Quelle journée !

Quelle journée !
Cécile Gabriel

Mila éditions, décembre 2010

Voyage photographique en pays d’enfance

par Sophie Genin

 photos,journée,cécile gabrielLa photographe et comédienne Cécile Gabriel avait déjà, avec grand talent, proposé Quelle Emotion ! chez le même éditeur. Le fonctionnement de son avant-dernier-né (depuis est sorti Quelle est ton ombre ?) est le même que celui du premier : sur une double page avec fonds très colorés, bariolés, un bout de phrase commençant par « pour » à gauche et, dans un carré découpé à droite un morceau de photo en noir et blanc. On tourne et on découvre l’ensemble de la photo et de la phrase, comme par exemple : « je m »habille pour ne pas sortir tout(e) nu(e) » face à une petite fille accroupie la tête cachée par la robe qu’elle enfile en la tirant sur les côtés. Si cet album est très riche, déclinant tous les moments importants de la journée d’un enfant, sa portée est un peu moindre que celle de Quelle Emotion ! qui ouvrait davantage de perspectives en allant du côté des sentiments, des impressions, avec des nuances entre « envieux » et « jaloux » par exemple. Néanmoins, la qualité des photos et ce choix de la journée permet aux jeunes lecteurs de s’y retrouver dans le temps, cette notion si abstraite et, à leurs « accompagnateurs » de retrouver, avec nostalgie, des instants spécifiques à l’enfance, atemporels tout à coup grâce au noir et blanc.

La grande dame et le petit garçon

La grande dame et le petit garçon
Geert DE Kockere, illustrations de Kaatje Vermeire
Rouergue, 2010

 

par Chantal Magne-Ville

La grande dame et le petit garçon.gifLe format imposant de cet album contribue à renforcer l’impression de mystère qui domine dans cette histoire du lent apprivoisement d’un petit garçon par une vieille femme imposante, qu’il redoute au début sans pouvoir pour autant échapper à sa fascination.

La structuration des images reflète la vision initiale de l’enfant, qui craint qu’elle ne soit une ogresse, au point que la femme n’entre pas toujours entièrement dans le cadre, alors que l’enfant est réduit à une silhouette. Les visages demeurent flous tant que la reconnaissance mutuelle n’est pas intervenue. L’ombrelle de la vieille femme et la cage de son oiseau deviennent des pièges à enfants, et tendent au début à occuper tout l’espace. Les tons bruns et sépia sont austères et ne s’éclairent que progressivement par les couleurs qui ornent le vêtement de l’enfant. L’instant de la rencontre est symbolisé par une contre-plongée sous les jambes des gens normaux, où les visages se colorent et ont enfin des traits précis. Métaphore de la découverte, l’énorme sac à provisions qui intriguait tant l’enfant porte un trou de serrure dans lequel il finit par s’introduire.

Le texte bien que traduit du néerlandais, en une mosaïque de petites phrases, relève de la prose poétique et son dépouillement sert bien la montée de cette amitié singulière. L’échange symbolique des cartes de chats contre des dessins se résout devant la porte, dernière barrière avant la rencontre véritable. Celle-ci est remarquablement représentée : on sent que Kaatje Vermeire, dont c’est le premier album en tant qu’illustratrice, a travaillé la gravure car elle parvient à faire ressortir le moindre relief du bois de manière quasiment tactile.

Jinju ma super copine

Jinju ma super copine
Lim Yeong-Hee, Amélie Graux

Chan Ok, 2011

Bonnes intentions pour découvrir l’Autre dans sa différence

par Sophie Genin

9782916899510.gifAprès J’aime pas la cantine, Ma Nouvelle école et Ma Soirée pyjama, Jinju, petite héroïne coréenne, revient dans un nouvel épisode permettant de découvrir la réalité de la vie d’une famille différente de celle de Noémi, invitée à dormir chez sa « super copine ». Si l’idée de départ est attirante, la volonté didactique (l’auteur est détentrice d’un doctorat en Sciences de l’Education) de montrer que la différence est une richesse ôte tout intérêt à une histoire somme toute banale, malgré des illustrations gaies et colorées  (aux crayons de couleurs semble-t-il) donnant un ton original à l’ensemble.
On a l’impression de regarder une série télé américaine politiquement correcte, surtout avec la fin sur un fou-rire de la famille quand Noémi essaie de prononcer le nom d’un plat qu’elle vient de goûter, après s’être battue avec des baguettes récalcitrantes. Dommage que les bonnes intentions initiales ne donnent pas de la littérature mais une histoire miroir un peu plate.

Mais où est- donc le lapin ?

Mais où est- donc le lapin ?
Chun- Liang Yeh, Sophie Roze

HongFei (en quatre mots), 2010

Fables à la chinoise

par Chantal Magne-Ville

Mais où est- donc le lapin.gifPar son format étroit et vertical, cet album se rattache immédiatement à l’esthétique chinoise pour mettre en scène deux « chengyu », proverbes très connus, dont la morale se décline en quatre mots en chinois : « attendre le lapin sous un arbre » et « un lapin malin a trois terriers ». Ces deux fables ont en commun l’attente et le jeu de cache-cache avec le paysan ou avec les chiens. L’illustratrice fait des collages où domine la texture des papiers et des tissus, mais l’expression des sentiments est toujours très raffinée, les postures et les mimiques extrêmement suggestives et empreintes d’humour. Autour des principaux protagonistes que sont les lapins et les chiens, les autres animaux de la forêt ou bien des villageois forment une espèce de chœur antique, avec une grammaire des visages qui figure en contrepoint, l’inquiétude, la déploration, l’incompréhension ou la moquerie, ce qui en rend la compréhension aisée même pour les plus petits. Les plus grands seront sensibles aux valeurs explicitées par l’histoire.

Tout n’est pas noir et blanc

Tout n’est pas noir et blanc
Jean-Marc Ballé, Lucie Phan

L’Ecole des loisirs (loulou & cie), 2011

 Quand tout n’est pas réussi

 par Sophie Genin

9782211205511.gifContrairement aux autres albums de la nouvelle collection « Une Histoire à colorier », celle-ci ne reprend pas de façon plus plate une ancienne production de meilleure qualité.
L’idée de départ est intéressante : un petit personnage, nommé Tom Gom, sort discrètement du tableau noir pour dessiner tout ce qui lui passe par la tête. Mais la suite n’est qu’une succession de propositions disparates dans lesquelles il est difficile de se retrouver pour les jeunes lecteurs visés par la collection. De plus, l’adresse directe aux enfants les invite à créer mais il y a trop peu de place sur les fonds noirs pour pouvoir le faire, sauf sur la dernière page qui clôt le livre sur un jeu de mots : « Vite, je te laisse un point, un grain de folie. A toit de lui donner la vie ! ». On ne peut s’empêcher de penser à une autre histoire de point qui pousse davantage à créer : Un Bon point pour Zoé, de Peter H. Reynolds chez Milan.

Le Mariage de Simon

Le Mariage de Simon
Agnès Desarthe, Anaïs Vaugelade

Ecole des Loisirs, 2011

Simon, un cousin de la famille Quichon ?

par Sophie Genin

cochons,anaïs vaugelade,agnès desartheLe texte d’Agnès Desarthe avait déjà été édité en 1992 dans la collection « Renardeau » de l’Ecole des loisirs, mais il était illustré, à l’époque, par Louis Bachelot. Pour cette réédition, une habituée des cochons en propose sa version. En effet, après avoir donné vie à de multiples aventures de la famille très très nombreuse des Quichon, Anaïs Vaugelade présente ici celles de Simon.
Ce jeune cochon fait songer à Porculus, de Arnold Lobel (classique de l’Ecole des Loisirs réédité en 2003), quand on le découvre sur la première page, tranquille, dans sa marre de boue grise. Seulement voilà, Simon a la malchance d’avoir une mère ! Et cette mère ne cesse de le harceler pour qu’il se marie ! Il évite la question, prétextant qu’il est trop jeune, jusqu’au jour où Bouliba, la marieuse, est réquisitionnée et lui présente trois jeunes cochonnes qui ne plaisent pas du tout au futur marié. Ce dernier, sur le point de fuguer le lendemain, s’écrie, sur un ton mélodramatique : « Adieu ma mare, adieu ma mère ! ». Mais il finira par trouver l’amour : une jeune cochonne qui, comme lui, n’a aucune intention de se marier ! Et si vous voulez comprendre l’illustration de la quatrième de couverture (un couple de mariés juchés sur un oeuf au plat, le tout dans une poêle !), lisez cet album drôle qui fait forcément songer, surtout aux célibataires forcenés, à la pression familiale concernant le mariage !

Madame chaise :Et que le conte recommence…

Madame chaise
Dorothée de Monfreid
Ecole des loisirs (Loulou et cie), 2011

Et que le conte recommence…

Par Dominique Perrin

chaise04958.gifD’un « certain âge », la chaise d’une petite fille aspire à être plus attirante et confortable ; les autres objets de la chambre lui prêtent leur concours, en sorte qu’elle ressemble finalement à un trône, prêt à accueillir la petite fille en reine… Madame chaise est un album d’une grande sobriété, dont le charme est une fois encore lié au rapport à l’enfance qui singularise l’œuvre de Dorothée de Monfreid, lui conférant cohérence et renouvellement : les petits d’humains y révèlent une forme imprévisible d’éminence, tout à fait comme dans la tradition des contes de fée – où le règne final des rois et des reines est la promesse faite, dans un esprit merveilleusement démocratique, à tout être en formation.

Fruits légumes

Fruits légumes
Soledad Bravi
Ecole des loisirs (Loulou et cie), 2011

Vers un alphabet des saveurs

Par Dominique Perrin

fruits204873.gifArtichaut, airelles, ail, abricot, arbouses, amélanches… Dans ses grandes dimensions solidement cartonnées, le nouvel abécédaire de Soledad Bravi est certes généreux en vocables et couleurs, à l’usage de tous ceux qui ont encore quelques fruits et légumes pas nécessairement exotiques à découvrir en bouche ou au moins en lexique.

Les plus connus de ces objets sont parfois curieusement peu reconnaissables – mais l’énigme figurative incite sans doute à lire. Tous sont représentés dans des échelles hétérogènes, modestes forcément sur les pages densément peuplées, ou énormes, de la hauteur du livre pour le X et le Z, mais aussi pour le I : dans ces cas-là, cela devient comme une ode plastique aux formes de l’iceberg et de l’igname.

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou
Tatsu Nagata (alias Dedieu)
Seuil jeunesse, 2011

Histoires naturelles (bouffonnes ?)

par Anne-Marie Mercier

Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseSciences naturelles de Tatsu Nagata : le cheval, le pou Tatsu Nagata,Anne-Marie Mercier,pou,chevalDedieu,Seuil jeunesseVoilà la suite de la collection des histoires naturelles  après de nombreux autres albums (la vache, le castor, …) du grand scientifique japonais. Il est membre du « Tokyo scientific institute » (c’est écrit au dos de l’album et il y a une photo de l’auteur avec un tampon officiel, dessinés tous les deux, alors…).

Ces deux nouveaux albums sont, comme les précédents, très colorés et sont des merveilles d’humour.

Le pou pourra servir de consolation à ceux qui reviendront de colonie de vacances avec la tête habitée : vampire, pirate, « laid comme un pou », sous la loupe de Tatsu avec les mots et le crayon de Dedieu (l’un étant l’autre), voilà le pou apprivoisé.

Quant au cheval, il fait rire et rêver de grands espaces verts ou  bruns.

Pingouin vole

Pingouin vole
Oliver Jeffers
Ecole des Loisirs (Kaléidoscope), 2011

Grandir en étant amis ?

par Sophie Genin

9782877677028.gifUne histoire d’amitié toute simple servie par une illustration à la peinture très épurée, sans décor ou presque, qui met en valeur les deux personnages : un petit garçon et un pingouin. Ces deux inséparables, sont amis exclusifs jusqu’au jour où le pingouin décide de faire quelque chose tout seul : voler ! Mais, comme tous ses congénères, il ne peut pas ! Il lui faudra donc trouver une solution extrême qui lui permettra d’aller au bout de la solitude mais surtout de retrouver son ami, essentiel.
Une histoire sans prétention, à portée philosophique qui fait réfléchir les plus petits et les moins jeunes aux limites de l’amitié mais aussi de la solitude : jusqu’où avons-nous besoin de l’Autre ? Est-ce que grandir se vit forcément seul ?