Les Malheurs de Sophie

Les Malheurs de Sophie
Comtesse de Ségur
Illustrations de Sophie de la Villefromoit

Seuil Jeunesse, 2010

Sophie illustrée

Par Anne-Marie Mercier

Cette réédition est proposée dans un bel objet à couverture cartonnée, au papier épais, à la mise en page soignée. Un bel emballage, redoublé par les rubans de différentes couleurs en tête des chapitres, les vignettes encadrant les titres et numéros de page…

Un côté « léché » qui conviendrait sans doute mieux aux petites filles modèles qu’à Sophie, et un aspect nostalgique qui plaira peut-être plus aux grands-mères qu’aux enfants. Mais les illustrations ne cherchent pas à gommer les aspérités de l’histoire. Elles proposent des profondeurs de champ (gros plan sur le pain et la crème), des points de vue radicaux (plongée sur Sophie sous la pluie, ou sous la pluie ; contre plongée sous Sophie grimpant à l’armoire…) et la représentation des personnages, notamment de Sophie, est savoureuse.

Les chansons de Lalie Frisson

Les chansons de Lalie Frisson
Anne Lemonier, Claire de Gastold

L’ atelier du poisson soluble, 2010

Une forme originale qui mêle narration et poésie

par Frédérique Mattès

Les chansons de Lalie FrissonLes tribulations de Lalie Frisson. Lalie en  attendant ses parents qui sont allés chercher le petit frère à la maternité, se promène dans son quartier où elle doit affronter mille monstres imaginaires dont elle se défend en déclamant des poèmes qu’elle invente au fur et à mesure.

L’illustration, fantastique et redondante soutient agréablement le texte.

Pourquoi le zèbre a des rayures

Pourquoi le zèbre a des rayures
Adaptation : Lesley Sims, illustrations : Laure Fournier

Usborne, 2011

Pourquoi « La Malle aux livres » s’est-elle attaquée à ce conte étiologique ?

par Sophie Genin

9781409526490.gifLa collection « La Malle aux livres » de Usborne présente des adaptations de contes du monde entier. Ces dernières ne sont pas toujours exceptionnelles malgré la volonté de les mettre à disposition du plus grand nombre. C’est le cas de ce conte étiologique venu de Namibie : l’histoire du zèbre qui aura finalement des rayures et du babouin qui se retrouvera avec les fesses rouges.

Le texte a été limité au maximum tout en gardant la structure traditionnelle mais cela a limité l’intérêt du récit, en aucun cas rehaussé par les illustrations qui semblent avoir été faites à la va-vite, sans parler de l’ajout de jeux pas inspirés par l’histoire qui sert juste de prétexte.

Jim pop, l’incroyable histoire de l’homme canon

Jim pop, l’incroyable histoire de l’homme canon
Tom Henni
Rouergue, 2011

Cirque de papier

par Anne-Marie Mercier

Tom Henni ,Rouergue,Anne-Marie Mercier,cirque,illustration (histoire de l')Grand album au format plus haut que d’ordinaire, au papier mat et épais, Jim Pop imite l’esthétique des illustrés des années 50 (quadrichromie qui bave un peu, couleurs franches). Ces couleurs imitent aussi celles du cirque : rouge, bleu, jaune, un peu de vert de temps en temps. Les formes schématiques se rapprochent du dessin d’enfant.
Tom Henni réussit le tour de force de faire exister un numéro de cirque rien qu’avec du papier, des mots et des couleurs. On y entre par une double page de garde, on en sort de même à la fin. Et pendant ce temps, le numéro de Jim Pop, l’homme canon, se déploie tout autour de la terre, emporté par son élan. On le voit en faire le tour dans la partie inférieure de l’image tandis que la partie supérieure montre les paysages qu’il parcourt, illustrant le rêve des enfants qui veulent croire à la merveille commentée par un M. Loyal enthousiaste.http://tomhenni.frLorsque les enfants grandiront, ils devineront peut-être le « truc » que quelques indices permettent de deviner. Oui, cette histoire est « incroyable »…
Pour les lyonnais : formé à Lyon et à Strasbourg, Tom Henni a créé l’identité visuelle de la librairie « Ouvrir l’œil », rue des Capucins et co-fondé le collectif « Mademoiselle, Messieurs » avec Émilie Chéron et Emmanuel Romeuf.
Pour les autres : on lit sur son site (http://tomhenni.fr) qu’il s’intéresse particulièrement à l’histoire du livre et aux techniques d’impression : ça se voit, et c’est tant mieux.

La Tête à la dispute

La Tête à la dispute
Emile Jadoul, Catherine Pineur
Ecole des Loisirs (Pastel), 2011

 Une histoire d’amitié enfantine

par Sophie Genin

9782211204132.gifUn moment important de la vie de tout enfant est raconté par Emile Jadoul qui excelle décidément dans cet exercice ! En effet, il dépeint avec réalisme, sans oublier la pointe d’humour permettant la distance nécessaire, une dispute entre une petite poule et une jeune cane. Le traitement délicat de l’histoire se retrouve dans les illustrations de Catherine Pineur, tout en flous colorés et visages très expressifs des protagonistes ailées. L’héroïne livre ses pensées avec l’exagération propre à l’enfance et l’écriture en « je » facilite l’identification du jeune lecteur connaissant sa première dispute. Cette fable se termine heureusement très bien : vous pouvez donc la mettre entre les mains de tous les querelleurs de votre entourage !

L’Une danse, l’autre pas

L’Une danse, l’autre pas
Geneviève Casterman
Ecole des loisirs (Pastel), 2011

 Poésie et humanité réunies

par Sophie Genin

9782211203012.gifLe titre poétique -référence au film d’Agnès Varda, L’Une chante, l’autre pas, traitant du droit des femmes et du féminisme à travers le destin très différent de deux amies – donne le ton de cette fable philosophique délicate.
Rose et Line, oiselles jumelles partagent tout dans la prime enfance mais sont fondamentalement différentes.
Le trait des dessins représente avec pudeur et émotion des oiseaux blancs aux pattes jaunes et au bec orange, les détails les humanisant pour rendre l’histoire accessible à tous. L’identification est immédiate car, grâce à la gémellité, chacun peut s’identifier à l’une ou l’autre soeur : l’une est « bougeon » et rêve de parcourir le monde, l’autre, plus sédentaire, a un tempérament d’artiste et recueillera les oisillons tombés du nid.
Toutes deux auront besoin de se détacher l’une de l’autre, de s’émanciper, afin de mieux se retrouver. La fin reste ouverte, chacun pouvant interpréter le destin des soeurs. Une des lectures, dans la lignée de Auprès de mon arbre de Brassens, pourrait être la renaissance de celle partie puis revenue, celle partie chercher ailleurs ce qu’elle retrouve chez elle, avec ses racines…

Quand j’étais petit

Quand j’étais petit
Mario Ramos

L’école des Loisirs (Pastel), 2011 (réédition, première édition 1997)

Un album sans texte à portée philosophique

par Sophie Genin

9782211043229.gif Sur la quatrième de couverture de cet album animé qui ne paie pas de mine au premier abord, on trouve une citation de George Bernard Shaw (écrivain irlandais ayant obtenu le prix Nobel de Littérature en 1925) :

« Beaucoup de gens ne sont jamais jeunes ; quelques personnes ne sont jamais vieilles ».

En effet, chaque double page de cet album sans texte s’éclaire à la lumière de ces mots : sous l’animal adulte (toujours humanisé), on découvre l’enfant qu’il a été : la maman chat à la fenêtre qui ne voit pas les souris les chassait petite, le lion sans abri qui fait la manche se déguisait en roi, le rhinocéros bougon qui part au travail en costume s’asseyait dans l’herbe et jouait avec les petits oiseaux… Ils ont tous changé, et pas forcément en bien, sauf la girafe, déjà curieuse petite et l’éléphant artiste de la couverture, comme un double de Mario Ramos (qui semble dire : « quand j’étais petit » !). Petit, l’éléphant peignait déjà… sur les murs !
Ce bel album, simple et pudique, est à mettre entre toutes les mains, des petits mais surtout des grands, histoire de se poser quelques questions sur l’éducation, l’avenir, l’évolution des rêves d’enfance, ce temps de latence où tout était possible, avec un peu de nostalgie ? oui, aussi !

Comme-ci ou comme-ça

Comme-ci ou comme-ça
Anne Terral, Bruno Gibert
Syros, 2011

L’histoire de la vie ?

par Anne-Marie Mercier

Anne Terral, Bruno Gibert, Syros,Anne-Marie Mercier,philosophie,livre Au milieu des illustrations colorées et naïves, alliant tachisme, fonds pastels et papiers découpés, un livre blanc aux pages blanches voyage. S’il est figuré avec l’esthétique  d’un dessin d’ordinateur il se superpose à des peintures. Son premier lecteur le poursuit par monts et par mers.

Volée par un chien, un oiseau, un corbeau, multipliée dans un métro, un fourgon… transportée par la lune et les étoiles, son histoire risque bien de s’arrêter, coupée dans son élan, ou elle peut reprendre à l’infini, comme la vie…

C’est un bel album poétique et mystérieux, qui peut se lire de multiples façons. Il dit la multiplicité des histoires, leur liberté, leur circulation, mais sans doute aussi autre chose : il s’agit de « ton histoire » dit-on au lecteur. Alors il est question de la vie et de tous ses aléas, comiques ou tragiques, tout simplement, très simplement.

C’est quoi l’amour?

C’est quoi l’amour ?
Davide Cali
Illustrations d’ Anna Laura Cantone
Sarbacane, 2011

L’amour ? Attention !

Par Gaëlle Franckiewiez et Aurélie Gagnaire
(étudiantes en Master MESFC, Lyon1 )

C’est quoi l’amour ? Davide Cali,Anna Laura Cantone,Sarbacane,etu,amour,sentiment,randonnée,questionAhhh l’amour !!! Qui ne s’est jamais interrogé sur ce sentiment susceptible de nous frapper tous un jour ou l’autre ?

Tout au long de cet album « haut en couleurs » dans tous les sens du terme), Emma se demande ce qu’est l’Amour et aimerait bien savoir à quoi il ressemble. Dans un premier temps, elle s’en va interroger un par un les membres de sa famille : sa Maman, un brin poétique et toujours les mains dans les fleurs ; son papa, grand amateur de football ; sa « Momie gâteau », et son Papi,collecteur d’automobiles miniatures… qui lui donneront, chacun à leur manière, leur propre définition de l’Amour…. Assommée et intriguée par tant de réponses divergentes et extravagantes, elle n’est pas plus avancée et tout en essayant de se faire sa propre idée de ce qu’est l’Amour, elle décide finalement de l’attendre, patiemment….

 Plein de tendresse et de romantisme, cet album délivre une jolie petite histoire, poétique et bucolique, sur l’Amour avec un grand « A ». Ainsi, avec sa structure en randonnée : »Maman, c’est quoi l’amour? », « L’amour c’est… », « de quelle couleur est-il ? de quelle forme,… ? », « être amoureux, ça veut dire… « , Davide Cali mêle ici d’une manière réussie humour et poésie. En effet, la présence d’analogies dans les multiples définitions proposées par les personnages, et notamment l’emploi récurrent de la métaphore et de la comparaison en « comme » : « « L’amour ça chauffe le cœur comme un moteur qui démarre au quart de tour ! » marquent une certaine fantaisie tout au long de l’ouvrage. Le coté humoristique et poétique est aussi visible dans les illustrations remarquablement originales d’Anna Laura Cantone, qui a parfaitement su recréer l’univers innocent d’une petite fille, par une atmosphère romantique, marquée par la présence de papillons voletants, de motifs fleuris, du rose, la couleur de prédilection des filles, et d’une armada de grenouilles qui n’attendent qu’une chose : le prince charmant ! De même, les personnages sont illustrés d’une façon pour le moins loufoque, avec de gros yeux globuleux, des nez proéminents, des corps filiformes ou carrément bedonnants… qui leur donnent un coté assez caricatural, tout comme les objets du quotidien, disséminés dans chaque page, qui participent à la démesure de cet album désopilant.

 Enfin, l’histoire est racontée à la hauteur de cette petite fille, curieuse et espiègle, symbolisée notamment par les grandes silhouettes des adultes qui n’entrent parfois pas dans la page ! Finalement, tout contribue à « épouser les chimères » d’une petite fille, Emma, face à sa quête de l’amour… et ce, jusqu’à la fin de l’histoire où, sentant ses joues qui la brûlent, elle pense que l’amour arrive, mais…

 En fin de compte, le lecteur pourra apprécier l’humour et la tendresse de cette histoire toute en légèreté, qui en fait un album agréable à lire, sans fioritures, qui plaira sûrement à toutes les jeunes (ou moins jeunes) âmes romantiques et curieuses de connaître les mystères de l’Amour… !

La Pêche à la lune

La Pêche à la lune
Claude K. Dubois

Ecole des loisirs (Pastel), 2011

Une transmission poétique

par Sophie Genin

Claude K. Dubois, famille, grand-père, Sophie GeninMomo passe une mauvaise journée, mais alors vraiment mauvaise : il renverse son bol de chocolat, ses copains sont partis sans lui et son doudou est dans la machine à laver ! Heureusement, son papy arrive et l’emmène avec lui à la pêche à… la lune !

L’univers de Claude K. Dubois, auteur qui offre un regard poétique sur le quotidien, fonctionne à merveille dans ce petit album tout simple, nostalgique de belles relations inter-générationnelles riches. Il nous emmène avec lui, tout doucement mais sûrement, pour décrocher la lune ! La dédicace, « à mon père », finit de nous convaincre, s’il en était besoin, que cet ouvrage en forme d’hommage nous concerne tous, petits et grands.