Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson

Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson
Kochka d’après Selme Lagelöf, Olivier Latyk
Flammarion, Père Castor, 2015

En vol pour la Suède !

Par Anne-Marie Mercier

Précieux petitnils livre… D’abord parce que c’est l’adaptation très abrégée d’un grand classique de la littérature adressée à la jeunesse, ensuite parce qu’il adopte une allure raffinée avec sa découpe dans la couverture par un rond évidé qui laisse voir une illustration en dentelle de papier noir montrant une oie et un décor de sapins, laissant voir le dessin en couleurs qui présente le héros vêtu de bleu et de rouge, portant un bonnet qui lui donne l’apparence d’un lutin. Plusieurs de ces pages-dentelles rythment le récit. Chaque chapitre est bien identifié (on trouve une table en fin de volume, ainsi qu’une carte de la Suède et une liste des personnages).

Les illustrations douces et naïves, en camaïeux de rouge et de bleu, et de violet, campent tout un monde paysan et naturel : les animaux, bien sûr, la neige et la nuit, les lumières d’hiver, les maisons et la mer, l’ensemble est rêveur et charmant. Bien sûr, on ne retrouve pas toute la poésie de l’oeuvre intégrale, mais c’est une très belle façon de faire découvrir cette oeuvre longue et parfois complexe pour de jeunes lecteurs.

Max et Moritz avec Claque du bec et Cie

Max et Moritz avec Claque du bec et Cie (1865)
Wilhelm Busch

Adapté de l’allemand par Cavanna
L ‘école des loisirs, 2012

Garnements historiques

Par Anne-Marie Mercier

Max et MoritzClassique de la littérature illustrée pour la jeunesse, Max et Moritz risque cependant de déranger plus d’un lecteur adulte – ce n’est pas  si étonnant que ce soit Cavanna qui l’ait traduit. A ceux qui disent que la littérature contemporaine destinée aux enfants est trop noire et trop violente, on peut opposer ce livre, cocasse, excessif, où les garnements font de vraies bêtises, sont cruels avec les animaux comme avec les adultes et où les adultes entre eux ne sont guère meilleurs. Seule « consolation » pour les tenants de la morale, les méchants sont punis et de façon radicale, quasi « haché menu comme chair à pâtée », qu’ils soient enfants, adultes, ou animaux.

Dans ce monde sans pitié, les images sont acérées, dynamiques ; les personnages humains et animaux sont caricaturaux, le burlesque est affiché, il se fait style aussi bien littéraire que graphique.

Oz

Oz
Lyman Frank Baum
Traduction abrégée de Marie Hélène Sabard
L’école des loisirs (classiques abrégés), 2012

Lisons Oz !

Par Anne-Marie Mercier

ozBien avant la sortie en France du film Le Monde fantastique d’Oz (13 mars 2013), L’école des loisirs a publié une version abrégée des deux premiers volumes de L. F. Baum. Le film  laissant de côté les aventures de Dorothée et les charmants personnages de l’épouvantail, de l’homme en fer blanc et du lion peureux pour se focaliser sur les débuts du magicien d’Oz et accumuler les effets spéciaux, il est bon que le jeune public puisse accéder au charme du texte.
Il découvrira dans Le Magicien d’Oz (1900) Dorothée, emportée par une tornade avec sa maison et son petit chien Toto, loin du Kansas, sa rencontre avec un homme en fer blanc (sans cœur), un épouvantail (sans cervelle) et un lion (sans courage) qui vont avec elle consulter le magicien. Leur périple à travers les terribles champs de pavot et leur découverte de la cité, leurs luttes contre les sorcières, tout cela forme  un monde « merveilleux » et une belle fable morale (ou politique, pour d’autres).

La deuxième partie, Le Merveilleux Pays d’Oz (1904), était bizarrement inconnue du public français. On en est moins étonné après l’avoir lue : son caractère déjanté ne pouvait que heurter les esprits qui n’acceptaient en littérature de jeunesse que des œuvres « sages ». L. F. Baum anime tout et surtout n’importe quoi; il crée des êtres composites et monstrueux, grotesques et angoissants, qui se déplacent avec difficulté et parfois au prix d’acrobaties laborieuses.
L’autre aspect étonnant du texte est son anti-féminisme : l’épouvantail, devenu roi de la cité d’Oz, est chassé du trône par une bande de filles déchainées, armées d’aiguilles à tricoter qui réduisent les hommes en esclavage (c’est-à-dire qu’ils font les tâches ménagères…). La fin de l’histoire présente une métamorphose magique d’un garçon en fille, ce qui a dû sembler encore plus inconvenant aux éditeurs français.

La première partie est présentée avec les illustrations de William Wallace Denslow, collaborateur et ami de Baum, illustrateur de la première édition ; la deuxième avec ceux de John Rea Neill, illustrateur du deuxième volume après la brouille entre les deux amis. Elles sont bien utiles car sans elles, on se demande comment le lecteur pourrait se figurer les étranges créatures qui animent cette histoire et comprendre les mots rares qui désignent leur éléments.

Les éditions du Cherche midi ont commencé une publication illustrée de la série dans son entier (14 vol.) avec les deux premiers volumes parus ce mois ci (7 mars), traduits par Blandine Longre et Anne-Sylvie Homassel. C’est ainsi un monument qui se dévoile pour les lecteurs français, un grand classique de la littérature de jeunesse, une histoire charmante, tantôt loufoque, tantôt sérieuse (et toujours assez conservatrice). C’est aussi la source d’un film culte (de Victor Fleming, 1939 – Judy Garland y chante « over the rainbow » –), film le plus vu au monde, paraît-il, et classé comme œuvre majeure dans le Registre international « Mémoire du monde » de l’Unesco. Du patrimoine, donc, mais ébouriffant.