  Avec les négations, évoquant aussi le passé : il n’a pas toujours été en colère… Avec la métaphore du nuage dans sa tête. Avec la récurrence du verbe « continuer », qui indique bien cet engrenage dans lequel il s’enferme, continuer de grommeler, continuer de laisser s’entasser les choses. Dès lors, le lecteur ne peut que s’interroger : que s’est-il passé ? Pourquoi est-il seul avec sa fille ? Quel accident de la vie lui est arrivé pour qu’il sombre dans cet état dépressif ? L’intérêt de l’album est de laisser percevoir ces choses-là sans s’y appesantir, car il s’agit avant tout de montrer comment la fillette s’accommode de cet état de fait, sans rien perdre de sa jovialité (voir son jeu avec les spaghettis),fillette que l’illustration montre d’abord seule, derrière la table, ou en train de lire, comme enfermée par la porte qui l’encadre. Ce qui rompt cette solitude, ce sont les animaux, dans la relation qu’elle entretient avec eux. Cet épisode conduit petit à petit au merveilleux : c’est une petite souris qui fait prendre conscience à Céléron de son attitude, de son injustice, ce sont les animaux qui vont aider Céléron à prendre le dessus. Passage au merveilleux donc pour assurer à l’album une fin heureuse, un retour à l’ordre (au sens propre) et à la prise de conscience de Céléron.  On trouvera cela peut-être peu réaliste, la guérison trop rapide… mais le passage par le merveilleux et l’imaginaire permet cette évolution du personnage.

Lisant cet album, on ne peut s’empêcher de penser à l’univers de Gabriel Vincent. Par l’ours, bien sûr. Par la relation entre ce gros ours et cette petite fille, par l’utilisation des souris,  par l’atmosphère générale pleine de poésie du quotidien qui s’en dégage, mais aussi, et peut-être surtout, par une façon de montrer l’amour et l’affection en actes.

Un premier album plein de tendresse qui dit que les adultes aussi peuvent être injustes, fatigués, en pleine dépression, mais dont la fin heureuse montre toute l’affection d’un père pour sa fille.

Compte sur moi

Compte sur moi
Miguel Tanco
Grasset jeunesse, 2025

Folle des maths

Par Anne-Marie Mercier

Une petite fille cherche sa vocation : elle voit les membres de sa famille passionnés, l’un par la peinture, l’autre par l’entomologie, un autre par la musique, et ses camarades de classe qui vont avec enthousiasme d’une « activité » à l’autre, mais elle ne se sent attirée par rien, sauf… les maths.
Elle les voit dans les structures de jeux du square, dans les ricochets sur l’eau, en faisant la cuisine, en visitant un musée de peinture… Elle nous montre que les maths sont partout. Les illustrations montrant cette fillette dans un décor simple et des activités quotidiennes rendront sans doute ces maths plus accessibles et désirables. L’album est avant tout pédagogique, mais a un certain charme grâce à elles.
Les pages finales récapitulent, dessins à l’appui, ce que sont les fractales dans la nature, les polygones dans les objets du quotidien, les formes, les trajectoires, les ensembles…
Et, bonus, il y a un QR code qui permet d’accéder à des propositions d’activités !

C’est l’occasion de rappeler le projet Myth et maths qui propose d’ »Explorer les maths autrement : ressentir, imaginer et partager pour mieux comprendre », notamment en s’aidant des contes.

Miguel Tanco avait publié chez le même éditeur un ouvrage intitulé « L’ Étincelle en moi » présentant la physique avec le même principe.

Le Monde t’appartient

Le Monde t’appartient
Ricardo Bozzi, Olimpia Zagnoli
Texte français de Christian Demilly
Grasset jeunesse (2014), 2020

Bravo… et encore bravo !

Par Anne-Marie Mercier

Comme les bonnes nouvelles se font rares, on n’hésite pas à reparler des annonces qui font du bien, d’autant plus que le message de cet album est intemporel et universel. Publié en 2013 à Londres, repris en français avec un beau texte / traduction de Christian Demilly en 2014 chez Grasset jeunesse, il a été republié chez le même éditeur en 2020.
Chaque propos cherche un équilibre entre la réassurance, l’affirmation du pouvoir de l’enfant sur le monde et la présentation des limites de ce pouvoir :
« Le monde t’appartient et tu appartiens au monde »
« Tu es libre. C’est une chance.  Tu es libre. Même s’il y a parfois des limites »
« Tu es libre de croire en ce que tu veux. Ton ami est libre aussi de croire en ce qu’il veut, ou de ne croire en rien ».
« Tu es libre d’aimer qui tu veux.  Et tu es libre de ne plus aimer. Si tu y arrives. Tu es libre d’être aimé. Ou pas. » […]
« Tu es libre d’être heureux. Mais ce n’est pas toujours facile ».
« Tu es libre d’être malheureux, aussi. Ce qui est beaucoup plus facile. Même si ça parait bizarre, ce n’est pas inutile d’être malheureux. Bien au contraire ».
Chaque double page est construite avec un jeu graphique simple et signifiant malgré son abstraction : rond vert sur fond blanc, rond blanc sur rouge fond rouge, petites formes colorées en désordre ou bien alignées, un fantôme pour la croyance, forme blanche sur fond vert, un ballon qui s’envole pour l’amour, une fenêtre fermée pour le désamour, une feuille de ginkgo dorée pour le malheur un parapluie rouge sous la pluie pour l’utilité du malheur…
Tout est subtil et intelligent, tout fait penser.
Le livre est à l’image d’une littérature pour la jeunesse qui fait confiance à son lecteur. Dans l’image, aucune forme, aucune couleur n’est gratuite; c’est un appel à déchiffrer le sens au-delà des mots. Cette littérature ne cache rien, ni difficulté, ni limites, mais affirme cependant la possibilité du bonheur et les ressources de la liberté.

Sous le pommier en fleurs

Sous le pommier en fleurs
Henri Meunier, Olivier Latyk
Grasset jeunesse, 2025

Mon ami l’hippopotame

Par Anne-Marie Mercier

Monsieur Bérard est un homme qui aime l’ordre. Sa vie est réglée comme une pendule. Il est comptable dans une banque, donc l’imprévu est exclu de sa pensée comme de sa vie, jusqu’au jour où son oncle Claude meurt en lui léguant son animal de compagnie, Arthur, un hippopotame.
Pris par le sens du devoir, Monsieur Bérard tente de faire face, et héberge l’animal dans son jardin, le nourrir. Mais bien vite, il constate que cela ne suffit pas : l’animal a besoin de davantage de soins, et surtout d’affection, de compagnie et de distractions.
Peu à peu la vie de Monsieur Bérard se transforme et l’on assiste à de nombreux épisodes cocasses : les deux amis faisant du ski à la montagne, le trajet de Monsieur Bérard vers son travail en centre-ville, à dos d’hippopotame, les promenades au parc où Arthur fait des blagues en imitant les chiens…
C’est toute une vie d’amitié, et enfin une ouverture à l’amour et à la naissance d’enfants. Mais, hélas, les hippopotames vivant moins longtemps que les humains, seule demeure la tombe de l’animal à la fin de l’album, une tombe sur laquelle un pommier a été planté en souvenir des jours de neige : Arthur adorait l’hiver alors que son ami préférait le printemps. Les pétales tombés du pommier en fleurs réunissent les deux saisons.
Les illustrations épousent le ton du texte : entre sérieux et humour, naïveté et poésie, elles nous font vivre la vie de ces amis et souhaiter d’avoir un oncle Claude  qui force à sortir du cadre étroit que l’on s’est donné.