Gabo. Gabriel Garcia Màrquez,

Gabo. Gabriel Garcia Màrquez, mémoires d’une vie magique
Oscar Pantoja, Miguel Bustos, Felipe Camargo, Tatiana Cordoba
Sarbacane, 2016

Par Anne-Marie Mercier

Comment écrire la biographie d’un romancier, surtout lorsqu’il s’agit de Gabriel Garcia Màrquez, sans tomber dans le récit d’anecdotes, de moments de vie dont on ne sait s’ils ont un rapport réel avec l’œuvre qui est ce qui importe au premier chef ? Et comment transcrire cela en images, en bande dessinée, sans rester à la surface ?

Les auteurs ont réussi le pari qui consiste à partir de la création pour retracer l’enfance : on commence par l’illumination de Garcia Màrquez qui saisit le fil de son inspiration première, celle qui tourne autour d’une figure d’ancêtre, le fameux colonel Aureliano Buendia, pivot du récit de ses premières années. La deuxième partie retrace les années d’étude, les débuts de la carrière littéraire en rupture avec les désirs de sa famille, la vie difficile et désargentée, les piges de journaliste, l’amour, les amis, les voyages, les débuts de la reconnaissance. La troisième partie le montre journaliste à Cuba pendant la révolution, puis aux Etats-Unis au Mexique. L’auteur traverse l’histoire mouvementée de l’Amérique latine de son temps, est souvent en fuite, et toujours en proie aux doutes et à la difficulté de publier ses livres. Enfin les dernières parties montrent la consécration, le succès de Cent ans de solitude, le prix Nobel, les traductions dans tous les continents, un succès planétaire.

Une vie d’écrivain, c’est cela : une plongée à la source de ses œuvres, les rencontres, les paysages, les amitiés, et l’importance de l’entourage, ici la figure de la femme de sa vie qui le soutient, patiente, partage, endure. C’est aussi la fréquentation d’autres œuvres d’autres auteurs (Kafka, Juan Rulfo, Steinbeck…), le danger, la précarité, le monde de l’édition et du journalisme. Les images ajoutent aux faits la dimension rêveuse qui fait le charme des romans de Garcia Màrquez, un mélange de temps et d’espaces qui se superposent.

Les Fugitifs du futur

Les Fugitifs du futur
Valérie Dayre et Pierre Leterrier
La Joie de Lire (« Encrage »), 2015

Enfants-cobayes

Par Clara Adrados

Des savants « fous », des adolescents charismatiques, des hackers, des squatteurs … une course poursuite entre les personnages. Tout est là pour faire haleter le lecteur, le plonger dans cette histoire. Et on y plonge la tête la première !

Achille et Yak sont deux neurochirurgiens de renom et semblent avoir utilisé leurs enfants, respectivement Mila et Ilam (des jumeaux) et Liam, pour mettre au point leur expérience. Malheureusement, les découvertes scientifiques sont toujours convoitées, et pas que par des gentils. Voilà donc l’intrigue dans laquelle nous plongeons, nous lecteurs.

Plongeons, parce que nous sommes directement happés dans le récit : un narrateur, dont nous ne savons que peu de choses, hormis qu’il connaît Mila et que c’est un agent-dormant, nous transporte dans cette histoire. Le lecteur doit reconstruire la chronologie des événements, replacer le narrateur dans l’histoire… et essayer de comprendre à qui ce dernier s’adresse. En effet, le lecteur est placé dans la position de témoin. Il est pris à partie par le narrateur qui s’adresse soit à lui soit à une instance légitimatrice. Le lecteur devient alors juge de l’histoire qui lui est contée. Le narrateur semble vouloir justifier ces actes et montrer leur nécessité.

On nous invite ainsi à réfléchir sur la nature des découvertes scientifiques et leurs bienfaits, sur la question éthique des expériences médicales, et l’utilisation que certains peuvent ensuite faire d’une découverte scientifique, née au départ d’une volonté de faire avancer le monde.

Un roman donc à dévorer, qui est édité dans la collection « Encrage » de La Joie de Lire. Les lecteurs imprégnés de culture cinématographique et adeptes de SF seront heureux de retrouver des références à ces mondes parallèles ou futuristes.

Chouette Philo. Abécédaire d’Artiste à Zombie

Chouette Philo. Abécédaire d’Artiste à Zombie
Michaël Foessel, Myriam Revault d’Allonnes

Gallimard jeunesse – Giboulées (Chouette ! Penser), 2012

La philo par l’ABC

Par Anne-Marie Mercier

La préface corrige ce que le titre pourrait avoir de léger : ce n’est pas un dictionnaire, ni une encyclopédie mais « un instrument pour mieux s’orienter dans le monde », tout simplement classé par ordre alphabétique, imitant – en petit et en images fixes – l’exemple de l’abécédaire de Gilles Deleuze, présenté de façon posthume dans une interview avec Claire Parnet (réalisation Pierre André Boutang). Ici l’exemple est diffracté : ce n’est pas un philosophe, mais 26 qui s’expriment, avec 26 dessinateurs différents, chacun sur un mot : Artiste, Bonheur, Communauté, Désobéir, Egalité, Finance, Gène, Humain, Imaginer, Jeune, Kiffer, Loi, Moi, Naturel, Opinion, Président(e), Question, Respect, Santé, Travail, Urgence, Voix, Waouh ! X (né sous), Yeux de l’esprit, Zombie(s). On notera l’originalité des propositions de fin d’alphabet, la contrainte des lettres rares poussant à l’imagination…

La Grande Forêt. Le pays des Chintiens

La Grande Forêt. Le pays des Chintiens
Anne Brouillard

L’école des loisirs (Pastel), 2016

Un Pays à vivre

Par Anne-Marie Mercier

Anne Brouillard construit ici tout un univers que l’on espère pouvoir explorer davantage très vite : la Grande Forêt n’est qu’une partie du Pays du Lac tranquille, à l’intérieur de Chintia qui comporte bien d’autres provinces : le Pays Lointain, le Pays Disparu, le Pays des Châteaux… mais aussi le Pays Comici, sans parler du Pays Noyé ou des îles qui l’environnent… Des cartes, soit générales, soit détaillées, nourrissent les « amateurs de cartes et d’estampes » et travaillent avec finesse la veine des pays imaginaires.

Les créatures qu’on y rencontre n’ont rien de trop extravagant ou terrifiant : un chien, Killiok, installé confortablement dans une petite maison où il prend le thé, son ami, un humain, Vari Tchésou (« magicien rouge », on ne nous en dit pas plus), qui devrait être revenu comme tous les étés et qui n’arrive pas, Véronica, une fille qui habite une grande maison, deux corbeaux qui parlent, des bébés-mousse, Monsieur Hysope, Suzy le cheval blanc, des jumeaux volants, le chat Miroir, le chat Mystère…

Il y a un peu de l’univers d’Alice dans la fantaisie des personnages et des situations, un peu du Vent dans les saules avec ces petites maisons de formes diverses très meublées et ces gouters répétés, une pointe de roman d’aventures avec les préparatifs de l’expédition, les sacs à dos, les pique-nique, les dangers, le suspense… et beaucoup d’Anne Brouillard avec le mélange de familier et d’étrange, l’atmosphère nocturne des images, une ombre générale qui fait que la moindre déchirure de ciel bleu est un éblouissement. On se régale.

L’intrigue se déroule pas à pas et se complexifie progressivement ; on découvre par bribes ce monde, tout d’abord à travers Killiok qui, inquiet de ne pas voir arriver son ami, part demander à Véronica si elle a des nouvelles, puis repart avec Veronica et les corbeaux. De rencontres en rencontres, la petite troupe s’agrandit, va de mystère en mystère… et sauve les bébés-mousse. Mais on sait qu’un danger demeure…

Génération K

Génération K
Marine Carteron
Rouergue (Epik), 2016

Pot-pourri scientifico-fantastico-apocalyptique

Par Anne-Marie Mercier

Marine Carteron s’était fait connaître par les Autodafeurs, une trilogie publiée au Rouergue entre 2014 et 2015. Son ancrage dans la SF noire se confirme ici avec un roman haletant, faisant alterner les points de vue de différents personnages qui ne se retrouvent qu’en fin de roman (technique que l’on retrouve dans Game of Thrones, etc., aussi bien à l’écrit qu’à l’écran). L’arrière-plan du roman, fait d’annonce d’épidémies et de réveils de volcans, le rattache à une pensée de l’apocalypse que l’on retrouve dans beaucoup de romans récents (voir la série U4). On l’aura compris, ce roman efficace est dans l’air du temps, et plus encore.

Supers-pouvoirs d’une « race » qui remonte aux temps du déluge (tiens, on dirait le dernier Salman Rushdie, Two Years Eight Months and Twenty-Eight Nights…) , enlèvements, poursuites, retrouvailles inattendues, monstres sadiques, savants sans scrupules, manipulations génétiques, Mafia napolitaine, voitures puissantes, réveil d’un ancêtre mystérieux (on pense à un certain comte Dracula)… On retrouve ainsi des ingrédients connus d’une certaine littérature frénétique (donc post-gothique comme l’était le Romantisme frénétique). A cela s’ajoute un ancrage dans la tradition légendaire, celle du Livre d’Hénoch, apocryphe biblique qui a inspiré John Dee, des courants maçonniques et mystiques, et jusqu’à certains jeux vidéo. Le roman garde une certaine distance grâce à l’un de ses héros, Georges (ou plutôt Georg !) qui ne se laisse impressionner par rien : « Enoch, un descendant de Noé, […] une histoire d’anges qui se seraient accouplés avec des humains et auraient transmis certains de leurs dons à leurs enfants. Bref, un gros ramassis de bêtises », dit-il, préférant s’attarder sur la partie scientifique, théories de Mendel et étude de paires chromosomiques.

Si le livre a été primé (Prix Lire Meilleur roman jeunesse 2016), c’est sans doute grâce à ses héros, un garçon, délinquant violent au grand cœur et très très fort, une adolescente riche et rebelle (avec piercings et tatouages donc), accrochée à son portable et à sa musique « metal », et son amie de cœur (et peut-être plus), jeune fille sage de milieu modeste, en quête de son père.  Tous découvrent leurs origines ou la vraie personnalité de leurs parents (les mères s’en sortent mieux que les pères…), c’est sans doute grâce à ce mélange détonnant (mais pas très étonnant) que la sauce a pris.

 

Simon la Gadouille

Simon la Gadouille
Rob Evans
Traduit de l’anglais par Séverine Magois
L’Arche, 2012

Par Clara Adrados

Dans cette pièce de théâtre on suit l’histoire de Martin, histoire somme toute banale : celle d’un enfant, le nouveau de sa classe, un peu perdu, un peu seul, qui va se lier d’amitié avec l’autre nouveau de la classe, Simon.

L’histoire se passe dans une école primaire, les enfants se cherchent, se chamaillent… Martin est la risée de ses camarades qui s’empressent de se moquer dès qu’une légère différence pointe son nez chez l’un de leurs camarades. Pour Martin, c’est le fait de venir de Birmingham et peut-être d’être un peu timide, en manque d’attention. Simon le sauve et lui permet de rêver, de rire, de s’inventer une vie qui lui correspond, où les moqueries glissent sur lui. Jusqu’au jour où Simon tombe dans la boue et se ridiculise devant tout le monde. Martin ne réagit pas, ne va pas vers son ami pour l’aider. Et c’est le surnom de « Simon la Gadouille » qui poursuit le pauvre garçon où qu’il aille. Les enfants répètent en chœur ce surnom. Le lecteur ressent alors l’oppression à laquelle la victime doit faire face. La narration constituée de très peu de dialogue contribue à rendre ce sentiment d’envahissement, d’étouffement subi par Simon. Peu de mots sont dits, peu de dialogues mais des chuchotements incessants qui constituent une rengaine malveillante dans sa vie. Martin est déchiré entre la culpabilité de renier son ami, et l’envie de faire partie du groupe des « populaires », de ceux à qui on ne donne pas de surnoms dégradants. Il choisira l’entente avec tout le monde plutôt que de garder son ami d’enfance. Les années passent et Martin souhaite revoir son vieil ami. La culpabilité et la peur de le retrouver et de voir qu’il ne lui a toujours pas pardonné hantent ce quarantenaire. Les deux hommes se donnent rendez-vous pour se revoir : une façon de retrouver un vieil ami ? Un moment propice aux excuses, au pardon ? Ou un instant pour se redécouvrir, adulte, dégagé de ces schémas de martyr / groupe dominant ?

Le lecteur peut se faire sa propre fin.

Cette pièce aborde avec justesse un sujet précieux pour les enfants scolarisés : le harcèlement à l’école. Martin semble avoir autant souffert que Simon de cette situation, même s’il a intégré le parti des harceleurs à un moment donné. Cela a détruit une part de lui-même pour que trente ans plus tard il ne se le soit toujours pas pardonné. Le personnage de Martin faisant office de narrateur, nous n’avons pas le point de vue de Simon, et cela donne toute sa force au texte. Simon accepte de revoir son vieil ami et on peut imaginer que ce dernier a bien réussi dans la vie, qu’il s’est construit malgré les maux auxquels il a été soumis, peut-être même que sa force vient du fait de ne s’être jamais plié à ses bourreaux. Une pièce qui ne laisse personne sur le côté : bourreau, martyr … Une ligne facile à franchir.

Réclamez des contes !

Réclamez des contes !
Delphine Jacquot
Les Fourmis rouges, 2016

Belle salade de contes ! achetez ma belle salade, bien fraîche !

Par Anne-Marie Mercier

Pinocchio, la Petite Sirène, Barbe-bleue, la Petite marchande d’allumettes, la Reine de Blanche-Neige, enfin tous les personnages, héros ou ennemis de héros, des contes classiques ont eu un problème à résoudre. La magie n’étant plus de mise dans notre siècle matérialiste, on leur propose à travers des « réclames » à l’ancienne le produit miracle : le loup n’a plus faim, la reine narcissique ne doutera plus de sa beauté, Cendrillon ne perdra plus sa chaussure, le vilain petit canard sera sûr de grandir, la Petite Sirène aura le prince à coup sûr et sans douleur… le conte s’achèvera paisiblement, ou plutôt n’aura pas lieu d’être puisqu’il n’y aura plus de difficulté à résoudre.

La fausse magie du progrès matériel et les illusions qu’on nous vend sont vues ironiquement à travers ces pages de texte qui vantent les qualités d’objets, potions, lotions, ou entreprises, et livrent des slogans définitifs. Il sont accompagnés de superbes images en pleine page qui relèvent davantage de l’art que de la « réclame » et montrent des héros heureux et satisfaits, vivant en paix avec leurs ennemis, confortablement, ou s’« évadant » sans risque, comme la chèvre du professeur Serein, dans un univers virtuel.

 

De givre et de plumes

De givre et de plumes
Edwidge Planchin, Fabienne Cinquin
Editions du Hêtre, 2016


Par Clara Adrados

Très bel album qui aborde un sujet relativement tabou et difficile : la mort d’un nouveau-né.

A travers l’histoire de Grand et de Tout-Petit, le lecteur découvre la joie de l’attente d’un enfant puis la tristesse de perdre cet enfant avant même qu’il ait pu vivre autrement que dans les rêves des êtres qui l’entourent.

Grand, un pingouin, et son enfant Tout-Petit, vivent en harmonie ensemble. Lorsque Tout-Mini arrive soudainement sous la forme d’un œuf dans le trou de givre et de plumes.

Le Tout-Petit est un peu jaloux, un peu effrayé de ne plus avoir ses moments de bonheur avec Grand. Mais ce dernier le rassure.

Tout aussi soudainement que l’arrivée de l’œuf, on apprend que Tout-Mini est sorti trop tôt, il est mort. Tout-Petit s’interroge : « Quand est ce qu’il sera plus mort, Tout Mini ? », « Quand on est mort, on ne peut plus revenir. » lui répond Grand.

Les illustrations, aux couleurs pastel et douces avant la mort de Tout-Mini, laissent place à des images sombres, représentant un monde de neige, de froid, de tristesse. Les images en double pages montrent la distance qui s’opère entre Tout-Petit qui cherche son parent, et Grand qui veut cacher ses larmes, pour éviter que Tout-Petit ne « cesse de grandir ».

Les larmes de Grand sont dévorantes, elles font fondre la neige, Grand ne peut que plonger dans l’eau pour se calmer… loin du monde, loin de son petit. Les illustrations sont fortes de la détresse de Grand et de Tout-Petit. Grand va dans les profondeurs pour s’isoler du monde tandis que Tout-Petit se retrouve seul dans un monde effrayant, peu rassurant.

Puis Grand reprend conscience que son petit a besoin de lui, il sort et protège son petit, le fait sourire … et espère que Tout-Mini les entend et rie de leurs jeux.

Cet album plein de douceur évoque avec justesse la difficulté de faire son deuil pour continuer à vivre, à faire sourire son enfant, en imaginant que l’enfant non né sourit peut-être dans un ailleurs. On notera que les droits d’auteurs sont reversés à l’association Kaly qui soutient les personnes touchées par la mort d’un bébé ou d’un enfant.

 

 

 

Le Fils de l’ombre et de l’oiseau

Le Fils de l’ombre et de l’oiseau
Alex Cousseau
Rouergue, 2016

Rêves de vol en Patagonie

Par Anne-Marie Mercier

le-fils-de-lombre-et-de-loiseauDeux légendes se croisent dans ce récit, celle des mythes autour des premiers hommes volants et des débuts de l’aviation, et celle de Butch Cassidy, réputé mort dans une embuscade en Bolivie en 1908, mais qui réapparait dans ce roman en 1916, au Chili, avec dans sa poche un plan dessiné en 1868 par le père des deux derniers héros de l’histoire, plan qui indique l’emplacement d’un coffre en bois de rose…

Le rêve du vol hante de nombreux personnages de cette histoire qui met en scène plusieurs générations, entre l’île de Pâques et le continent sud-Américain et bien au-delà : Poki, la grand-mère d’Elias et Elie, est partie de son île en suivant le conseil d’une statue, géant de pierre couché dans l’herbe. Devenue déjà « Femme-oiseau » en suivant les rites de son île, elle s’envole « réellement » en se fabricant des ailes, comme Icare et Dédale et arrive sur un rocher en plein pacifique. Elle y rencontre très brièvement Peter Schlemihl, l’homme qui a perdu son ombre (sorti du récit de Chamisso, publié en allemand en 1813), puis erre jusqu’à aborder sur la côte du Chili, où elle donne naissance à un fils. Celui-ci devra réaliser sa quête : ramener une forêt sur l’île de Pâques. Pawel parcourt tout le continent, tombe amoureux, travaille dans les mines, est accusé de meurtre, fuit… Toujours pris pour un autre, toujours emporté dans des quêtes qui ne sont pas les siennes, ce fils a l’air d’une ombre, celle sans doute qu’avait perdue son père. Il y a un peu de l’errance de Candide, avec des rebonds multiples, la gravité de l’exploration du malheur humain, mais la poésie en plus et l’humour en moins. Ses deux fils reprennent son errance, et les fils du récit se renouent à la fin après bien des détours superbes.

Le roman, qui couvre plus de 400 pages, a aussi quelque chose de Cent ans de solitude, avec l’empilement de générations, de légendes familiales, de personnages secondaires marquants, et deux chevaux qui semblent n’en faire qu’un. Impossible à résumer, difficile à lâcher, déroutant, il a des charmes mystérieux.