Timothée Brahms et les dingueries follement dangereuses des mondes possibles

Timothée Brahms et les dingueries follement dangereuses des mondes possibles
Aurélie Magnin

Thierry Magnier, 2022

Je préférerais ne pas…

Par Matthieu Freyheit

On connaît la réponse que Bartelby, le personnage de Melville, oppose aux demandes de son supérieur : « I would prefer not to. »

Bartleby de l’aventure, Timothée Brahms se refuserait volontiers à celles qui s’imposent à lui. C’est que l’on sait les principes de l’aventure qui, battant en brèche les havres du confort, s’avance « à coups de nouveautés », selon la célèbre formule de Jacques Rivière. Le confort, pour Timothée, s’incarne dans un fauteuil Sslurp dont il ferait, s’il le pouvait, le décor de son été. Les adultes en décident malheureusement autrement : ses parents, pris par leur travail, décident de l’envoyer chez ses très étranges grands-parents…

A rebours de toute une littérature qui se plaît à fabriquer l’image d’une jeunesse avide d’aventures et de péripéties, Aurélie Magnin s’amuse à dresser le portrait d’un jeune garçon au souhait moins romanesque mais non moins réaliste : celui d’une paix royale. C’est sans compter l’effrayante inconstance (Timothée dirait : inconscience) des adultes, qui sort le personnage de sa retraite désirée pour le plonger dans l’inconfort de l’aventure.
C’est sous le signe de la mise à distance, notamment par l’humour, qui parcourt l’ensemble du livre, que s’ouvre ce roman dont le personnage voudrait qu’il n’en fût pas un :

« Franchement, il y a encore quelques jours, si j’avais su qu’un livre sur la vie de Timothée Brahms existerait, et que tu le lirais, je t’aurais dit :

– T’as lu le résumé au dos du livre ? Parce que dans ma vie, il ne se passe rien !

Apartés, parenthèses, formules barrées puis remplacées, prises à partie du lecteur se multiplient comme autant d’interventions directes du personnage qui résiste par l’humour aux situations dans lesquelles il se trouve embarqué. Foin de la focalisation traditionnelle de l’aventure qui impose au protagoniste d’être tout aux événements : si la rupture avec le quotidien a bel et bien lieu, Timothée n’a pas l’intention de s’y résoudre et impose à son tour aux péripéties les interférences récurrentes de son esprit caustique. Le procédé, parfois un peu répétitif, anime cependant l’ensemble et offre un agréable contrepoint, l’énergie du langage résistant comme elle le peut à l’énergie des événements, qui emportent Timothée malgré lui. Eloignement, conversations secrètes, rencontres inattendues, mystères et énigmes : les ingrédients de l’aventure sont tous là, mais le tout est pris dans une tonalité joyeuse et loufoque qui prend l’ascendant sur l’action. C’est qu’il est un amusement plus palpable encore : celui de l’auteure qui se plaît, dans un heureux mélange des discours et des points de vue, à appuyer par les réflexions de son personnage le déplaisir que celui-ci prend aux situations dans lesquelles son auteure le met.

 

 

Anne de Redmond

Anne de Redmond
Lucy Maud Montgomery
Traduit de l’anglais (Canada) par Laure-Lyn Boisseau-Axmann
Monsieur Toussaint l’aventure, 2021

« des rêves et de la déraison et qui, un jour où l’autre tous nous habitent »

Par Anne-Marie Mercier

Anne Shirley, « Anne with an E » la petite fille de la maison aux pignons verts (ou « green gables »), puis l’adolescente d’Avonlea, est devenue dans ce volume jeune étudiante à Redmond, où elle commence et achève ses études à l’université en même temps qu’un certain nombre de ses amis d’Avonlea, dont le fameux Gilbert, amoureux transi d’Anne dont le succès ou l’insuccès fait partie du suspens de la série. Le destin des amies et amis de son âge est celui d’une jeunesse : certains meurent, d’autres se marient, certains continuent leurs études, d’autres les arrêtent. Certains deviennent adultes, c’est-à-dire oublient leurs rêves, d’autres, comme Anne, les poursuivent et les font parfois advenir.
L’humour est toujours là avec le portrait d’une micro société ; ici, c’est celle des étudiantes dont la vie est rythmée par des drames et des événements de grande importance : bal, choix de robes et de cavaliers, examen, quête d’une bourse ou d’un logement, choix de carrières ou de maris.
Dépasser les frontières, changer sans rien renier, c’est un peu le pari d’Anne dans ce tome. On le lit dans son refus de voir sa relation avec Gilbert évoluer, dans sa fidélité à ses amies de tous âges et son attachement à sa mère adoptive malgré son caractère brusque, et à l’inénarrable Mme Lynde, malgré tout. Elle est également fidèle à ses paysages, nommant toujours les lieux avec les noms inventés lorsqu’elle était enfant, ce qui fait que chaque volume fait écho aux précédents, construisant son personnage dans la durée.
Enfin, son style, ou plutôt celui que l’auteure lui prête, perd un peu de sa grandiloquence enfantine mais est imprégné de littérature romantique, citant de nombreux poètes (citations heureusement rendues visibles par des notes en bas de page), ou de passages de la Bible. La traduction parfaite de Laure-Lyn Boisseau-Axmann sert parfaitement ce style subtil, qui oscille entre lyrisme et humour.
Les débuts de la carrière littéraire d’Anne donnent un recul intéressant à toute l’entreprise, comme un récit de genèse d’une vocation et de l’élaboration d’une esthétique. Elle  s’essaie à la publication de nouvelles, d’abord en traversant toutes les affres des auteurs dont les manuscrits sont refusés, puis avec succès, succès mêlé de dépit comme un épisode très drôle le montre.
Encore une fois, de chapitre en chapitre c’est tout un monde qui se déploie pour notre grand plaisir, le sujet principal étant, somme toute, la grande palette des sentiments humains. L’amour, bien sûr, parfaitement chaste et imide comme le voulait l’époque, y tient sa place, avec Anne cette fois comme protagoniste. Plus largement le volume de Redmond fait vivre les « rêves et la déraison et qui, un jour où l’autre, tous nous habitent », même la sage Anne Shirley.

Clapas

Clapas
Isao Moutte
Sarbacane, 2021

Du sang dans la Drôme

Par Anne-Marie Mercier

Si vous cherchez un équivalent en BD du film Délivrance, le voici : Clapas raconte l’errance de plusieurs jeunes gens, coincés sur un trajet par une panne ou un éboulement. Leurs tentatives pour trouver de l’aide dans ce lieu isolé, en pleine nature, et même dans le village proche, aboutissent toutes à des catastrophes.
C’est d’autant plus terrifiant que cela se passe en France, dans les forêts escarpées du sud de la Drôme, autour de Luc en Diois où se trouve le Claps (ou Clapas, qui signifie éboulement), plus connu pour ses activités de canoé et d’escalade que pour les assassinats de touristes.
Et pourtant, grâce à l’art du récit d’Isao Moutte, on y croit : l’inquiétude monte progressivement, la description des personnages, notamment celle de ceux qui seront à l’origine de tous les drames, se fait peu à peu, par étapes. Le lecteur prend en sympathie les différents « naufragés de la route », et voit que l’étau se resserre sur tous, implacablement.
Le trait est acéré, les couleurs limitées aux ocres, frissons garantis (on l’aura compris ce n’est pas destiné aux enfants).

Petits portraits de chats

Petits portraits de chats
Collectif
Grasset jeunesse (« la collection »), 2021

Une anthologie classico-moderne

Par Anne-Marie Mercier

Cet ouvrage de la collection « la collection » de Grasset se rapproche du « beau livre », à travers une anthologie qui réunit des auteurs de différentes époques et de différents genres : les poèmes de Baudelaire, Rostand, Roubaud, Maurice Carême, Apollinaire, Florian, Obaldia, les comptines et les textes sur des chats inoubliables (le Tybert du Roman de Renart, le chat du Cheshire d’Alice au pays des merveilles, celui de Jules Renard) sont accompagné de superbes illustrations faites selon le principe de cette série (un temps d’exécution court et une palette limitée à trois ou quatre couleurs) faites par des artistes contemporains : on y trouve Jean-François Martin, Christophe Merlin, Rébecca Dautremer, Gérard Du Bois, Ilya Grenn, Heng Swee Lim, Alain Pilon, Maxime Derouen, Clémence Pollet, Nathalie Choux et Sandrine Bonini.
Malgré la diversité des illustrateurs, il règne une certaine unité dans les images, souvent inspirées d’une tradition plus ancienne de l’illustration, toujours avec une belle qualité d’impression sur beau papier. Quant aux textes, ils font chacun à leur manière l’éloge du chat éternel sous ses divers aspects : attendrissant, inquiétant, comique, et surtout « subtil » (J. Renard).

 

Ma Super Cyber Maman

Ma Super Cyber Maman
Laure Pfeffer

Thierry Magnier, 2022

Machine attentionnelle

Par Matthieu Freyheit

« Tout le monde ne peut pas être orphelin. » On se souvient de la formule, rêveuse et provocante, que Jules Renard fait prononcer à Poil de Carotte. Margaux, elle, ne se voit pas du tout orpheline, et ce sont les absences répétées de sa mère qui lui en font commander…une deuxième.
Après avoir longtemps accompli des performances physiques, les robots de nos fictions, comme ceux qui investissent peu à peu le réel, accomplissent désormais des performances sociales, communicationnelles et émotionnelles. Robots de compagnie, empathie artificielle, ingénierie des émotions et des expressions : la conjonction de la robotique et de l’intelligence artificielle, de plus en plus indissociables selon Raja Chatila, engendre de nombreux fantasmes, et en réalise même certains.
La machine « intelligente » vient ici au secours de la famille dans un texte qui a le talent de ne jamais forcer le trait. La situation est elle-même improbable, mais cela n’a pas la moindre importance : la commande d’une cyber maman (qui aurait tout aussi bien pu être ici un cyber papa) inscrit la fiction de Laure Pfeffer dans la lignée de celles qui interrogent les compensations permises par la technologie. Le choix du terme « cyber maman » plutôt que « cyber mère » en titre, au-delà de la préférence euphonique, traduit les besoins de Margaux : présence, affection, moments partagés, rires… L’habituelle répartition des rôles (à la machine, le calcul ; à l’humain, l’émotion) est donc inversée : professionnelle de l’organisation, la mère de Margaux laisse cette dernière à la garde d’un « planning » aimanté sur le frigo, comme l’absence est épinglée sur le cœur.
C’est pourtant le planning de trop qui va bouleverser le cours des choses en conduisant Margaux à la commande, sur Internet, d’une deuxième maman qui serait tout à elle. Mais malgré le bonheur apporté en secret par la gynoïde (la mère humaine n’ayant bien entendu pas été informée de l’achat), la relation entamée laisse apparaître un dysfonctionnement qui ne dit jamais son nom : ignorante du monde, cette nouvelle maman se laisse guider par sa fille, au profit d’une relation où les rôles peinent à se définir.
L’auteure sait que le réalisme se situe souvent dans la métaphore : il n’est pas question ici d’une fiction qui se voudrait anticipatrice, mais d’une mise en scène de nos processus de délégation. Récemment, Gérald Bronner a mis au jour le hold up attentionnel accompli par nos outils technologiques (voir Apocalypse cognitive, 2021). La fiction, qu’elle soit science-fiction ou non, rappelle quant à elle que l’insularité des individus laisse volontiers aux smartphones et autres tablettes le soin d’occuper ce « temps de cerveau disponible » que les relations interpersonnelles directes ne prennent plus en charge. Car c’est bien une machine attentionnelle que commande Margaux ; une machine dont l’essentiel n’est pas dans l’émotion qu’elle affiche, mais dans celles qu’elle suscite, et que Laure Pfeffer traite avec une belle économie de moyens.

Le Roi et l’enfant

Le Roi et l’enfant
Fabrice Colin, Eloïse Scherrer
Sarbacane, 2021

Du conte au roman

Par Anne-Marie Mercier

Un vieux roi dont tous les soldats sont partis en guerre part pour une destination inconnue en n’emmenant avec lui qu’un palefrenier, un orphelin qui n’a que dix ans. Ils font de nombreuses rencontres, et l’enfant doit devenir chevalier pour défendre son roi…
Il y a du conte dans cette histoire d’enfant bizarre qui a pour amis des chevaux, une grenouille et une cigogne, il y a de l’épopée médiévale dans le portrait de ce vieux roi isolé, il y a du roman dans toute l’histoire, et notamment dans sa fin, un peu convenue.
La richesse confine parfois au trop et l’album souffre un peu de toutes ces directions, avec des ellipses qui pourront dérouter les plus jeunes lecteurs. Mais on y retrouve un petit air de fantasy bien dans l’air du temps. Si les illustrations d’Eloïse Scherrer sont  saisissantes dans les moments épiques et mettent bien en valeur de belles rencontres comme celle d’une ourse et de ses oursons, elles prennent un style étrangement désuet en fin de volume, comme pour souligner le décalage entre les différents univers.

 

La Maison Chapelier

La Maison Chapelier
Tamzin Merchant, Paula Escobar (ill.)
Traduit (anglais) par Marie Leymarie
Gallimard jeunesse, 2021

Chapeliers et autres fous, fous, fous

Par Anne-Marie Mercier

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Quel joli roman d’aventures, de magie, et peut-être d’amour dans le prochain tome, dans un cadre médiéval d’opérette ! Une héroïne sympathique et un peu maladroite, un ami empoté, un autre qui s’avère un peu trop habile, des querelles familiales sont les épices de quêtes à n’en plus finir. La première, que Cordelia doit mettre en veille bien contre son gré, c’est la quête du père (grand classique) que l’on suppose mort dans un naufrage et qu’elle pense vivant. La deuxième c’est la tentative pour réaliser un chapeau magique malgré tous les obstacles et l’empêchement des membres qualifiés de sa famille. Il s’agit de composer un chapeau de paix afin d’éviter la guerre : le roi doit rencontrer le roi Louis (caricature de français) et il a demandé aux familles d’artisans du royaume de fabriquer les pièces de vêtements qui par leur pouvoir lui donneront la victoire diplomatique. Mais le roi est subitement devenu fou. Sa fille la princesse le remplace. Mais les membres des familles d’artisans sont arrêtés et jetés en prison, accusés de trahison… Dans cette nouvelle quête, Cordélia et ses amis œuvrent pour les faire libérer, les disculper et neutraliser la personne mystérieuse qui est derrière toutes ces manigances. Enfin, il reste la question de la mésentente entre les artisans et de la disparition d’une famille d’artisan maudite, avec des perspectives de réconciliation.

Courses-poursuites, travail hasardeux d’apprentis sorciers, coups de théâtre, tout est là pour maintenir l’attention du lecteur. Et des petits airs d’Alice au pays des merveilles agrémentent le tout, tandis qu’un acteur joue Shakespeare à sa façon, sous un chapeau un peu bancal créé par Cordélia (nom d’une héroïne Shakespearienne qui a beaucoup aimé son papa).

Le Petit livre des jeux farfelus

Le Petit Livre des jeux farfelus
Noémie Tagan, Elyn
Helvetiq, 2021

« 52 jeux, 0 écran »

Par Anne-Marie Mercier

« 52 jeux, 0 écrans et 0 ennui », voilà le sous-titre prometteur de ce livre précieux et astucieux. Il s’agit de proposer des jeux simples pour des enfants, à l’intérieur, en voiture (surtout en voiture !) ou en extérieur. Il y a même une catégorie « en solo », indispensable, en effet. Ils sont classés ainsi selon la table des matières et c’est bien utile.
Quant au matériel requis, il est très simple : tantôt une ficelle (en prévoir beaucoup si on fait les 52 jeux !), un caillou, un bouchon, un crayon, des ciseaux, un gobelet… et même parfois un smartphone, preuve que tout peut servir – le zéro écran est limité à quelques exemples de cet usage sans connexion.
Enfin, la grande qualité de cet ouvrage est sa clarté et sa lisibilité. Si vous avez fait l’expérience de devoir trouver comment jouer à un jeu inconnu avec une règle obscure, ici tout est facile : si le texte en page de gauche est parfois un peu elliptique, une bande dessinée sur la page de droite montre des joueurs en action et éclaircit parfaitement toutes les questions. Cela permet aussi de laisser le livre entre les mains des jeunes joueurs afin qu’ils puissent tester eux-mêmes les jeux qui les attireraient ; comme tous les personnages ont l’air de s’amuser follement, on peut supposer que beaucoup les tenteront : le « zéro ennui » dépendra donc de leur choix.
Enfin, reste l’essentiel, le jeu lui-même. Certains semblent devoir avoir un succès garanti, d’autres demanderont aux joueurs un esprit coopératif, ou un tri pour trouver celui qui sera au bon niveau selon l’âge des joueurs, pas trop facile (il y en a) ni trop difficile. Ils sont divers mais assez proches dans leur esprit et la proposition finale, qui consiste à inventer un autre jeu en est facilitée.
Chaque page de présentation d’un jeu présente un symbole permettant de placer celui-ci dans un type de comportement : compétitif, coopératif, en équipe… On voit que les auteurs ont travaillé la question théorique du jeu, souvent rattachée à la typologie de Roger Caillois, (1955) qui classe les jeux selon qu’ils sont orientés par l’agon, l’alea, la mimicry et l’ilinx, les trois premiers (combat, hasard, pantomime) étant les plus courants. S’interroger sur la nature du jeu proposé à des enfants est indispensable quand on s’intéresse à l’éducation. Rappelons que Christian Bruel a publié un ouvrage sur le jeu (Jeu et réalité. Jouer pour changer, Le sourire qui mord, 1984, avec Bertrand Legendre), mettant en cause la place excessive de la compétition et de l’affrontement dans la plupart des pratiques.
Enfin, une catégorie supplémentaire permettra de tenir compte des capacités des enfants (ou, pour ceux qui considèrent que le jeu doit faire progresser, de les développer) : rapidité, précision, force, habileté, souffle, observation, discrétion… et bien d’autres.

A vos marques !

 

 

Chasses aux œufs

Une Surprenante Chasse aux œufs,
Katie Woolley, Eleanor Taylor
Gallimard jeunesse, 2022

La Grande Chasse aux œufs
Rachel Piercey, Ireya Hartas
Gallimard jeunesse, 2022

Pas dans le même panier

Par Anne-Marie Mercier

De ces deux ouvrages de circonstance et sans prétention littéraire (l’un est une variation sur le monde de Pierre Lapin de Beatrix Potter, l’autre un cherche et trouve tout carton) on retient plutôt le premier : le second, La Grande Chasse aux œufs n’a de grand que le titre et le procédé qui consiste à faire compter jusqu’à vingt à chaque double page avec un support plus adapté aux petits qu’aux grands d’école maternelle est étrange. Certes, l’univers des ours qui est représenté là (c’est une série, après Promenons nous dans les bois) peut les séduire avec tous ses détails, mais les œufs y sont perdus dans la masse.

La Surprenante Chasse aux œufs qui reprend joliment un graphisme imité de Beatrix Potter justifie la recherche des œufs par la situation : Pierre a fait tomber le panier contenant les œufs en chocolat qui seront attribués à chacun lors du pique-nique de Pâques ; il doit les retrouver. La vraisemblance même relative est un peu malmenée puisque ces œufs ont abouti on ne sait comment dans des lieux bien éloignés, mais qu’importe : cela permet de visiter une maison, un magasin, une mare, encore de jolis décors et d’activer le dispositif des flaps (ou rabats) qui proposent toutes sortes de cachettes possibles, mettant le lecteur en action, comme dans une vraie chasse aux œufs – sauf qu’il n’y a pas de chocolat dans le livre.

La Main

La Main
Ronald Curchod
Le Rouergue, 2021

Nuits d’hiver

 

Par Anne-Marie Mercier

Le conte offre une variation sur le thème de la main coupée (voir la main de gloire, et autres contes fantastiques) : un marionnettiste ambulant, un soir d’hiver, perd sa main en sauvant un ours qui se noie dans un lac gelé. En remerciement, l’ours lui offre une petite fée qui sait chanter. Grâce à elle le marionnettiste connait le succès.
Si le conte aurait besoin de davantage d’éléments pour sonner vrai (oui, même un conte en a besoin), les images sont superbes.
Le texte somme toute ne semble exister que comme support à ces images. Il se déploie amplement sur des pages très aérées, où les blancs servent la temporalité du récit.
L’essentiel est donc dans ces doubles pages d’images traitées en nuances de bleus et de jaunes : elles figurent une nuit d’hiver et de neige, tantôt noire, tantôt éclairée par les derniers ou les premiers rayons du jour ; forêts, ville aux coupoles lointaines, lacs…, le paysage s’y déploie comme sur un vitrail.