Gouniche

Gouniche
Delphine Durand
Rouergue, 2016

Gouniche et ses amis

Par Anne-Marie Mercier

Après Les Mous, voici le retour de Gouniche, apparu dans Ma maison en 2000. Gouniche n’est pas un mou, mais il leur ressemble avec son allure de patate et ses petites habitudes. C’est un genre de Gibi (voir le monde des Shadoks de Jacques Rouxel), gentil comme eux, préoccupé de choses simples comme : que faire quand on s’ennuie ? comment emmener en vélo un ami qui n’en fait pas ? comment savoir si son chat est un chien ou l’inverse ? comment communiquer avec une fleur qui vient d’une autre planète ?

Ses amis, la fleur, le caillou, le chien, le poisson rouge, font avec lui toutes sortes de sports et de jeux : ils jouent au Mounoploli, font des acrobaties, regardent ensemble leur feuilleton préféré…

En images séquentielles, images pleine page ou vignettes, fiches techniques, photo-montages… avec un sens de lecture qui varie, chaque situation est absurde et quotidienne à la fois, les images sont loufoques à l’avenant, l’art du documentaire bien mis à l’envers : on aime Gouniche !

Les Bonshommes de neige sont éternels

Les Bonshommes de neige sont éternels
Dedieu
Seuil jeunesse, 2016

Au-revoir Bonhomme ! Bonjour Bonhomme !

Par Anne-Marie Mercier

On commençait à se demander si un album pourrait un jour détrôner histoire de Perlette, goutte d’eau, un classique scolaire de Marie Colmont et Gerda paru au Père Castor, utilisé dans les classes pour enseigner le cycle de l’eau. Celui-ci pourrait être le bon : très grand format, images superbes (qui reprennent l’esthétique sépia et le personnage de A la recherche du Père Noël), et une belle aventure « humaine ».

Les personnages sont pourtant des animaux.

Un écureuil, une chouette, un hérisson et un lapin ont depuis un mois un ami extraordinaire, un Bonhomme de neige qui leur raconte des histoires, organise des jeux, leur rend la vie passionnante et gaie. Mais un jour, ils devinent que le printemps arrive et s’inquiètent pour leur ami : sait-il qu’il va mourir ? Lorsqu’il disparaît, ils apprennent qu’il n’est pas mort, car tout ce qui est eau retourne à la mer ; ils fabriquent un radeau, le cherchent sur l’océan, en vain (« autant chercher une goutte d’eau dans l’océan », dit fort justement l’un). Lorsqu’ils rentrent, bredouilles et tristes, levant les yeux au ciel, ils voient le Bonhomme, assis sur un cumulus, qui les salue. Il leur promet de revenir l’hiver suivant et de leur raconter son tour du monde avec toutes les histoires et les paysages qu’il aura recueillis.

Cycle des saisons, message christique, leçon de « choses » sur le cycle de l’eau, c’est un peu tout cela. Autant dire que le charmant Perlette est un peu fade à côté. Sont évoqués aussi la mort et le caractère éphémère de la vie, la douleur des proches quand ils pressentent la fin de ce qu’ils aiment (que l’on retrouve dans des contes populaires comme « La jeune fille de neige », ou « Le garçon de neige »), la force de l’amitié et du souvenir (on pense aussi à Au revoir Blaireau sur ce thème).

Les images sont à la hauteur du projet métaphysique et physique, avec des couleurs qui passent d’une dominante de blanc au vert, bleu, rouge, puis au blanc. Les animaux sont très expressifs, les plans accentués en plongées ou contre plongées spectaculaires, dramatisant les situations avec efficacité : c’est drôle, émouvant, intéressant, beau…

voir Perlette, en dessin animé.

Je serai cet humain qui aime et qui navigue

Je serai cet humain qui aime et qui navigue
Frank Prévot, Stéphane Girel (ill.)

Hong Fei, 2016

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » … et la poésie

Par Anne-Marie Mercier

Il faut de l’espace pour évoquer le temps, la mer, l’amour, le lien, les racines… L’album est généreux et propose un grand format et même, vers la fin, une quadruple page à déplier. Les dessins, stylisés, plantent un décor de verts et de bleus, qui tournent parfois à l’orangé et au rouge, violet : décor d’herbe, de mer, de nuages, et parfois d’horizons lointains et de motifs exotiques, où l’envers peut être l’endroit.

Sur la plage où il accompagne son grand-père chaque année pendant l’été, un enfant trouve un coquillage sur lequel est inscrite la phrase « écoute-moi ». Il y entend des sons étranges, des rythmes, qui peu à peu deviennent un langage inconnu, langage qu’il finit par traduire, d’abord pour dire le poème qu’est la vie de son grand-père, puis pour dire la sienne avant d’inventer un autre poème.

Ce tâtonnement à la recherche d’un sens à donner au langage poétique s’accompagne d’une interrogation sur les origines : l’enfant  a pour ancêtres un marin européen et une femme originaire de Polynésie. A cette question qu’il se pose, il répond en fin de parcours avec le projet d’« être un humain », ce qui dit beaucoup, mais aussi un humain « qui aime et qui navigue », comme son grand père ; sera-ce sur la mer ou sur les vagues de la poésie ?

Ce narrateur est aussi un humain qui lit de la poésie, les références à des textes et auteurs connus étant nombreuses, sous la forme de clins d’œil, d’évocations plutôt que de citations et la question de l’écoute et de l’appropriation des sons, centrale.

L’histoire, comme les images, est dense, forte, et la magie du chant du coquillage prenante.

Stéphane

U4. Stéphane
Vincent Willeminot

Nathan/Syros, 2015

U4 – La filière lyonnaise

Par Anne-Marie Mercier

Quatrième et dernière chronique à propos de U4.

Stéphane est à la fois le plus « ado » (au sens de dur, violent) et le plus enfantin de la série : ce paradoxe s’explique en partie par le fait que la narratrice et héroïne, Stéphane, n’a pas perdu toute sa famille dans l’épidémie, contrairement aux autres personnages et est même persuadée que tous sont en vie, quelque part : le père tout puissant aura réussi à les sauver. Ce père est un scientifique, un médecin qui travaillait au fameux laboratoire « P4 » de Lyon, chargé de la recherche sur les virus hautement dangereux ; il voyageait beaucoup, allait en « mission humanitaire », et transmettait à sa fille quand il la voyait (pas très souvent…) son savoir. La naïveté de Stéphane dure longtemps, comme son espoir de retrouver son père, forcément (selon elle) pas au courant de ce qui se passe, pas d’accord avec les violences de l’armée, et capable de tout arranger dès qu’elle l’aura retrouvé. La première partie du roman est fait de contrastes forts, entre la rencontre avec un garçon qu’elle aimera et avec qui elle essaie de sauver les animaux du parc de la Tête d’Or et le massacre qui les détruira, lui et les bêtes qu’il voulait sauver, et entre l’implication de Stéphane dans le travail de réorganisation voulue par les officiels et sa révolte et sa fuite avec Yannis et Jules.

On pourrait ajouter que la naïveté du roman découle du traitement du personnage  de Stéphane : du fait de sa filiation, elle est considérée comme savante, capable de travailler dans les hôpitaux de fortune. Il est vrai que, tous ceux qui étaient âgés de plus de dix-huit ans étant morts, ceux-ci sont dirigés par gens à peine plus qualifiés qu’elle, des étudiants de médecine de première année pour la plupart (on se demande comment tous les blessés ne sont pas morts et les talents de Stéphane, capable de réaliser une amputation laissent perplexe, mais bon, l’intérêt du livre n’est pas là – on attendait un peu plus de vraisemblance cependant).

L’intérêt du roman tient à la personnalité de l’adolescente, capable de dureté extrême, confiante dans l’autorité et pétrie des préjugés et illusions de sa classe, et à son détachement progressif de ses certitudes (sa rencontre avec Yannis, adolescent du quartier du Panier à Marseille, l’y aide).

Le trajet de Lyon à Paris reprend les éléments donnés par les trois autres romans, mais à travers son point de vue, assez différent de celui des autres du fait de sa situation particulière, que l’on a évoquée plus haut. La violence de Stéphane, physique et verbale, le rapport très distant avec le jeu Warriors of time qui réunit les protagonistes, la rencontre avec son père et le retour au réel qui s’ensuit le mettent un peu à part. Mais chacun de ces romans n’est-il pas d’une manière ou d’une autre « à part » des autres ? C’est la réussite de l’entreprise de U4.

L’Ours qui n’était pas là

L’Ours qui n’était pas là
Oren Lavie, Wolf Erlbuch (ill.)

La Joie de lire, 2015

Qui suis-je ?

Par Anne-Marie Mercier

Conte philosophique, parcours cocasse entre le nonsense et la vérité brute, images à la simplicité conceptuelle qui s’enrichissent au fur et à mesure que la fiction « prend » et que le personnage acquiert de l’épaisseur, de l’existence, une identité, cet album est tout cela.

Le personnage naît d’un geste, d’une sensation : on n’est pas loin du cogito cartésien… Qui suis-je en dehors de ce que je pense et perçois ? Le gratouillis engendre l’ours et celui-ci cherche ensuite à construire son identité, à s’adjoindre des qualificatifs (« gentil », « heureux », « beau »), grâce aux rencontres qu’il fait en chemin, jusqu’à la maison qui est la sienne et qui le rassure sur la place qu’il occupe dans le monde.

Texte circonspect, drôle et juste, images sobres et riches : une petite merveille, dans laquelle on retrouve tout l’esprit des ouvrages de Wolf Erlbuch, qui n’est ici pourtant « que » (si l’on peut dire) l’illustrateur, esprit porté par le texte d’Oren Lavie (pseudonyme ou pas, quel beau nom !), chanteur-compositeur et interprète, dramaturge et metteur en scène, dont c’est le premier album. Une de ses chansons, « On the opposite side of the sea », a obtenu pour le texte le prix de l’ASCAP (American Society of Composers, Authors, and Publishers)

 

Zapland

Zapland
Marie-Aude Murail, Frédéric Joos (ill.)

L’école des loisirs (Mouche), 2016

De l’apprentissage de la lecture,
ou Naissance d’une écrivatrice

Par Anne-Marie Mercier

 

Tanee vit dans un monde futuriste, en 2054, avec des télé-transports, du télé-travail, des professeurs de plus de 80 ans, des voitures volantes, de la nourriture synthétique… Comme elle a huit ans, elle doit apprendre à lire mais ne sait pas bien à quoi cela peut servir : elle dicte tout ce qu’elle veut à un phonoscript, et toutes les informations nécessaires sont données vocalement ou à l’aide d’images. Elle fréquente donc, en s’ennuyant beaucoup, le cours de madame Poincom. Elle travaille sur écran avec le jeu (« débile ») de la forêt enchantée de Zapland dans lequel elle doit trouver et exterminer des A, des O…, enfin toutes les lettres de l’alphabet : enseignement « ludique » qui l’ennuie profondément car il est dénué de sens.

On comprend vite que ce qui est visé là c’est l’enseignement de la lecture par le « code » (le B. A., BA ou méthode syllabique, qui fait son grand retour depuis quelques temps via les nostalgiques de l’école à l’ancienne). Lorsque cet apprentissage n’est pas couplé avec celui du sens et ne correspond pas à un désir, même a minima celui de faire plaisir à son entourage, ou du moins à une curiosité de l’enfant, il est voué à l’échec : lire ce n’est pas décoder, mais c’est comprendre, pour reprendre les termes d’E. Charmeux. On comprend aussi pourquoi ce texte est dédié à Jean Delas, fondateur de l’Ecole des loisirs : cette maison d’édition s’est définie par la volonté de proposer de vrais textes, bien écrits, inventifs, touchants, des textes qui donnent envie de lire et qui donnent du sens à cet apprentissage difficile et laborieux pour la plupart des enfants.

Mais ce petit roman drôle et prenant n’est pas un manifeste : on suit les aventures de Tanee qui, avec son amie C@ro, s’aventure dans Lequartier, une zone en ruine, interdite. Elle y découvre un livre illustré, sans bien savoir ce qu’elle a dans les mains (cela donne un très joli passage) et, avec l’aide de sa grand-mère, entre dans la magie de l’histoire que celle-ci lui lit, et comprend qu’autrefois il y avait des écrivains (« écrivatrice » au féminin ? la grand-mère ne sait plus). Cela lui donne envie de la lire elle-même, puis d’en écrire d’autres, et enfin de les illustrer… à la main, avec d’autres antiquités rarissimes : des crayons de couleur.

C’est un autre mérite de ce petit roman : il évoque la perte que constitue l’abandon de l’écriture manuscrite et plus généralement de l’habileté graphique au profit de réalisations faites par des machines. Ce n’est pas uniquement un problème pour l’enseignement primaire (dans certaines écoles d’Amérique du Nord on n’enseigne plus l’écriture des lettres, tout écrit se faisant en lettres bâtons ou en traitement de texte), mais il concerne toute la société : être capable de faire un croquis et d’écrire rapidement et lisiblement à la main sont des talents qui deviennent rares.

Ces idées fortes ne sont pas assénées, elles restent en arrière-plan, dans une vraie histoire, de vrais personnages, et une vraie aventure : du beau travail d’écrivatrice !

Renommer

Renommer
Sophie Chérer, Philippe Dumas (ill.)

L’école des loisirs (Medium), 2016

La vérité des mots, la force du langage

Par Anne-Marie Mercier

Saviez-vous que Avion était non seulement un dérivé d’avis (oiseau, en latin) mais un acronyme pour Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel ? Que Freud avait commencé en s’intéressant à la Séduction (dans sa dimension fréquente d’inceste) avant de forger sa théorie de l’Œdipe ? Que le mot bulldozer a désigné à l’origine un groupe de racistes américains ?

Sophie Chérer a pu constater l’enthousiasme des enfants et adolescents (mais aussi de plus grands) devant les origines des mots, le sens caché suggéré par l’étymologie, les familles qu’elle fait deviner, l’extrême richesse de cette « science ». Les guillemets sont là pour exprimer une certaine réserve, non face à ce livre, bien fait et bien écrit, utile et passionnant, mais face au principe qui le sous-tend : les étymologies sont souvent hasardeuses et on ne peut – depuis les excès de certains aux XVII et XVIIIe siècles –  que les prendre avec prudence car la « Vérité » qu’elles proposent est fluctuante et les conclusions qu’on en tire … personnelles – ce qui fait leur charme.

Mais la prudence n’exclut pas la découverte; la jubilation qui parcourt ce livre est contagieuse et efficace : chaque mot donne lieu à une interrogation qui va au-delà de la question des origines et nous amène à notre temps présent. Ainsi, dans la partie intitulée « Nature », les mots « bio », « couleur » conduisent à une réflexion contemporaine… Dans la partie consacrée aux noms propres on découvre non seulement quel personnage a donné son nom à un mot, mais aussi on tire des leçons de la vie de cette personne et des circonstances de cette nomination (Eiffel, Séquoia, Espiègle, Boycot…) La partie consacrée aux sentiments fait l’histoire de l’un (curiosité), propose un mot nouveau pour un autre (mellonalgie), médite encore sur le dévoiement d’autres (religion, psy).

D’autres rubriques (Economie, Langage, Société, Technique), parcourent notre monde avec les mots, pestent contre le « ludique » et ses avatars (je suis bien d’accord, ce mot envahit le langage des jeunes enseignants à tout propos), s’interrogent sur l’évolution du sens du mot laïcité, sur le refus de la morale au profit de l’éthique, sur le fait que la plupart des insultes désignaient au départ des êtres disgraciés par la nature, pauvres, malchanceux…

Instructif… dans tous les sens du mot !

Histoires naturelles

Histoires naturelles
Jules Renard, Jean-François Martin
Grasset jeunesse, 2016

L’animal en beauté

Par Anne-Marie Mercier

On oublie souvent, quand on s’intéresse à la littérature patrimoniale accessible à la jeunesse, les Histoires naturelles de Jules Renard. L’un de ses textes sur les fourmis est bien connu (« Chacune d’entre elles ressemble au chiffre 3. Et il y en a ! Il en a ! Il y a en 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3… jusqu’à l’infini (etc.) »), mais les 10 autres choisis dans cette anthologie sont tout aussi savoureux et extrêmement divers : petit récit en forme de fable, rencontre vécue par un narrateur au regard d’enfant, description minutieuse et poétique, tous proposent une rencontre paisible, qui cherche à rompre le rapport prédateur-proie (le cerf, le goujon, la cage sans oiseau) et joue avec les clichés. Comme l’indique la postface, mettre « Histoires naturelle » au pluriel est significatif.

La poule, « l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille », quant au chat, le texte qui lui est consacré ferait un bon pendant à la lecture du Journal d’un chat assassin d’Anne Fine :

« I. Le mien ne mange pas les souris, il n’aime pas ça. Il n’en attrape que pour jouer avec. Quand il a bien joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l’innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.
Mais à cause de ses griffes, la souris est morte.

II. On lui dit : « prends les souris, laisse les oiseaux ! »
C’est bien subtil et le chat le plus fin quelquefois se trompe.»

Les images de Jean-François Martin, réalisées suivant le principe de « La Collection » avec une palette limitée de 3 ou 4 couleurs, sont de petites merveilles, tant dans leur aspect que dans leur fidélité à l’esprit du texte : humour, mystère, jeu…

« La Collection », est vraiment une belle collection, à suivre!

 

Hector et les pétrifieurs de temps

Hector et les pétrifieurs de temps
Danny Wallace
Traduit (anglais ) par Marie Leymarie, illustré par Jamie Littler
Gallimard jeunesse, 2015

La guerre des montres

Par Anne-Marie Mercier

Ce roman presque graphique est abondamment illustré et de nombreux dialogues sont composés avec une typographie particulière, indiquant des cris, une voix aigre, etc. il est donc très imagé à tous les sens du terme.

L’aventure d’Hector se déroule dans une bourgade où il est dit qu’il ne se passe jamais rien en dehors des petits tracas habituels, notamment ceux d’un écolier tourmenté par des camarades plus forts et plus agressifs. Il demeure que le père du héros a disparu dans des circonstances mystérieuses, comme d’autres adultes du village, que certains adultes autrefois aimables sont devenus très désagréables, et que Hector fait l’expérience d’un temps arrêté pour tous mais non pour lui. Passée l’exaltation de voir qu’il peut pendant quelques minutes faire tout ce qu’il veut sans sanction, il découvre que des monstres envahissent la ville durant ces pauses, que ce sont eux qui sont à l’origine de tous les événements bizarres, et que d’autres enfants du même âge que lui se sont ligués pour les anéantir et retrouver leurs parents. Ce n’est que le début d’une future série – que je ne lirai sans doute pas.

Le récit est trépidant, les personnages nombreux et caricaturaux ; l’utilisation fréquente de situations grotesques et peu originales (avec des incursions dans le scatologique ou le dégoûtant monstrueux) mettant en scène aussi bien des enfants que des adultes (receveuse des postes, marchande de bonbons, enseignants…) sont autant d’ingrédients visant de manière ciblée des lecteurs pré-adolescents qui ne rechercheraient pas la finesse. Mais la question du temps et de sa mesure est vue avec une certaine habileté.

Histoire du loup qui dévorait des histoires

Histoire du loup qui dévorait des histoires
Anne Jonas, Brunella Baldi
Éditions de l’édune, 2015

 

L’origine de la violence et Le Chaperon rouge

« Dévorer » un livre, la formule est prise au pied de la lettre par Anne Jonas et Brunella Baldi : un loup, comme beaucoup de loups modernes, n’aime pas manger les bêtes et les gens, c’est donc un loup-gentil, ce qui est devenu assez banal. Première originalité, il se nourrit des histoires qu’il entend en guettant sous les fenêtres. Deuxième originalité : les auteurs poussent la logique jusqu’au bout : qu’arrive-t-il lorsque ce loup entend l’histoire du Chaperon rouge ? Le processus identificatoire jouera-t-il ? L’indignation devant l’injustice qui lui est faite le poussera-t-elle à changer d’attitude ?

On trouve de,multiples clins d’œil, aussi bien dans le texte que dans les images, à de nombreux contes. Mais on peut voir aussi dans cet album un conte étiologique qui imagine l’origine de toutes les histoires de loup, un « commencement » aux fictions qui font peur, à travers l’histoire de celui qui était  » peut-être le premier loup ».

Fable philosophique, vertigineuse comme la question de savoir qui est premier, de l’œuf ou de la poule. La violence existe-t-elle pour le petit d’homme avant qu’on la lui raconte ? Les images, très expressives, offrent une vision biaisée par les émotions, entre réalisme et schématisme, accentuant les effets de peur et le mystère.