Au bout des pieds

Au bout des pieds
Marie Poirier
(Les Grandes Personnes) 2025

D’un chemin à l’autre

Par Michel Driol

Les enfants connaissent bien  la concaténation J’en ai marre/ marabout… ou encore la comptine Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y n’y a … Marie Poirier reprend ce principe, pour entrainer le lecteur au bout des pieds, puis au bout du chemin, au bout du caillou… au bout du livre où il y a toi, et on recommence avec au bout des pieds qui conduisent à un autre chemin.

Une proposition par page, qui se clôt sur au bout de…, la réponse étant donnée page suivante, un dispositif et une structure syntaxique répétitive rassurante destinée aux plus petits, dans un livre solidement cartonné. On accompagne ainsi une première découverte du monde, l’air, le caillou, la graine, le jardin, la maison dans laquelle se trouve le lecteur et le livre, comme pris entre deux chemins, celui qui conduit à la maison, celui qui en part, comme une invitation à continuer cette exploration infinie du monde.  Le graphisme est coloré, réduit au minimum pour donner à voir du concret, le jardin, la maison, mais aussi du  moins visuel, comme l’air. L’ensemble tient quelque part de l’imagier, un imaginer qui fonctionnerait par métonymies successives organisées autour du corps de l’enfant, présent au début, au milieu et à la fin, dans une sorte de mouvement perpétuel qui joue sur la répétition et la nouveauté. On peut lire là tout un programme éducatif, dans lequel se conjugue la découverte du monde environnant avec la stabilité rassurante.  C’est simple, plein de charme et de poésie, et donne envie de lire et de relire pour faire sien le texte tout en tournant les pages.

Un album destiné aux plus jeunes, pour stimuler la curiosité, l’envie de parcourir l’un après l’autre les chemins de la vie, et de s’intéresser à ce qui est plus loin que le bout de ses pieds… ou de son nez !

Histoires toutes bêtes, Service Premium

Histoires toutes bêtes
Antonin Louchard
Seuil jeunesse, 2025

Service Premium
Antonin Louchard
Seuil jeunesse, 2025

Bêtes obstinées

Par Anne-Marie Mercier

Antonin Louchard est le maitre de l’absurde enfantin. Dans ce recueil de six petites histoires présentant les mêmes personnages, animaux parlants, à peine anthropomorphisés, on voit des situations catastrophiques qui se terminent pour la plupart en queue de poisson.
Dans « Je veux voler » un oisillon sur une branche appelle le grand oiseau qui vole au-dessus de lui et qu’il nomme « papa » pour qu’il lui apprenne à voler : appels, énervement, plaintes, menaces… rien n’y fait, jusqu’au moment où à force de s’agiter l’oisillon tombe… et adapte sa stratégie.
Dans « Je suis un lion », un petit canard qui se prend pour un lion rencontre un crocodile : « tu sais que tu joues avec ta vie », lui dit-il… On ne dira pas la fin, étonnante et hilarante (mais personne n’est mangé !).
Dans « Supercagoule », une poulette qui marche dans un bois enneigé, portant bien à contrecœur une cagoule tricotée rouge (et qui gratte) et des lunettes, rencontre un loup qui veut la manger : qui gagnera ? la poule, bien sûr.
Dans « Patate », un chien (appelé Patate) refuse de rapporter la balle, le maitre s’énerve, créant le chaos, le chien reste stoïque, à un détail près.
Le « Répétou » est un cauchemar que bien des enfants connaissent et pratiquent : chaque fois qu’on lui parle, il répète les derniers mots… et c’est contagieux.
Quant à l’histoire de Cui-cui le petit chien, elle présente le cas d’un chien qui ne sait plus aboyer et ne peut dire que « cui-cui », jusqu’à ce qu’on l’emmène chez un orthophoniste pour animaux où il retrouve d’autres espèces minées par un problème similaire. Il sort guéri, enfin, presque…
Ces personnages animaux tout simples et ronds, la plupart du temps sans accessoires, ont du caractère et avancent sur une ligne et un décor simplissime dans les doubles pages, de la gauche vers la droite, bravement jusqu’au bout. C’est tout bête et d’une logique imparable.
Service Premium, dans le même format carré, reprend les mêmes personnages. Ceux-ci font la queue (on ignore pour quoi jusqu’à la dernière page) et empêchent le petit canard pressé et porteur d’un colis urgent de les doubler, caquetant sans fin d’idées reçues en phrases convenues. Coiffé d’une casquette rouge et portant un sac à dos et un mégaphone rouges, celui-ci, dont on découvre qu’il s’appelle Jean-Claude, révèle à la fin sa mission, cruciale pour ceux qui font la queue devant les toilettes… Un peu de scatologie fait toujours rire les enfants, et si l’on y ajoute de la comédie sociale et de l’absurde c’est encore mieux.

 

Les Cheveux de M. Fiorello

Les Cheveux de M. Fiorello
Cecilia Ruiz
Traduit (anglais, USA) par Marie-Andrée Dufresne
Les 400 coups, 2025

Cheveux au vent, une histoire de temps

Par Anne-Marie Mercier

Monsieur Fiorello (on devine son origine italienne par son patronyme et par d’autres détails, à l’image) a beaucoup de cheveux tant qu’il est jeune. Biker, rêveur, coquet, il en prend grand soin. Mais le temps finit par faire son œuvre, et il ne lui reste plus que trois cheveux, dont il essaie de se débarrasser…
Cette histoire qui peut sembler mince et commune est pourtant porteuse qu’un grand drame que bien souvent l’album pour enfant ignore, celui de la transformation du corps après l’adolescence. Ici, c’est la perte des cheveux qui crée la situation, mais celle-ci, plus globalement, évoque la perte de la jeunesse et le fait de renvoyer aux autres une apparence peu flatteuse, qu’on n’accepte pas. C’est tout le cheminement d’un homme, de la consternation à la révolte puis à l’acceptation qui est présenté.
Tout cela se fait sans drame : le visage tout rond de Monsieur Fiorello, ses mimiques et ses tentatives pour dompter le sort avec différents couvre-chefs rendent le récit en images drôle et attendrissant. Cette rondeur s’inscrit dans toutes sortes de cadres, portes ou fenêtres, comme autant de mandalas, avant la libération par les courbes dans des scènes marquées par la gaieté, la fête, et le goût du vivant – Fiorello vient du mot « Fleur » en italien.
Les images dont les tons s’éclaircissent progressivement sont imprimées avec de légers décalages qui évoquent les impressions en quadrichromie d’antan. C’est un bel hommage au père de l’artiste, comme l’indique sa dédicace, et cela fera certainement rire les enfants qui ne se sentiront pas concernés avant une éternité.
On peut feuilleter ce livre pour découvrir la subtilité des illustrations sur le site des 400 coups, maison canadienne, nous apportent encore une fois de la nouveauté.

Les Secrets du Père Noël

Les Secrets du Père Noël
Saskia Gwinn – Daria Danilova
La Martinière 2025

A la découverte de la magie de Noël

Par Michel Driol

En plus de vingt-cinq chapitres, l’album explore des contenus liés à Noël, allant du costume du père Noël à la poste du pôle Nord, en passant par les sapins, la cuisine, et les lutins. Une exploration de tout ce qui constitue l’imaginaire de Noël, un imaginaire lié au personnage du Père Noël. De ce fait les origines de la fête liée au solstice d’hiver et à la Nativité sont exclues.

L’album joue sur le mélange entre l’imaginaire et le documentaire. Ainsi se côtoient des informations exactes (sur l’origine de la fête autour  de la légende de Saint Nicolas, sur l’histoire des jouets depuis la préhistoire, ou sur la gastronomie de Noël dans les différents continents) et une approche plus ludique, féérique, poétique ou merveilleuse (comment fonctionne la poste du pôle Nord, le rôle de la mère Noël, ou la technologie du traineau).  L’ensemble constitue donc une riche encyclopédie qui allie réel et fiction, avec de superbes illustrations pleines de détails. Des illustrations qui jouent sur le réalisme de la représentation avec un côté quelque peu rétro dans les dominantes de couleur vert et marron, de rouge aussi, bien sûr ! A la façon des documentaires, plusieurs planches montrent des cartes, des plans, des écorchés de bâtiments, que l’on prend plaisir à parcourir attentivement .

L’ensemble est, bien évidemment, placé sous le sceau du secret, celui du serment S.A.P.I.N. (on laissera au lecteur curieux le soin d’en savoir plus !), comme une façon de ne pas vouloir tout révéler, tout dire, et de préserver une magie de Noël, faite d’un voyage improbable dans un traineau tiré par des rennes tout autour de la terre et de cadeaux offerts aux enfants. Pour conserver cette magie, et conférer plus d’authenticité aux faits rapportés, le narrateur de l’album n’est autre que le lutin en chef.

On ne peut que saluer l’originalité de l’ouvrage, qui montre que, même sur un sujet aussi rebattu que les albums de Noël, les autrices savent faire preuve d’imagination pour renouveler le genre, tout en s’inscrivant dans une tradition bien établie, en mêlant ici humour et indications sérieuses, magie et réel. A l’image du Noël tel que les enfants le perçoivent, tant qu’ils n’en ont pas percé la triste réalité commerciale.

Petit Somme

Petit Somme
Anne Brouillard

Seuil Jeunesse, 2025

Une petite cabane dans la forêt

Par Lidia Filippini

Dans une clairière au fond de la forêt, une grand-mère installe la poussette d’un nourrisson devant sa maisonnette de bois. Bien emmitouflé dans sa couverture, le bébé ne tarde pas à s’endormir. La grand-mère en profite pour préparer une bonne compote de pommes. Les animaux sortent alors du bois. Renard, blaireau, hérisson, écureuil s’approchent à pas de loup. Ils observent l’enfant et la vieille dame attendant sagement de recevoir leur part de goûter.
Anne Brouillard convoque ici l’univers du conte. Tout y est : la forêt, la grand-mère, la cabane perdue dans les bois. Il se dégage de cet album un sentiment de douceur, une nostalgie liée à la mise en scène d’un monde suranné qui évoque l’enfance. Un monde où des grand-mères, vêtues de robes et de châles, ne craignaient pas de lasser les bébés dehors pour qu’ils profitent de l’air pur de la campagne pendant leur sieste. Mais, comme souvent dans l’univers de l’autrice, on y rencontre aussi une forme d’inquiétude, cet Unheimliche qui jalonne ses albums (et qu’on retrouve par exemple dans Trois chats, son premier opus, ou dans Mystère).
L’inquiétante étrangeté tient ici au cadrage. L’illustration occupe toute la page. Elle fonctionne comme un zoom sur la scène. Le ciel, hors champ, est rarement visible. Le lecteur n’a d’autre choix que de plonger dans cet univers de conte. Ses yeux sont attirés vers l’image et l’absence de décor périphérique lui interdit toute distraction. Il en résulte un léger sentiment d’oppression qui contredit le récit banal d’une scène de vie familière.
La présence des animaux contribue également à cette inquiétude. Ils apparaissent quand l’enfant se trouve seul dehors. Ils s’approchent alors discrètement et leur figure animale ne se laisse pas facilement décrypter. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait attendre dans un album comme celui-ci, destiné aux tout-petits, les animaux ne sont pas anthropomorphisés. Leur regard reste donc assez indéchiffrable. Sont-ils là pour dévorer le bébé ? Est-ce la raison pour laquelle ils semblent se cacher ? Et la vieille dame, finalement, est-elle une gentille grand-mère ou une vilaine sorcière qui laisse l’enfant devenir la proie des bêtes sauvages ? C’est à ce moment du livre, qu’Anne Brouillard donne une voix aux animaux. Ils se mettent à parler et on comprend qu’ils s’intéressent surtout à ce que cuisine la grand-mère : « Elle prépare quelque chose d’intéressant. », « Y en aura-t-il pour nous ? » Loin de chercher à lui faire du mal, Blaireau et les autres s’occupent de bébé. Debout sur leurs pattes avant, ils revêtent des attitudes humaines : se penchent vers le berceau, aident l’enfant – qui en retour les gratifie d’un sourire – à patienter jusqu’au retour de la grand-mère.
Un autre aspect intéressant de cet album est sa circularité, un trait fréquent dans l’œuvre d’Anne Brouillard. Le récit s’ouvre sur la cabane, en plein jour, avec ce texte : « Il fait bon dehors ». Il se clôt sur la même cabane vue sous un angle légèrement différent, de nuit cette fois, avec les mots : « Il fait sombre dehors ». Sur cette dernière illustration, les animaux, rendus à la vie sauvage, s’éloignent en direction de la forêt. On ferme le livre avec l’impression d’avoir vécu une rencontre un peu magique entre le monde des hommes et celui des animaux, peut-être grâce à la présence du bébé – ou du lecteur lui-même.

 

 

Mots-clés :

Noël

Noël
Cecilia Cavallini
D’eux 2025

L’ours qui n’avait jamais vu la neige

Par Michel Driol

Cette année, comme il fait encore doux, Ours n’a pas encore hiberné. Tous ces amis attendent avec impatience Noël. Noël, cela ne dit rien à Ours, qui décide de mener l’enquête avant de découvrir un arbre décoré, la neige, et une fête entre amis.

Reprenant le principe du récit en randonnée, Ours rencontrant successivement chacun de ses amis qui lui donne son regard sur Noël, voici un album qui est d’abord une tendre ode à l’amitié et à la découverte des coutumes inconnues. Amitié bien sûr entre tous ces habitants de la forêt, ours au naturel, les autres souvent affublés d’un bonnet ou d’une écharpe, animaux de toutes espèces et de toutes tailles. On est dans un entre-deux, entre une nature représentée avec réalisme (l’ours qui hiberne, en boule, sous terre) et le merveilleux du conte dans lequel les animaux parlent et ont des coutumes très humaines. Le texte construit progressivement, à travers le questionnement d’Ours, une représentation du Noël : quelque chose qui met de bonne humeur, associé à la neige, à un arbre décoré, et, au final, surtout, à une fête entre amis. Un Noël laïc donc.  Les illustrations, aquarelle et crayons de couleur, sont pleines de douceur, de tendresse, mais aussi d’humour dans la façon de montrer l’excitation des animaux à l’approche de Noël… Toute ressemblance avec des enfants ne serait que pure coïncidence ! L’ensemble respire la joie de vivre et la bonne humeur, l’acceptation de l’autre, des changements dans ses habitudes.

Pour autant, c’est sur un arrière-plan de réchauffement climatique que s’inscrit l’album. Si Ours n’a pas encore hiberné, c’est qu’il ne fait pas encore froid. Voilà qui modifie les habitudes de certains animaux, devine-t-on. Et quant à la neige de Noël, si elle tombe, miraculeusement, à point nommé dans cet album, on sait bien qu’elle risque de n’être qu’un souvenir, conduisant à modifier les représentations et le vécu de chacun. Tout ceci n’est pas dit brutalement, mais reste comme une toile de fond posant un fond réaliste sur cette histoire pleine de fantaisie et de bons sentiments.

Qu’est ce que Noël pour chacun d’entre nous ? Voilà une des questions que cet album nous incite à nous poser, sur fond d’amitié, de sapin décoré, de cadeaux, d’hiver. Et si Noël c’était avant tout l’occasion de faire la fête ensemble ? Voilà une belle leçon pleine d’humanité portée par les animaux !

Esprits d’enfance

Esprits d’enfance
Stéphane Servant, Gaya Wisniewski (ill.)
Rouergue, 2025

Invitation à « retrouver ses esprits »

Par Anne-Marie Mercier

Ces esprits d’enfance, ce sont d’abord des souvenirs : deux enfants, un garçon et une fille (c’est le garçon le narrateur), une grand-mère et son chat, une maison avec une salle de bains à l’extérieur, un potager, un verger, un étang… Cette maison est loin de tout mais proche d’un lac et de petits bois où il y a parfois des champignons. C’est le décor idéal, posé avec une carte crayonnée dès les premières pages, pour faire surgir ces «esprits». Certains sont nés des expressions de la grand-mère ou des enfants : Soukapat (alias Foulbazar, etc.), croque-chaussette, le Cépamoi (ou cépamoiki), mais ils peuvent aussi désigner des découvertes liées aux diverses activités ordinaires et aux jeux inventés : Chante marmite, Dessin-le-ciel, chuchoteurs d’histoires, Boud’bois… Le placard grinçant, l’ombre des toilettes, l’arbre qui pleure… évoquent les peurs des coins sombres et des bruits bizarres qui font le caractère de toute vieille maison, et de la nature même. Chaque chapitre raconte comment l’esprit a été découvert, nommé, et a occupé un temps la vie de ces personnages.
Les illustrations en pleine page, au pastel gras, saturées de couleurs, sont très belles lorsqu’elles illustrent les décors. Les personnages et les monstres sont tracés à gros traits, de manière enfantine. D’autres pages sont en noir et blanc, crayonnées à grands traits au fusain ou au crayon de bois
Un chapitre final, « la vieille maison », montre les deux enfants devenus adultes entrant dans la maison. Elle est désormais inhabitée mais elle reste pleine des odeurs, des histoires du passé et de la présence de celle qu’ils appelaient Mémé. La dernière page, intitulée « retrouver ses esprits » invite à conserver la capacité des enfants à rêver et à inventer, et à se souvenir aussi, au-delà de la nostalgie, pour faire revivre les temps heureux.
Ce beau livre illustré semble s’adresser davantage aux adultes ou du moins à des enfants qui auraient déjà des souvenirs d’étés passés et seraient sensibles au deuil d’une enfance envolée et à la perte d’un ou d’une aïeule disparue.

 

 

L’Étoile de Mo

L’Étoile de Mo
Jeonju Chai
Traduit (coréen) par Elvire Beaule
hélium, 2025

Des Lumières

Par Anne-Marie Mercier

C’est d’abord un charmant petit livre, cartonné, à l’allure un peu ancienne, avec en couverture une image centrale qui reprend un peu tous les éléments de l’histoire, tout cela dans de jolies teintes pastels.
Mo est un chaton qui, un peu comme celui d’Ivan Pommaux, part seul dans la nuit. Il est en quête d’une lumière, du moins le croit-t-il. Il découvrira une nouvelle indépendance, mais aussi la force des amitiés, la richesse, des rencontres, le plaisir de l’exploration, le courage des épreuves surmontées.
Le sous-titre de l’histoire la désigne comme des « aventure forestières », et c’est bien dans ce contexte que tout se déroule : la nuit, l’automne, tout dort, sauf notre petit chaton. Réveillé, il voit par la fenêtre, une lumière « qui semble lui sourire. On dirait presque qu’elle l’appelle ». Après avoir laissé un mot à ses parents (lettres, bâton, formidable), et avoir pris son écharpe – tout cela est dans un contexte très anthropomorphique : les animaux de la forêt ont des maisons creusées dans les arbres, des bibelots et quelques vêtements ou accessoires (une touche de Beatrix Potter?) – il part à la recherche de cette « étoile souriante ».
Il rencontre le bienveillant grand-père hibou et fait des recherches dans sa bibliothèque. Celui-ci lui trouve Mo peu prévoyant. Il lui donne une carte de la Forêt Bleu-nuit et des provisions. A l’étape suivante, des mésanges, très organisées, comme le hibou, lui donnent des conseils et quelques provisions. Puis ce sera un écureuil en haut-de-forme qui lui donnera des rudiments de bonnes manières et des glands, un raton-laveur restaurateur, etc., jusqu’aux rennes du Père Noël, qui font la fête en attendant d’être trop pris par leur travail de la fin de l’année. Tous le mettent en garde contre l’ours qui vit au fond du bois, gigantesque et puant. Bien sûr, Mo rencontrera, l’ours et ce sera une belle surprise, on n’en dira pas plus.
C’est un petit conte parfait, une randonnée comportant beaucoup de variations, et une jolie réflexion sur les idées toutes faites, les mauvaises réputations, et la nécessité de l’entraide. Les illustrations sont une merveille de délicatesse et de drôlerie. Ce petit chat est très expressif et charmant. Le texte s’inscrit de manière très variée dans les pages : on trouve aussi bien des images en pleine page que des images séquentielles, des vignettes qui se promènent autour de  fragments de texte. Représentation du « réel » et vision du fantasme apparaissent souvent conjointement. Si le noir et blanc domine, mettant bien en valeur la fourrure du chat, il est rehaussé aussi de touches de couleurs pastels et l’ensemble est très joli et raffiné.
Magnifique !

 

 

Pierre Lapin

Pierre Lapin ou Le Monde de Pierre Lapin : l’histoire originale + la peluche
Beatrix Potter
Traduit (anglais) par ? (non mentionné)
Gallimard, jeunesse, 2025

Des origines en peluche

Par Anne-Marie Mercier

Noël approche : la publication de jolis coffrets est une opportunité, même si l’on tente de résister contre ce qu’on appelle les « produits dérivés », pour faire découvrir aux jeunes enfants des classiques de la littérature de jeunesse.
Ce premier volume de la série des aventures de Pierre lapin reprend le texte de 1902, mais, nous dit-on en 2e de couverture, « corrigé » en 2002. On ne sait en quoi ni comment, mais tout de même, que veut dire ici ‘histoire originale » ? à l’origine d’une série? On y trouve aussi les reproductions des illustrations « originales » par l’auteur, c’est le moins qu’on puisse faire : Beatrix Potter est une merveilleuse illustratrice ;  ses textes sont de beaux exemples d’esprit d’enfance.
On ne reviendra pas sur les démêlés de Pierre avec Monsieur McGregor dans lesquels il perd sa jolie veste bleue à boutons dorés. De multiples éditions et dessins animés les ont rendus assez célèbres. On se réjouit que cette fameuse veste bleue se retrouve sur la peluche qui accompagne le livre dans la boîte coffret ; le couvercle transparent permet de les découvrir ensemble.

 

Le Cadeau de Minuit

Le Cadeau de Minuit
Hong Soon-mi
L’élan vert 2025

Des couleurs et des ombres…

Par Michel Driol

Ils sont cinq lapinous, Aurore, Matin, Midi, Soir et Minuit, fils de Jour et Nuit, petits fils de grand-mère Temps. Cette dernière offre à chacun d’eaux un cadeau : bleu pâle pour Aurore, bleu  pour Matin, jaune pour Midi, rose, orange et rouge pour Soir, mais, dans le noir de la nuit, Minuit ne voit rien, et pleure. Pourtant grand-mère Temps veille sur lui, et invite ses frères et sœurs à lui offrir quelque chose. Nuage de brume, brise, confettis de soleil, couleurs du ciel. Et Minuit de tendre à chacun un petit bout de lui-même pour faire naitre les ombres…

Voici la réédition d’un album paru en 2020, un album plein de douceur et de poésie. Douceur et poésie des illustrations, pleines de la sérénité de la nature à différents moments de la journée, habitée par cette fratrie de lapins représentés de façon si touchante… Des petits lapins que l’on voit côtoyer d’autres animaux, poissons, oiseaux, papillons, écureuils… autant de vie et de couleurs qui s’opposent à la nuit noire de Minuit  juste peuplée d’une lune et d’étoiles qui sont plutôt ses larmes… Douceur des lapins, des nuages,  des formes diverses représentées de façon duveteuse, cotonneuse, comme de gigantesques doudous moelleux…

C’est dans cet univers que le texte dépoile une mythologie bien loin d’un Chonos dévorant ses propres enfants. Dans cette cosmogonie, on en laisse personne de côté, et les plus anciens veillent sur les plus jeunes, afin de s’assurer une parfaite égalité des dons reçus. Dans ce conte en randonnée, il est question de la beauté originale de chacun des instants de la journée, pleine de sensibilité, de vie, avec sa couleur propre. Et, dans ce jeu, si les lapins de jour apportent à Minuit de quoi rêver, lui leur offre les ombres, comme une façon de donner de l’épaisseur aux choses. De cet échange nait un univers plus complet, les rêves étant le lieu de toutes les couleurs, façon de dire le pouvoir de l’imagination, de la poésie et de la création.

Un album poétique et philosophique à destination des plus jeunes, les invitant à profiter pleinement de chaque moment de la journée, et à prendre soin les uns des autres, au delà des différences.