Magma

Magma
Marine Rivoal
Rouergue, 2022

Big Boum

Par Anne-Marie Mercier

Le premier héros de notre monde, celui qui a tout déclenché, doté de super pouvoirs extraordinaires a enfin son album et son récit : voila Magma. Au début, tout est noir (magnifiques noirs de Chine de Marine Rivoal), puis Magma s’éveille, il façonne la terre tandis que la vie éclot, les mammouths se promènent, les océans se peuplent…
Il « remue ciel et terre », parcourt le monde, explose lorsque les hommes ne le laissent pas assez respirer, se rendort…

Les noirs et l’orange se côtoient sans se mélanger, formant des arabesques, des flèches, des blocs… et font de cette histoire un beau conte épique sur les origines du monde, sa fin possible et ses recommencements.

Kissou

Kissou
Angèle Delaunois – Jean Claude Alphen
D’eux 2022

A tous les petits qui ont dû abandonner leurs rêves en cours de route

Par Michel Driol

Kissou, c’est le nom du doudou d’Amina. Une nuit, sa mère la réveille, lui demande de préparer quelques vêtements et objets, car elles vont fuit leur ville où sévit la guerre. C’est le début d’un long exode, Amina serrant toujours Kissou contre elle. Après le campement de réfugiés, c’est la traversée à bord d’un bateau trop petit, et le naufrage au cours duquel Amina perd Kissou. Amina est sauvée, et Kissou, découvert par un autre homme, est donné, dans un autre camp de réfugiés, à un garçon solitaire et handicapé.

Sur la page de titre, des jouets abandonnés sur l’ocre d’une sorte de plage donnent le ton de cet album. Comment parler de l’exil, de la guerre, des réfugiés à des enfants ? Par le biais du doudou que l’on serre contre soi, signe du passé, porteur d’odeurs, rassurant. Aucune complaisance dans ce album : c’est la réalité des migrants qui est montrée, l’attente dans des camps, cette attente interminable qui fait perdre à Amina toute notion de temps. La dignité et le courage sont mis en avant : Amina ne pleure pas, ne se plaint jamais, malgré les dures conditions de vie. L’évocation de la traversée en bateau, au cours de laquelle beaucoup n’ont pas la chance d’être sauvés, est marquée du sceau du réalisme, avec une conclusion « heureuse » pour Amina et sa maman. Mais peut-on parler de bonheur quand on a perdu le dernier lien avec la vie d’avant ? Le texte dit la peur, la souffrance, la solitude, à hauteur d’une enfant dont il épouse le point de vue. C’est un album sur la perte, perte symbolique du doudou, perte de l’innocence, perte de l’espoir, perte des repères, perte du pays natal. C’est aussi un album sur la passation : Kissou – comme dans l’album d’Ungerer Otto – va continuer sa vie de doudou, consoler un autre enfant qui a besoin d’affection. C’est un récit sur la guerre, sur la résilience et sur la force morale de celles et ceux qui ont tout perdu, notamment des enfants qui ont dû affronter des dangers redoutables pour tenter de survivre. L’empathie de l’autrice et du dessinateur envers leurs personnages est fortement communicative. Les illustrations, très dépouillées, disent l’essentiel en quelques lignes : une ville qui brule, une foule de réfugiés au bord de la mer, la petite lumière devant une tente, ou encore Naïm, l’enfant unijambiste, muni d’une pauvre béquille en bois, serrant contre lui Kissou.

Un album dur, bien sûr, mais sensible et juste, à l’image de la réalité contemporaine des migrations, des exils, qu’il ne cherche pas à édulcorer, et qui permettra à des enfants plus heureux d’avoir une vision qu’on espère aussi empathique que celle des auteurs.

Le Cerisier de Grand-Père

Le Cerisier de Grand-Père
Anne-Florence Lemasson et Dominique Ehrhard
Les Grandes personnes, 2020

Un album aérien pour toutes les saisons

Par Anne-Marie Mercier

Un scénario tout simple sert cet album pop-up qui parvient à être magnifique et surprenant tout en étant lui aussi marqué par la simplicité.
Grand-père a un cerisier. Au printemps les oiseaux y chantent et font leurs nids, des oisillons naissent, les fruits murissent, mais voilà les cerises grignotées : Grand-Père sort l’épouvantail. Les feuilles jaunissent, arrivent les premiers froids (des flocons même sur l’image, ce qui est un peu tardif, mais c’est bien joli comme ça aussi), les oiseaux s’en vont.
Les oiseaux tout ronds et colorés sont charmants, le système les anime de diverses façons, fait éclore les oeufs, fait voleter les oiseaux (et les papillons); on les voit pointer le bec, s’agiter en tous sens.
Le décor est constitué comme il l’aurait été pour un un leporello : la première page montre le bout des branches de la moitié gauche de l’arbre, puis la suite de ces branches attachées au  tronc, puis l’autre moitié de l’arbre. Et ainsi on passe du printemps à l’été, puis à l’automne, puis à l’hiver.
Les tirettes sont simples à actionner, l’ensemble est solide et un enfant même petit (3 ans) peut s’en régaler, avec une aide au début pour voir comment éviter de maltraiter le livre; c’est si joli que les adultes ne manqueront pas de vouloir participer à ce parcours.

Un chien dans un jardin

Un Chien dans un jardin
Patricia Storms et Nathalie Dion

Traduit de l’anglais par Christian Duchesne
D’eux, 2022

« Manquer la joie, c’est manquer tout »

Par Matthieu Freyheit

Stevenson rendait hommage à la joie, cette forme économe du bonheur qui parvient à être à la fois contentement et étonnement. C’est ici une leçon de joie à laquelle invite Patricia Storms par l’entremise du chien César, auquel l’illustratrice, Nathalie Dion, prête à chaque instant un regard vif et satisfait. Il fallait bien le regard d’un chien pour donner à contempler le plaisir pris aux choses simples : entendre sa maîtresse se lever et faire mine de dormir encore, attendre sa voix qui l’appelle, partager son petit déjeuner et, surtout, franchir avec elle la porte de la maison pour l’accompagner au jardin, où attendent les haies, les feuilles, la terre à creuser et les fleurs à aimer, l’eau du tuyau d’arrosage…
Faut-il un esprit simple pour apprécier les choses simples ? Non, mais la non-parole du chien donne à cette journée au jardin une dimension contemplative et sobre que traduit volontairement la palette de Nathalie Dion. Une contemplation active, cependant, la vie de César au jardin se mêlant joyeusement aux activités de l’industrieuse jardinière.
Au bout du jour a été donné au chien César ce qui revient au chien César : la beauté, ici-bas partagée. Un album pour celles et ceux qui savent que cultiver son jardin – cette image qui n’est pas d’aujourd’hui – fait aussi le bonheur des autres.

Les Choses à se dire

Les Choses à se dire
Pei-Chun Shih, Amélie Carprentier
Hongfei, 2022

Ce que vivent les roses…

Par Anne-Marie Mercier

Dans un jardin, chacun vaque à ses occupations : une abeille butine de fleur en fleur, un escargot passe de feuille en feuille, jusqu’au soir où il rencontre une fleur, si belle qu’il veut la maintenir éveillée pour pouvoir lui parler.

La fleur elle, regrette le départ de l’abeille, à qui elle avait encore tant à dire. Elle se réjouit de l’arrivée de l’escargot, mais il est tard et elle a tant à dire… Elle perd ses pétales un à un, tandis que l’escargot la rassure : « il est temps encore »… et il promet de recueillir ses mots pour les transmettre à l’abeille.
Ce joli récit nostalgique qui évoque le départ de ceux à qui on n’a pas assez parlé, que l’on n’a pas assez écouté, évoque l’écoute et la transmission. La dédicace à une grand-mère y prend tout son sens. Les abeilles et les escargots montrent deux façons de se mouvoir dans la vie et d’aborder les autres, quant à la fleur elle est la sédentaire qui attend… et contemple les belles abeilles tourbillonnantes.
Mais les images restent gaies, colorées, en gros plan sur les personnages et ceux-ci ont une bonne figure toute ronde et souriante, évacuant toute tristesse.

L’été dernier

L’été dernier
Jihyun Kim
Seuil Jeunesse 2022

Là tout n’est qu’ordre et beauté…

Par Michel Driol

Pas de texte dans cet album, mises à part quelques lignes en fin d’album, dans lesquelles l’auteure explique avoir passé quelques jours dans un village au bord d’un lac, l’été dernier. Elle évoque alors les moments privilégiés qu’elle a passés dans la nature, et son désir de vouloir partager ce sentiment de quiétude.

Album sans texte, L’été dernier évoque une journée d’été inoubliable dans des tableaux de toute beauté, presque monochromes, sublimés par le grand format de l’album. On part d’une ville, que l’on quitte, pour arriver dans une maison à la campagne, celle des grands-parents, possiblement. Puis c’est la promenade de l’enfant seul avec son chien, dans la forêt, son bain dans le lac, seul face à l’immensité du ciel, et le retour à la maison. Cette simple promenade, d’une après-midi, terminée par la vision d’un ciel nocturne rempli d’étoile, a des vertus apaisantes.

En double page, les illustrations sont superbes, remplies de détails montrant la vie quotidienne (dans la chambre en ville du garçon), l’histoire familiale (dans les photos chez les grands-parents) mais surtout le plaisir de la liberté en pleine nature, que ce soit dans la forêt ou sous l’eau. L’album inscrit magnifiquement le temps qui passe sur une journée bien particulière – au travers de l’horloge dans la chambre de l’enfant, des ombres qui s’allongent, de la nuit qui tombe, des lumières et des étoiles.   Ce récit sans texte est construit à partir d’illustrations pleines de poésie, qui magnifient la nature  et les plaisirs du jeu, des rencontres avec les arbres tous différents à celles des poissons sous l’eau.

Un magnifique album à contempler, pour lequel les mots sont inutiles, qui semble figer le temps de vacances au sein d’une nature immuable et éternelle. Zen…

10 petits lapins

10 petits lapins
Vanessa Hié
Seuil Jeunesse

Un livre à décompter en clin d’œil à Agatha Christie

Par Michel Driol

Ce sont dix petits lapins sur le chemin de l’école. Mais, à chaque page, l’un d’eux disparait, tandis que rôdent par là des dangers comme le renard, le loup, le blaireau ou le vieux bonhomme. Finalement un seul des lapins, un peu paniqué, arrive à l’école … où l’attend une surprise !

Construit comme un conte en randonnée, cet album nous emmène sur le chemin de l’école où nous suivons ces dix petits lapins dont le nombre diminue au fil des pages. A gauche, sous un rabat, on découvre une vérité, des indices : une belette et des souliers, une immense chouette, une belette et un mouchoir… Autant de signes que, comme dans les Dix petits nègres d’Agatha Christie, une disparition a eu lieu, dont les autres n’ont pas conscience… Rassurez-vous, lecteurs, rien de tragique dans cette histoire de disparitions progressives. Une chute en happy end révèle la clé du mystère, sous forme d’une fête bien carnavalesque, avec force déguisements ! L’album est tout-à-fait réjouissant, avec son texte bien emporté, empli de marques d’oralité, d’adresses au lecteur, d’interrogations, d’exclamations, bref, de vie ! Les illustrations montrent des petits lapins très anthropomorphisés, en vêtements d’écoliers, cartables sur le dos, dans une perpétuelle course de la gauche vers la droite. Les « survivants » ne voient pas qu’ils sont de moins en moins nombreux, et ils se précipitent, de la gauche à la droite de la page illustrée, vers l’école, jusqu’à ce que le dernier lapin arrive, un peu paniqué de se retrouver seul, à l’école… Cette randonnée sur le chemin de l’école est superbement illustrée, avec de nombreux détails croustillants à regarder tant dans les attitudes de ces petits lapins (j’ai un faible pour la page où ils boivent directement l’eau de la cascade !) que dans le décor fait d’immenses fleurs, fraises… un vrai pays de cocagne !

Un album à décompter plein de surprises, avec une chute inattendue, que l’on sent vraiment conçu pour le plus grand plaisir du lecteur !

 

 

Un autre rivage

Un autre rivage
Chloé Alméras
Gallimard Jeunesse 2022

Quand la mer a monté…

Par Michel Driol

Après que la mer a monté, tout un village se retrouve sur des bateaux en quête d’un lieu pour aborder et refaire sa vie. Racontée à la première personne par une enfant, cette histoire montre le village en butte aux puissants qui ne veulent pas l’accueillir, jusqu’à ce qu’un oiseau blanc prenne ces réfugiés climatiques sur ses ailes et les transporte dans une ile où ils pourront retrouver une vie normale.

Comment aborder, à destination des plus petits – à partir de 4 ans – ces problématiques de migration climatique, d’exil, d’inhospitalité de nos sociétés, sans les traumatiser ou les désespérer ? Cet album réussi tient cette gageure, par ses choix narratifs d’abord. C’est une enfant qui raconte, une enfant avec une famille, dont une petite sœur qu’elle protège, avec laquelle elle invente des histoires, de façon à permettre l’identification de l’enfant lecteur. Par son écriture, qui utilise les métaphores pour dire le monde hostile de ceux qui refusent d’accorder l’hospitalité. Par ses techniques d’illustration ensuite. Si la mer envahit tout, les bateaux constituent des espèces de cellules closes, protectrices, ovales, dans lesquelles se serre la famille – à l’image de ces enfants qui se précipitent, le dimanche matin, dans le lit des parents. Enfin par le recours à l’imaginaire, qui ouvre la voie à une fin heureuse quand le lecteur adulte sait que la fin est souvent tragique. Cet oiseau blanc qui sauve les naufragés, après que plusieurs ont refusé l’asile aux réfugiés, renvoie aussi à la colombe de la paix, à une puissance protectrice, et le texte a l’intelligence de laisser le lecteur l’identifier. Je l’ai reconnu, dit sobrement la narratrice… Cet imaginaire, c’est aussi celui des sources d’inspiration des illustrations, qui semblent plonger à la fois dans les cultures polynésienne, aborigène et sud-américaine. L’album se clôt sur une utopie, peuplée de gens accueillants, vivant en lien avec la nature, comme la promesse d’un lieu où les exilés pourront à nouveau s’enraciner, à l’image des arbres évoqués dans la dernière phrase.

Un album empli de délicatesse et d’émotion, qui sait conjuguer la magie et l’humanité pour souhaiter qu’un autre futur soit possible sur la terre, notre maison commune.

Poulette

Poulette
Clémence Sabbagh – Illustrations de Magali Le Huche
Les fourmis rouges 2022

Nous prendrons le temps de vivre…

Par Michel Driol

Gervaise est une executive poulette, qui court partout, d’un rendez-vous à l’autre, aux quatre coins du monde. Même pendant ses vacances, au Club des Poulettes, sur une ile perdue au milieu de l’océan, elle enchaine les activités, et refuse de se mettre à labri lorsqu’un ouragan menace. Rescapée sur une plage désolée, elle fait la connaissance de trois minuscules bestioles, les trois petits riens, qui lui révèlent une autre façon de vivre, avec laquelle elle repart pour la grande ville, où, parfois, elle se met à écrire des histoires.

Combien de parents se reconnaitront dans la Poulette du début de l’album ? C’est bien une satire de nos modes de vie, de nos comportements qui est faite ici. Il faut courir, au risque de se disperser, comme le montrent plaisamment les images de la première double page. Cette hyperactivité va jusqu’à contaminer les vacances, qui doivent être aussi actives… Cet album parlera peut-être moins aux enfants dans cette première partie. Certes, nombre d’entre eux sont hyperactifs, ne tiennent pas en place, veulent toujours bouger, ne parviennent pas à se poser, mais l’héroïne ici est une Poulette adulte, cadre d’une grande entreprise dans un décor très newyorkais. Après l’orage, à la façon de Robinson échoué sur son ile, Poulette découvre un autre mode de vie. Si elle a d’abord du mal à s’y faire (elle veut agir trop vite, trouve les 3 compères trop mous), elle apprend petit à petit à oublier le temps. Trois petits riens, trois minuscules bestioles, trois figures enfantines qui surgissent sur la plage, pleins de bienveillance et de curiosité pour Poulette, qui pensent d’abord à s’amuser, adorent danser, vivent au contact de la nature, crient et rient… Autant d’activités et de signes de comportement qui ne peuvent qu’évoquer l’enfance : le plaisir de l’instant, des joies simples, de l’absence de sophistication. C’est bien sur la question de notre rapport au temps que l’album interroge petits et grands. Ce temps qui passe, faut-il l’accélérer pour profiter de la vie de façon superficielle, ou le ralentir pour gouter chaque instant. En quoi consiste finalement  le bonheur ? Quel lien pouvons-nous entretenir avec la nature ? La métamorphose de Poulette montre une autre façon de conjuguer les exigences professionnelles et l’ouverture au monde, aux autres, à soi aussi. Et ce n’est pas pour rien que l’ouvrage se termine par des images de Poulette lisant ou écrivant (non plus à New-York, mais à Paris), façon de dire le rôle indispensable de la littérature pour se poser et prendre autrement le temps. Cette leçon de vie est portée par un texte plein d’humour, dans lequel les jeux de mots abondent (en particulier autour du mot poule, traité façon Motordu…). Les illustrations, qu’il s’agisse de vignettes façon BD pour montrer l’hyperactivité de l’héroïne ou de pleines pages, regorgent de détails amusants à regarder longuement !

Un album qui incite à réfléchir sur le temps qui passe, et notre façon de l’habiter, avec un indéfectible humour !

Boubou en était sûr

Boubou en était sûr
Karen Hottois Illustrations d’Emilie Seron
La Partie 2022

Les histoires d’amour finissent bien…

Par Michel Driol

« J’en étais sûr »… tel est le message que Boubou envoie à Nadia. Le messager n’est autre que Fromage, le rat apprivoisé, qui porte la lettre sur son dos. La réponse de Nadia est aussi elliptique. Le message suivant est un dessin, auquel Nadia répond par un « je t’aime »  qu’elle cache soigneusement sous un nuage blanc. Mais, quand Fromage lui annonce que Nadia était rouge au moment d’écrire la lettre, Boubou n’ose l’ouvrir et la jette. Fromage a beau révéler le contenu de la lettre à l’oreille de Boubou, pendant son sommeil, rien n’y fait, et la lettre devient la couverture d’un écureuil pour l’hiver. Nadia et Boubou se font la tête, jusqu’à ce que Fromage prenne l’initiative de leur donner rendez-vous, sous le nuage blanc.

Le vert paradis des amours enfantines… Certes, mais encore faut-il oser se dire, dire ses sentiments à l’autre, faute de quoi c’est le quiproquo ou l’incompréhension qui s’installent. Comment mettre en mots ses sentiments pour la première fois ? Entre audace et retenue, le langage permet-il de tout dire, qu’il soit verbal ou pictural ? Avec beaucoup de poésie, cet album entretisse ces différentes questions, en ayant à la fois un pied dans la réalité, avec les lettres et les deux enfants, bien réels, et un pied dans l’imaginaire, avec ce rat messager et ce petit écureuil, rêveur, qui, s’il ne comprend pas tout du message, en apprécie la douceur et le sérieux. Faut-il y voir une figure du lecteur de l’album, qui ne sait pas encore lire, se dit qu’un jour il sera assez grand pour écrire cela à quelqu’un et éprouver ces sentiments ? Sans doute. Cet album plein de délicatesse et de tendresse est superbement illustré par Emilie Seron, avec à la fois beaucoup de réalisme dans les nombreux détails qui inscrivent l’histoire dans des lieux (maisons, forêt) et des temps (été, automne, hiver) bien marqués, et beaucoup de douceur dans le choix des couleurs, des attitudes des personnages.

Un album comme une éducation sentimentale qui montre les limites du langage pour se dire, mais aussi le rôle des tiers pour dépasser les incompréhensions, et l’importance de l’amour.