Tor et le prisonnier

Tor et le prisonnier
Thomas Lavachery
L’école de sloisirs (mouche), 2018

Quel cirque !

Par Anne-Marie Mercier

Thomas Lavachery poursuit les aventures de Tor, l’ami des Trolls avec une nouvelle aventure à laquelle ses parents participent cette fois activement : ils ont été mis au courant dans un épisode précédent du fait que :
1 : les Trols existent
2 : Tor est leur ami, ils sont gentils, si on l’est avec eux.
un jeune troll a été capturé par des chasseurs et vendu à un propriétaire de cirque cruel. Le père et l’oncle de Tor se font passer pour des dompteurs de lion (ce qu’ils ne sont pas) pour délivrer l’imprudent.
On retrouve la truculence des personnages, l’ « hénaurmité » des situations, et on se régale avec cette variation sur des thèmes connus.

Loup gris se déguise

Loup gris se déguise
Gilles Bizouerne ill. Ronan Badel
 Didier jeunesse, 2019  

 Les loupés du loup

Par  Chantal Magne-Ville

Depuis La chèvre et les sept biquets, la thématique du méchant qui se déguise pour tromper sa proie n’est pas nouvelle, mais  elle prend  dans cet album une fraîcheur toute particulière, avec les échecs successifs, mais presque réjouissants de loup gris, prêt à tester tous les déguisements pour assouvir sa faim.
Loup gris est déjà  bien connu des jeunes lecteurs, dans des  aventures où il se montre toujours maladroit et malchanceux, notamment dans sa quête de nourriture. Dans ce nouvel album, Gilles Bizouerne raconte les déconvenues  du loup  qui expérimente différents déguisements pour approcher ses proies.
Avec son  ton de conteur inégalable, il ponctue  d’onomatopées  pleines d’humour  les fanfaronnades de celui qui apparait comme un  grand naïf, rempli d’autosatisfaction, avant de déchanter. Héros positif pourtant, que ce loup que rien ne décourage !
L’illustration est un régal par les mimiques de chaque animal, croquées avec un humour jubilatoire. Le jeune lecteur sait toujours que rien n’est bien grave et identifie immédiatement les sentiments de chacun.
Ce bel album séduira  à coup sûr  les fidèles  amis  de loup gris, familiers de ses vaines tentatives pour apprivoiser le monde, mais celui-ci  aura sans doute un écho plus profond, puisqu’il incite à ne pas renoncer devant l’adversité, et à être porté par les encouragements de tous ceux qu’il aurait pourtant bien voulu berner.

Mia contre le monstre terrible

Mia contre le monstre terrible
Nadia Shireen
Album Nathan 2019

La soupe du monstre

Par Michel Driol

Lorsque Mia et Grochat se promènent dans la forêt, qu’ils saluent le hérisson, le renard, les lapins et les souris, ils ne se doutent pas qu’ils vont rencontrer un terrible monstre qui a besoin de tous ces ingrédients pour faire sa soupe. Avec ingéniosité, Mia convainc le monstre de ne pas les utiliser, et finit par enfermer le monstre dans sa marmite, pour se débarrasser de lui.

Voici un album qui présente une petite fille attachante, débrouillarde, pleine de ressources et d’inventivité pour sauver ses amis. Héroïne féminine et positive, Mia ne connait pas la peur, s’avère rusée, capable d’utiliser la parole contre la force brutale du monstre – un géant vert aux dents acérées, mais un peu benêt et crédule,  il est vrai ! L’histoire, pleine de rebondissements, est racontée avec vivacité (dialogues savoureux) et humour : humour du texte et des illustrations, très colorées, et fourmillant de détails (le renard sur la trottinette, les lapins écoutant un transistor). La composition fait alterner les doubles pages expressives et des vignettes, façon BD, qui permettent à la narration de s’adapter au rythme de l’histoire et au lecteur de s’arrêter sur les détails expressifs d’un visage, d’une recette aux ingrédients petit à petit barrés…

Un album drôle pour parler d’entraide, de défense des plus petits, et du pouvoir de la parole !

Au secours sortez-moi de là !

Au secours sortez-moi de là !
Ramadier et Bourgeau
L’école des loisirs, 2016

Loup y es-tu ?

Par Anne-Marie Mercier

Il y a de nombreuses histoires dans lesquelles un loup est coincé dans un puits, restes du Roman de Renart, parodies telles que le Plouf ! de Corentin… mais ici c’es avec la même trame, tout neuf.

Donc, un loup est dans un trou : on le contemple, vu d’en haut (grosse contre-plongée, donc), inscrit dans le carré brun de la page qui montre en perspective ce trou de section carrée, ses bords et son fond, avec le loup noir dedans qui nous regarde. Immédiatement, le dialogue s’engage entre le loup et celui dont on devine vite qu’il représente le lecteur :

  • – Mais que fais-tu là-dedans ?
    – Je suis coincé !
    – comment ça ?

Le loup raconte qu’il a vu un trou dans lequel il y avait un enfant… Pas d’enfant en vue : l’a-t-il mangé ? il prétend que l’enfant est sorti par un tunnel, et que lui n’a pas pu l’imiter car ce tunnel est trop petit pour lui… Le croira-t-on ? La conversation continue, et le lecteur feint d’accepter la proposition du loup qui lui demande de pencher un peu le livre pour qu’il puisse sortir. Mais au lieu de cela le lecteur agite violemment le livre : on voit le loup passer d’un angle à l’autre, Bang, Bing ! Puis il feint encore de vouloir aider le loup, mais retourne le livre brusquement, faisant apparaître la quatrième de couverture qui constate : « Ouf ! le loup n’est plus là ! – On recommence ? »

On l’aura donc compris, ce livre est un étonnant livre-jeu, qui propose à un jeune pré-lecteur de jouer avec ses peurs et de manipuler le livre comme un objet piège.

Mais qui est celui qui dit à la fin « on recommence ? » Cette dernière phrase imite la typographie utilisée pour les propos du loup : le lecteur est-il invité à endosser la peau de ses peurs ? Le loup est-il complice du jeu ?

Bien des questions et une délectation certaine avec ce petit ouvrage cartonné.

Cédric Ramadier s’est fait une spécialité des livres « objets », avec Au secours voilà le loup, Le livre en colère, etc.

 

L’Araignée, le Roi et le Tigre / Anainsi, Kownu anga Bubu.

L’Araignée, le Roi et le Tigre / Anainsi, Kownu anga Bubu. Conte de Guyane, ndyuka-français
Miefi Moese, Sess (ill.)

L’Harmattan, 2013

« Nous allons raconter… »

Par Dominique Perrin

« Un jour l’Araignée se rendit au palais, et dit :

L’Araignée : Mon Roi, je peux conduire le Tigre. »

« Wan dey, Anainsi go na Kownu osuu, a taki :

Anainsi : Mi kownu, mi poy tii Bubu. »

 

araAinsi commence le conte, et voici l’amateur transporté un peu plus, un peu plus vite qu’il n’en a pourtant pris l’habitude avec l’immense répertoire du conte. On entre ici sans apprêt dans l’univers de la transmission orale, quitte à hésiter un peu sur le sens précis à donner au défi lancé de but en blanc par l’araignée (« Je peux conduire le Tigre »). Tout indique qu’un conteur, autrement dit une communauté, habite magiquement cet album très léger à la main ; dès lors, foin des explications et fioritures que les mimiques et les gestes précèdent, ainsi bien sûr qu’une culture tout entière, capable de s’offrir comme instantanément sur le théâtre de ses récits.

Culture transcontinentale du conte, car le lecteur européen sait, d’une certaine manière, que Monsieur l’Araignée est un Tartarin qui a les moyens de sa forfanterie, mais aussi culture Ndyuka à découvrir, à l’intersection d’un certain génie narratif, d’une langue manifestement chantante, et d’une illustration vivante, décomplexée, à l’égal d’un créole iconographique.

Et le catalogue des contes bilingues de l’Harmattant compte ainsi 158 titres de tous les continents ! 

Le Coffre enchanté

Le Coffre enchanté
Jean-François Chabas, David Sala
Casterman, 2011

Fable désenchantée

par Anne-Marie Mercier

« Ce que nous croyons posséder ne compte-t-il pas autant à nos yeux que ce que nous possédons vraiment ? »

Cette conclusion à la fable proposée ici est fort bien illustrée par le texte de Jean-François Chabas dans un récit très classique, sous forme de randonnée avec de belles variations subtiles, un peu d’humour et de cruauté. Les illustrations de David Sala (inspirées de Klimt)  mêlent les techniques et les couleurs de façon somptueuse.

Enfin, tout cela est bien « habillé », comme le coffre de l’histoire, avec une couverture évidée en forme de fenêtre à ogive et une tranche dorée. Cet habillage n’est pas là pour masquer du vide, mais donne une belle allure à la morale finale. Celle-ci est cependant peut-être trop cynique pour être comprise et acceptée par de jeunes enfants.