L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm

L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm
Ann Jonas, Sébastien Mourrain

Seuil jeunesse, 2013

GRRR !

Par Anne-Marie Mercier

hommealapeaudoursC’est un conte bien étrange que celui de L’Homme à la peau d’ours, des frères Grimm : Au début de l’histoire, on voit que la paix est un malheur… pour les soldats qui ne savent rien faire d’autre et que la société abandonne. A la fin, deux des personnages se suicident (certes, il s’agit des méchantes sœurs de l’héroïne). Au milieu, un pacte avec le diable : le héros accepte de revêtir une peau d’ours et de ne pas se laver et se couper les ongles et les cheveux et ainsi de provoquer le dégoût chez ses semblables, malgré sa bonté. C’est une sorte de métamorphose réaliste qui oppose apparence animale d’une part, bonté et … richesse d’autre part, le second étant le plus souvent plus efficace que le premier.

Le mélange est curieux, entre obsession de l’argent et fantastique. Les dessins stylisés et sobres de Sébastien Mourrain (dommage cependant que l’intérieur soit d’un style différent de celui l’illustration de couverture) et le texte d’Anne Jonas suivent fidèlement l’original.

Pour écouter le conte

Fusée

Fusée
Edouard Manceau
Seuil jeunesse, 2013

Boum !

Par Anne-Marie Mercier

fusee10, 9, 8, 7…. Les chiffres du compte à rebours s’égrènent sur chaque double page paire, tandis qu’en face, sur l’autre page, se combinent peu à peu les éléments qui feront l’image de la fusée. Lorsque tout est en place et que les deux petits spationautes sont installés, départ! … puis explosion et chute de tous les éléments à recomposer.

Il y a du jeu jubilatoire dans cette accumulation et dans cette destruction explosive, une invitation à recommencer, un peu comme dans le grand petit album de Christian Bruel et Nicole Claveloux, Alboum, souvent imité, jamais égalé. Ici, Edouard Manceau a ajouté une pointe d’originalité dans la mesure où c’est une image qui se construit et où l’album entier tourne autour de la création / destruction d’une image. Les couleurs franches explosent elles aussi de page en page.

La Nuit du Nécromancien (Un Livre dont vous êtes le héros)

La Nuit du Nécromancien (Un Livre dont vous êtes le héros)
Steve Jackson et Ian Livingstone
Traduit (anglais) par C. Degolf
Gallimard Jeunesse (Défis fantastiques), 2012 [1982]

Petit dictionnaire (lassant) des synonymes

Par Matthieu Freyheit

La NuitdunecromanienLa Nuit du Nécromancien (tout un programme) a l’originalité de vous faire mourir très vite. Non, je ne viens pas de ruiner le suspens, puisque l’un des ressorts de ce volume concerne la possibilité de regagner votre enveloppe charnelle. En attendant, profitez de vos heures comme spectre pour voler dans les airs ou prendre possession du corps d’un autre. Petit topo : après avoir gagné une bataille contre les seigneurs des ténèbres (ils sont de tous les mauvais coups), vous rentrez en votre pays, fier de votre victoire sur les loups-garous et autres vierges des sépulcres (???). Votre joie est de courte durée puisque, sur le point d’arriver, une embuscade vous fait affronter un sinistre Disciple de la mort (dans les LDVEH, on ne lésine pas sur le champ lexical de la mort et de la démonologie). Résultat : vous voilà spectre. Et l’aventure commence.

C’est vrai : les Livres dont vous êtes le héros ne manquent pas de clichés. Allons plus loin : ils les accumulent, de manière parfois malheureuse. La Nuit du Nécromancien va peut-être trop loin dans l’usage des créatures ténébreuses et des adjectifs perpétuellement adjoints à toutes choses. Jusqu’à votre épée (magique, bien sûr) qui porte le doux nom de Fléau de la Nuit. FLÉAU DE LA NUIT. Rien que ça. À la multiplication des qualificatifs, le livre ajoute une multiplication des combats. Pour les habitués des jeux vidéos qui ont hurlé de se trouver projetés dans une arène de combat tous les trois pas, la sensation est ici un peu la même. Araignées de la mort, roi des ombres, faucheurs d’âmes, goule putride, chevaliers de la terreur, ‘putrescent’ (oui, simplement ‘putrescent’) et j’en passe, tout y est, de manière un peu lassante. Une curiosité quand même au détour de votre route : une apparition toute gandalfienne qui, bâton à la main, empêche l’accès d’un pont et vous assène fièrement : « Aucun spectre ne peut passer ici ». Ça vous rappelle quelque chose ?

Vous l’aurez compris, il s’agit bien pour une fois de mettre en avant les limites d’un genre basé sur l’incomplétude et sur une esthétique sans doute trop assumée et donc limitée pour être pérenne. L’incomplétude du personnage demeure sans doute l’une des plus fondamentales. Le plaisir d’entrer dans la peau d’un chevalier ou d’un mage n’est pas remis en question, mais peut être empêché en grande partie par l’absence d’investissement de ces figures. La lecture du LDVEH en appelle à une mémoire concrète matérialisée par notre feuille de route. Elle évacue, en revanche, la mémoire affective qui permettrait une adhésion plus profonde au système mis en place. Il n’est pas étonnant à ce titre que ces livres n’aient pas dépassé la fin des années 1980, balayés par les jeux vidéos qui ont peu à peu permis, précisément, d’offrir à la fois l’espace du choix et celui de l’affect (les fans gardent à l’esprit l’exemple de Final Fantasy VII). Art sans mémoire parce que privé de sentiments (et souvent – cela est évidemment lié – de style), le LDVEH se lit et s’oublie comme s’oublient le nom de leurs auteurs, hormis aujourd’hui dans un cercle d’internautes nostalgiques qui font de ces livres des objets de collection. Formulons à nouveau le vœu exprimé dans une notice déjà consacrée au LDVEH : il serait heureux qu’un auteur doué d’imagination et de style s’empare des richesses techniques offertes par ce genre, et fasse ainsi la démonstration de sa valeur critique. Même si, il faut bien l’avouer, la nostalgie a ses délices.

 

 

Sous l’armure Catherine Anne

Sous l’armure
Catherine Anne
L’école des loisirs (théâtre), 2013

Sous l’armure, c’est une fille

par Anne-Marie Mercier

SouslarmureLa trame de la pièce est assez classique, du moins aujourd’hui : un seigneur part à la guerre, emmenant avec lui son fils adoptif qui n’aime pas se battre et laissant à la maison sa fille qui rêve d’être chevalier.

Echange d’identité,  combats et blessures, scène de reconnaissance, pardons… On n’est guère surpris mais charmé : les paroles simples et brèves des personnages, le style dépouillé contribuent à la poésie de l’ensemble.

Mathieu Hidalf et la Foudre Fantôme

Mathieu Hidalf et la Foudre Fantôme
Christophe Mauri

Gallimard Jeunesse, 2011

Petit manuel du parfait aventurier égoïste ?

 

Par Matthieu Freyheit

Mathieu Hidalf 2Dans une chronique précédente, l’auteure s’interrogeait sobrement : « Cet enfant est-il totalement stupide ? » On aurait envie de répondre tout aussi sobrement : oui. Jusqu’à un certain point, seulement. Au mot désopilant employé par les critiques pour évoquer les aventures du jeune Mathieu Hidalf, on voudrait substituer celui d’horripilant. D’un égoïsme forcené, le héros gâche parfois de sa présence un livre bien écrit et au rythme soutenu. Toutefois, ce deuxième épisode des aventures de Mathieu implique une évolution du personnage qui quitte peu à peu (on espère définitivement) l’âge exclusivement égoïste pour développer une personnalité plus complexe. On aimerait en effet que l’égocentrisme du jeune garçon soit rendu plus jouissif et décomplexant pour le lecteur par le retour qu’autorise le second degré. Mais l’égoïsme enfantin est peut-être celui-ci qui, précisément, n’intègre pas encore cette complexité.

Ainsi Mathieu Hidalf grandit-il dans ce volume. C’est bien toute son importance d’ailleurs, psychologique et narrative. Parvenu à l’âge de onze ans, Mathieu peut enfin se présenter aux épreuves d’entrée de l’école de l’Élite. Son ambition n’est pourtant pas glorieuse en intégrant cette école : acquérir une liberté telle qu’il pourra assouvir pleinement les volontés de sa formidable personne. La suite des événements va partiellement transformer cette ambition. Si l’on est tenté de rayer les répliques souvent agaçantes du héros, on est aussi agréablement surpris de voir l’auteur amener des changements discrets et subtils dans le caractère de son personnage. D’autant plus que le lecteur a la chance de pouvoir s’attacher à des personnages secondaires bien construits : Juliette d’Or, sœur de Mathieu ; Juliette D’Airain, sœur de Mathieu ; Rigor Hidalf, père de Mathieu ; ainsi que ses compagnons directs d’aventure. Au contact de ces différentes figures, l’égoïsme du héros connaît ses premières limites, et c’est tant mieux. Car en sous-main, le livre reprend le motif agaçant et éculé de l’originalité, armé du cliché selon lequel c’est en débordant des cadres et des conventions que l’enfant construit sa personnalité… Rien de nouveau sous le soleil. À moins – on l’espère – que ce deuxième volume ne soit pour l’auteur l’occasion de défendre l’idée que le cadre sert précisément à complexifier une personnalité qui, sans limites et sans conventions, demeure monolithique, donc inintéressante. On peut douter cependant que cette interprétation fasse sens auprès des jeunes lecteurs, tant elle ne parvient pas à s’imposer dans le roman devant l’égoïsme de Mathieu. C’est, peut-être, l’une des intelligences de Christophe Mauri : nous donner l’envie de plonger dans le volume suivant pour confirmer ou infirmer cette évolution. Tout en ramenant l’enfant à ce qu’il est et doit être : un enfant, dont il ne faut pas attendre des comportements d’adulte. Pas encore.

Une Journée à Pékin

Les titres de nos dernières chroniques (Poisson-chat, Le Clan des chiens, Le Goût d’être un loup, La Fabuleuse Aventure de Frida cabot…) vont finir par faire croire que Li&je est un blog pour amis des bêtes. Un peu d’humanité et d’urbanité, donc pour resituer les choses.

Une Journée à Pékin
Sun Hsin-Yu
L’école des loisirs, 2013
UnejourneeapekinUne petite fille sort de chez elle, court après un chat (encore un !) et à sa suite parcourt différents quartiers de Pékin, puis différentes époques : entrant dans la cité interdite, elle pénètre, à la manière de Mary Poppins, dans une image et rencontre un petit garçon qu’on devine être le dernier empereur.
La ville ancienne avec ses Hutongs et la ville moderne, avec ses immeubles, son stade olympique et son université, sont tracées au dessin à l’encre, servent de cadre à la promenade de l’enfant mais aussi à toutes sortes d’activités : on voit les habitants de Pékin travailler, faire du sport, de la musique… On est ainsi loin des clichés sur la Chine, même si l’incursion dans le passé en propose quelques-uns. Le  dessin à l’encre est relevé de quelques touches : le rouge de la robe de la petite fille, le noir du chat, la jaune du costume du petit garçon…, l’on parcourt avec délice cet espace très fluide où chaque double page propose tout un monde.
Une partie documentaire clôt l’ouvrage.

L’Ile au trésor

L’Ile au trésor
Robert Louis Stevenson
Illustré par Jean-François Dumont
Traduit (anglais) par Déodat Serval
Flammarion, 2013

Un classique  illustré

Par Anne-Marie Mercier

ileautresorRéédition d’un ouvrage publié en 2004, cette version de l’île au trésor a fait le choix de la  tradition : des illustrations à l’aquarelle fidèles et précises accompagnent tous les chapitres, soit pour mettre en valeur des détails, soit pour créer une atmosphère ou mettre en scène un épisode. La traduction est fidèle et maintient le ton un peu suranné du récit de Jim Hawkins. Tout cela est présenté dans une belle mise en page et sur du beau papier, un bel ouvrage… classique.

De Flaubert à Zola

De Flaubert à Zola. 15 extraits pour découvrir la littérature du XIXe siècle
Michel Laporte
Flammarion, 2012

Découverte ou approfondissement ?

Par Anne-Marie Mercier

deflaubertazolaToute anthologie a ses mérites, mais c’est encore plus vrai lorsqu’elle annonce son propos. Ici, le titre est trompeur (comme dans une anthologie de fantasy, de la même collection, chroniquée auparavant). Il ne s’agit pas tant de découvrir la littérature du 19e siècle (et où serait le théâtre ?) que d’éclairer quelques pans de l’histoire sociale du temps à travers des romans, un texte utopique et un extrait de L’Année terrible de Hugo. La division en chapitres le dit assez clairement : « enfances » (avec un texte d’auteures aujourd’hui peu connues, Marguerite Audoux et la baronne Staffe, « la vie de famille » (représentée curieusement par la scène du mariage de Madame Bovary), « vivre au jour le jour » (travailler, manger, consommer à travers des textes de Zola), « regards sur l’histoire » (essentiellement la deuxième moitié du 19e siècle : la défaite de 1870, et ce qui suivit, le colonialisme, avec un choix original et bien trouvé, un texte des Vacances de la Comtesse de Ségur), et enfin le progrès avec Bouvard et Pécuchet et L’Ile à hélice de Jules Verne.

Les textes sont tous intéressants, mais pas forcément immédiatement en tant qu’extraits pour des collégiens ou des lycéens. On imagine plutôt qu’ils peuvent être une source de textes complémentaires pour des enseignants qui voudraient ouvrir leurs cours sur lune perspective d’histoire littéraire du temps.

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces
Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse, 2012

Belle confirmation

Par Matthieu Freyheit

MatthieuhidalfroncesDans le deuxième volume de la série, Christophe Mauri engageait une première modification du personnage qui cessait d’être ce monstre d’égoïsme du premier opus pour s’ouvrir à l’acceptation des autres. Dans ce troisième volet, l’auteur confirme cette évolution du héros qui, tout en conservant (aux yeux des autres surtout) son caractère « légendaire » (on préfère « insupportable »), devient aux yeux du lecteur un adolescent complexe, parfois même intéressant. N’en déplaise par ailleurs aux titres très J.-K.-rowlingiens de la série, le personnage de Mathieu Hidalf n’a pas grand-chose de l’ennuyeux Harry Potter, et tient parfois davantage de l’insupportable (lui aussi, d’où la liaison) Naruto, du manga de Masashi Kishimoto, avec qui il partage le même objectif : devenir le plus célèbre des combattants d’élite. Cependant, le bon cœur de Naruto est remplacé ici par le malin génie de Mathieu Hidalf. Pourtant, pourtant ! le plaisir du lecteur naît cette fois, précisément, du bon vieux principe de l’arroseur arrosé : Mathieu Hidalf battu à son propre jeu, pris à ses propres pièges, le tout dans une intrigue rondement menée et, il faut bien l’avouer, passionnante. Christophe Mauri n’écrit pas sans humour, et les revers de son personnage ne peuvent que nous ravir.

Voila, en peu de mots, de quoi il s’agit. Les lecteurs du premier volume se souviennent que Mathieu Hidalf est parvenu à faire épouser au roi, contre son propre désir, une vieille sorcière. Le Gand Busier (c’est comme ça qu’on l’appelle) voit enfin venir l’heure de se venger : il profite, avec Hidalf père, d’une conférence de presse donnée par Mathieu pour le piéger et annoncer son mariage avec son ennemie jurée : Marie-Marie du Château Boisé. S’ensuit une fuite non pas en Egypte mais dans l’enceinte de l’école des Élitiens, dans laquelle Mathieu a été accepté au cours du deuxième opus. Dès lors tout s’enchaîne et l’on retrouve avec bonheur des personnages secondaires riches et finement travaillés par un auteur qui a l’intelligence de ne pas tout miser sur son héros.

La série de Christophe Mauri, en somme, évolue significativement, tant dans l’avancée de ses aventures que dans la construction de ses personnages. Aucun n’est oublié, et quelques détails préparent d’ores et déjà le terrain d’une suite que l’auteur, dans son talent, sait nous faire attendre. Bien joué !

 

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo
Michael Honacker
Flammarion, 2013

 Le Yakusa courtois

Par Anne-Marie Mercier

yakusaVoilà Michael Honacker embarqué dans une histoire de Yakusa. Mais comme à son habitude, il complexifie un peu le genre : il ne s’agit pas d’une simple histoire de gangster, même pimentée d’un code de l’honneur à la sauce japonaise, même avec la mention de « gokudo » qui évoque un manga et dessin animé célèbre.

Lorsque Saburo, jeune yakusa prometteur, rencontre une jeune fille sortie de l’eau du port de Kishiwada ; il la prend pour la déesse des eaux dont il porte le visage tatoué sur l’épaule, celle dont il aimait l’histoire que lui racontait sa mère. Pour cette jeune fille mystérieuse, amnésique et aphasique, il défie les règles de son clan, met en danger sa mère et lui-même. C’est comme d’habitude bien enlevé, plein de mystères et doté d’une certaine poésie. C’est aussi le début d’une série entre aventures et espionnage : on devine que les otages du dieu dragon (des enfants japonais enlevés par les Coréens du nord) seront nombreux.