C’est obligé que les petits cochons se fassent manger par le loup?

C’est obligé que les petits cochons se fassent manger par le loup?
Marie-Agnès Gaudrat, Marie Mignot (ill.)
Casterman, 2021

Questions (pas vraiment) existentielles, quoique…

Par Christine Moulin

L’album repose sur des recettes éprouvées: les pages cartonnées tout-terrain qui permettent même que l’on dévore le livre, les rabats, des illustrations très colorées et expressives, la formule récurrente « c’est obligé que » qui invite à la participation et les rimes. A cela s’ajoute un répertoire de personnages dont le succès est indestructible: le loup, le chat, la sorcière, l’ogre, les cauchemars, plaisamment représentés sous forme de monstres sympathiques. Rien de surprenant. Il est évident que « ce n’est pas obligé » et que le faible l’emportera toujours sur le fort, qui se retrouve toujours en mauvaise posture. Ce qui l’est peut-être davantage, c’est la chute. Alors qu’on croyait assister à une déconstruction des stéréotypes (d’autant que l’illustration qui accompagne la question sur les « grands méchants » représente UNE grande méchante), on quitte le terrain de la littérature ou de la psychologie, pour assister finalement à une glorification de l’intelligence et du savoir: le slogan « On n’est pas bêtes, on a plein d’idées dans nos têtes » est renforcé par des images de livres, de formules mathématiques et d’encyclopédies. C’est ce qu’il y a de plus original dans l’album.

Le Grand Spectacle

Le Grand Spectacle
Claire Franek
Le Rouergue, 2016

Tous en scène !

Par Marion Mas

Une fille coiffée comme un garçon peut-elle représenter une maman ? Un chat peut-il se marier avec une licorne ? Un chien peut-il apprendre à ronronner ? Telles sont les questions que se posent Zoé, Victor, Aziza, Noham, Camille, Raphaël et Bilal, en train de créer un « grand spectacle ». Le trait, imitant le crayon de couleur et jouant à la fois avec les codes de la bande dessinée et du graphisme enfantin, transforme chaque page en petite scène de théâtre. Un rectangle matérialise l’espace sur lequel s’inventent, se négocient et évoluent les rôles de chacun. Ainsi, progressivement, sous les yeux du lecteur, se tisse la trame dramatique d’un spectacle qui met à mal les préjugés. Un bel album, au dispositif original et au graphisme inventif.

On se souvient du Tous à poil ! de Claire Franek, décédée brutalement en 2016. L’obtention du Prix Brindacier 2017 (meilleur album jeunesse contribuant à lutter contre les représentations stéréotypées et sexistes) est un bel hommage posthume.

Le mouton botté et le loup affamé

Le mouton botté et le loup affamé
Maritgen Matter
Illustrations de Jan Jutte
L’école des loisirs (mouche), 2010

Au pays de « Sondestin »

Par Alice Gouin et Sarah Morey

    Voilà une histoire qui semble, dès le départ, avoir un goût de déjà vu. En effet, nous retrouvons les personnages prototypiques du mouton naïf et du loup tiraillé par la faim. Et pourtant, bien loin de ces stéréotypes, l’auteur fait de ce mouton et de ce loup des êtres à la fois difficiles à cerner et attachants.

Le loup convainc le mouton de le suivre afin de lui faire découvrir un pays merveilleux au nom évocateur de « Sondestin », mais surtout afin de le manger tranquillement. Plus l’histoire avance, plus les stéréotypes s’effacent et laissent place à une histoire d’amitié impossible : d’un côté un loup complètement écartelé entre sa faim et les sentiments qu’il ressent pour sa proie, et de l’autre un mouton en quête de reconnaissance et d’amitié, totalement fasciné par son bourreau.

De cette histoire naît un grand suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. Les illustrations épurées de Jan Jutte, dont les couleurs en noir, blanc et rouge,  reprennent les codes du genre policier, viennent renforcer ce suspense, mais facilitent également la compréhension des sentiments complexes ressentis par les personnages.

Ce  petit  roman  illustré  plaira autant  aux grands  qu’aux  petits.A conseiller tout de même aux enfants de plus de 7ans, déjà lecteurs.