La Toile et toi

La  Toile et toi
Philippe Godard, Marion Montaigne
Gulf Stream Editeur, 2011

Pour mieux connaître la Toile

Par Françoise Poyet

L’Internet a transformé le monde et a créé une espèce nouvelle « l’Internaute ». Mais, connait-il suffisamment bien le cybermonde dans lequel il évolue ? Définir le vocabulaire associé à Internet sans faire d’abécédaire ? C’est possible, « Et Toc ! »

Pour mieux connaître la Toile, le Net et les enjeux du numérique, Philippe Godard propose de découvrir le « cyber-vocabulaire » développé au cours des deux dernières décennies avec l’arrivée d’Internet. En utilisant l’ordre alphabétique, il commence par A comme Addiction, Araignée, Arobase, Avatar ; puis, B comme Berners-Lee (Tim), Big Brother, Blog ; C comme Cloud Computing, Confidentialité, Cryptage… ; ensuite, D comme Digital natives ; E comme E-mail… ; F comme Fiabilité… ; S comme Second Life et enfin, Z comme Zuckerberg Mark (fondateur de Facebook).

Par exemple, qu’est-ce qu’un « flash mob ? » ou bien à quoi correspond «  l’erreur 404 » ?

Si vous ne savez pas répondre, vous trouverez les réponses dans ce livre bien astucieux. A la fin, un quiz fait le point sur vos connaissances.

Les Mystères des musées de Paris

Les Mystères des musées de Paris
Alain Korkos et Marie de Monti

Après la lune jeunesse, 2011

Livre-jeu promenade

Par Anne-Marie Mercier

Ce livre jeu propose un petit roman, pas fameux mais prétexte à parcourir différents musées de Paris (le Louvre, Orsay, musée Guimet, Beaubourg, Carnavalet, quai Branly, Picasso). Il propose un cadre fantaisiste de visite : Mona Lisa s’ennuie et entraîne quelques-uns de ses camarades (une momie, du statut d’Hercule, l’enfant de Chardin…) en s, Alain Korkos et Marie de Monti Après la lune jeunpromenade. C’est l’occasion de faire parler les personnages des tableaux ou leurs auteurs. Le procédé est artificiel sur le plan narratif mais permet de multiplier les rencontres et les très courtes descriptions.

L’essentiel est dans les possibilités d’activités offertes (40 jeux) : colorier, reproduire des caractères chinois, faire un mots-croisés, dessiner une vignette de BD, calculer… Les plus intéressantes sont celles qui permettent d’explorer un tableau, mais bien souvent cela reste une recherche très anecdotique.

Si vous souhaitez faire comprendre à un enfant la nature et le pouvoir de l’art, ce n’est pas l’ouvrage idéal ; mais si vous voulez lui faire visiter des musées et n’avez d’autre ressource que l’occuper pour éviter l’ennui, ce livre sera parfait.

Le livre qui dit tout

Le livre qui dit tout
Guus Kuijer
Traduit (néérlandais) par Maurice Lomré
L’école des loisirs (neuf), 2007

 Tout, ce livre dit tout (ou presque)

Par Anne-Marie Mercier (août 2007; pour accompagner la remise du prix A. Lindgren 2012)

Ce petit roman tout à fait étonnant et passionnant, merveilleusement écrit, mêle sérieux et fantaisie, histoire de sorcière et mythe biblique, combat pour les droits des femmes et des enfants, réflexions sur le fanatisme religieux, sur le pouvoir de la fiction et de la poésie, sur l’imagination et le vrai courage (il y est question de résistance, de communistes dénoncés aussi : l’Histoire est elle aussi présente comme la fantaisie)…

Le héros, Thomas, neuf ans, vit aux Pays-Bas, peu après la deuxième guerre mondiale. Dans un premier temps, on peut penser que sa vie est parfaite : son père joue du violon, sa mère chante, sa sœur Margot est un peu niaise, une vraie « fille ». Et d’emblée un problème est posé : « de quoi parlent les livres ? » « de Dieu », dit le père, « d’amour », dit la sœur, « de Dieu et d’amour », dit la mère. Et celle-ci, comme sa fille, est sommée de ne pas dire de bêtises par le père. Tous les soirs, celui-ci lit là sa famille la Bible, l’Ancien Testament; il est violent et intolérant. L’histoire commence avec les premiers coups, donnés d’abord au fils (parce qu’il a remplacé – on ne saura pas si c’est sciemment – « pauvres pêcheurs » par « pauvres pleureurs » dans sa prière), puis contre la mère.

L’imagination de Thomas (ou ses visions) lui fait reproduire dans leur maison le récit biblique des plaies d’Egypte, pour punir celui qui lui apparaît comme le « Pharaon ». Ceux qui connaissent l’histoire frémiront, en se souvenant que la dernière de ces plaies est la mort du fils premier-né de toutes les familles, à commencer par celui de Pharaon, autant dire que Thomas programme sa propre mort, après avoir constaté celle de Dieu qui ne l’aide pas. Et l’on passe tout près d’une conclusion extrêmement noire.

Mais la fantaisie et la douceur gagnent, on ne dira pas comment : à chaque lecteur de se laisser entraîner par l’imagination et les rêves de Thomas, qui a avec Jésus (c’est-à-dire avec la présence de la croyance ancienne en lui, on le comprend progressivement) des conversations à la fois déchirantes et drôles. On se laisse porter par la fantaisie de sa rencontre avec la sorcière de sa rue, sa découverte grâce à elle des pouvoirs de la musique et de la littérature : Emile et les détectives, Sans famille et la poésie fantaisiste d’Annie M. G. Schmidt lui donnent des conseils pour résoudre ses problèmes, déclarer son amour à la fille qu’il aime, vaincre ses peurs et son père, découvrir sa sœur.

C’est une histoire tragique et drôle, pleine d’invention et de poésie, qui, on l’aura deviné, pose et fera poser de nombreuses questions, sur la religion, le fanatisme, la violence conjugale et paternelle, la place de la culture et de l’Histoire dans la société et les pouvoirs de l’imaginaire.  Effectivement, ce livre dit tout, sans tabou, en en peu de pages.

Qui a piqué les contrôles de Français ?

Qui a piqué les contrôles de Français ?
Nicolas de Hirsching, Fanny Joly

Casterman, 2011

Délire pédagogique

Par Anne-Marie Mercier

 Cet album propose la réédition d’un titre publié en 2000 et épuisé depuis. Un dossier retrouvé dans une poubelle est apporté au commissariat de police; il contient des rédactions corrigées à l’encre rouge et notées. Le sujet de ces devoirs est « vous passez un après-midi avec votre grand-mère, racontez »…

Les devoirs des élèves sont d’une très grande variété et de longueur variable, de trois pages à deux lignes (« moi je ne passe pas de mercredi avec ma grand-mère, elle est morte »). Même dans ce cas, le professeur est très en verve et a réponse à tout, que ce soit sur la forme ou sur le fond. On rit beaucoup en lisant les devoirs des enfants : trouvailles de langage, dialogues savoureux, situations extravagantes ou, à l’inverse, platitude scolaire consternante (obtenant de fort bonnes notes). Pour en lire des extraits, voir la chronique de Catherine Gentile sur ricochet (http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/44217-qui-a-pique-les-controles-de-francais). Mais ce sont les remarques dans les marges et en fin de devoir qui sont les plus cocasses. L’institutrice n’est pas en peine de discours moraux (« c’est pas beau de rapporter », « n’as-tu pas une notion de l’amour trop intéressé ? » « Il n’est pas bien de se moquer des infirmités des vieux », « tu pourrais parler à ta grand-mère sur un autre ton ! », « Et tu trouves ça drôle ! » « Je suis atterré par ton manque de morale et de conscience »).

Elle prononce des jugements sur les familles (« une grand-mère inexistante, une mère souvent absente, un père exhibitionniste et violent, je comprends maintenant pourquoi tu écoutes si peu en classe ! ») ou au contraire félicite parents et enfants (« Continue, charmante enfant » « Ah Ah Ah, je me régale ! »), Elle donne son point de vue (« Quel fumiste, ce Picasso ! »), se fâche lorsqu’on parle d’elle ou lorsqu’elle croit qu’on parle d’elle, se raconte un peu (son enfance, ses relations avec son petit-fils…).

Enfin on a un exercice de réécriture savoureux lorsque l’institutrice recopie en bon langage un torchon écrit par un enfant afin de pouvoir lui mettre une très bonne note (la grand-mère de cet enfant est une institutrice à la retraite).

Dans cette nouvelle édition chaque copie est imprimée en caractères imitant une écriture manuscrite correspondant à la personnalité de chaque élève, l’ensemble est relié sous la forme d’un dossier à élastique un peu fatigué, les pages sont en papier quadrillé séyès, enfin c’est un bel emballage pour un ouvrage très drôle et néanmoins utile pour réfléchir sur le genre de la rédaction scolaire. La caricature n’est-elle pas un reflet déformé et exagéré du réel ? Ici, c’est un « réel » très daté, mais qui peut alerter sur les dangers d’un retour possible et les dérives possibles du métier de professeur… et d’élève, sans parler de celui de grand parent.

TIP TAP

Tip Tap
Anouck Boisrobert,  Louis Rigaud
Hélium, 2011

Comment enrichir son vocabulaire à l’aide de l’ordinateur ?

Par Françoise Poyet

Comment enrichir son vocabulaire à l’aide de l’ordinateur ?

C’est le pari réussi d’Anouck Boisrobert et  Louis Rigaud . En faisant « TIP TAP » avec le clavier, l’enfant apprend à reconnaître les mots et leur orthographe.

Sur le livre, des images et des mots sont regroupés par onglet thématique : du plus grand au plus petit, la maison, dans le jardin, les petites bêtes, les saisons, à chaque couleur sa fleur, de jour/de nuit, à la ferme, au bord de l’eau, les transports, les contraires et tant d’autres… La mise en forme des images et des textes est simple, claire et gaie. Une idée intéressante permettant d’utiliser l’ordinateur et le livre au service du même objectif.


James, le lapin qui en savait trop

James, le lapin qui en savait trop
Tania Sollogoub

L’école des loisirs (neuf), 2011

Ami imaginaire ou lapin doué?

Par Anne-Marie Mercier

Enfermé dans un corps trop étroit, Pierre va mal. Seul son lapin, James, le comprend et lui propose d’autres façons de vivre et de penser. Il lui apprend la beauté de la nuit, l’infinité des possibles.

Cet aspect, très réussi et très poétique n’est pas le plus développé du livre et c’est un peu dommage. La suite déroule les conséquences de la révélation au reste de la famille du fait que James est doué de parole. Il y a des moments drolatiques, des situations joliment absurdes. Mais la fin un peu trop explicite dépare quelque peu l’ensemble. Néanmoins, c’est une variation originale et attachante autour de la question des amis imaginaires.

Graal Noir

Graal Noir
Christian de Montella

Flammarion, 2011

Graal Noir I : « la menace fantôme »

Par Christine Moulin

Tous les ingrédients médiévaux et bien connus sont là. La légende est, à quelques variantes près, intacte. Tout se met en place, mais rien n’a vraiment commencé. C’est ainsi qu’on assiste à la naissance de Merlin et à sa montée en puissance mais aussi à tous les stratagèmes et détours qui ont rendu possible la naissance d’Arthur. Les indispensables objets sont évoqués: l’épée dans la pierre, mais aussi le Graal. La maléfique Morgane est prête à nuire. Tout cela sur fond de lutte entre la nouvelle religion, chrétienne, et l’ancienne, celle des Druides. Sans qu’on sache exactement où se situe Merlin: il est le fils du Diable, certes, mais aussi d’une femme, qui lui a fait don de son humanité, part de lui-même qu’il a la liberté de développer, s’il en fait le choix. D’un autre côté, c’est d’une druidesse qu’il doit recevoir (au tome 2, si tout va bien?) la plénitude de ses pouvoirs.

Pour l’instant, il n’est encore qu’un beau jeune homme, très doué, très agaçant, plein de morgue et de charme, flanqué d’une espèce de Sancho Pança, prêtre rondelet et gourmand, comme dans les farces du Moyen Age, qui se damnerait pour un poulet mais qui, en tant que chroniqueur, représente l’auteur au sein même de la fiction, de façon distanciée et comique, tout en jouant le rôle de protecteur pour Merlin. C’est que celui-ci, quoique capable de lire dans le passé et dans l’avenir, de se métamorphoser en n’importe quoi, de réaliser d’extraordinaires tours de magie,  n’est pas encore tout à fait maître de lui-même. Il n’a que dix-huit ans (à peine) et il dépense sans compter son énergie en prodiges inutiles destinés à ébaudir qui veut bien l’admirer. Il s’amuse et même s’il a connu l’amertume d’un chagrin d’amour, il manque de profondeur, d’expérience, de sagesse. On  croirait Harry Potter dans ses pires années.

Ce côté adolescent et, en général, les analyses psychologiques, nombreuses, contribuent largement à la modernisation du mythe. Nous avons souvent accès à l’intériorité des personnages, qui ne sont plus des figures légendaires mais des hommes et des femmes proches de nous, des individus qui ont une vie plus qu’un destin, même si celui-ci frappe à la porte avec insistance. Un autre élément qui modernise, mais en même temps, il faut l’avouer, désacralise quelque peu l’histoire du Graal, c’est l’écriture elle-même, cinématographique, faite de montages alternés, de « scènes », de raccourcis qui confèrent à la lecture un rythme haletant de « blockbuster ».  Enfin, l’érotisme, assez torride et explicite (éloignez les très jeunes), les désirs clairement exposés des personnages (je ne me rappelais pas que Morgane ait eu une attirance incestueuse pour son père) marquent la différence avec les romans de Chrétien de Troyes! On est plus proche de l’univers de Marion Zimmer Bradley et de ses Dames du lac.

Néanmoins, si j’osais, je dirais que « ça dépote » et que ce roman peut très bien donner l’envie de se plonger dans la geste arthurienne, quitte à retourner vers son origine et y découvrir d’autres joies, moins immédiates, mais tout aussi intenses.

PS : l’avis de Ricochet

Le Petit Livre de Londres

Le Petit Livre de Londres
Rosie Dickins

Usborne (livres avec liens internet), 2011

Voyager du papier au web et retour

Par Anne-Marie Mercier

Si l’esthétique du livre le rapproche beaucoup des nouveaux guides touristiques des éditions Gallimard (collection « découverte »), le concept est original : il s’agit de proposer aux jeunes lecteurs un petit guide de ville qui associe textes, images et liens Internet. Quelques conseils de sécurité sur l’usage du Web sont fournis et le site des éditions propose toute une série de liens conduisant à des sites officiels (musées, institutions,…) pour visiter en détail, connaître le contexte historique, regarder des plans, etc.

Une belle idée pour faire préparer un voyage à un enfant… ou à un adulte qui ne lirait plus que sur écran. Sur le site, très facile à utiliser, on trouve également des liens pour des livres traitant de la géographie, musique, corps, arts… un belle réserve de textes et d’images.

Aïe

Aïe
Emilie Jadoul

Casterman (Zip la boum), 2011

Carrément onomatopoétique

Par Caroline Scandale

« Aïe ! », « Ouille ! », « Oin ! » font tous les animaux, attaqués par une guêpe, toujours la même sans doute, qui fait Bzzz… Ce tout petit album carré cartonné qui joue sur la répétition et la variation figure dans une collection qui mérite bien son nom avec d’autres titres comme « Plouf », Smack », « Zou ». Les dessins d’Emilie Jadoul, très stylisés, font merveille dans ces récits minimalistes.

Je suis venu tout seul

Je suis venu tout seul
Nicole Dedonder

mØtus (mouchoir de poche), 2011

Deuil : mode d’emploi en petit carnet

par Anne-Marie Mercier

Rémy se rend régulièrement sur la tombe de son frère, souvent seul, parfois avec sa mère. Là, il lui parle, le questionne. Il lui raconte l’avancée de ses amours avec Louise, ce que deviennent les copains qui l’oublient, entrent en sixième, trouvent qu’un cimetière est un lieu infréquentable. Il rêve aussi, il joue, met des notes aux inscriptions qu’il lit sur les autres tombes, imagine la vie des autres, écrit ses pensées dans un petit carnet. Les années passent, mais pas le souvenir.

Imprimé en blanc sur noir comme tous les livres de cette collection « mouchoir de poche », ce n’est pas un livre funèbre et pourtant il dit beaucoup sur la mort d’un frère, avec les questions que les enfants  se posent, les vêtements qu’on essaie de leur faire porter, leur solitude face aux autres qui ne comprennent pas.