Le Casting

Le Casting
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse 2015

A la recherche de la nouvelle star

Par Michel Driol

Quand un auteur, Gilles Bachelet, est à la recherche d’un nouveau personnage pour son prochain album, cinq de ses précédents héros se réunissent afin d’organiser un casting. Défilent donc sous nos yeux une soixantaine de candidats, kangourou, ornithorynque, tortue, bonobo, raton laveur…, tout au long d’une journée chargée,  parfois éprouvante pour le jury, toujours jubilatoire pour le lecteur !

Ce casting présente une série de saynètes désopilantes, tant dans l’illustration que dans le texte, réduit à une seule ligne, qui l’accompagne, le commente.  Un texte où abondent les bons mots, les jeux de mots, mettant souvent l’accent sur les caractéristiques des candidats de façon inattendue. A la façon de la bande dessinée, les personnages parlent aussi, se présentent, ou jugent les candidats. Comme toujours chez Bachelet, le dessin est expressif, précis, plein de trouvailles et de détails savoureux. Si le récit fait se succéder les candidats, l’un sert quelque peu de fil rouge, le bébé panda rouge, dont on suit la progression depuis sa lettre de motivation, la manifestation extérieure de ses fans, et soin entrée remarquée, façon star juste avant le coup de théâtre final.

L’album vaut aussi par son intertextualité : avec Gilles Bachelet, bien sûr, par les cinq personnages qui assurent le casting, mais aussi par les dernières pages, qui évoquent une histoire d’amour et Xox et Oxo. Références aussi à d’autres, le mouton dans sa boite du Petit Prince, traité de mythomane par un membre du jury quand il annonce ses 145 millions d’exemplaires, Mickey, renvoyé impitoyablement  par le jury en raison de son accoutrement qui « n’amusera personne ». Deux scènes qui montrent les limites de ce jury dans sa culture ou dans sa capacité à découvrir de nouveaux talents ! Mais aussi un personnage de loup, qui devait venir accompagné d’un agneau, qui a eu un empêchement, allusion amusante bien sûr à La Fontaine…

Pour autant, l’album brouille les codes à la façon d’un Tex Avery ou d’un Pirandello. Qui a le pouvoir ? les personnages ou l’auteur ? C’est bien ce dernier qui, à la fin, tranche et s’impose. Où est le réel ? Où est l’imaginaire ? Les frontières se brouillent mais donnent à voir une démarche de création, faite de recherches, de doutes, de tentatives avant le choix final.

Gilles Bachelet propose une galerie de personnages sur lesquels il jette un regard plein d’affection, les caricatures n’étant jamais méchantes ou malveillantes. Ses héros animaux sont humains, si humains, dans leurs problèmes de couples, dans leur timidité, dans leurs prétentions, dans leurs défauts. Quant à l’auteur, il fait son portrait en pied, de façon quelque peu mégalomane, tout au début !

Un album où l’absurde se conjugue à la tendresse, où l’humour est omniprésent,  dans ce jeu subtil entre le texte et l’illustration, une galerie de personnages hauts en couleurs, potentiels héros d’un jour…

A 20 000 lieues de la carotte bleue

A 20 000 lieues de la carotte bleue
Sébastien Telleschi
Little Urban 2025

Jules Verne au pays des lapins

Par Michel Driol

De 2015 à 2020, Sébastien Telleschi a publié trois cherche et trouve géants, à la Recherche de la carotte bleue. Il revient, avec un ouvrage bien plus ambitieux.

Sur ordre du roi, la professeur Otto Lapinenbrock qui a consacré sa vie à l’étude de la carotte bleue, est sommé de trouver cette dernière, en moins de 3 mois. Le voilà parti, avec quelques compagnons, au nombre desquels Passepartout, le champion de lutte gréco-romaine Ned Lapinobalez, le major Lapinobellum, la chanteuse Miranda Lapinobella, et le journaliste Marcus Lapinopulitzer. Mais leur bateau est accosté par un sous-marin, et les voilà aux prises avec le capitaine Nemo, qui s’est débarrassé de la fameuse carotte en la jetant sur une ile. Ils parviennent à s’évader, et se retrouvent bien au Nord, où on les persuade que la carotte bleue est au fond du volcan Háröúntázzieffärlf. Et les voilà au centre de la terre… Toujours à la recherche de la carotte, ils vont ensuite traverser l’Afrique en ballon, rentrer à Londres, faire le tour du monde pour finalement rencontrer l’inventeur d’un canon géant….

Amateurs d’histoires de lapins et du Jules Verne, ce livre est pour vous. Car si tous les personnages sont des lapins, le récit enchaine la trame – ou des épisodes –  de plusieurs romans de Jules Verne et s’amuse à donner à ses personnages des noms qui sont autant de clin d’œil aux héros verniens. Il n’est pas jusqu’à l’écriture qui se fait parfois pastiche de l’auteur de science-fiction, avec quelques notations techniques, scientifiques ou éducatives… Rien de trop cependant, car le récit est enlevé et l’on suit avec plaisir les héros dans leur course folle à travers le monde, à la poursuite – comme souvent chez Jules Verne ou dans les contes – d’un défi, d’une quête. Ici c’est une carotte bleue, que l’on croit initialement dotée de tous les pouvoirs, mais dont on découvre petit à petit qu’elle ne sert à rien, avant le rebondissement final. Objet dont on suit la trace, objet qui, dans ce récit en randonnée, est passé de main en main, et dont les différents propriétaires se sont débarrassés. Quête de l’inutile ? L’important est la constance avec laquelle les personnages se lancent dans cette aventure rocambolesque.

Quant aux lecteurs… ils retrouvent, pour les plus âgés, l’univers de Jules Verne qui s’accorde à merveille avec celui de Sébastien Telleschi : même sens du détail, même gout pour les machines étranges, même attrait pour les aventures aux multiples rebondissements et pour les personnages hauts en couleur. Les plus jeunes y trouveront comme un avant-gout des romans verniens, se perdront peut-être parfois dans la densité du texte (un long texte, ce qui est rare aujourd’hui dans l’album), mais seront sensibles aux illustrations. Pas de tentation de se faire le pasticheur des illustrations parues chez Hetzel, mais des illustrations riches en couleur, pleines d’humour, de détails précis, qui plongent le lecteur dans cet univers si cosy des clubs anglais – revus à la sauce lapin, bien sûr – ou auprès de machines volantes, sous marines, terrestres qui sentent bon l’ingéniosité du XIXème siècle. Ah ! J’oubliais : la sagacité du lecteur est mise à rude épreuve dans chaque chapitre où il faut trouver une carotte bleue… ce qui n’a rien d’évident !

Un album de très grand format pour un cherche et trouve revisité : on trouvera certes une carotte bleue par chapitre, mais on retrouvera aussi des romans de Jules Verne, et le plaisir d’aventures incroyables jusqu’à une chute qu’on ne révélera pas ici…

Comment fonctionne une maitresse ?

Comment fonctionne une maitresse ?
Susanna Mattiangeli – Chiara Carrer
Rue du Monde 2013

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les maitresses

Par Michel Driol

Si vous voulez apprendre quelles sont les différentes sortes de maitresses – les courtes, les larges et les minces –, ce qu’il y a à l’intérieur des maitresses – des tables de multiplication, des fleuves, des montages –, ou à quoi ressemblaient les maitresses préhistoriques, ce livre est pour vous !

Avec beaucoup d’humour et d’originalité, tant dans l’approche textuelle que dans les illustrations – cet album évoque ce personnage si important dans la vie de tous les enfants, la maitresse (parfois un maitre, pourtant, selon l’album). A une époque où il est de bon ton de dénigrer les enseignants, mais à une époque aussi où leur recrutement se fait de plus en plus difficile, pour de nombreuses raisons, voici un livre à conseiller à toutes et à tous. Un livre pour que les plus âgés se souviennent de leurs maitresses, de celles – et de ceux – qui les ont marqués, qu’ils rencontrent aussi dans la rue. Un album pour évoquer la nostalgie de ces années d’école, et pour dire ce qu’on éprouve souvent en retournant en classe : la salle est devenue plus petite, la maitresse aussi. Façon de dire comment ils étaient perçus avec des yeux d’enfants…

Pour les enfants qui liront cet album, ce sera l’occasion de reconnaitre leur maitresse parmi celles présentées, sa façon de s’adresser à eux, en chantonnant, en détachant les syllabes, ou en hurlant… Sa taille, ses vêtements. Ce sera l’occasion de retrouver tous les savoirs qu’elle possède, la relation qu’elle entretient avec eux, car l’album, on l’aura compris, donne une vision très positive des maitresses, de l’ambiance de l’école.

Cet hommage aux enseignants est porté par un texte qui  joue sur la poésie, mais aussi sur le côté scientifique, avec ses classifications loufoques, ses descriptions à la fois réalistes et pleines d’humour. Faites surtout avec des collages, les illustrations utilisent le matériel scolaire, les cartes, le papier millimétré, pour entrainer dans un univers assez surréaliste où les maitresses peuvent être enracinées au sol. Si le texte et l’illustration se moquent parfois gentiment des travers des maitresses, c’est, au final, un grand sentiment de reconnaissance qui se dégage de l’ensemble.

Un album qui ne s’est pas démodé pour dire  l’importance des enseignants dans la vie de tous, mais aussi pour évoquer, avec nostalgie, les années d’école, quand le monde et les adultes paraissaient immenses…

Pavel et Mousse

Pavel et Mousse
Aurore Petit
Les Fourmis rouges 2025

Prendre un enfant part la main…

Par Michel Driol

Lorsque Pavel le lapin se promenant dans la forêt trouve une drôle de petite chose, il ne se doute pas que c’est un bébé, un bébé panda qui plus est. Ce dernier ne sait que dire mui-mui. Pavel le recueille, le nomme Mousse, et, avec l’aide de ses voisins à la famille très, très nombreuse, apprend à prendre soin de lui. Mousse grandit, entouré de l’amour de Pavel et de l’affection de la famille voisine. Piques niques en forêt, fêtes d’anniversaire, la vie suit son cours et Mousse dépasse en taille Pavel.

C’est d’abord un livre au format et à l’épaisseur assez rares en littérature jeunesse. Format d’un livre de poche, une bonne centaine de pages, un signet, un découpage en treize chapitres, voilà un livre qui raconte une enfance en prenant le temps de la raconter, de rendre sensible le temps qui passe, et ce qu’il faut de patience pour élever un enfant et devenir parent. Pour autant, on retrouve les caractéristiques de l’album, texte le plus souvent en page de gauche, et illustration en page de droite. Avec quelques exceptions qui vont du côté de la BD, pleine page et bulles pour les paroles, ou vignettage montrant la succession des actions.

C’est ensuite un livre à la fois drôle et émouvant. Drôlerie des situations, en particulier lorsqu’on voit la famille voisine envahie par des enfants tous plus agités les uns que les autres, ou lorsqu’on se voit avec humour Pavel peinant à nourrir – laver – nettoyer – cette drôle de petite chose. Mais émouvant aussi à plus d’un titre. Lorsqu’on voit les peines prises par Pavel pour s’occuper de Mousse, l’affection réelle et sincère qui les lie, la solidarité entre voisins pour conseiller et profiter ensemble des moments de la vie. Aurore Petit prend le temps de retracer ainsi les premiers pas dans la vie d’un enfant, la répétition des soins à lui donner, le premier apprentissage de la langue, avec ses erreurs créatrices, mais aussi les premières crises de l’adolescence.

C’est enfin un livre qui questionne sur l’identité et la parentalité. Mousse se sent lapin – une autre sorte de lapin dit-il, ou un être à moitié lapin, à moitié panda lui répond Pavel. Belle façon de parler du métissage, de l’adoption, de ce qui est naturel et de ce qui est acquis, de la construction complexe de l’identité individuelle. Quant à Pavel, il devient parent, père. Qu’est-ce qui relie un parent et son enfant ? La ressemblance ? La filiation biologique ? Non, répond l’album, c’est l’amour qui constitue ce lien, les peurs du parent, la confiance de l’enfant. Mousse et Pavel forment ainsi, au fil des pages, un duo sympathique et attachant, auquel vient se joindre une petite lapine voisine, Bénédicte, seul personnage féminin bien identifié, caractérisée par son affection pour Mousse et son ingéniosité !

L’album, qui a été justement récompensé par la Pépite du livre illustré en 2025 à Montreuil, aborde, avec humour et une grande simplicité dans le texte ou dans les illustrations très explicites, des thèmes forts et sensibles, comme la parentalité, l’adoption, le temps qui passe et fait grandir les enfants.

Arthur et les quatre voleurs

Arthur et les quatre voleurs
Guilherme Karsten
Seuil jeunesse, 2025

Ocean 5

Par Anne-Marie Mercier

Comme dans un film comique où des gangsters maladroits échouent dans une attaque de banque, ces quatre voleurs, trois hommes et une femme, sont parfaitement ridicules dans toutes leurs opérations : déguisement, planification, parcours des égouts… Ils ont voulu donner un rôle à leur neveu, trop distrait dit-on pour être voleur mais aimant dessiner : c’est lui qui fait les plans devant les guider dans les égouts.
De belles pages sombres les montrent parcourant les souterrains, un peu comme ce qu’on voit dans les albums montrant les habitas des animaux sous la terre, et aboutissant là où il ne faut pas (cage d’un lion, eau infestée de requins, prison, et salle des coffres enfin…).
Ses oncles coffrés, Arthur devient un artiste célèbre. On ne voit pas bien le rapport, mais cela donne de belles pages colorées après tout ce gris. Joli, amusant, mais un peu gratuit.

La Soupe au lait

La Soupe au lait
Emilie Leduc
Monsieur ED, 2025

5 fruits et légumes pour tous!

Par Anne-Marie Mercier

Etrange histoire que celle de Monsieur Cécil, qui vit dans une maisonnette cachée au fond des bois… non ce n’est pas un sorcier mais un… squelette. Sa seule sortie consiste à acheter du lait au village, en quantité : il ne mange que de la soupe au lait, et toujours seul. Jusqu’au jour où un petit oiseau raconteur d’histoires vient troubler sa tranquillité et mettre du désordre dans sa vie bien rangée.
Couleurs, personnages et bons plats variés pleins de légumes entrent alors dans sa vie.

Drôle d’album, histoire jolie, pour ne plus frémir à Halloween.

Premier jour

Premier jour
Morgane de Cadier
Grasset jeunesse, 2025

Découvrir la beauté du monde

Par Anne-Marie Mercier

Dans Premier jour, un petit être tout rouge, vaguement humanoïde, découvre le monde et s’en enchante, comme le lecteur avec lui : voir les arbres en les regardant depuis leur pied, découvrir le jeu des ombres et de la lumière dans un sous-bois, sentir l’herbe sous ses pas, humer l’air près de la rivière, se voir à l’envers dans l’eau (clin d’œil à Monet avec le pont sur des nymphéas), y flotter, rencontrer un autre être vivant, échanger un regard, découvrir la nuit…
Les illustrations sont superbes, on est dans un tableau. Les bleus et les verts se conjuguent avant l’explosion de couleur qui précède le mauve de la nuit.

L’Homme qui plantait des cactus

L’Homme qui plantait des cactus
Rémi Courgeon – Vanessa Hié
Rue du monde 2025

Les nourritures terrestres

Par Michel Driol

Au sommet de la colline, sur une ile paradisiaque, le vieux Bacoco protège son manguier contre le makis – facile – les oiseaux – facile – et les enfants ! Là c’est bien plus difficile. Il entoure donc son arbre d’un labyrinthe de cactus redoutable, sauf pour une petite fille, Asna. En échange des mangues qu’elle lui vole, elle doit lui lire un livre, jusqu’au jour où elle découvre que Bacoco ne sait pas lire…

Belle parabole qui montre que la lecture adoucit les mœurs, ce récit vaut aussi pour la façon dont il reprend le thème récurrent en littérature jeunesse de la petite fille qui parvient à civiliser des méchants. On songe bien sûr à Zéralda, Tiffany (dans les trois brigands) et à bien d’autres. On a donc d’un côté un vieillard égoïste, gourmand, quelque peu avare et monomaniaque, inventif, bref un méchant assez typique. De l’autre une petite fille rusée, perspicace, pleine de malice, et capable de faire un chanter le vieil homme avec le secret qu’elle a découvert. Tout cela se déroule sur un double fond. D’une part le décor d’une ile paradisiaque, dans laquelle prospère le manguier, des oiseaux et des makis. Bacoco y apparait comme une sorte de Robinson, isolé sur sa colline, sans réel contact avec le reste de la population. D’autre part l’apprentissage de la lecture, comme mode d’entrée dans la bienveillance, dans un rapport positif aux autres. Là où n’existait qu’une nature (arbre, cactus, animaux) et des rapports de force à établir arrive petit à petit une culture, symbolisée ici par les livres que l’illustratrice multiplie plus l’histoire avance.

Cette fable prend les allures d’un conte plein d’humour. Conte oral avec les adresses du conteur aux auditeurs, à qui l’on demande d’imaginer le décor au début et à la fin, conte oral avec l’émergence du je final, qui tire la leçon de vie et le souhait d’un monde plus humain, conte oral avec des phrases bien rythmées, faites justement pour le plaisir de la lecture à voix haute. Les illustrations, à base surtout de papiers découpés, sont aussi pleines d’humour, dans la façon de croquer les attitudes, la menace de Bacoco, le plaisir des enfants ou leur douleur lorsqu’ils sont piqués par les cactus.  De ce fait, l’ensemble est très vivant et très coloré. Ajoutons à cela la pointe d’humour graphique dans les mots écrits par le vieil homme, écriture enfantine, pleine d’erreurs d’orthographe.

Savoir lire donne du pouvoir. Le pouvoir de sympathiser avec toute l’humanité, de partager des histoires, des rêves, entre générations.  S’il y a les nourritures pour le corps, les mangues, il y a aussi les nourritures pour l’esprit, les livres. Cet album montre, avec humour et fantaisie, la complémentarité entre les deux. Le paradis, finalement, ce n’est pas difficile de l’atteindre !

Si j’étais une plante

Si j’étais une plante
Gaia Stella
Grasset jeunesse, 2025

… je serais un arbre

Par Anne-Marie Mercier

Ce joli album documentaire propose de voir la plante en se mettant à sa place. Mais tout d’abord il faut choisir celle qui sera le support de l’imagination : cactus, tulipe, pissenlit, plante carnivore ?
Ce sera un chêne. Mais cela n’empêche pas de traiter de toutes les plantes, avec leurs points communs (comment elles se nourrissent, par exemple – certaines uniquement de lumière et d’eau, d’autres d’insectes…), comment elles communiquent entre elles et même «entendent» l’eau.
On voit la démonstration de l’utilité des plantes, leur diversité, leur nombre. A cela s’ajoute le caractère indispensable des insectes pollinisateurs et des oiseaux pour la dispersion des graines. La leçon est légère, illustrée par des dessins schématiques et des dialogues souvent comiques portés par toute sortes de bestioles.

 

 

 

Maman sur le fil à plomb

Maman sur le fil à plomb
Hélène Gloria – Barroux
D’eux 2025

Garder l’équilibre…

Par Michel Driol

Le narrateur fait le portrait de sa mère, maçonne. D’abord au travail, il la montre dans un univers masculin, montant des murs, grutière,  ou faisant le béton. De retour chez elle, elle est blanche, comme un clown et raconte à ses enfants des histoires pleines de châteaux. Elle s’inspire de la nature, des castors, s’excuse auprès des pierres de leur fendre le cœur et devient tailleuse de pierres ou camionneuse.  Quant à leur maison, biscornue, sans portes, elle n’a que le ciel pour toit.

Avec ses rimes, le texte est un petit bijou, montrant le regard admiratif de l’enfant devant cette mère extraordinaire. Un texte qui n’hésite pas à user des mots techniques, parpaing, truelle, tuffeau ou linteaux pour mieux plonger le lecteur dans cet univers à la fois très matériel, mais aussi rempli de l’imaginaire de la mère et de l’enfant. Cela se traduit par des comparaisons, celle du béton avec la béchamel, ou par l’évocation des histoires du soir de cette mère, histoires qui empruntent à l’histoire des bâtisseurs d’œuvres qui ont résisté au temps.

Barroux illustre joliment ce texte, à l’aquarelle et l’encre, mettant en évidence par ses longs cheveux roux cette maman toujours active et dominante, même lorsqu’elle semble si petite et fragile dans sa grue qui devient un géant aux longues jambes. Des images qui font voyager le lecteur du chantier à la maison, du jour à la nuit, du réel à l’imaginaire des histoires du soir jusqu’à cette page, presque la dernière, qui illustre le tire, montrant une femme au milieu d’un réseau de lignes sur lesquelles, comme un équilibriste, elle avance. Et le contraste n’en est que plus saisissant avec la maison familiale pleine de fantaisie.

Au-delà du portrait de cette mère, c’est un hommage à toutes les mères qui travaillent, concilient vie familiale et métier difficile – un métier d’homme diraient certains -, nourrissant l’une par l’autre, et construisant un bonheur familial plein de joie, de bonhomie, de fantaisie et de créativité. Il s’agit bien de déconstruire des stéréotypes de genre, de montrer la complexité d’un personnage admirable, et de dire comment elle se maintient en équilibre entre tous les rôles qu’elle assume, en mettant l’accent sur l’imaginaire – tant celui de la mère que celui de l’enfant narrateur, comme pour donner à voir et à entendre cette transmission d’une certaine conception de la vie et du bonheur.

Un album de grand format, qui donne à voir le monde du travail manuel (c’est rare dans la production actuelle des albums jeunesse) sans opposer travail manuel et créativité. Un album qui se tient sur le fil des sentiments de l’enfant, entre joie et émotion…