Muette

Muette
Anne Cortey, Alexandra Pichard
Autrement, 2011

Confidences d’une muette

  par Anne-Marie Mercier

Une petite fille raconte son histoire : « à la maison, j’ai des frères et des soeurs. Ça crie beaucoup, ça pleure, ça rit. Pas moi ».
Elle ne parle pas, ne laisse pas sortir les mots et les phrases qui sont, affirme-t-elle, pourtant bien là, à l’intérieur.
Arrive un petit garçon, peu bavard, mais un peu plus qu’elle et tout se débloque..
Ce récit rassurant est porté par les illustrations d’Alexandra Pichard, parfaites. La petite fille apparaît dans un bel isolement, elle seule ayant un peu de chair, les autres n’étant que des silhouettes agitées en arrière plan.

Timo à la montagne, Timo au parc

Timo à la montagne, Timo au parc
Émilie Gillet, Cyrille Entzman
Gallimard jeunesse, 2011

Images du quotidien

Par Anne-Marie Mercier

timo2.jpgVoici une nouvelle série dont le héros est un doudou, une souris aux poches arc-en-ciel présentées dans des images photographiques. À la montagne, on la voit faire de la luge, construire un bonhomme de neige, essayer le téléski, prendre un cours, et s’endormir en rêvant… qu’il fait du ski.

Au parc il explore les différents lieux et activités, fait une chute du toboggan, et, en mangeant son goûter, « il rêve déjà de revenir au parc pour s’amuser. »

Max et son art

Max et son art
David Wiesner

Circonflexe, 2011

Arthur, c’est quoi, l’art? Arthur?

par Christine Moulin

Avec David Wiesner, on peut toujours s’attendre à une forme de magnificence visuelle généreuse et débordante, fondée aussi sur la précision du trait et l’abondance des détails: on n’est pas déçu! Les deux « monstres » protagonistes de l’histoire, préhistoriques caméléons, ont des attitudes, des expressions particulièrement éloquentes. Tous les registres de l’émotion se lisent dans leurs yeux et leurs mimiques. Toutes les mises en pages sont convoquées. Les doubles pages sont particulièrement efficaces mais laissent parfois la place à des vignettes empruntées à la bande dessinée. Les couleurs, qui sont aussi le thème de l’histoire, sont subtiles et signifiantes (regardez donc l’épisode de la colère, de la rage d’Arthur, mais aussi le bleu délicat de son absence…)

La richesse du propos n’est pas en reste: on peut lire dans cet album une fable sur les rapports parents-enfants, père-fils, en particulier. Certes, Max n’est sans doute pas le fils d’Arthur mais c’est en tout cas son fils spirituel. Il veut faire comme lui: peindre. Mais la transmission est difficile, laborieuse, elle demande du temps et de la patience, qualité dont Arthur, un peu égocentrique (voire vaniteux) n’est guère pourvu, pas plus que Max, bouillant, fougueux, dérangeant, maladroit, étourdi. Un gosse, quoi… Arthur devra s’effacer, au sens strict du terme, pour que Max puisse trouver sa place, sans prendre celle de son père, sans le faire disparaître, sans le tuer, comme il l’a d’abord fait, par une maladresse oedipienne.

Mais, bien sûr, le livre parle aussi de la création: le travail qu’elle requiert (peut-être ne faut-il pas vouloir tout de suite peindre; peut-être faut-il passer par l’étape plus ardue mais plus féconde du dessin), la part du hasard qu’elle recèle, l’humilité qu’elle exige (Arthur est un peintre « arrivé », on le voit bien mais n’a-t-il pas perdu son âme et n’a-t-il pas besoin qu’on le « secoue » un peu pour qu’il renouvelle son inspiration et ose des « gestes » bien proches de ceux de l’art contemporain?), les liens entre le réel et l’art (faut-il faire « ressemblant »? peut-on ne peindre que dans le cadre étroit de la toile?). Le rôle du langage et des ses ambiguïtés est également souligné: car au fond, ce qui est l’élément déclencheur, c’est l’erreur féconde de Max, encore englué dans le réel, sur l’expression « tu pourrais me peindre ».

Une question non résolue (parmi d’autres): pourquoi voit-on la couverture du disque des Pink Floyd, Atom Heart Mother,  dès la première page? Simple hommage? Manière de laisser à penser que ce qui va être dit de l’art pictural concerne tous les arts?

Peu importe: comme tous les chefs d’oeuvre, cet album renouvelle à chaque lecture les questions qu’il nous pose.

C’est moi qui lapin

C’est moi qui lapin 
Jean Gourounas
Rouergue

               Fais comme moi

Par Chantal Magne-Ville

peinture, création,  Jean Gourounas, Rouergue, Chantal Magne-VilleUn joli petit livre au format carré, aux illustrations tout en douceur, dont le titre joue sur les mots « lapin » et « la peins ». Il s’agit en effet de peinture. Un petit lapin blanc s’adresse directement à son lecteur, en commentant ce qu’il est en train de créer au moyen de couleurs variées. La surprise naît du fait que peu à peu les formes approximatives ainsi créées – pré, nuages, soleil, fleurs… – viennent  peu à peu orner le corps du lapin, qui se complète, et ce de jour comme de nuit. Ces transformations au caractère quelque peu magique sont soulignées par un texte minimaliste qui parfois rime, ajoutant ici et là une touche de  poésie. Une incitation à la création en toute simplicité.

Mon lapin

Mon lapin
Grégoire Solotareff
, Soledad Bravi
L’école des loisirs, 2011

Lapin malin

Par Caroline Scandale

Mon lapin.gifArticulé autour du thème de l’amitié maître/animal, cet album met en scène un lapin, personnage récurrent chez Solotareff. Les illustrations stylisées de Soledad Bravi apportent un ton résolument moderne. Son trait de crayon est épais et ses couleurs contrastées, ce qui accroche immédiatement l’œil. Dès la couverture, le ton humoristique et tendre est donné.

Mon lapin raconte la rencontre pour le moins originale d’une petite fille, Garance, et d’un lapin plutôt malin. De proie croquée par le chien de la famille, il devient le nouvel animal de compagnie de la demoiselle et botte en touche le canidé chasseur… Le petit lapin de Garance est vraiment un petit malin mais il n’en est pas moins un gentil compagnon curieux et intéressant. Une jolie histoire d’amitié commence entre l’enfant et l’animal.

Le Gros Livre de Mimi cracra

Le Gros Livre de Mimi cracra
Agnès Rosenthiel
Seuil jeunesse, 2011

Les bonheurs de Mimi

Par Anne-Marie Mercier

mimicracra.gifElle est très « mimi », mimi cracra, avec ses petites couettes brunes, ses formes rondes, ses bottes et ses jupettes. Elle est très cracra aussi, mettant ses mains et son nez partout (ancêtre sage de la Clarisse de Dumortier…), faisant de la « bouillasse » avec tout, plus ou moins volontairement – mais toujours avec application.

Les 75 épisodes rassemblés ici sont classés en quatre saisons : mimi au printemps jouant avec la pluie et le vent, l’été avec la mer et les fruits, l’automne avec les châtaignes et la nuit, l’hiver avec la neige ; et les saisons sont rythmées par les événements : les jours où on se déguise, où on reçoit des cadeaux, où on range pour l’an neuf… Chaque histoire est une découverte ou une idée comme les enfants seuls peuvent en avoir : à la fois logique et pas vraiment adaptée. Mimi a la même inventivité que la Sophie des malheurs de Sophie, mais elle l’applique à des choses plus élémentaires, elle est une Sophie heureuse.

Chaque page est un épisode. Chaque épisode, 8 cases sur une double page, ne montre que mimi, aucun adulte, aucun compagnon, hors nounours qui a bien du travail. La marge de droite réserve des surprise, continue le récit et parfois fait parler un objet de l’histoire, ou quelqu’un, hors champ, on ne sait qui : un parent ? l’auteur ? ou le lecteur complice qui entre en dialogue avec mimi.

C’est tout un art de la sobriété, tant dans le dessin, le cadre, les couleurs que dans la narration. Le style inimitable d’Agnès Rosenthiel qui sait mêler efficacité du récit et esprit d’enfance et qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être complexe pour être raffiné.

Mimi cracra a paru régulièrement dans le journal Pomme d’api (Bayard), de 1975 à 2005 (selon les dates données par Wikipedia). Ce volume est la rédition de quatre compilations parues entre 1986 et 2004.

L’heure du Grimm

L’heure du Grimm
Bruno Heitz

Casterman (mini BD), 2011

Petit ? – concentré !

Par Anne-Marie Mercier

L’heure du Grimm.gifC’est une « mini BD », et pourtant il y a une foule d’histoires et de jeux : d’abord l’histoire de Hansel et Gretel, racontée par Louisette la taupe, héroïne de la série (9 volumes parus), puis celle des trois jeunes lapins kidnappés par une belette qui veut réécrire cette histoire à son profit, et celle des sauveteurs qui se déguisent en renard pour les délivrer. On pense à Sylvain et Sylvette : un décor réduit, la maison, la forêt, le stupide ennemi. On pense aussi aux Musiciens de Brême, petits animaux unis contre un plus gros.

C’est aussi une BD bien faite, dynamique, qui enchaîne les cases de divers format et de formes variées sans que ce soit jamais artificiel et qui intègre un récit (le conte de Hansel et Gretel) dans le récit de façon astucieuse pour être lisible par de jeunes lecteurs. Les personnages sont croqués parfaitement et ont chacun leur caractère : lapins peureux et gourmands, belette à demi rusée, écureuil peureux, raton laveur couturier borné, taupe sagace à lunettes.

Enfin, le conte rejoint l’actualité à travers la lecture du journal qui raconte les conflits des humains, celui de la « guerre des truffes » qui a défrayé la chronique cet automne. Conte, récit policier, actualité, c’est un festival où l’humour est présent partout, y compris dans le drame et le suspens.

Qui a peur de quoi ?

Qui a peur de quoi ?
Coralie Saudo
Les 400 coups

A chacun sa peur

Par  Chantal Magne-Ville

Qui a peur de quoi ? .gifUn album qu’on ne se lasserait pas de palper tant sa couverture rembourrée est douce sous la main. Il renouvelle avec bonheur les rimes sur les prénoms en traitant des craintes enfantines. Chaque enfant a sa peur, sauf Adrien qui affirme n’avoir peur de rien, mais de ce fait se retrouve seul et malheureux.

L’illustration totalement redondante avec le texte permet à l’enfant d’anticiper sur la rime qui va suivre. Sur un fond constitué de collages colorés et inventifs, les personnages enfantins, ronds à souhait, semblent des galets peints auxquels on a rajouté des bras, ce qui ne limite cependant pas leur expressivité. Ecole, piscine, jardin public, l’univers des enfants est transposé et totalement reconnaissable avec un luxe de détails qui mêlent réalisme, fantaisie et merveilleux. Un livre précieux car il montre l’importance du groupe et de la diversité.

Clarence Flûte et le secret de Sybille

Clarence Flûte et le secret de Sybille
Sandrine Bonini,
Autrement, 2011

Les scientifiques : des êtres incompris?

Par Olivier Morin

Ce texte drôle et plein de malice nous entraine dans l’univers imaginaire de Clarence, un petit garçon amoureux de sciences et … de Sybille, sa jolie voisine. De bricolages astucieux en expériences originales, nous découvrons comment Clarence représente son monde dans son carnet de recherche, à l’abri de son laboratoire sécurisé. Hélas, Sybille est une énigme pour Clarence : elle collectionne des petits animaux en verre colorés, elle aime le dessin et elle manque totalement de rigueur et de méthodes ! Fort heureusement, l’esprit créatif de Clarence a mis au point un système révolutionnaire qui lui permettra de comprendre les individus les plus secrets.

A travers cette lecture, on pourra aborder la question des stéréotypes (en classe, ce serait en cycle 3). Les scientifiques sont-ils des êtres incompris vivant dans un monde à part ? Ont-ils un langage bien à eux ou peut-on espérer comprendre ce qu’ils disent ? Faut-il vraiment des pierres précieuses pour intéresser les filles ?

Ce roman est aussi une belle occasion de se demander ce que la science peut nous apprendre, et ce qu’elle ne nous apprend pas. Mais que faut-il donc pour qu’une expérience marche ?

Fanfantôme

Fanfantôme 
Charlotte Sjöstrand
L’école des loisirs

 Tourne manège ?

Par  Chantal Magne-Ville 

Un adorable petit livre qui évoque les aléas de la propreté sur un mode léger. Il suffit de voir la mine dépitée du petit fantôme trop pressé qui vient de faire pipi sur son drap et cache la tache, puis d’entendre le ton mi-grondeur mi-amusé de la maman qui l’expédie illico dans la machine à laver pour se convaincre que tout ceci n’est pas bien grave. L’image circonscrite dans un cadre blanc  met en relief le décor fait d’innombrables nuances de gris sur lequel les fantômes découpent leurs silhouettes dynamiques et pleines d’entrain. Seuls les yeux et les joues sont recolorisés ce qui ajoute de la vivacité aux scènes pleines d’humour. Fanfantôme, par exemple, se lie d’amitié sur l’étendage avec une petite culotte timorée qu’il entraîne dans ses jeux car il vole, et le résultat ne se fait pas attendre : les voilà encore plus sales qu’avant…. Mais c’est lui qui réclame de retourner dans la machine….