La Capucine (Les filles du siècle)

La Capucine (Les filles du siècle)
Marie Desplechin
L’école des loisirs, « Médium », 2020

Dansons la capucine, Y’a pas de pain chez nous…

Par Anne-Marie Mercier

Deux romans de la trilogie « Les filles du siècle » avaient paru en 2004 et 2005, Satin grenadine et Séraphine. Ils présentaient de beaux portraits de filles et de femmes libres au XIXe siècle ; l’une des héroïnes était issue de la bourgeoisie, et rêvait d’émancipation, l’autre, une orpheline issue du peuple, vivait à Montmartre, après la Commune et cherchait les traces de ses parents dans les décombres des espoirs du « temps des cerises ».
La Louise de La Capucine (titre de la fameuse chanson qui donne le ton au roman) vit à Bobigny, mais on la voit souvent à Paris, où elle se rend pour vendre les légumes du « marais » qu’elle cultive sous les ordres d’un maitre brutal, qui la bat, dont le fils étrange est de peu de ressource. La mère de Louise a dû la laisser pour aller travailler à Paris. Une vielle voisine, Bernadette est son seul appui, un appui bien faible. Mais un beau jour Bernadette. (qui pense être habitée par Victor Hugo) vient aussi à Paris et fait découvrir ses talents de médium à une dame de la bourgeoisie qui l’installe chez elle pour épater ses amis et chasser les fantômes… Grâce à Bernadette, Louise rencontre bien des gens, et parmi eux, brièvement, Alexandre Dumas, le fameux métis qui a une chevelure pareille à la sienne.
Réveils au petit matin, trajets de la banlieue au « ventre de Paris », en carriole, en péniche, à pied… dialogues savoureux, cris de Paris, errances… Marie Desplechin nous emporte avec une magnifique écriture et un rythme soutenu dans un autre temps, fait de sensations, de bruits et de couleurs, d’étrangeté aussi. On s’y bat et on se bat : il faut cela pour survivre, dans le monde des misérables, ouvriers agricoles, domestiques, forts de halles, bateliers… Mais on est comme Louise plein de vie et d’espoir, d’amour du métier et de fierté. Et on rit aussi, et le lecteur également.
Et si tout finit bien, ce n’est pas par un mariage. Louise, comme les autres filles du siècle, fabrique elle-même son destin, avec une énergie et une ténacité digne d’une héroïne, et avec un caractère affirmé bien campé dans la belle couverture de ce volume.

Rendez-vous à la Tour Eiffel

Rendez-vous à la Tour Eiffel
Elzbieta
Gallimard jeunesse (l’heure des histoires), 2017

Lourd / léger

Par Anne-Marie Mercier

Publié pour la première fois en 1989 par l’école des loisirs, ce petit récit n’a pas pris une ride, et est passé en petit format pour un moindre coût. Bien sûr on y perd un peu par rapport à l’original, la qualité du papier est différente, mais le rendu des couleurs est correct malgré tout, et le charme demeure.

Le clown Gratte-Paillette est invité – ou plutôt convoqué – par sa grand-mère à Paris, à la Tour Eiffel,  » la tour qui a quatre pattes et pas un seul mur ». Aucun problème : Il s’y rend en ballon (l’éléphant du cirque le gonflera pour lui) avec son amie la poule. Ceux qu’il laisse derrière lui sont si malheureux de n’avoir pu monter à bord qu’ils le rejoignent à dos d’éléphant, mais une fois arrivés, nouveau problème : comment faire monter l’éléphant à la Tour Eiffel?

Dans le petit monde d’Elzbieta où le chagrin affleure, il y a toujours une solution et de la légèreté, même pour un éléphant. C’est ainsi qu’on l’aime.

Et vogue poulbot !

Et vogue poulbot !
Poèmes de Gaston Herbreteau, illustrations de David Roche
Soc & Foc

Paris est une fête

Par Michel Driol

etvogueOn aurait aimé lire et chroniquer cet ouvrage en d’autres temps, mais, quelques semaines après le 13 novembre, ce texte résonne sans doute différemment Voilà donc un recueil de poèmes, magnifiquement illustrés, qui se présente comme une déambulation dans le Paris populaire, qui commence par le « café au bar » » et qui se termine à une

Terrasse de café
lieu-cocon
seul parmi les autres
lire écrire
… le rêve !

Sur « Trois petites notes de musique », ces poèmes rendent  hommage au Paris populaire, au Paris des chansons. On croisera les figures de Brassens, de Mouloudji , mais aussi celles des hommes qu’ils ont évoqués,  bouquinistes, clowns, balayeurs, exclus et sans abris, tout en arpentant des lieux comme Montmartre, la rue Mouffetard, le pont des Arts, le canal Saint Martin, la Foire du Trône.  On y verra des objets et monuments emblématiques, fontaines Wallace, pyramide du Louvre, cadenas, zouave du Pont de l’Alma. Revient régulièrement le métro, comme lien ou trait d’union, et quelques animaux, chiens et chats… On pourrait se croire dans un Paris de carte postale, un Paris cliché, mais ce serait compter sans l’écriture et la portée – encore plus forte aujourd’hui – des valeurs de fraternité portées par cet hommage au Paris populaire et métissé.

Les textes alternent selon deux formes : formes très courtes, souvent 3 vers, souvent très proches, dans l’écriture et la notation de la sensation,  des haïkus :

Sortie de métro
il trimbale sa misère
sous ses oripeaux

Formes plus longues, qui évoquent – sans le pasticher – Prévert dans l’écriture par les reprises, les énumérations, et l’évocation du complexe, de la souffrance, du malheur, à travers des mots d’une simplicité totale :

Balayeur de rue
dans Paris perdu
sois ici cité
pense balayeur
pense en balayant
pense à ton passé….

Les illustrations – à base d’encre, d’aquarelle et de pastels, sont comme autant d’instantanés, pris sur le vif,  et, fort heureusement, ne cherchent pas à copier d’une manière ou d’une autre Poulbot. Si quelques-unes représentent les lieux, la majorité d’entre elles fait la part belle à l’humain : enfants, amoureux, garçons de café, musiciens des rues, vendeurs de marrons saisis en action…

Un livre hommage à une certaine conception de  Paris, qui repose autant sur la réalité que sur sa représentation dans la littérature et la chanson, signé par un poète vendéen et un illustrateur né en Corrèze. Une sorte de Paris éternel… Fluctuat nec mergitur.

En hommage à toutes les victimes du 13 novembre

 

Paris. Petit Pop up panoramique

Paris. Petit Pop up panoramique
Sarah McMenemy
Casterman, 2012

Voir Paris…

par Anne-Marie Mercier

Traduction d’un ouvrage édité en anglais par Walker Books, imprimé en Chine, ce petit pop up offre une vision hyper touristique de Paris, la ville étant conçue comme une collection de monuments « à voir », disséminés dans un espace inexistant ou du moins très théorique : les vélos, vespas et piétons peuplent les rues davantage que les rares voitures, lesquelles ont des allures d’années 50 acidulées. C’est donc un Paris mythique d’aquarelle qui se déplie dans ce tout petit format, exceptionnel pour un pop up.

Cela dit, c’est une bonne introduction pour un jeune enfant à qui on montrerait la ville ; certains détails indispensables pour cet âge amateur de précisions seront précieux : la tour Eiffel fait 324 m et accueille 7 millions de visiteurs/an ; le sarcophage de Napoléon est en porphyre rouge ; Toulouse Lautrec et Modigliani ont fréquenté Montmartre, la flamme du soldat inconnu est ravivée chaque soir sous l’Arc de triomphe…

Les Mystères des musées de Paris

Les Mystères des musées de Paris
Alain Korkos et Marie de Monti

Après la lune jeunesse, 2011

Livre-jeu promenade

Par Anne-Marie Mercier

Ce livre jeu propose un petit roman, pas fameux mais prétexte à parcourir différents musées de Paris (le Louvre, Orsay, musée Guimet, Beaubourg, Carnavalet, quai Branly, Picasso). Il propose un cadre fantaisiste de visite : Mona Lisa s’ennuie et entraîne quelques-uns de ses camarades (une momie, du statut d’Hercule, l’enfant de Chardin…) en s, Alain Korkos et Marie de Monti Après la lune jeunpromenade. C’est l’occasion de faire parler les personnages des tableaux ou leurs auteurs. Le procédé est artificiel sur le plan narratif mais permet de multiplier les rencontres et les très courtes descriptions.

L’essentiel est dans les possibilités d’activités offertes (40 jeux) : colorier, reproduire des caractères chinois, faire un mots-croisés, dessiner une vignette de BD, calculer… Les plus intéressantes sont celles qui permettent d’explorer un tableau, mais bien souvent cela reste une recherche très anecdotique.

Si vous souhaitez faire comprendre à un enfant la nature et le pouvoir de l’art, ce n’est pas l’ouvrage idéal ; mais si vous voulez lui faire visiter des musées et n’avez d’autre ressource que l’occuper pour éviter l’ennui, ce livre sera parfait.

Paris

Paris
Francesca Bazzurro, Orith Kolodny
La Joie de Lire, 2010

par Frédérique Mattès

Un petit dernier dans la collection « De ville en ville ». Après Tel Aviv, Berlin, Genève, nous partons pour une balade dans Paris. Une flânerie instructive et fort agréable à travers différents lieux «  incontournables » d’hier  : Notre Dame, la fontaine Wallace, le Louvre… ou « d’aujourd’hui » : la tour Eiffel, La Villette, L’institut du monde Arabe…. La mise en page est particulièrement soignée. Se mélangent audacieusement phrases de grands auteurs (Hugo, Verlaine, Rimbaud …), photos, détails de monuments ou croquis bruts de lieux importants. Une très belle composition, riche et inventive, des pages qui transforment le lecteur en un touriste avide de connaissances. A lire et à relire avec toujours autant de plaisir.