Mon petit cœur imbécile
Xavier-Laurent Petit
L’école des loisirs (Neuf), 2010
Course d’amour
par Anne-Marie Mercier
Dans un lieu reculé d’Afrique, à six heures de piste du premier hôpital, vit Sisanda. Elle a neuf ans, et depuis neuf ans elle vit avec un cœur malade. Son père travaille au loin et envoie de l’argent. Sisanda vit avec sa mère, Swala (« l’antilope »), sa grand-mère un peu sorcière et un oncle un peu idiot qui garde les troupeaux. Autour, il y a le village, l’épicier, la grosse Raïla qui rit tout le temps, Zacaria qui fait le taxi… Et le vent qui épuise les malades. C’est Sisanda qui raconte dans ce roman, tout en parlant à son petit cœur imbécile pour tenter de le calmer, de l’apprivoiser, parfois en vain.
Sisanda peut à peine marcher, tout juste respirer. Elle va à l’école, portée par son oncle. L’école est sa respiration, les chiffres aussi : elle compte tout pour remettre les choses et son cœur dans l’ordre. A force de compter les battements de son cœur, les jours où elle a survécu depuis sa naissance, elle est devenue un génie des mathématiques, en secret. Ainsi elle sait que sa mère qui court tous les matins, par plaisir, court très vite. Tout le village sait cela. Elle sait lire aussi et lit à sa mère un article d’un journal tombé par hasard entre leurs mains, qui raconte le dernier marathon, et la somme faramineuse allouée à la gagnante, une somme qui permettrait de la faire opérer dans un grand hôpital.
Ce n’est pas un conte de fées, mais un très beau roman porté par l’amour, la solidarité, l’espoir. Avec un ton très juste, très simple, à travers les mots de Sisanda, Xavier-Laurent Petit fait exister l’Afrique, sans clichés, sans misérabilisme de commande, sans condescendance. Des notations en demi teintes, des détails à peine esquissés, des atmosphères font le reste : on est transporté. A cette belle écriture et à ce doigté s’ajoutent une intrigue, des vrais suspens, du mystère. C’est un très beau roman, pour les jeunes lecteurs comme pour les plus grands, à ne pas manquer.
Comme ses personnages, le livre au premier abord séduit peu : phrases brèves, notations sèches, vues en surface. Puis, petit à petit, les angles s’adoucissent, le narrateur, Freddy, se permet des phrases plus longues, des réflexions plus poussées. Et au bout du compte, se révèle un beau roman, tendre et violent, vrai et fantaisiste, plein de désespoir et d’humour.
Lou Lubie, originaire de la Réunion, écrit une prose émaillée de belles formules et de mots nouveaux pour les lecteurs continentaux. Sa phrase est proche de l’écriture de scénario : des faits, des indications de caméra, des idées pour un autre qui serait l’écrivain. Ecrivain, elle ne prétend pas l’être, mais propose des idées, proches de celles qu’on trouverait dans une série teintée de fantastique (genre Charmed : un cadre réaliste, un personnage qui a des pouvoirs et voit ce qui se cache derrière la réalité). C’est inventif (mais pas plus que la moyenne des séries), ça va vite, ça ne s’embarrasse ni de psychologie, ni de style, ni de profondeur.
« Abominablement écrit et ignominieusement illustré par l’auteur », lit-on dans la page de titre, sous le nom de la famille héroïne de l’histoire. Les termes « lugubre », « ignoble », « dégoûtant », « abject », « ignominieux » (un glossaire est donné dans les dernières pages), rythment le récit, accumulant les détails sinistres dans la vie de ces enfants qui aimeraient bien être orphelins (et méritants, et donc récompensés à la fin de l’histoire), comme dans les livres « vieux jeu » pour enfants « vieux jeu ».
Ce roman propose l’histoire d’un adolescent incompris, Herb Moriarty, qui vit avec son père, homme d’affaires borné et sa belle-mère superficielle, à Vancouver. Auparavant, il vivait avec son grand-père John, scientifique, qui lui enseignait l’écologie, le respect des arbres et de la nature. Herb, désespéré et solitaire, ne se sépare plus de la boite contenant les cendres de son grand-père. 

Il y a un peu du Slumdog millionnaire dans le roman de Claire Ubac (le livre, pas le film, qui n’avait pour lui que son rythme formidable) : dans l’Inde d’aujourd’hui, une fille et un garçon voyagent, à pied, en voiture, en train… Ils sont poursuivis, enfermés, s’évadent, se perdent, mais continuent leur quête, coûte que coûte, et s’entraident, s’aiment. A travers eux, on découvre l’Inde : villages, villes (Madurai, Bangalore, Bombay…), bidonvilles, usines, ateliers et métiers. Les bruits, les odeurs et les saveurs donnent
La situation de ce court roman rappelle beaucoup celle des Lettres d’amour de zéro à 10 de Susie Morgenstern : ici, c’est une fille qui apprend qu’elle a un père ; il vit dans la même ville qu’elle, il s’intéresse à elle, et lui a écrit très régulièrement sans qu’elle le sache. La quête du père par la fille est facile, le contact immédiat et idéal, même avec la nouvelle famille de son père, et le lien est très intense. Tout cela un peu trop. Heureusement, la déception finale met un peu de réalisme à ce rêve fusionnel.